Le Mend, Le Mouvement d'émancipation du delta du Niger
le groupe armé qui pèse sur l'avenir pétrolier du Nigeria

Romandie News
13 juillet 2009 17h46

 

LAGOS - Le Mouvement d'émancipation du delta du Niger (Mend), qui a mené pour la première fois depuis son apparition en 2006 une spectaculaire opération à Lagos, la capitale économique du Nigeria à des centaines de kilomètre du Delta pétrolier du Niger (sud) est depuis trois ans la bête noire du pouvoir.

Depuis son apparition, le Mend, qui se complaît dans le rôle de "Robin des bois" du Delta, a totalement bouleversé la donne: en multipliant attaques, enlèvements d'expatriés et sabotages sur terre et sur mer, ce groupe bien équipé et fortement armé a fait perdre au pays environ un quart de sa production quotidienne d'or noir en 2007 et 2008 ainsi que sa place de premier producteur africain, au profit de l'Angola.

Actuellement, la production oscille autour de 1,8 million de barils/jour alors qu'il y a deux ans elle tournait toujours autour de 2,6 mbj et que les autorités ambitionnaient d'atteindre 4 mbj en 2010, un objectif jugé aujourd'hui totalement irréaliste pour la majorité des spécialistes.

Le Mend entretient la pression grâce à une rhétorique bien huilée et un "plan communication" efficace avec les médias locaux et étrangers, grâce à l'internet. Il donne ainsi des noms ronflants à ses "campagnes" dont l'objectif est de "ruiner l'industrie d'exportation pétrolière": opération "Ouragan" (Hurricane) en 2009, "Opération Cyclone" ou "Barbarossa" en 2008.

Via internet, il répond du tac au tac à chaque initiative des autorités, la plupart du temps pour les tourner en dérision, dénoncer la corruption et annoncer de nouvelles actions.

Le ministre des Affaires étrangères italien Franco Frattini vient tenter de vendre du matériel militaire au Nigeria en février ? Le Mend en a immédiatement vent et menace les intérêts italiens dans le pays, notamment le pétrolier Agip.

Le président russe Dmitri Medvedev arrive au Nigeria pour renforcer la coopération gazière bilatérale et investir des milliards de dollars ? Le Mend fait sauter un oléoduc de Shell et lui envoie le message que tous les oléoducs et gazoducs à venir subiront le même sort.

Le président Umaru Yar'adua propose une amnistie ? Tout en la rejetant, le groupe armée conseille à tous les malfaiteurs du pays de venir dans le Delta pour en profiter. "N'oubliez pas de prendre des noms qui sèment la terreur du genre Oussama ben Laden, 9/11, Taliban, Mujahiddin, etc", ironise-t-il.

Ce climat d'insécurité a poussé la plupart des multinationales à évacuer du delta du Niger l'essentiel des personnels expatriés et leurs familles.

Personne ne sait exactement qui se cache derrière ce groupe qui se présente comme le champion de la cause ijaw, une ethnie de 14 millions de personnes. On ignore également tout de ses effectifs et de son financement.

Le Mend qui opère dans une zone extrêmement difficile à sécuriser, essentiellement des marécages et des criques, présente ses hommes comme des "combattants de la liberté" qui ne veulent "pas tuer leurs frères militaires". Ses ennemis: le gouvernement fédéral et les compagnies pétrolières étrangères, notamment Chevron, Shell et Agip.

Et face à ce mouvement, dont un des chefs charismatiques Henry Okah vient d'être libéré sans aucune charge après deux ans de prison après avoir accepté l'amnistie présidentielle, le pouvoir fédéral semble hésiter en permanence entre la méthode douce et la manière forte, craignant s'il choisit cette dernière option de déclencher un cycle infernal de représailles et de sabotages qui mettraient encore plus à mal une production déjà déclinante.