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Populisme de bas étage sur le dos des itinérants
Des ignorants qui ont peur de la maladie mentale
Denis Coderre, le maire de Montréal fait du grand théâtre

Des pics pour empêcher les itinérants de se coucher au pied des vitrines d'un des magasins Archambault à Montréal. Un maire qui tweete plus vite que son ombre, des chroniqueurs qui démasquent l'imposture, un propriétaire d'édifice qui parvient à garder l'anonymat. Les pics sont enlevés. Fin de l'histoire... Et les itinérants dont les plus voyants souffrent de maladie mentale eux?  Bof! Semble dire la classe politique et sa horde de supporteurs qui s'affichent à la commission Charbonneau depuis 18 mois. On veut pas payer de taxes et l'État a un gros déficit. JosPublic vous présente ce qu'il a trouvé de pire et de mieux dans les médias pour parler d'un cas comme celui-là. A vous de tirer vos conclusions, les siennes apparaissent dans le titre du texte - JosPublic

 
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Les réactionnaires ont fini leur spectacle, allons voir les faits

 
 
 
 
 
  • Le 10 juin 2014, le journal Le Devoir publie un texte sur l'itinérance et souligne le fait que l'on trouve des pics anti-itinérant au pied de la vitrine du magasin Archambault, coin Sainte-Catherine et Berri à Montréal ( 01 );

  • Les pics ont été installés en 2011 par le propriétaire de l'édifice. Le magasin Archambault/Québecor n'est ni propriétaire de la bâtisse, ni à l'origine de l'implantation de ces dispositifs installés le long de la vitrine de la librairie de la rue Sainte-Catherine. Ces pics étant situés sur le domaine privé de l’immeuble, le propriétaire n’a pas eu à  demander un permis de l’arrondissement Ville-Marie de Montréal;

  • Tous les médias ont protégé l'identité du propriétaire de l'édifice!;

  • Le maire de Montréal, Denis Coderre a multiplié les gazouillis à ce sujet et s'est même rendu sur place pour constater lui-même la situation. «Les pics anti-itinérants sont inacceptables» a-t-il fait savoir.;

  • Quelques heures seulement après que leur existence eut été médiatisée, les pics anti-itinérants ont été retirés;

  • La situation qui a fait installer les pics reste non résolue;

  • La majeure partie des itinérants de Montréal sont sous médication pour troubles mentaux.

 
 

Commentaire de  - Philippe Martin
chroniqueur La Clique
Seulement à Montréal...

 
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Tsé l’histoire des pics anti-itinérants devant l’Archambault à Montréal?

Gros branle-bas de combat dans la ville. Le Devoir qui écrit là-dessus, les gens sur Twitter qui dénoncent ça (les mêmes qui ignorent les itinérants dans la rue) et évidemment le Maire Coderre, de retour des petits fours et des pitounes de millionnaires du Grand prix, passe aux pauvres et fait un gros show avec ça.

Le monde crie contre Québecor et Archambault. Grosse histoire

Tu vois ça et tu te dis, ok c’est beau, ils les ont installés, on a chialé et on les retire.

Mais on peut lire sur le blogue de Sophie Durocher que ça fait pas 2 jours que c’est là…

ÇA FAIT 3 ANS!!!!

HA HA HA, crime qu’elle est bonne… et personne n’a allumé avant!?!??! 3 ans!!!

Sophie a aussi un maudit bon point (c’est rare), mais est-ce que Coderre ou Lisée accepteraient qu’un itinérant dorme devant l’hôtel de ville ou bien sur leur perron?

Non.

 
 

Chronique de - Sophie Durocher
chroniqueuse au Journal de Montréal et Québec
«Pics» anti-itinérants: à qui la honte?

 
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Le journal Le Devoir dénonce les pics anti-itinérants installés devant un magasin Archambault au coin des rues Sainte-Catherine et Berri à Montréal. Aussitôt, notre maire Denis « kid kodak «  Coderre annonce sur Twitter qu’il s’en va drette là inspecter les fameux pics de la honte. À son arrivée, quelle surprise, les caméras de télé sont là. Et notre honorable maire “pique” une crise.   

