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Power Corporation et le pétrole «sale»
donc il s'agit de Desmarais, La Presse, Gesca et les sables bitumineux

Photo de rejets des eaux contaminés
 par l'exploitation des sables bitumineux

1. texte ci-dessous Écrit par Mathieu Turbide
Pour le Journal de Montréal
Publié le 19 décembre 2009

 

2. Réponse écrite par André Pratte,
éditorialiste au journal La Presse
Publié le 24 décembre 2009

3. Commentaire écrit par Robin Philpot
Pour l'Aut'Journal
Publié le 24 décembre 2009


4. Réponse finale écrite par Dany Doucet,
Rédacteur en chef du Journal de Montréal
Publié le 27 décembre 2009

La famille Desmarais, propriétaire de Power Corporation, a d'importants intérêts dans l'exploitation des sables bitumineux, ce pétrole «sale» qui a coûté cher à la réputation du Canada tout au long du sommet de Copenhague.

La pétrolière française Total, dans laquelle Power Corporation détient des investissements importants, compte devenir l'un des gros joueurs dans l'exploitation des sables bitumineux canadiens au cours des 30 prochaines années.

Avec ses deux sites en exploitation, deux projets en cours de réalisation et plusieurs terrains loués au gouvernement albertain pour du forage exploratoire, Total peut espérer tirer un minimum de 5 milliards de barils de pétrole des sables au cours de cette période.

Total a déjà investi 6 milliards $ au Canada par l'intermédiaire de sa filiale Total Canada et projette d'investir 20 milliards $ dans les sables bitumineux au cours des 20 prochaines années.

Paul Desmarais Jr, président du conseil et co-chef de la direction de Power Corporation, siège depuis 2002 au conseil d'administration de la pétrolière Total. Il en est le seul membre canadien. Power, par l'intermédiaire de son holding d'investissement Pargesa, détient une participation majeure dans le Groupe Bruxelles Lambert (GBL), le plus important actionnaire individuel de la pétrolière Total.

La Presse défend les sables

Dans la foulée du sommet de Copenhague, l'exploitation des sables bitumineux au Canada et la volonté du gouvernement Harper de limiter au minimum les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, la position du journal La Presse a attiré l'attention.

Le journal de l'empire Power a vertement critiqué le premier ministre du Québec, Jean Charest, après que celui-ci eut remis en question la position d'Ottawa sur ses objectifs de réduction, l'enjoignant à «aller plus loin».

L'éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte l'a notamment accusé Jean Charest d'être irresponsable et d'avoir tenu des propos «consternants». La chroniqueuse Lysiane Gagnon a qualifié l'attitude du premier ministre de «franchement puérile», soutenant que les sables bitumineux payaient les garderies et les universités québécoises. Puis, hier, le chroniqueur Alain Dubuc en rajoutait, reprochant à M. Charest de se livrer à un «provincialisme primaire».

D'ailleurs, en après-midi, hier, alors qu'il se préparait à quitter Copenhague, Jean Charest a nuancé son discours. «La position fédérale a évolué dans la dernière année, il faut le noter pour être équitable», a déclaré M. Charest.

Michaud n'est pas surpris

Yves Michaud, qui dénonce depuis plusieurs années l'utilisation que Power Corporation fait de ses journaux, avoue ne pas être surpris par ces prises de position soudaines de La Presse en faveur de l'exploitation des sables bitumineux.

«Ils n'ont même besoin de le demander. La Presse sait très bien ce qu'elle doit faire pour protéger les intérêts de ses patrons», soutient M. Michaud, qui mène une bataille pour obtenir, à titre d'actionnaire de Power, la divulgation des états financiers des filiales comme Gesca, l'entreprise qui regroupe des journaux de Power.

À son avis, les questions environnementales ne sont pas une priorité pour Power Corporation.

* Le porte-parole de Power Corporation n'a pas répondu à notre appel, hier.

* Power détient 50% du holding Parjointco, dont la filiale Pargesa détient à 50 % le Groupe Bruxelles Lambert (GBL). GBL est le plus important actionnaire de Total, contrôlant 4% des parts

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2. La Presse et le pétrole
écrit par André Pratte


Le Journal de Montréal a publié samedi et mardi des textes insinuant que des éditorialistes et chroniqueurs de La Presse «défendent l'exploitation des sables bitumineux» en raison des actions que détient le propriétaire de La Presse, Power Corporation, dans la multinationale Total, impliquée dans d'importants projets en Alberta*. Par ces insinuations, notre concurrent déforme les propos des journalistes attaqués et entache injustement leur réputation.

