Un médecin de famille... pour 340$

1. Par Anabelle Nicoud
Pour le journal La Presse
Québec - Canada
Publié le 30 juillet 2010


2. Réplique par dr. Raynald RIOUX
" soyons réaliste"
publié le 5 août 2010


 

Ce n'est pas avec un grain de sel, mais bien avec la salière au complet qu'il faut accueillir les propos rapportés dans l'article Un médecin de famille... pour 340$ (ci-haut) sur la pratique de facturer des frais de laboratoire à un citoyen qui désire accéder aux services d'un médecin.

Le président de la Fédération des médecins du Québec, le Dr Louis Godin, déclare que c'est la condition médicale d'un patient qui doit lui donner accès à un médecin du service public. Il omet cependant de mentionner que l'hypertension, le diabète, l'hypercholestérolémie, la maladie cardiovasculaire et les conditions précancéreuses sont longtemps silencieux et que l'accès à un médecin et à des analyses est la meilleure et fréquemment la seule façon de les diagnostiquer.

Or, la pénurie médicale fait en sorte que 25% de la population n'a pas accès aux essentiels services de diagnostic, traitement et suivi de ces conditions, lesquelles sont responsables d'une proportion dominante des maladies invalidantes et mortelles. Une autre conséquence du manque de ressources est que l'attente pour obtenir un rendez-vous avec son médecin est très fréquemment de plusieurs mois.

La pénurie médicale actuelle était prévisible il y a plus de 20 ans, les indices à cet effet abondaient à cette époque. Mon diagnostic est que la situation présente est attribuable à une mauvaise gestion et à un financement insuffisant.

Dans une tentative de solution, le ministère de la Santé a investi des sommes appréciables dans la création des groupes de médecine familiale (GMF). D'après les échos que j'en ai et l'état actuel du réseau, les résultats sont loin d'être probants: ces cliniques sont saturées de patients après quelques courts mois, les tracasseries administratives y abondent et la pénurie s'aggrave.

La croissance récente des effectifs bureaucratiques au sein du Ministère a été de trois à quatre fois plus rapide que celle des effectifs médicaux ou infirmiers. Un autre exemple de gestion au Ministère: alors que les ressources actuelles ne suffisent pas à assurer un accès universel à des services médicaux de diagnostic, traitement et suivi de base, le ministre décide de faire de la procréation un droit assuré par l'État. Soupir!

La présidente de Médecins québécois pour le régime public, la Dre Marie-Claude Goulet, s'indigne du fait que certaines personnes profitent du partenariat cliniques privées - médecins publics pour faire de l'argent. Je n'y trouve personnellement rien de scandaleux: d'une part, les médecins n'y sont toujours payés que par la RAMQ pour leur travail et, d'autre part, une partie grandissante du budget alloué au Ministère est versée à sa fonction publique, laquelle ne soigne personne.

La Dre Goulet déplore de plus l'attirance que risquent d'exercer ces cliniques auprès d'un nombre croissant de patients. À cela, je répondrai: améliorez vos services et vos disponibilités... si cela est possible, mais soyez rassurée, vous ne manquerez pas de patients.

Une hypothétique révision des lois qui interdirait ce type de clinique ne manquerait pas de créer de sérieux problèmes, sans oublier qu'elle contreviendrait au principe des droits acquis.

Les médecins qui travaillent dans ces cliniques le font parce qu'ils y trouvent des conditions de travail et un environnement clérical et paramédical favorables qui ne sont pas offerts dans un milieu traditionnel de pratique.

Il est tout à fait prévisible que la disparition forcée de ces cliniques et de cet environnement ne leur permettrait plus d'assumer la responsabilité d'un même nombre de patients, d'où la création de nouveaux patients orphelins... à moins qu'ils ne choisissent l'option de se désaffilier de la RAMQ, une option qui gagne sérieusement en popularité.

Soyons réalistes: le passé étant garant de l'avenir, l'État n'aura jamais les capacités financières ni administratives pour répondre à tous les besoins.

Le gros bon sens me dit qu'il ne serait pas souhaitable de renoncer à l'accès à un service médical primaire pour un segment important de la population pour une très théorique ou philosophique question de vertu.