Retour à:  Plan du site - Entrée MétéoPolitique - Environnement -  Fiche Nucléaire  - Regard sur Fukushima

Gestion de la centrale nucléaire Daiichi à Fukushima
TEPCO-Nucléaire: une culture de mensonge et de collusion politique
Chimori Naito, 91 ans, ex-vice-président de Kansai Electric Power Co. admet la collusion avec les politiciens

La catastrophe nucléaire survenue à la centrale de production d'électricité de Daiichi à Fukushima au Japon le 11 mars 2011 ne fait plus vraiment recette dans les médias. Cependant sur place cet événement est loin de faire partie du passé. En août 2014, de grand journaux japonais dont le Manichi reviennent sur la situation du site nucléaire et sur la stratégie de la société TEPCO en charge de l’exploitation de la centrale. Chimori Naito affirme avoir payé 200 000 $ par année à 7 premiers ministres du Japon au nom de sa compagnie. D'un autre côté, il devient de plus en plus évident que les 80 000 personnes délogées devront faire le deuil de tout retour possible dans leur résidence. Ce qui signifie perte de leur terre et leurs biens maintenant inutilisables car radioactifs. Ils vivent toujours dans des baraquements temporaires trois ans et demi après la catastrophe. À Fukushima, le pire reste à venir...    - JosPublic

 

 

 

 

 

 

 

 
 

Les entreprises nucléaires japonaises: une culture de collusion politique

 
 

Hiroshi Okumura
professeur et ex-journaliste

Chimori Naito
ex-vice-président de Kansai Electric Power Co

Hiroshi Okumura est un chercheur et journaliste spécialisé en gouvernance des compagnies privées. Depuis des décennies il analyse et questionne l'attitude des compagnies productrices d'électricité qui promeuvent le nucléaire en s'appuyant sur la collusion entre eux, la bureaucratie gouvernementale et le pouvoir politique.

Chimori Naito, ex-vice-président de Kansai Electric Power Co., dévoilait récemment, au quotidien Asahi Shimbun, les stratégies employées en sous-main pour obtenir des faveurs de la bureaucratie et du monde politique japonais quant à la promotion du pouvoir nucléaire.

Il a avoué avoir secrètement payé 20,000,000 yen (environ 200,000$) par année durant 18 ans à des premiers ministres du Japon, dont : Kakuei Tanaka, Takeo Miki, Takeo Fukuda, Masayoshi Ohira, Zenko Suzuki, Yasuhiro Nakasone et Noboru Takeshita. ( 03 )

Naito admit que ce comportement causait problème et invita la classe politique japonaise à réévaluer sa dépendance au pouvoir nucléaire.

Le journal Asahi Shimun a publié une série de 14 histoires sur le sujet dans ses éditions du matin à partir du 28 juillet 2014. Ils ont même publié une vidéo de l'entrevue avec Naito.

Naito, avait toujours ignoré les critiques de Okumura et promouvait l'utilisation du pouvoir nucléaire pour produire de l'électricité par sa compagnie KEPCO, une des plus grandes compagnies parmi les neuf du Japon. Finalement il a changé d'idée. Sans se connaître les deux hommes se sont confrontés depuis trente ans.

Les élus japonais semblent complètement indifférents aux témoignages des deux hommes. Malgré tout, leur discours sera bien accueilli par l'ensemble de la population qui récuse majoritairement l'utilisation du nucléaire pour produire de l'électricité.

Un scandale d'époque

Le 12 septembre 1986, un exemplaire du magazine hebdomadaire Asahi Journal (qui a cessé de publier en 1992) publiait une histoire dont le titre était "Kepco - un continent noir" C'était le premier texte d'une série sur les propos de compagnies japonaises. L'article démasquait les nominations derrière des portes closes à travers un "règne de terreur" imposé par le président honoraire de la compagnie Yoshihige Ashihara et Naito.

L'article était signé Okumara, qui était à l'époque professeur à l'université Ryukoku. Il est intéressant de savoir comment ce professeur-journaliste a pu avoir l'information pour publier une telle histoire. En fait il avait demandé à KEPCO de déléguer quelqu'un pour une entrevue, demande qui a été rejetée. Après avoir insisté plusieurs fois sans succès, il a reçu un appel d'une dame qui se présentait comme l'épouse d'un employé de la compagnie. Elle lui confia que Naito le vice-président rencontrait un membre influent d'une organisation d'extrême-droite dans un restaurant haute-de-gamme et elle lui fournit d'autres détails sur le sujet.

L'article de presse basé sur des informations si précises fut convaincant et incita le conseil d'administration de KEPCO à sauver la face en démettant de leurs fonctions Ashihara et Naito à leur rencontre du 26 février 1987.

Naito n'avait jamais reparlé du scandale, mais il admit en 2014, au cours de l'entrevue avec Asahi, que la compagnie avait payé l'extrême-droite et certaines forces antisociales pour régler ses problèmes.

