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Coup d'oeil sur l'état de sécurité de la centrale nucléaire à Bécancour au Centre-du-Québec
Un accident nucléaire à Gentilly-2 ferait perdre des milliards $
à la population locale en premier lieu

La production d'électricité à la centrale nucléaire Gentilly-2 est de nouveau arrêtée depuis le 27 juillet 2012 et le restera pendant un nombre indéterminé de semaines. De bris en bris, la tension monte chez ceux qui connaissent les méthodes de calcul du risque d'accident nucléaire, le chroniqueur Pierre Foglia nous en soumet un exemple. De son côté journaliste spécialisé en environnement-écologie, Louis-Gilles Francoeur décortique une étude d'impact d'un accident nucléaire sur la population du Centre-du-Québec et sur l'ensemble du territoire québécois et Philippe Giroul du "Mouvement Sortons le Québec du nucléaire" commente les bris à répétition de la centrale Gentilly-2.

 

Louis-Gilles Francoeur - Chroniqueur

Un accident nucléaire à la centrale de Gentilly-2, similaire à celui de Fukushima au Japon en 2010, ferait perdre 6,7 milliards $ en un an aux personnes qui habitent présentement à moins de 20 kilomètres de la centrale.

Cette perte passerait à 35 milliards $ sur cinq ans et à 86 milliards $ dans le cas d'une évacuation du territoire pendant dix ans.

C'est ce que soutient une étude réalisée par le Center for Spatial Economics pour le compte de Greenpeace-Québec. Le document a été remis au gouvernement du Québec qui doit décider s'il va donner le feu vert à la restauration de la centrale par la société SNC-Lavalin, qui a acquis les actifs d'Énergie atomique Canada.

Le document de Greenpeace, qui ne se prononce pas sur la probabilité d'un accident de type Fukushima au Québec, insiste sur les coûts «occultes» d'un accident nucléaire en raison des immunités légales accordées par le fédéral à la fois au producteur d'électricité et à ses fournisseurs.

La Loi sur la responsabilité nucléaire ( 01 ) transfère la responsabilité financière des accidents nucléaires de l'industrie aux contribuables, rappelle Greenpeace, car cette loi «limite à 75 millions de dollars la responsabilité financière d'un opérateur de réacteur, quel qu'il soit».

Le gouvernement conservateur de Stephen Harper a promis, il y a quelques années, de hausser cette responsabilité financière à 650 millions $, mais ce dossier n'a pas progressé aussi vite que les pénalités pour les petits criminels.

Monsieur Stephen Harper - Parti Conservateur du Canada

Cependant, même un plafond porté à 650 millions $, estime Greenpeace, équivaudrait à une subvention cachée de 5,4 à 11 ¢ du kilowattheure, compte tenu des réserves ou assurances, soit entre 245 et 549 millions $ par année qui n'ont pas à être transférés dans le coût des kilowatts vendus.

Le groupe environnemental estime qu'une telle immunité accordée à Hydro-Québec ou à SNC-Lavalin «s'écarte des conventions internationales établies en matière de droit civil et de common law». Au Japon, la société TEPCO devrait payer autour de 60 milliards $ en compensations diverses au cours des prochaines années, car près de 150 000 personnes ont été évacuées et plusieurs d'entre elles ont tout perdu.

En cas d'accident nucléaire majeur à Gentilly-2, il faudrait évacuer, selon le rapport, les 169 000 personnes qui vivent à moins de 20 kilomètres de la centrale pour une période plus ou moins longue, selon le niveau de radioactivité des émissions.

Parmi les autres impacts, le rapport mentionne l'interruption de la Voie maritime pendant la période d'évacuation, des problèmes majeurs d'approvisionnement en eau pour les villes situées en aval jusque dans la région de Québec, sans compter que les deux autoroutes reliant Montréal et Québec se retrouveraient dans la zone contaminée.

Une histoire de probabilité

Pierre Foglia

C'est l'histoire de deux mathématiciens spécialistes du calcul des probabilités qui sont assis à la terrasse d'un café. L'un lance à l'autre: je te parie 10$ que les 50 prochaines personnes qui passeront devant nous seront toutes des hommes
( 02 ).

Évidemment, l'autre s'empresse de parier. En spécialiste du calcul des probabilités, il évalue rapidement que les chances pour que 50 hommes passent sur le trottoir devant eux avant que ne passe une seule femme sont à peu près de l'ordre de une sur un million de milliards.

Si j'ai bien compris ce que nous expliquent les savants spécialistes du nucléaire que j'entends ces jours-ci à la télé et à la radio, les probabilités pour que se produise un vrai accident nucléaire - pas quelques petites fuites de rien du tout comme à Fukushima - sont à peu près du même ordre. Une sur un million de milliards.