Oui, d’accord. Mais… poursuit Sophie Desrochers....les pics sont là depuis trois ans. Trois fois 365 jours. Ça fait 1095 jours que les pics sont installés personne n’a allumé, personne n’a grimpé dans les rideaux, personne ne s’est offusqué.

Et 26 280 heures plus tard, c’est le tollé ? 1 576 800 secondes plus tard, un maire colle au plafond parce que ces pics de la honte n’ont pas leur place dans « sa » ville ?

Si ces pics sont si honteux, pourquoi cela a-t-il pris tant de temps pour que quelqu’un allume ?

En 2011, tu peux installer en catimini des pics disgracieux pour empêcher les itinérants (et n’importe quel quidam) de s’asseoir devant une vitrine du centre-ville et en 2014 c’est le scandale du jour ?

Le conseil d’arrondissement de Ville-Marie vient d’adopter à l’unanimité une motion pour dénoncer les pics anti-itinérants. Et ça ne leur tentait pas de le faire il y a 3 ans ?

M’est d’avis qu’on est encore devant une situation où l’arbre empêche de voir la forêt. Ce n’est pas tant le pic qui fait honte. C’est le problème de l’itinérance, l’absence de politique face à l’itinérance, l’inaction de gouvernement après gouvernement à combattre ce fléau, qui nous dégoûte.

Le pic n’est que la pointe de l’iceberg. Derrière ce pic, il y a des hommes et des femmes qu’on ne veut pas voir, qu’on ne veut pas institutionnaliser, qu’on ne veut pas intégrer.

La honte, la vraie, ce n’est pas le pic. C’est ce qui se cache derrière.

Et ceux qui poussent les hauts cris aujourd’hui, ils diraient quoi si un itinérant allait s’installer confortablement sur leur galerie ?

Denis Coderre serait-il aussi conciliant si les sans-abris élisaient domicile sur le perron de l’hôtel de ville ? S’ils venaient s’installer avec leur bière froide devant la fenêtre de son commerce ? De sa maison ? S’ils venaient uriner dans son escalier, comme c’est arrivé à un de mes amis dernièrement?

Le problème ce n’est pas le pic. C’est le gars et la fille cachés derrière le pic, avec cette question lancinante: on fait quoi avec eux si personne n’en veut ? 

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Les malades mentaux sont tellement maganés, tellement malades? Tellement abandonnés, voilà le vrai problème explique Jean Forest, un père éploré
                                       -  Jean Forest - New Richmond

 
 

C’était le 24 décembre 2013, le journal Le Devoir titrait à la une que les itinérants d’aujourd’hui sont tellement « malades », tellement maganés qu’une réinsertion sociale est exclue dans bien des cas. ( 02 )

Une telle affirmation du directeur du journal de rue L’itinéraire à Montréal n’allume-t-elle pas une lumière dans votre esprit ? En vertu du régime de soins de santé universel et gratuit du Québec, tout le monde n’a-t-il pas le droit d’être soigné adéquatement ?

Que se passe-t-il pour qu’un nombre croissant de citoyens québécois, jeunes très souvent, atteints d’un trouble mental persistant, voient leur avenir spolié et soient forcés de vivre dans la rue, la misère, la violence et la toxicomanie ? Est-ce vraiment cela que les Québécois et les Québécoises veulent en 2013 ?

Ce texte témoigne de l’itinéraire tragique d’une de ces personnes : il s’agit malheureusement de mon fils de 39 ans, schizophrène, qui a partagé le sort des sans-abri de Rimouski et qu’une autorité judiciaire quelconque a décidé de renvoyer, manu militari ou presque, chez ses parents il y a trois mois.

