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Feu dans un centrale nucléaire: les câbles obsolètes ne sont toujours pas remplacés
Une négligence criminelle qui perdure 38 ans plus tard

Pendant que la faune politique libérale de la Mauricie, les syndicats chez Hydro-Québec et la firme SNC/Lavalin continuent leur lutte d'arrière-garde pour maintenir ouverte la centrale nucléaire de Gentilly à Bécancour même si elle est obsolète, voilà qu'un autre exemple s'ajoute au lourd dossier de sécurité de l'industrie nucléaire mondiale. Cette fois le cas est documenté au Japon et aux États-Unis-d'Amérique. La preuve est maintenant faite hors de tout doute, malgré un discours rassurant, l'industrie nucléaire choisit toujours ses profits avant le respect des règlements de sécurité. Quant au Canada pour le moment la situation ne semble pas être documentée.

Treize réacteurs japonais sur 50 et 47 réacteurs états-uniens sur 51 seraient toujours équipés de câbles inflammables malgré une réglementation ad hoc établie en 1980.

L’Agence de Sécurité Nucléaire Japonaise NRA vient de révéler que ces 13 réacteurs parmi les plus anciens pourraient être définitivement arrêtés car la majeure partie de leurs installations de contrôle-commande n’utiliserait pas de câblages électriques pare-feu.

En poussant l'enquête et « grattant » un peu, l’affaire remonterait en fait à… 1975 !

Extrait du journal japonais The Mainichi

Des câbles vétustes ne répondant pas aux normes anti-incendie établies dès 1980

D’après la NRA, l’ensemble des câbles de contrôle-commande ( 01 ) serait susceptible de transmettre un incendie au niveau des différents circuits de l’îlot nucléaire ( 02 ).

Un précédent : l’incendie de Brown Ferry 1 et 2 en 1975

L’incident à l’origine des normes anti-incendie des câblages s’est produit le 22 mars 1975 dans la salle inférieure de l’unité de contrôle-commande de la centrale nucléaire de Browns Ferry (USA) ( 03 ) : un opérateur mandaté pour rechercher des prises d’air sous la salle de contrôle-commande commune des unités n°. 1 et 2 avait alors utilisé une bougie (sic) pour rechercher l’origine de fuites d’air pouvant véhiculer de la radioactivité depuis le niveau 1 des bâtiments-réacteurs vers la salle des opérateurs.

Le technicien ayant approché sa flamme un peu trop près d’un câble électrique, ce dernier s’est enflammé et a été à l’origine d’un incendie qui a « remonté » les câbles électriques jusqu’au bâtiment-réacteur pour endommager gravement le circuit de refroidissement d’urgence des réacteurs n°. 1 et, de manière moins sévère, de l’unité n°. 2. Le feu s’est alors propagé le long des câbles durant sept heures sans que personne ne puisse intervenir !

Les dégâts créés par l’incendie de 1975 dans le bâtiment-réacteur de l’unité n°. 1 de Browns Ferry (NRC)

La situation était alors extrêmement critique : il fallait à l’évidence stopper le réacteur afin d’intervenir sur l’incendie qui couvait et progressait lentement, menaçant d’affecter des éléments vitaux des deux unités, mais il s’avérait en pratique impossible de le faire car le circuit censé refroidir rapidement le réacteur après l’arrêt d’urgence ne fonctionnait plus, détruit par l’incendie !  L’état de l’unité n°. 1 fût finalement stabilisé après bien des efforts une quinzaine d’heures environ après le début de l’incendie.
( 04 )

Il est maintenant connu que les organismes de régulation autant canadiens, japonais ou états-uniens sont d'une lenteur proverbiale pour édicter de nouveaux règlements suite à des incidents de sécurité dans les centrales nucléaires. Il faut savoir qu'en général les commissaires proviennent de l'industrie nucléaire et/ou y retourneront après leur mandat à ce genre de commission.

Dans le cas présent, les nouvelles normes de Fire Protection Program furent élaborées 6 années plus tard…

Une négligence criminelle

Suite à cet accident qui aurait pu, selon l’Union of concern scientist UCS ( 05 ), très, très mal tourner, l’arrêt de l’unité ayant alors tenu à l’inventivité et à la débrouillardise ( 06 ) des employés.es de Browns Ferry, la NRC ( 07 ) mit environ 6 années pour établir de nouvelles normes de sécurité qui ne sont pas appliquées systématiquement à ce jour pour une raison que nous allons exposer ci-dessous.

