Nigeria: les négociations d'amnistie interrompues par un attentat
La pétrolière "Total" menacée par un groupe armé au Nigeria

Par Isabelle de Foucaud
Pour le journal Le Figaro
France-Europe
Publié le 15 mars 2010

Deux explosions ont visé lundi un bâtiment gouvernemental dans la région pétrolifère du delta du Niger au du Nigéria où se tenaient des négociations en vue d'un accord d'amnistie avec les militants de la région, a rapporté un porte-parole du gouvernement.

Deux personnes ont été blessées dans le double attentat qui a eu lieu dans la ville de Warri, a déclaré Linus Chima, un porte-parole de l'État du Delta du Niger. Il semblerait que les deux bombes aient été placées dans des voitures stationnées près du siège du journal "Vanguard" où se tenaient les pourparlers pour l'accord d'amnistie, a-t-il précisé.

"Je pense que c'est une tentative délibérée pour saboter les pourparlers de paix", a estimé M. Chima.

Dans un communiqué diffusé à la presse quelques minutes avant l'attentat, le Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger (MEND) avait annoncé avoir posé trois explosifs autour du bâtiment.

"La malhonnêteté d'un dialogue et de conférences sans fin ne sera plus toléré", a affirmé le principal groupe militant de la région dans son communiqué. "Les terres du peuple du delta du Niger ont été volées par les compagnies pétrolières et le nord du Nigeria d'un coup de crayon", a-t-il ajouté. Le MEND a également promis de nouvelles attaques contre les compagnies pétrolières dans la région dans les prochains jours.

Le MEND est en lutte contre le gouvernement depuis 2006, avec pour principale dénonciation le «vol des terres des peuples du delta du Niger par les compagnies pétrolières», le Mend a notamment menacé de s'en prendre aux installations du groupe Total, qui «jusque là avait été épargné». Contrairement au géant anglo-néerlandais Shell, dont une station de pompage a subi une attaque à l'explosif le 3 mars dernier, ou le groupe américain Chevron, dont un oléoduc a été pris d'assaut par des hommes armés en janvier. Le groupe revendique une meilleure répartition des richesses issues de l'exploitation du pétrole dans le delta du Niger.

La région a retrouvé le calme depuis le début des négociations autour d'un accord d'amnistie proposé par le gouvernement. L'arrivée au pouvoir de Goodluck Jonathan, premier président en exercice originaire de cette région pétrolifère, est également considérée comme un signe positif par les militants du MEND.

Échec de la politique d'amnistie

Les menaces à l'encontre des infrastructures pétrolières ont repris de plus belle dans cette région très riche en hydrocarbures, signalant l'échec de l'offre d'amnistie du président nigérian Umaru Yar'Adua l'année dernière. Fin janvier, en effet, le Mend a annoncé la fin de son cessez-le-feu illimité, décrété le 25 octobre 2009. «Dans les prochains jours, nous allons perpétrer un certain nombre d'attaques ciblant les infrastructures et les compagnies pétrolières dans le delta du Niger», prévient le groupe militant dans son communiqué.

Les installations de Total en ligne de mire

De son côté, Total a relativisé ces menaces. Selon une source interne, citée par l'AFP, le groupe a essentiellement des installations offshore, donc moins vulnérables, au Nigeria. Total est présent dans le pays depuis près de cinquante ans, et opère dans le cadre d'une joint-venture et d'un accord de partage de production avec la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC). Total détient également des participations dans d'autres projets.

En 2008, la production de Total en Afrique s'est élevée à 783.000 barils équivalents pétrole par jour soit 33% de la production totale du groupe. Outre le Nigeria, Total produit également en Algérie, en Libye, au Cameroun, au Gabon, en République du Congo et en Angola. Vers 17h, le titre Total cède 0,81%, à 42,47 euros, dans un marché en baisse de 0,4%.