Pourtant Dieu sait que sa famille a tout fait depuis 24 ans d’abord pour prévenir la progression de sa maladie et ensuite pour lui assurer des soins adéquats.

De 50 à 75 % des 30 000 personnes itinérantes à Montréal sont aux prises avec des problèmes de santé mentale.

Peine perdue, notre système de soins en santé mentale, bien à l’abri derrière les murs des ailes psychiatriques de nos hôpitaux, a joué de toutes les astuces pour se dérober à ses obligations professionnelles et littéralement l’abandonner, lui et tant d’autres grands malades.

Les propos de M. Lareault de l'Itinéraire n’avaient rien de léger ou d’irréfléchi, lui et ses partenaires s’investissent corps et âme depuis une vingtaine d’années à reconstruire des centaines d’hommes et de femmes jetés à la rue. Malheureusement, a-t-il expliqué, leur tâche est de plus en plus lourde et ardue. Au point qu’il s’interroge sur la valeur des prix d’excellence que le ministère de la Santé et des Services sociaux leur a remis en 2004 et 2012.

Comment se fait-il que cette entrevue n’a encore suscité aucune réaction publique d’un décideur ou d’un intervenant en autorité ? Le texte du Devoir s’est pourtant retrouvé dans toutes les revues de presse gouvernementales et sur les bureaux de la première ministre et de son ministre de la Santé, non ? Il y a une réponse : la maladie mentale est une affaire classée au Québec depuis 1980.

La mise au rancart du beau projet de désaliénation des ministres Camille Laurin, Denis Lazure et autres du cabinet Lévesque a entraîné des économies si astronomiques que l’on a posé une chape de plomb sur cette question du traitement de la maladie mentale et fait comme si ces dizaines de milliers de vies sacrifiées n’existaient pas. C’est pourtant une véritable honte, comme le rappelait Mme Lise Payette dans sa chronique du 4 janvier 2013. ( 03 ) Vraiment, est-ce cela que les Québécois et les Québécoises du printemps érable veulent en 2013 ?

Vous comprendrez qu’à titre de parent de deux enfants malades, je suis de ceux qui souhaitent un véritable réveil des consciences, un sursaut d’humanité, de compassion et de solidarité de la part de tous les Québécois et au premier chef de leurs dirigeants politiques.

Une vie bousillée et quel avenir ?

Quelques dates et faits pour illustrer son parcours :

1974, nous adoptons des jumeaux, un garçon et une fille, à leur naissance ;

1989, première psychose de la fille et hospitalisation de trois mois à Montréal ;

1990, son jumeau est vu par une psychiatre de l’hôpital Notre-Dame par précaution ;

1991-1992, apeuré par la maladie de sa soeur, il décroche et alterne sans succès entre petits boulots et retours à l’école, frôle souvent la psychose ;

1993, il suit ses parents et sa soeur en Gaspésie ; souvent désorganisé, il est vu en psychiatrie mais n’est pas hospitalisé ;

1995-2002, il déménage à Rimouski où les manifestations psychotiques se poursuivent en crescendo, au point de forcer un internement plombé d’un diagnostic de schizophrénie paranoïde. Il a alors 28 ans ;

2002-2006, psychoses à répétition, hospitalisations, interventions policières et judiciaires, erreurs techniques diverses, soit à Rimouski, soit en Gaspésie, où il se réfugie très souvent lorsque la crise s’annonce ;

2007, de moins en moins capable d’autonomie, il passe l’année avec nous et la termine par une tentative de suicide ;

hospitalisation plus longue et prescription d’un séjour de six mois dans une ressource intermédiaire supervisée. La psychiatre accepte de ne pas lui imposer un régime médicamenteux obligatoire « parce qu’il ne le veut pas », tout comme elle l’autorise à quitter la ressource intermédiaire après trois mois « parce qu’il le demande ». Retour à Rimouski où, laissé à lui-même (sauf le soutien d’urgence de ses parents) et sans médicaments, il s’enfonce graduellement dans la toxicomanie (jeu et alcool), le vagabondage et la criminalité de survie. L’aide sociale en profite pour amputer son chèque de montants élevés et lui plaque une dette de près de 14 000 $.