Et le plus savoureux dans cette affaire est que la centrale de Browns Ferry elle-même, toujours en activité à ce jour, n’a toujours pas appliqué les nouvelles normes à ses propres installations en procrastinant année après année leur déploiement effectif,  ( 08 ) un artifice que l’Union des scientifiques inquiets UCS (via ATN) appelle non sans une certaine tonalité peu courante ( 09 ) :

«

« une négligence criminelle »
        
- Union of concern Scientist

»
 

Des règles très peu appliquées, y compris aux USA !

Toujours selon l’UCS, 47 des 51 réacteurs anciens concernés aux USA n’auraient tenu aucun compte des nouvelles réglementations anti-incendie édictées par la NRC en 1980 puis revues en 2004. Les opérateurs auraient volontairement traîné les pieds afin d’échapper à la réalisation de travaux très importants sur des unités vieillissantes ; la NRC n’aurait évidemment pas adopté, dans sa ligne de conduite habituelle, de mesures contraignantes sur les opérateurs, action qui confirme définitivement s’il en était besoin le manque criant d’indépendance de cet organisme « de régulation ».

Au Japon, 1000 à 2000 km de câbles électriques à remplacer par réacteur concerné

Sur les unités anciennes, les câbles concernés seraient enrobés de couches internes en Polyéthylène ou en Vinyle, deux éléments inflammables et susceptibles de propager un incendie malgré tous les artifices utilisés ultérieurement par les opérateurs pour tenter de « durcir » les câbles concernés en les entourant par exemple de composés inertes à base de résine.

Si une couche externe inerte peut effectivement retarder le développement des flammes à l’extérieur des câbles, elle ne peut à l’évidence pas agir sur la propagation d’un incendie à l’intérieur même des câbles par le support des éléments inflammables. Or, c’est exactement ce qui s’était passé en 1975 : les flammes avaient pénétré dans le Bâtiment-réacteur depuis le bâtiment annexe en suivant le chemin des câbles de contrôle-commande.

La longueur cumulée des câbles qu’il faudrait ainsi remplacer est estimée à plusieurs milliers de kilomètres et le coût cumulé de leur remplacement ( 10 ) pourrait atteindre des niveaux d’investissement si élevés que les opérateurs Japonais, d’après le Mainichi, ne seraient pas prêts à assumer, ce qui pourrait forcer les électriciens Japonais concernés à « éteindre » définitivement les réacteurs.
 

Sources: Union of concern scientist, All  things nuclear, Adams Web search, Gen 4, The Mainichi Shimbun du Japon

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication :3 janvier 2012

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

  Le président d'Hydro-Québec Thierry Vandal dilapide notre argent ? Par Denis McCready ?

  USA : le point sur la situation électronucléaire après le passage de l’ouragan Sandy

Fiche: Nucléaire

Notes & Références encyclopédiques:

01
 
 

Qu'est-ce que le Contrôle-commande ? : Il s'agit des équipements permettant de piloter le réacteur et notamment l’ensemble de ses instrumentations et de dispositifs de sécurité

 
 

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02
 
 

Qu'est-ce qu'un Îlot nucléaire ? : Il s'agit de l'ensemble des éléments entourant la « chaudière » nucléaire, le circuit primaire, la gestion du combustible, le pilotage du réacteur, etc.

 
 

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03
 

L’unité n°. 1 de Browns Ferry, un REB GE/Mark1 a été mise en service à la fin de l’année 1973

 

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04
 
 

Les pompes de refroidissement ne démarraient plus ou au contraire s’arrêtaient après avoir été amorcées ! Finalement le tout s'est stabilisé une quinzaine d’heures environ après le début de l’incendie

 
 

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05
 
 

Qu'est ce que l'Union of concern scientist ? Il s'agit d'un Organisme non gouvernemental ONG regroupant environ 200.000 scientifiques et s’opposant, entre autres, au nucléaire électrogène tel qu’il est utilisé actuellement

 
 

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06
 

L’inventivité et à la débrouillardise des employés.es - Sur All things nuclear "fission story Brown-Ferry"

 

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07

Qu'est-ce que le NRC ? : Autorité de Sécurité Nucléaire des USA 

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08
 

La compagnie a procrastiné année après année leur déploiement effectif, - Sur Adams Web search, NRC USA

 

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09
 
 

Rappelons que l’un des membres fondateurs de l’UCS, le Dr Henry Kendall, a reçu le prix Nobel de physique en 1990 - Sur Wikipedia anglophone. Traduction disponible

 
 

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10

Certains câbles s’avérant même totalement irremplaçables

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