La CCSN estime que Gentilly-2 est sécuritaire
Commission canadienne de sûreté nucléaire

Par Brigitte Trahan
Pour le journal Le Nouvelliste

Québec Mauricie
Publié le 07 août 2010

Photo: Michael Binder, président de la Commission canadienne de sûreté nucléaire
 

Michael Binder, président de la Commission canadienne de sûreté nucléaire, a tenu à réagir, hier, aux propos tenus par le physicien nucléaire Michel Duguay de l'Université Laval à propos de la sécurité de la centrale nucléaire Gentilly-2.

«M. Duguay a tout simplement tort», dit-il. «Les réacteurs CANDU - qu'on trouve dans toutes les centrales nucléaires au Canada, y compris Gentilly-2 - sont exploités de manière sûre depuis plus de 30 ans. La Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) ne délivrerait jamais un permis à une installation si elle doutait de la sûreté de son exploitation», dit-il.

Le professeur Duguay et le Mouvement vert de la Mauricie, qui réclament le déclassement de la centrale nucléaire de Bécancour, estiment que les réacteurs CANDU ont un problème de coefficient positif de réactivité nucléaire qui les rend vulnérables et potentiellement dangereux. Le professeur Duguay a expliqué, jeudi, avoir obtenu un document de la CCSN dans lequel il est question de 16 problèmes des réacteurs CANDU ayant trait à des faiblesses de conception.

En réaction à ces déclarations, Michael Binder réplique que ce rapport «a été préparé dans le cadre d'une étude visant à réaffirmer ou à augmenter la précision des marges de sécurité des réacteurs CANDU.»

«Cette étude, poursuit M. Binder, s'inscrit dans une démarche d'amélioration continue et démontre la prudence et la volonté des experts de l'énergie nucléaire de poursuivre des travaux afin de confirmer et d'accroître les connaissances dans ce domaine.»

Il semble toutefois qu'il y ait encore loin de la coupe aux lèvres. Le document en question de la CCSN, dont Le Nouvelliste a obtenu copie, s'amorce par un paragraphe qui résume la situation de façon suivante (traduction libre): «L'expérience en matière de réglementation et d'industrie concernant l'opération des réacteurs CANDU a mené à l'identification de plusieurs problèmes en matière de sécurité. Malgré des efforts continus visant à assurer et à améliorer la sécurité dans les centrales, ces questions de sécurité sont toujours à divers stades de résolution.»

Le président de la CCSN estime que «la comparaison entre les tragiques incidents de Tchernobyl et la centrale Gentilly-2 (faite par M. Duguay) est outrageante et inutilement alarmante en raison des différences énormes dans la conception et l'exploitation des réacteurs».

Le porte-parole de Greenpeace en matière de nucléaire, Shawn-Patrick Stencil, se dit de son côté d'accord avec les propos tenus par le professeur Duguay. Il rappelle que son organisme a publié, il y a quelques années, un rapport préparé par un spécialiste de l'Université Clark, Gordon R. Thompson, sur les défauts de conception des CANDU. Le problème principal, dit-il, est bel et bien le coefficient positif de réactivité nucléaire. Selon lui, sur ce point bien précis, les CANDU ont le même défaut technique qu'avait la centrale de Technobyl. «Depuis des décennies, ils ne sont pas capables de trouver une solution à ce problème», signale M. Stencil. «C'est dommage que M. Binder minimise le problème afin de promouvoir l'industrie nucléaire», déplore-t-il.

Greenpeace s'inquiète d'autre part des coûts de la réfection de Gentilly-2. L'organisme environnemental demande que «les coûts de ce projet soient validés de façon transparente et indépendante», a déclaré hier M. Stencil. «La rentabilité doit être validée», dit-il.