2012, cumul d’interventions judiciaires, emprisonnement de six mois et imposition d’une probation jusqu’en avril 2013 avec quelques causes pendantes en prime.

Et dans quel état le retrouvons-nous début octobre ? Un être traqué, totalement désorganisé, très nerveux, bourré de tics et de manies, alcoolique, décroché de la réalité, en proie à des voix fortes mais qui ne semblent pas malignes, fumeur invétéré vivant de nuit, lugubre et peu communicatif. Aucune ressource ne peut intervenir, car il ne possède pas de dossier actif ici. Seule l’Aide juridique, qui a répondu avec beaucoup de compréhension à l’appel des parents, peut agir, mais au rythme imposé par le système judiciaire évidemment, soit en février prochain… peut-être.

Trois mois plus tard, mon fils reste dans le déni de sa maladie et sa capacité à toute forme d’autonomie personnelle demeure amoindrie malgré les petits gestes réconfortants qu’il peut poser. Un baume sur un quotidien très difficile à vivre pour son entourage, mais une question terriblement douloureuse nous déchire le coeur : comment ce système, inapte à l’aider et à l’encadrer en 24 ans d’efforts soutenus de la part de sa famille, va-t-il l’intégrer maintenant ?

Notre système de soins en santé mentale étant malade, il engendre injustice, inhumanité, détresse, itinérance et criminalité. Cessons de nous fermer les yeux et réformons-le, le Québec en est capable et notre peuple n’en sera que plus grand.

Tellement maganés, tellement malades, tellement abandonnés… ça vous dit quelque chose de concret dorénavant ?  

 
 

"Pics" anti-itinérants
Réactions des intervenants au dossier

 
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«Ce n’est pas une façon d’agir qui favorise une bonne cohabitation sociale», a jugé Marjolaine Despars, coordonnatrice adjointe au Réseau d’aide aux personnes seules ou itinérantes de Montréal (RAPSIM).

Mme Despars croit que les problèmes d’itinérance doivent se régler grâce à des mesures concrètes d’aide à ces personnes dans le besoin.

Marjolaine Despars

Bernard Plante

S’il reconnaît que la cohabitation n’est pas toujours aisée avec les personnes itinérantes dans le village gai, Bernard Plante, directeur général de la Société de développement commercial (SDC) du Village, n’encourage pas du tout une telle pratique de la part de ses commerçants. «Ça envoie un message dur, qui va à l’encontre de la tolérance et de la cohabitation, a suggéré M. Plante. Si vous ne voulez pas que des personnes s’installent sur votre propriété, il y a moyen de l’embellir, de poser des bacs à fleurs par exemple.

Mais des pics, c’est même dangereux. Imaginez que quelqu’un tombe dessus et se blesse.» . M. Plante invite les commerçants à entrer en contact avec les deux travailleurs de rue engagés par la SDC, qui peuvent venir sur place pour effectuer de la médiation et qui «règlent de nombreuses situations sans passer par la police».

André Poulin, directeur général de la Société de développement commercial Destination centre-ville, est de ceux qui comprennent que des commerçants aient pu en venir à prendre de telles mesures.

«Les propriétaires doivent trouver des moyens pour que leurs commerces soient libres et agréables d’accès pour eux-mêmes, leurs employés et leurs clients, a souligné M. Poulin....

André Poulin

...Si on ne veut pas arriver dans une situation où les citoyens se font justice eux-mêmes, il faut que les policiers fassent leur travail

« C'est la réponse d'un commerçant à un phénomène difficile », affirme de son côté Serge Lareault, directeur général et éditeur au journal L'Itinéraire.

Celui-ci ne croit pas que ces pics représentent une bonne solution pour améliorer la situation de l'itinérance dans le centre-ville.

