Sécurité des installations nucléaire d'Hydro-Québec à Gentilly
Des incidents passés sous silence
"Culture du secret» à Gentilly II

La centrale Gentilly-2 à Bécancour

Société Radio-Canada Information
Publié le 20 avril 2010

 

Aucun incident ne se serait déroulé à la centrale nucléaire Gentilly-2 à Bécancour au cours de la dernière année, si l'on se fie au registre public d'Urgence-Environnement. Or, des documents obtenus par Radio-Canada en vertu de la Loi d'accès à l'information signalent que 35 incidents ont eu lieu à la centrale en 2009.

Bien que la plupart de ces incidents soient sans gravité, certains attirent l'attention.

Dans un rapport d'Urgence-Environnement rédigé le 27 octobre 2009, il est écrit que de la vapeur contenant de l'hydrazine s'est échappée dans l'air. L'hydrazine est un produit servant à empêcher la corrosion de la tuyauterie de la centrale.

La vapeur s'est échappée à la suite de l'arrêt du réacteur de la centrale nucléaire. Dans le registre public d'Urgence-Environnement, toutefois, l'événement n'est mentionné nulle part.

Le 13 août 2009, Urgence-Environnement est avisé du déversement de 2000 litres d'eau contenant de l'hydroxyde de potassium, un produit chimique corrosif, à Gentilly-2. Encore là, l'incident n'est pas signalé dans le registre public.

Cette situation inquiète Christian Simard, de l'organisme Nature Québec. « Ça nous dit qu'on n'est pas dans le royaume de la transparence parce que ce sont des rapports très succincts, mais néanmoins inquiétants, sur des fuites de produits soit chimiques ou même d'eau lourde dans un cas. »

Il y a toujours comme une espèce d'aura de secret, de mystère entourant cette centrale-là.  — André Belisle, Association québécoise de lutte à la pollution atmosphérique

Selon M. Simard, les autorités devraient faire preuve de plus de transparence. « Le registre est important, on nous avait promis de tout mettre là-dessus. On met bien des choses, mais on ne met pas ce qui sort de la centrale Gentilly-2. Pourquoi cette exception? On ne comprend pas. On ne se l'explique pas », dit-il.

Des incidents mineurs

Pour sa part, le ministère de l'Environnement explique que les déversements et les rejets signalés dans les rapports d'Urgence-Environnement se situent tous en deçà des normes permises par le ministère.

Il n'y a pas d'événements majeurs qui nécessitaient une démarche de notre part.  — Pierre Boucher, ministère de l'Environnement

Un porte-parole d'Urgence-Environnement affirme que seuls les incidents pour lesquels une de ses équipes a dû se déplacer sont rendus publics. À la lumière des informations transmises par Hydro-Québec, aucun déplacement n'a été nécessaire à la centrale nucléaire de Bécancour.
 

«Culture du secret» à Gentilly II

Le Mouvement vert de la Mauricie n'a pas été surpris d'apprendre qu'aucun des 35 incidents technologiques survenus à la centrale nucléaire Gentilly-2, en 2009, ne figure dans les rapports publics d'Urgence Environnement.

«Ça confirme un peu l'historique du comportement d'Hydro-Québec quand il est question de nucléaire», constate le porte-parole de l'organisme, Michel Fugère. «Il y a une culture du secret. La seule chose qu'on a à faire avec ça, c'est de fermer ça», plaide-t-il.

La responsable des communications d'Hydro-Québec en matière de nucléaire, Marie-Hélène Deveault, explique que dans tous les cas, il s'agissait simplement «d'événements d'exploitation mineurs. On a pris action immédiatement et on a fait rapport aux autorités concernées comme c'est prescrit par la réglementation.»

Mme Deveault assure que tout est systématiquement rapporté à Urgence-Environnement, du moins s'il s'agit «d'événements qui ont un rejet à l'environnement, évidemment», nuance-t-elle. «En aucun cas, la santé et la sécurité des employés ou des citoyens n'a été mise en cause», assure-t-elle.

Le directeur régional du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs Mauricie / Centre-du-Québec, Pierre Boucher, explique que les 35 incidents en question ne figurent pas au registre des interventions d'Urgence Environnement puisque le ministère n'a tout simplement pas eu à se déplacer.

«Il n'y avait pas eu d'atteinte au niveau environnemental», plaide-t-il. Quant aux rejets dont il est question dans les rapports et qui n'ont pas été rendus publics, ils répondaient aux normes et ne portaient pas atteinte à l'environnement, explique M. Boucher. «Le ministère n'a pas manqué de transparence», insiste-t-il.

«On intervient auprès de la centrale comme auprès de n'importe quelle autre organisation quand il y a des événements qui vont causer un impact au niveau environnemental, mais dans la gestion des matières résiduelles dangereuses. Si on parle de nucléaire, si on parle de radioactivité, tout ça, c'est géré par la Commission canadienne de sûreté nucléaire qui assure le suivi de l'exploitation et de la conformité. Nous, on n'intervient pas à ce niveau-là. On intervient au niveau de la gestion des matières résiduelles dangereuses», explique M. Boucher.

Le 11 janvier dernier, Le Nouvelliste a rapporté un déversement d'eau lourde survenu pendant des manoeuvres d'entretien sur une pompe du circuit de la machine à chargement de combustible dans le bâtiment du réacteur. Une conduite flexible s'était déplacée pendant le drainage, causant un déversement de trois à quatre litres d'eau lourde sur le plancher.

Comme il n'y a pas eu de déversement dans l'environnement, l'événement n'a pas été publié sur le site d'Urgence Environnement. Toutefois, le rapport d'événement indiquait tout de même que les travailleurs impliqués avaient alors reçu de faibles doses de radiation dues au tritium.

Pour le Mouvement vert, il est clair que les interventions de ce genre à la centrale devraient être rendues publiques. L'organisme avait déposé un mémoire au dernier BAPE portant sur Gentilly-2. Il y citait une entrevue publiée dans Le Soleil avec le chef du projet de réfection de Gentilly-2, René Pageau.

Dans cette entrevue, datée de 2001, on mettait en évidence des «violations de normes de sécurité à la centrale (...) des fils rouillés, des vannes non étanches, des instruments imprécis et des méthodes de travail douteuses», autant de choses pouvant mener à divers incidents. On y lisait aussi que la «vérification des programmes (de détection) des non-conformités n'avait pas été faite depuis 15 ans».

Forum sur le nucléaire

Le Mouvement vert de la Mauricie organise un important forum sur le nucléaire à Trois-Rivières, le 1er mai. Déjà, plusieurs personnalités ont confirmé leur présence, dont le porte-parole de Québec Solidaire, Amir Khadir, l'ancien ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, le journaliste Gilles Provost de l'émission Découverte et Julie Lemieux, auteure du livre Avez-vous peur du nucléaire?.

«Les libéraux ont refusé l'invitation», signale M. Fugère.