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Un cauchemar écologique
Les sables bitumineux de l'Alberta

L'Alberta se positionne comme un joueur majeur avec ses sables bitumineux. Afin d'étancher la soif d'or noir des Américains, la province canadienne entend accélérer l'exploitation de sa ressource.



Société Radio-Canada Nouvelles
Mise à jour le mercredi 24 janvier 2007 à 9 h 53
photo de la rivière Athabaska
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Si l'hypothèse d'une production de cinq millions de barils de pétrole par jour devait se concrétiser, l'Alberta deviendrait un cauchemar écologique, craint le directeur général de Greenpeace Québec, qui se base sur les problèmes existants avec une production actuelle de un million de barils par jour.

Une des grandes inquiétudes concerne les prélèvements d'eau de la rivière Athabaska par l'industrie: deux fois la quantité d'une ville comme Calgary avec plus de un million d'habitants. Et puis, il y a ce qu'on fait de l'eau, une fois souillée dans le processus de séparation du sable et du bitume. Le mélange toxique est rejeté dans d'énormes bassins de décantation retenus par des digues, parfois situées à quelques dizaines de mètres seulement de la rivière Athabaska. Ces bassins font aujourd'hui plus de 50 kilomètres carrés, la superficie du lac Memphrémagog. Nuit et jour des coups de canon résonnent pour effrayer les animaux et les empêcher de s'approcher, car cette soupe chimique leur serait fatale.

Déjà, les autochtones de la réserve de Fort McKay ne peuvent plus pêcher dans la rivière Athabaska parce que l'eau est trop polluée. Nombre d'entre eux tombent malades à cause de la pollution de l'air. Puisqu'ils ne peuvent plus subvenir à leurs besoins par leurs moyens traditionnels, le conseil de bande a décidé, après avoir combattu pendant des années l'expansion des projets de sables bitumineux, de baisser les bras. Il tend la main à Shell et se lance dans l'extraction des 500 millions de barils de pétrole qui se trouvent sous la réserve

L'autre grande inquiétude concerne les gaz à effet de serre, que les cheminées de la région crachent par millions de tonnes. C'était 16 millions il y a dix ans. En 2010, ce sera quatre fois plus: 65 millions de tonnes. Une grande partie de ces émissions vient de la consommation astronomique de gaz naturel utilisée pour chauffer les sables bitumineux: actuellement, 600 millions de pieds cubes par jour. Dans cinq ans, ce sera 2 milliards. D'autres sources d'énergie sont à l'étude. La compagnie française Total a évoqué une centrale nucléaire. On parle aussi et surtout du charbon, grand émetteur de CO2.

Rien pour rassurer les écologistes, comme la militante albertaine Martha Kostuch, qui souligne que sa province exporte sa pollution de l'air vers les provinces de l'Est du pays, causant des pluies acides. Si elle a été, pendant 25 ans, une des rares voix à s'élever dans l'Ouest, une majorité d'Albertains s'inquiète aujourd'hui de la situation, disent les sondages.

Des groupes comme le Parkland Institute, à Edmonton, plaident pour que le Canada se donne une véritable politique énergétique qui s'affranchisse du marché américain. Pays plus grand et plus froid que les États-Unis, le Canada devrait accorder son énergie en priorité aux Canadiens des générations futures, fait valoir David Schindler, de l'Université de l'Alberta. Il regrette que les profits tirés de l'exploitation de cette ressource aient fasciné les gens, alors que son héritage environnemental échappe à l'examen public.

En s'engageant à nourrir l'appétit américain, le Canada risque de s'éloigner irrémédiablement de ses engagements à lutter contre les changements climatiques. Telle est la conviction de celle qui agit comme chien de garde du gouvernement fédéral en matière d'environnement, la commissaire à l'environnement et au développement durable, Johanne Gélinas.

Or, rien dans les décisions prises par le gouvernement Harper depuis un an ne contribue à ralentir cette croissance. Au contraire, ses engagements auprès de Washington et ses actions en matière d'environnement témoignent d'une volonté d'accélérer le mouvement.

La question de l'environnement, particulièrement la lutte contre le réchauffement climatique, s'annonce comme un des principaux enjeux des prochaines élections fédérales. C'est donc aussi l'avenir des sables bitumineux qui se trouvera dans la balance.

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Power Corporation et le pétrole «sale» donc il s'agit de Desmarais, La Presse, Gesca, Sables bitumineux

Projet de forage exploratoire sur le site Old Harry dans le golfe Saint-Laurent, de plus en plus probable

  Liste des principaux cas de pollution par le pétrole en continu

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