Il invite plutôt les commerçants à entrer en communication avec les organismes communautaires dans le but de trouver des mesures plus amènes.

«

Dans ce secteur-là de la Ville, sur la rue Sainte-Catherine, dans le parc Émilie-Gamelin, il y a beaucoup d'achalandage. Ça ne paraît pas bien dans une ville. Alors, les petites mesures se multiplient. Ce sont des moyens d'urgence quand les gens ne savent plus quoi faire
                                                       — 
Serge Lareault, directeur général et éditeur au journal L'Itinéraire

»
 

La Société de développement social de Ville-Marie (SDSVM) connaît bien la problématique de l'itinérance dans le secteur et son directeur général, Damien Silès, affirme disposer d'une équipe de quatre personnes pour venir en aide aux sans-abri.  La Société, qui a vu le jour en 2008, travaille à créer « de la cohésion » entre les entreprises qui cohabitent, tant bien que mal, avec cette frange défavorisée de la population que sont les itinérants, de même qu'avec des organisations comme la Société de transport de Montréal (STM).

Damien Silès

Et, à l'instar de Serge Lareault, M. Silès affirme que les pics ne sont pas une option valable.

« Après les pics, ce sera quoi la prochaine étape? Des grilles? » ironise-t-il.

Mais la cohésion se tisse lentement, si bien que certains des propriétaires se lassent et recourent à des moyens plus coercitifs, explique Damien Silès. « C'est un long processus et les commerçants sont fatigués », dit-il.

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D'où vient la désinstitutionalisation?
De l’asile à la communauté

 
 

Ce n’est qu’après la Deuxième guerre mondiale que l’on commence à s’interroger sérieusement sur les effets de l’internement des « malades » et que l’on commence à comprendre qu’un enfermement prolongé entraîne une perte des aptitudes nécessaires à la survie en société.

C'est en octobre 1873 que la Congrégation des soeurs de la Providence fondait l'Asile St-Jean-De-Dieu.

C’est aussi dans l’après-guerre que le nombre de psychiatres se met à croître fortement et, formés aux conceptions modernes en psychiatrie et en psychanalyse aux États-Unis ou en France, ils veulent réformer les institutions auxquelles ils se joignent à leur retour d’études.

L’après-guerre marque aussi le début de trois décennies de prospérité et d’un développement sans précédent des politiques sociales à travers le monde.

De plus, s’amorce aussi la révolution psychopharmacologique et, grâce aux nouveaux médicaments, la maladie mentale devient finalement curable. Aussi, dans un tel contexte, les psychiatres modernistes finissent-ils par l’emporter et, à partir des années soixante, on interdit l’agrandissement des hôpitaux psychiatriques et ce sont les hôpitaux généraux qui doivent traiter la maladie mentale, devenue une maladie comme les autres et donc guérissable.

C’est depuis ce temps que les hôpitaux généraux doivent avoir un service de psychiatrie. Parallèlement, le développement de services communautaires, de foyers de réhabilitation et d’ateliers protégés devaient permettre de faciliter la réintégration sociale des malades car on commence à penser que « la pire maison est préférable au meilleur hôpital ».

Surtout après la publication du livre-choc, en 1961, de Jean-Charles Pagé sur son expérience en tant qu’ex-patient de Saint-Jean-de-Dieu (devenu Louis-H.-Lafontaine), dont la postface est signée par Camille Laurin, figure de proue des psychiatres modernistes au Québec à l’époque.

 Or, si cette première vague de désinstitutionalisation a bel et bien mené à une sortie importante des personnes des hôpitaux psychiatriques, les ressources devant assurer leur maintien et leur réinsertion sociale restèrent peu développées. La même situation a été vécue par les personnes âgées en perte d’autonomie, les adultes avec des handicaps multiples et par les enfants en difficulté.

La désinstitutionalisation, au départ, se fait donc pour des motifs humanitaires et des motifs thérapeutiques, mais avec la crise du début des années 1980, la montée du néolibéralisme et du «fondamentaliste monétaire», sa justification devient à peu près uniquement financière puisqu’elle permet d’économiser beaucoup d’argent à l’État.

