Shell blâmée au Nigéria

Écrit par RueFrontenac.com
Affaires - Entreprises
Publié le  Vendredi, 18 décembre 2009
Le journal Internet des lock-outé de Quebecor

 

 

La dernière livraison du bulletin aux investisseurs du Groupe Investissement responsable (GIR) basé à Montréal note que l’image et la réputation de Shell se sont dégradées au cours de cette année, qui a été marquée par des poursuites hautement médiatisées relatives à ses activités au Nigéria et la publication de rapports sur l’effet de ses pratiques sur l’environnement et les droits humains.

La campagne menée par Amnesty International, particulièrement en Europe, aura également contribué à ternir l’image de la société pétrolière anglo-néerlandaise.

Poursuites aux Pays-Bas

Plusieurs médias ont fait état de la comparution de Shell et de sa filiale nigériane, Shell Petroleum Development Company (SPDC), devant un tribunal civil de La Haye, le 3 décembre 2009. L’entreprise est poursuivie par quatre Nigérians, provenant de trois villages situés dans le delta du Niger, qui souhaitent qu’elle soit tenue responsable des fuites d’un oléoduc qui auraient causé d’importants dommages environnementaux. Les plaignants lui reprochent sa négligence, qui aurait entraîné la dévastation de terres agricoles et la pollution d’eau potable et d’étangs à poissons. Les déversements auraient aussi eu un effet sur la santé des habitants et leurs sources de revenus. Les plaignants réclament des dédommagements, un meilleur entretien des oléoducs et le nettoyage des sites contaminés.

Sabotage ou négligence?

Alors que les villageois jugent que les fuites résultent d’un mauvais entretien des pipelines et de leur corrosion, Shell affirme qu’elles sont le fruit d’actes de sabotage. L’Agence France-Presse (AFP) rapporte que, selon un document publié par Shell le 9 décembre, en 2008, « les sabotages se sont traduits par le déversement d’au moins 48 000 barils de pétrole au cours de 140 incidents… ». D’après SPDC, le volume des déversements se serait accru en 2008, car les populations locales retarderaient ses interventions pour arrêter les fuites et les nettoyer.

Un porte-parole de Shell, André Romeyn, a aussi déclaré à l’AFP qu’il « n’y a aucune raison de juger cette affaire aux Pays-Bas. L’affaire concerne des faits qui se sont produits au Nigeria et une société nigériane. »

Le tribunal devra d’ailleurs se prononcer sur sa compétence avant de pouvoir examiner la responsabilité de Shell dans cette affaire. Il rendra sa décision d’ici la fin de l’année ou au début de la prochaine. D’après les Amis de la Terre, plus de 500 litiges auraient opposé Shell à des Nigérians devant la justice nigériane, mais peu d’entre eux auraient mené au versement de compensations, a rapporté l’Associated Press.

Shell, la plus polluante

Les plaignants sont soutenus par les Amis de la Terre des Pays-Bas. Il faut rappeler qu’en juin 2009, les Amis de la Terre, Oil Change International et PLATFORM publiaient un rapport sur la contribution de Shell aux changements climatiques. D’après ce rapport, Shell est désormais la société pétrolière ayant la plus forte intensité carbonique : « pour chaque baril de pétrole qu’elle produira dans le futur, Shell contribuera davantage au réchauffement climatique que toute autre entreprise pétrolière. »

Cela s’expliquerait par ses investissements dans des sources d’énergie produisant plus d’émissions de gaz à effet de serre (GES), tels le pétrole issu des sables bitumineux, le gaz naturel liquéfié et le pétrole brut du Nigeria, auquel sont associés des niveaux élevés de gaz torchés. De plus, Shell a cessé d’investir dans les énergies renouvelables, à l’exception des biocarburants, lesquels poseraient aussi des problèmes environnementaux.

Contradictions

Les organisations confrontent ce bilan environnemental peu reluisant au discours de Shell et, plus particulièrement, aux tentatives de son ancien chef de la direction, Jeroen van der Veer, de verdir l’image de l’entreprise.

Pour Paul de Clerck, des Amis de la Terre International, « Shell tente de se dépeindre comme une entreprise durable alors qu’en réalité, c’est le plus sale des producteurs de pétrole. Elle continue de réaliser d’énormes profits, mais soutient encore qu’elle ne peut pas se permettre de payer pour des mesures plus efficaces de réduction des émissions de dioxyde de carbone. »

À la demande du Business and Human Rights Resource Centre, Shell a réagi à ce rapport en présentant entre autres les progrès réalisés pour réduire les émissions de GES des installations qu’elle contrôle ou exploite et les investissements de SPDC pour diminuer le torchage des gaz au Nigeria. Shell mentionne aussi ses efforts pour qu’une réglementation « efficace » soit adoptée, réglementation qui devrait s’attaquer aux changements climatiques tout en s’assurant que les besoins en énergie soient satisfaits