Prétendre que «La Presse défend les sables», c'est faire fi des nombreux reportages que notre chroniqueur en environnement, François Cardinal, a publiés sur le sujet au cours des dernières années. François a notamment signé une série sur «L'Alberta saoudite», l'an dernier, faisant état de «la ruée vers le pétrole sale». À notre connaissance, aucun journaliste québécois n'a documenté avec autant de soin et de constance le problème des émissions de gaz à effet de serre produites par l'exploitation des sables bitumineux. 

Par ailleurs, les chroniqueurs et l'éditorialiste cités n'ont jamais défendu inconditionnellement l'exploitation des sables albertains. Ils ont plutôt appelé à une exploitation responsable de cette ressource, visant à préserver l'environnement tout en profitant des retombées économiques formidables de cette industrie, notamment pour le Québec.

Dans le texte même dont le Journal de Montréal n'a cité que deux mots, Alain Dubuc écrivait: «L'idée, ce n'est pas de fermer le robinet du pétrole provenant des sables bitumineux, mais de trouver un rythme de croissance compatible avec les enjeux du réchauffement climatique. (...) Si on multiplie les gestes pour protéger les sables bitumineux, il est assez évident que ce sont d'autres provinces et d'autres industries qui supporteront le fardeau. Et ça, ça pourrait coûter très cher aux conservateurs.»

Lysiane Gagnon, pour sa part, n'a pas fait l'apologie de cette industrie, mais a simplement rappelé un fait indéniable: c'est en partie grâce au pétrole albertain que «le Québec peut se permettre de vivre au-dessus de ses moyens».

J'ai pour ma part toujours défendu un point de vue modéré à ce sujet, exprimé notamment le 27 novembre dernier: «Si M. Harper et son ministre de l'Environnement, Jim Prentice, montraient plus de conviction dans ce dossier (les changements climatiques), les Canadiens seraient mieux disposés à entendre leurs arguments à ce sujet. On les croirait davantage, aussi, s'ils travaillaient d'arrache-pied pour convaincre et aider le gouvernement de l'Alberta et l'industrie pétrolière à trouver des façons d'exploiter les sables bitumineux de façon moins dommageable pour l'environnement.»

Voilà ce que nous aurions dit aux gens du Journal de Montréal s'ils avaient pris la peine d'appeler La Presse pour obtenir notre version. Malheureusement, ils ne l'ont pas fait. Rappelons que dans les importants jugements qu'elle a rendus mardi sur la liberté de la presse, la Cour suprême souligne que «dans la plupart des cas, il est intrinsèquement injuste de diffuser des allégations de fait diffamatoires sans donner à la personne visée la possibilité de répondre». La Cour a aussi rappelé que «la liberté d'expression n'autorise pas à ternir les réputations». Or, c'est bien ce que notre concurrent a fait en imputant l'opinion de nos éditorialistes et chroniqueurs à leur prétendue servilité à l'égard de l'entreprise propriétaire de La Presse.

Dans le monde de l'information au Québec, l'année 2009 a été marquée par la collaboration qui s'est établie entre les journalistes de différents médias enquêtant sur les allégations de collusion et de corruption dans la construction et dans le monde municipal. Cette solidarité a été dictée par l'importance primordiale que ces médias accordent à l'intérêt public. Il est triste que cette grande année pour le journalisme québécois s'achève par une attaque aussi basse et mal fondée que celle du Journal de Montréal contre des collègues journalistes.

* L'intérêt financier de Power dans Total est de moins de 0,5%.

3. Power et Total : André Pratte ment !
Extrait de L'Aut'Journal
Écrit par Robin Philpot auteur d'un livre sur fondateur de Power corporation, Paul Desmarais

Paul Desmarais Jr, président de Power Corp et membre du c.a. de Total. Photo-montage: Journal de Montréal

Dans sa réplique concernant les intérêts de son patron Desmarais dans la pétrolière Total, 4e plus importante au monde, André Pratte écrit que l’intérêt de Power dans Total est de moins de 0,5%.

Or, le Groupe Bruxelles-Lambert, qui est contrôlé par les Desmarais et leurs éternels associés, les Frère de la Belgique, est l’actionnaire de référence de la pétrolière Total.
 

De ce fait, deux des plus importants dirigeants du Groupe Bruxelles-Lambert sont aussi membres du Conseil d’administration de Total, dont Paul Desmarais Jr.Aussi, les investissements du Groupe Bruxelles-Lambert dans la pétrolière Total représentent près du tiers de l’actif net ajusté de ce groupe.

Il va donc sans dire que Power Corporation compte BEAUCOUP sur Total pour continuer à croître.