Okumura travaillait en tant que scribe au département d'économie du quotidien Sankei Shimbun à Osaka durant 9 ans après sa graduation de la faculté du droit et de la littérature de l'Université d'Okayama. Dès qu'il est devenu journaliste, il s'est particulièrement intéressé à la structure industrielle et corporative des groupes d'affaires japonais. Après avoir travaillé pour un groupe de "remue-méninges" il devint professeur à l'université Ryukoku et ensuite à l'université Chuo, poursuivant toujours ses recherches sur les grandes entreprises.

Le professeur explique que les corporations privées ont accéléré leur expansion à la fin du 20ième siècle, particulièrement après 1970. L'influence des syndicats avait diminué tandis que les conseils d'administration avaient renforcé leur emprise sur les compagnies. Il en résulta d'incontrôlables et géantes organisations qui plaçaient le profit avant tout dans leur vision du capitalisme.

Pour Okumura le sauvetage de General Motors (GM) qui se fit grâce aux citoyens.nes contribuables et la situation courante de Tokyo Electric Power Co. (TEPCO) qui a failli dans son obligation de contrôler la crise nucléaire à Fukushima malgré une infusion de fonds publics, sont des exemples de capitalisme malade et à la merci de la cupidité de gens d'affaires.

«

Initialement la loi des pauvres qui émergea de Grande Bretagne devait utiliser l'argent des payeurs de taxe pour sauver les pauvres.   Aujourd'hui l'argent des payeurs de taxes est utilisé pour sauver GM, TEPCO et des banques commerciales        -  Hiroshi Okumura

»

Il insiste pour que TEPCO soit démantelé et divisé en plusieurs entités basées sur des principes économiques. Mais le gouvernement rejette la suggestion en affirmant que "ce n'est pas réaliste", compte tenu des coûts du contrôle de la crise nucléaire, et des compensations à verser à ceux qui sont touchés par le désastre. Ceci étant le cas, il appert que nous sommes dans un effort concerté pour maintenir le statu quo et qu'il n'y aura pas de fin à la crise nucléaire.

Dans l'entrevue avec le journal Asahi, Naito explique «que s'ajoutent aux fautifs des directions de compagnies de production d'électricité, les régulateurs et les savants du nucléaire. Ils croient que le mieux est «de maintenir le statu quo».

Comment peut-on progresser dans une telle situation?

Il y a maintenant plus de vingt ans, depuis le scandale nucléaire révélé par Okumura, et depuis que Naito fut renvoyé du conseil d'administration de KEPCO.

Ces deux personnalités, dont l'histoire personnelles et les idées étaient divergentes, insistent maintenant sur la même chose: cesser la production d'électricité par l'énergie nucléaire.

 
 

The Tokyo Electric Power Company, Incorporated (東京電力株式会社, Tōkyō Denryoku Kabushiki-gaisha, TSE: 9501), plus connue sous l'appellation Toden (東電, Tōden) ou encore TEPCO, est une multinationale japonaise. Elle était, avant sa nationalisation, le plus grand producteur privé mondial d'électricité. La compagnie exploite principalement des centrales thermiques et 3 centrales nucléaires (11 réacteurs nucléaires). D'autre part, elle dispose de centrales hydroélectriques, de parcs éoliens et d'une centrale géothermique. Suite au coût exorbitant de la catastrophe de Fukushima, centrale dont TEPCO était l'exploitant, la compagnie a été nationalisée. Un des exemples le plus probant d'une pratique qui se répand depuis le début de la crise financière de 2007 et qui consiste pour les gens d'affaires à privatiser les profits et faire nationaliser les pertes par les politiciens et politiciennes.

 

tepco
 

TEPCO et la culture du mensonge

 
 

Ce n’est plus une surprise mais TEPCO ne rime pas avec transparence et cette compagnie fournit des informations partielles, tardives et seulement lorsqu’elle se trouve acculée par des faits. Ainsi, ce n'est que le 23 juillet 2014 que l’on a appris que le 19 août 2013, 280 milliards de becquerels de césium 134/137 avaient été rejetés du site par heure, contre 10 millions de becquerels/h habituellement, et ce durant quatre heures.

C’est suite à une pollution radioactive dans des rizières, constatée par le ministère de l’Agriculture, que TEPCO a dû fournir cette information. Les rizières concernées se situent à environ 20 Km au nord de la centrale nucléaire et le riz présentait une contamination en césium de plus de 100 becquerels par kilogramme.

Entre 20 et 30 réservoirs d'occasion

TEPCO a dû reconnaître devant l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire qu’elle avait mis en place des réservoirs usagés ou d’occasion pour récupérer l’eau radioactive.

Ces réservoirs sont d’un modèle identique à celui connu pour avoir des problèmes d’étanchéité au niveau des joints.

Le quotidien japonais Mainichi Shimbun avait révélé l’affaire en page frontispice. Il s’agit de structures imposantes, de 11 mètres de haut sur 12 mètres de large pour les plus importantes. Constituées de plaques d’acier assemblées et scellées sur place, avec des joints de caoutchouc expansé, elles peuvent chacune stocker jusqu’à 1 000 tonnes d’eau (le tiers d’une piscine olympique).

