Shell: Du sang pour du pétrole?
Accusé d'avoir participé à l'exécution de neufs militants des droits de l'Homme, par l'armée nigériane en 1995, le groupe pétrolier Shell devait comparaître devant un tribunal de New-York. L'audience, prévue le 27 mai, avait été repoussée sine die. Pour éviter le procès, la compagnie a finalement signé un accord de 15,5 millions de dollars avec les familles des victimes.

 JDD.fr
Journal Internet France
25 Juillet 2009

 

Pour le journal Libération, qui l'annonce mercredi, c'est un aveu. Un aveu de 15,5 millions de dollars (soit 11 millions de dollars). Malgré ses multiples protestations d'innocence, en effet, le groupe pétrolier Shell vient finalement de signer un accord à l'amiable pour dédommager les familles de neufs personnes assassinées au Nigeria, en 1995, et s'éviter ainsi un procès. Accusée de crimes contre l'Humanité en Afrique, la compagnie américano-néerlandaise devait comparaître devant un tribunal fédéral américain le 27 mai 2009, pour y répondre de sa participation au meurtre de ces neufs activistes anti-pétroliers. Plus précisément, elle était accusée d'être impliquée auprès des militaires nigérians responsables de ces exécutions, raconte Le Monde. Au dernier moment, l'audience à New-York avait été reportée sine die, sans explications.

Parmi les neuf militants des droits de l'Homme assassinés, figurait Ken Saro-Wiwa, écrivain de renom et auteur d'une série télé à succès au Nigeria. Né en 1941, cet ancien administrateur de région dans le delta du Niger était un observateur avisé des problèmes qu'y rencontrait la population. A plusieurs reprises, au cours des années 90, il avait d'ailleurs annoncé, dans des articles, l'imminence d'une guerre dans la région -guerre qui se déclenchera finalement en 2004. Rejoignant ensuite le Mouvement pour la survie du peuple Ogoni (Mosop), une organisation implantée dans le sud du delta -mortellement pollué par les extractions de pétrole- Ken Saro Wiwa, devenu écrivain, avait alors entamé son combat contre Shell.

Corruption et pendaisons

Pendant cinq ans, poursuit le correspondant du Monde à Nairobi, ce partisan de la non-violence s'était battu pied à pied contre l'exploitation anarchique des ressources de son pays par la compagnie pétrolière. Et le combat avait fini par payer. En 1993, le Mosop réussissait à faire stopper les activités de la filiale locale de Shell. Mais leur coup d'éclat n'arrangeait pas du tout les affaires de la junte nigériane, à la tête de laquelle se trouvait le général Sani Abacha. Et les ennuis avaient commencé? Le 21 mai 1994, quatre responsables ogonis, pourtant considérés comme "modérés", se faisaient lyncher dans des circonstances étranges. Quelques jours plus tard, Ken Saro Wiwa et huit de ses compagnons étaient arrêtés. Après un simulacre de procès -les juges avouant plus tard qu'ils avaient été corrompus- les neuf étaient condamnés à mort et pendus. C'est là que Shell était mis en cause. Est-ce le groupe qui a corrompu les juges? Avait-il des liens avec les militaires qui ont férocement réprimé dans la région du delta? Shell nie tout en bloc. Pour l'accusation c'était pourtant certain: dans sa quête effrénée de l'or noir du Nigeria, le groupe pétrolier n'a pas hésité à se salir les mains. Les 15,5 millions de dollars d'indemnités versées aux familles ne font pas disparaître ces accusations.