Et Total compte ÉNORMÉMENT sur les sables bitumineux de l’Alberta.

4. Power, La Presse et le pétrole sale
Écrit par Dany Doucet
Rédacteur en chef du Journal de Montréal

S'il y a une chose qu'un éditorialiste de La Presse ne devrait jamais faire, c'est donner des leçons de journalisme aux autres.

C'est pourtant ce que vient de se permettre l'éditorialiste en chef du quotidien de la rue Saint-Jacques, qui a consacré tout son éditorial d'avant Noël au Journal de Montréal.

Laissez-moi vous raconter ce qui est à l'origine de ces remontrances, histoire que je vous invite d'ailleurs à raconter aux lecteurs de La Presse que vous pourriez rencontrer dans vos familles à l'occasion du temps des Fêtes, car ce n'est certainement pas dans leur journal qu'ils pourront la lire.

Dans la foulée des négociations de Copenhague sur le réchauffement climatique, où le Canada s'est fait montrer du doigt à cause de l'exploitation de ses sables bitumineux, Le Journal de Montréal a d'abord rappelé une information d'intérêt public, que peu de gens connaissent et
qu'ils devraient savoir: que la famille Desmarais, propriétaire de Power Corporation, a d'importants intérêts dans l'exploitation des sables bitumineux, ce pétrole «sale», ce désastre écologique, probablement le pire sur la planète présentement, a des ramifications jusqu'ici.

En effet, la famille du milliardaire Paul Desmarais, propriétaire de l'empire Power Corporation et de sept des dix quotidiens francophones du Québec, dont La Presse, est celle au Québec qui a le plus d'intérêts financiers dans le développement des sables bitumineux. Par le biais de ses filiales, Power est l'un des principaux actionnaires de la multinationale française du pétrole Total. Or, Total est impliquée dans quatre gros projets d'exploitation de sables bitumineux qui pourraient lui rapporter cinq milliards de barils de pétrole au cours des 30 prochaines années. Un des membres de la famille a même été nommé au sein du conseil d'administration de Total et détient donc un réel pouvoir de décision au sein de cette entreprise.

Peu de gens savent tout ça, incluant une chroniqueuse de La Presse qui nous a écrit cette semaine pour nous dire, très candidement, qu'elle-même l'ignorait. Remarquez que ce n'est certainement pas dans les quotidiens de Power qu'elle aurait pu l'apprendre.

UN DRÔLE DE HASARD

Le Journal de Montréal a ensuite publié une chronique dans laquelle il était souligné que, par un drôle de hasard, deux chroniqueurs et l'éditorialiste en chef de La Presse avaient coup sur coup pris position en faveur des sables bitumineux en raison de ce qu'ils apportent comme revenus au Canada et au Québec. On a même pu lire que si le Québec pouvait se permettre des garderies à sept dollars, c'était en partie grâce aux sables bitumineux. Voici un bel argument pour convaincre une petite famille des bienfaits des sables bitumineux, non ?

Le problème, c'est que tout ce beau monde a «oublié» d'écrire que le propriétaire de leur journal avait tout intérêt à ce que rien ne vienne perturber l'exploitation des sables bitumineux. Quand on prend chaque jour plusieurs pages d'un journal pour dire au monde quoi penser, le minimum est de déclarer les intérêts de la maison: les siens, ceux de ses patrons et de ses propriétaires.

Donc, pour revenir au cours d'éthique 101 de monsieur le professeur, on repassera.

J'AI ARRÊTÉ DE COMPTER

Le pire dans tout ça, c'est que l'éditorialiste nous reproche d'avoir publié une chronique sans avoir cherché à obtenir la version de La Presse.

Pardon? C'est nouveau ça?

Savez-vous combien de fois des chroniques au sujet du Journal de Montréal La Presse a publiées ces dernières années, sans jamais nous demander notre version? J'ai fait une petite recherche et après vingt-cinq, j'ai arrêté de compter.

Et la dernière fois, savez-vous c'est quand? Seulement sept jours avant la leçon de journalisme de La Presse... Un chroniqueur consacrait alors tout son espace au Journal de Montréal dans lequel, dans une conclusion des plus tordues, il écrivait que nous étions une «menace pour notre démocratie», rien de moins. Ça, c'est de la liberté d'expression, monsieur! Remarquez que lorsque n'importe qui peut, du jour au lendemain, tenir une chronique sur n'importe quoi, c'est ça qui arrive.

La Presse n'a vraiment de leçon à donner à personne.

P.S. Cela fait dix ans que nous téléphonons en vain chez Power Corporation pour obtenir une entrevue.

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