« Il est exact que certains réservoirs sont d’occasion », a confirmé un porte-parole de Tepco, sans toutefois en préciser le nombre.

« Ce qui compte pour nous ce n’est pas qu’ils soient neufs ou pas, c’est qu’ils puissent tenir pendant cinq ans », a-t-il ajouté. Toutefois, selon une personne en relation avec le fabricant de ces structures, citée par le Mainichi Shimbun, l’entreprise « ne garantit pas que les réservoirs en question puissent stocker un liquide sans aucune fuite pendant une telle période ».

La commande des réservoirs avait été passée dans l’urgence quelques semaines après l’accident nucléaire de mars 2011 ( 01 ). Toutefois, il semble que, pour limiter les délais de livraison des premiers exemplaires, le fabricant ait choisi de fournir d’abord des modèles d’occasion qu’il avait déjà loués ailleurs.

Ces informations paraissent près d’un an après la fuite d’un réservoir en août 2013 ( 02 ), un accident qualifié de grave par l’Autorité japonaise de régulation nucléaire.

Plus d’un millier de réservoirs de divers types et provenant de plusieurs constructeurs sont assemblés dans des zones déblayées autour des réacteurs de la centrale, dont environ 330 similaires à celui qui a fui l’an passé, dont les modèles d’occasion.

Enfin, le 6 août 2014, TEPCO a informé que l’état de fusion du réacteur numéro 3 était pire que prévu. Alors que jusqu’à présent la société communiquait sur une fusion partielle de 60 % ce sont maintenant 100 % qui devraient être pris en compte.

Dans l’état actuel des connaissances techniques, il est impossible de retirer le combustible des réacteurs et TEPCO prépare l’opinion publique japonaise au fait de devoir recouvrir les réacteurs de « sarcophages » en béton à la façon de Tchernobyl.

Dans le même temps, des scientifiques du CNRS et du CEA, en collaboration avec l’université japonaise de Tsukuba, ont publié les premières mesures de traces de plutonium dans les sédiments charriés par les rivières côtières aux alentours de Fukushima. Les résultats démontrent que le plutonium a été déjà transporté sur des distances de 45 Km.

Il est à noter qu’actuellement les 48 réacteurs nucléaires du Japon sont à l’arrêt suite à la catastrophe de 2011. Et, malgré qu'une majorité de la population soit défavorable à une quelconque remise en services de ces centrales, le gouvernement met en place toutes les procédures administratives pour relancer deux réacteurs âgés d’une trentaine d’années.

Greenpeace Japon s'oppose aussi très vigoureusement à la volonté du gouvernement de droite de Shinzo Abe de remettre en exploitation les réacteurs nucléaires qui auront été jugés sûrs par l'autorité de régulation du secteur sur la base de normes rendues plus sévères après l'accident de Fukushima. 

Un mauvais calendrier pour Tepco

Alors que Tepco devait une fois de plus s’expliquer, l’entreprise annonçait avoir déposé une demande d’aide financière supplémentaire de 512,5 milliards de yens (3,75 milliards d’euros) à un fonds créé par l’État afin de dédommager les victimes.

Tepco justifie cette nouvelle requête – la septième – par l’extension des indemnisations relatives au logement et à l’impossibilité de travailler, en plus de celles liées à la perte de biens, de préjudices moraux et autres dommages causés aux particuliers et entrepreneurs

En prenant en compte la somme ajoutée, le montant total des fonds demandés pour l’indemnisation des victimes du désastre de Fukushima s’élève à 5 301,4 milliards de yens (plus de 38,8 milliards d’euros ou 5,286,542,004 de $ canadiens). Ces sommes sont censées être remboursées ultérieurement par Tepco, dont l’État nippon est devenu le premier actionnaire.

- Bienvenue à la compagnie Tokyo Electric Power! Est-ce un détecteur de radiation?
- Non c'est un détecteur de mensonge

Source: Univers nature; La Croix et Mashabe.

Choix de photos, mise en page, références, traduction de l'anglais et titrage par : JosPublic
Publication : 5 septembre 2014

Conflits d'intérêts, Corruption, collusion, Maire, Ville, Assomption, Lanaudière, Jean-Claude Gingras, Éthique, Entrave à la justice, UPAC

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes & Références encyclopédiques:

01

 
 
 

L'accident nucléaire de mars 2011. Pour le Nobel Ôé Kenzaburô, « la catastrophe nucléaire de Fukushima n’a servi à rien ». Très engagé dans la campagne antinucléaire au Japon, le grand écrivain japonais de 79 ans, Nobel de littérature en 1994 (1), a reçu chez lui à Tokyo l’envoyé spécial du journal La Croix.

 
 
 

Retour au texte

02

Fuite d’un réservoir en août 2013 - Journal La Croix, le 5 septembre 2013

Retour au texte

03

 

Former Nuclear Power Exec Reveals Secret Payments to Japan's Prime Ministers - Sur Mashable

 

Retour au texte

Retour a : Plan du site - MétéoPolitique - Environnement -  Nucléaire  - Regard sur Fukushima  - Haut de page