Un réseau sans soutien financier

Le réseau des ressources non institutionnelles n’a donc jamais eu beaucoup de soutien financier de l’État, malgré les économies qu’il lui permet de réaliser. Par exemple, on estime que, dans les années quatre-vingt, le coût par jour est de 280 $ à l’hôpital psychiatrique, comparativement à 16,10 $ en famille d’accueil.

Au Québec, la désinstitutionalisation psychiatrique a été entreprise dans les années 1960, dans l'esprit de redonner aux patients leur dignité, leurs droits et leur liberté. Le but était de les sortir des hôpitaux et de les maintenir le plus possible dans la collectivité. Du jour au lendemain, le nombre de patients dans les hôpitaux psychiatriques a chuté de 80%. Toutefois, les ressources en santé mentale et les budgets libérés n'ont que partiellement suivi les patients dans la collectivité.

Par conséquent, le risque s'est accru de retrouver des personnes ayant un trouble mental grave dans la rue et sans soins adéquats. Ces changements ont également accru le risque que les personnes qui souffrent de troubles de santé mentale aient des démêlés avec la justice.

Plusieurs parlent de réinstitutionnalisation pour désigner l'incarcération plus grande de personnes atteintes de troubles mentaux qui commettent des délits mineurs. Les gens ont quitté les établissements psychiatriques pour entrer dans les prisons. De fait, la proportion de personnes atteintes de troubles de santé mentale grave est beaucoup plus grande dans la population carcérale et chez les sans-abri que dans la population en général. ( 04 )

 

Population générale

Prisons et pénitenciers

Sans abri

Troubles schizophréniques

1.7%

6.5 - 7.5%

12.4%

Dépression majeure

4.9%

17%

32.8%

Source: Côté & Crocker (2007)

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Pics et itinérants: ce que les médias ne diront pas

 
 

Voici quelques éléments qu’on a vus et entendus dans les médias et les médias sociaux (et qu’on va continuer de voir):

- Des déclarations et discussions sur le manque de compassion dans notre société.

- Des retours sur l’éternel problème des « portes tournantes » chez les gens affligés de problèmes de santé mentale, et qui représentent une forte proportion des sans-abri.

- Le mot « honte », repris en abondance, tant par des politiciens, des commentateurs médias que des « intervenants » de tous horizons.

 

Et voici ce qu’on ne verra à peu près pas:

- Des déclarations de la part de commerçants ou de propriétaires qui se retrouvent « de facto » aux prises avec ce problème pour lequel, finalement, il n’existera jamais vraiment une solution.

- Des gens pour souligner qu'à certaines stations de métro, – Bonaventure, par exemple – la situation ne cesse de se dégrader. Que l’insalubrité, les mauvaises odeurs, et la présence de grands nombre d’itinérants visiblement très troublés et parfois agressifs va finir par les éloigner du transport en commun. Est-ce que tout le monde n’est pas d’accord, aussi, pour promouvoir et favoriser le transport en commun ? Mais les travailleurs n’ont aucun attrait médiatique (et les professionnels encore moins). Surtout s’ils arrivent de la banlieue.

- Et enfin, on ne verra jamais, au grand jamais, évoquer le fait qu’on serait encore bien plus mal pris sans les organismes religieux: La Maison du Père, la Old Brewery Mission, L’Accueil Bonneau, L’Armée du Salut, le Bon Dieu dans la rue

La majorité de ceux qui font vraiment quelque chose de concret pour ramasser les itinérants, qui leur offrent un abri, les nourrissent, les « torchent », les écoutent… Ceux et celles qui ont « les deux mains dedans » à longueur de journées et de nuits, semblent puiser leur inspiration et leur force dans la religion et la spiritualité.  