Et selon ces mêmes savants experts, les antinucléaires sont à peu près aussi imbéciles que le mathématicien qui voulait parier que 50 hommes passeraient sur le trottoir avant que ne passe une seule femme.

Sauf que ledit mathématicien venait à peine de lancer son absurde pari qu'un bataillon de 200 fantassins a passé sur le trottoir en se rendant à une manoeuvre.

La probabilité pour qu'un bataillon passât sur le trottoir à ce moment de l'après-midi, devant ce café, était aussi de une sur un million de milliards.

Ainsi arrivera un accident nucléaire: nonobstant le fait qu'il ne devait pas arriver.

 

Bien sûr que non, voyons! C'est probable mais … somme toute c'est peut-être possible, enfin, une infime possibilité... tout à coup ...KABOOM!

 

Philippe Giroul

Le porte-parole du "Mouvement Sortons le Québec du nucléaire", Philippe Giroul explique que la série de bris à Gentilly-2, tels que décrits à la droite de votre écran, «est normale pour un réacteur en fin de vie. Il y a des arrêts fréquents et prolongés. Il faut réparer, etc. C'est ce qui s'est passé à Point Lepreau, la centrale jumelle de Gentilly-2 au Nouveau-Brunswick».

Selon un document de l'Association canadienne nucléaire, la performance de Gentilly-2, en 2009, n'a été que de 65,4 % par rapport à sa performance moyenne de 78,4 % depuis 1983.

Vu l'état d'usure de la centrale, la Commission canadienne de sûreté nucléaire a donné à Hydro-Québec jusqu'en décembre 2012 pour procéder à l'arrêt du réacteur, après quoi, elle devra procéder soit à la réfection (ce qui est son intention) soit au déclassement, comme le réclament les groupes de citoyens.

 

Des bris... encore des bris...

L'événement du 27 juillet 2012 succède à deux épisodes de fuites d'eau lourde survenues les 26 avril et 18 mai dernier.

En août 2011, on se rappellera que la centrale avait aussi été arrêtée pendant plusieurs mois. Hydro-Québec avait d'abord planifié un arrêt pour 70 jours afin de «remplacer une vanne de ventilation défectueuse.»

Ce que la société d'État n'avait pas dit, à ce moment-là, c'est qu'elle a dû corriger la conception des vannes de refroidissement d'urgence du coeur du réacteur, une lacune qui avait été dépistée en 2007.

En juin 2011, deux vannes de drainage usées ont causé une autre fuite d'eau lourde qui aurait dû se retrouver dans le système de recueil.

Ce dernier n'étant pas étanche, le caloporteur s'est mis à fuir par le hublot et 200 litres d'eau lourde se sont retrouvés dans le fond du bâtiment du réacteur.

En novembre 2007, la centrale est à nouveau interrompue en raison du bris d'un appareil servant à charger et décharger le combustible dans le réacteur.

En mai 2008, un nouveau bris d'équipement est signalé. Cette fois l'incident survient dans une enceinte isolée du bâtiment du réacteur au moment du déchargement du combustible irradié.

Le mois de mai 2010 est ensuite marqué par un nouveau déversement d'eau lourde.

Depuis 2004, les bris et arrêts se multiplient à la centrale. En novembre 2004, des travaux de maintenance annuels ont été plus longs que prévu car des pièces maîtresses de la turbine principale ont dû être remplacées. En mai 2004, un bris d'alternateur a forcé l'arrêt de production pendant trois semaines.

Le gouvernement du Québec tergiverse à cause de la campagne électorale et l'impact de la décision d'un sens ou l'autre sur les électeurs.trices

Sources:
Journal:
La Presse et Le Nouvelliste pour Power Corporation of Canada, Le Devoir pour SPEQ Le Devoir Inc,

Choix de photos, mise en page et titrage par :
JosPublic
Publication : 17 août 2012

«

 Si la centrale nucléaire Gentilly-2 est indispensable car elle servirait selon Hydro-Québec à stabiliser le réseau électrique, il aurait fallu acheter des chandelles, en 2011, lorsque le réacteur a été arrêté pendant plusieurs mois.
                                      - Philippe Giroul

»

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

  Les mauvais coûts du nucléaire québécois

  Un Japon tétanisé par le nucléaire où le silence et les mensonges tuent

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Notes & Références encyclopédiques:

01

Loi canadienne sur la responsabilité nucléaire

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02

L'auteur de l'histoire est Martin Gardner, célèbre mathématicien américain mort l'an dernier, qui voulait illustrer la frivolité des probabilités appliquées au réel. Elle est citée par Iegor Gran dans "L'écologie en bas de chez moi". C'est là que je l'ai piquée.

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