Mais dans le discours public et dans les médias, seule « laïcité » égale progrès. Alors que tout ce qui touche à la religion, comme chacun sait, ne peut qu’être associé qu’à des valeurs rétrogrades et à l’étroitesse d’esprit.

À part tout ça, il y a quand même L’itinéraire.

Et où, là aussi, on s’emploie à mettre sur pied des solutions. Modestes peut-être, mais concrètes, et fonctionnelles.

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Recommandation au gouvernement
Des solutions

Marie-Josée Blondin

 
 

Des ressources insuffisantes à l’heure actuelle

Les nécessités et besoins des malades:

1. Que le ministère de la Santé et des services sociaux organise une campagne permanente de lutte contre les tabous entourant les maladies mentales;

2. La prise par le malade d’une médication appropriée pour éliminer les symptômes est nécessaire afin de stabiliser son état;

3. Que les pharmaceutiques fassent des recherches sur de nouveaux médicaments ou que le gouvernement crée une société d’État (Pharma-Québec) pour notamment produire de nouveaux médicaments avec effets secondaires moins lourds ou moins handicapants;

3. Une thérapie de longue durée avec un psychiatre ou autre professionnel de la santé permettant au malade d’établir un lien de confiance, de parler de ses difficultés, de se sentir compris et de développer un intérêt particulier (art, métier, etc.);

4. Permettre aux malades de vivre décemment dans des appartements supervisés par des intervenants psycho-sociaux qu’ils peuvent joindre, si le besoin s’en fait sentir;

5. Offrir des activités leur permettant de: s’exprimer, sortir de leur isolement, faire des sorties sociales et culturelles, et les initier, si possible, à un métier, à la pratique d’un art, qui les revalorise et leur permette de se réinsérer socialement.

6. Les malades n’ont pas les mêmes problématiques, ni la même personnalité, les mêmes difficultés, la même histoire personnelle, le même niveau d’éducation, etc. Les malades ont, par ailleurs, besoin de côtoyer et fréquenter des gens “normaux” et ne pas être continuellement dans un milieu où ils ne côtoient que des gens malades. Il en va de leur bien-être et équilibre psychologique et de la possibilité d'avoir de "bons modèles de comportement". Les intervenants pourraient-ils vivre 24 heures sur 24 avec leurs malades?

C’est pourquoi, la désinstitutionalisation était une bonne idée au départ; mais il faudrait maintenant assurer un meilleur suivi de ces malades en clinique externe afin de les soutenir et suivre leur état.

Sources: Le Devoir pour SPEQ Le Devoir Inc. La Clique du Plateau pour Philippe Martin, Le Journal de Montréal pour Québecor, le Journal Métro pour Rémi Marcoux

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 12 juin 2014

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

  Notes & Références encyclopédiques: 

                                                                                                 Monsieur Denis Coderre, maire de Montréal
                                                                                               "l'homme tweete plus vite que son ombre"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes & Références encyclopédiques:

01

 

Des « pics » anti-itinérants à Montréal. Bien que marginal, le phénomène inquiète les groupes communautaires. - Sur Le Devoir, le 10 juin 2014
 

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02

 

Point chaud - «Tellement maganés, tellement malades…» Le directeur du journal L’itinéraire dresse un portrait chavirant de la vie dans la rue à Montréal - Sur Le Devoir, le 24 décembre 2012

 

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03

 

 

Le bouquet reste à venir par Lise Payette - Sur Le Devoir, le 4 janvier 2013 Extrait: «J'ai honte quand on dit qu’il y a dix mille, quinze mille, vingt mille sans-abri à Montréal qui se demandent où aller dormir quand il fait -25 degrés la nuit et que plusieurs d’entre eux n’ont même pas l’argent pour payer leurs médicaments. J’ai honte quand des vieux disparaissent pour aller mourir seuls, volontairement ou involontairement.»

 

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04

 

Petite histoire de la désinstitutionalisation au Québec et Justice et santé mentale au Québec (Douglas Hospital)

 

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