Accident nucléaire japonais
Fukushima, niveau 7 comme Tchernobyl

Selon Harry Bernas, physicien et chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS)
 
"Les dirigeants de Tepco auraient dû prévoir la catastrophe"

Le Japon a décidé de qualifier l'accident nucléaire de Fukushima Daiichi (nord-est) au maximum de l'échelle des événements nucléaires et radiologiques (INES).

 

Extraits des sources suivants: Agence Kyodo, Agence France Presse, France 24 hrs, Romandie News et Effet de serre

Écrit par: 
les agences, Charlotte Boitiaux, Denis Delbecq et JosPublic

Publié le:
 
30 mars 2011, 11 et 12 avril 2011

 

Selon l'agence Kyodo «le Japon se prépare à relever le classement de l’accident nucléaire au niveau le plus élevé».

Il s’agirait du niveau 7, le dernier de l’échelle internationale INES, qui n’a été attribué qu’une fois dans l’histoire nucléaire, lors de l’explosion d’un réacteur à
Tchernobyl en Russie (Ukraine) en 1986. 

Le niveau 0 correspondant à l'absence d'anomalie et le niveau 7, le plus important. Dans ce cas c'est un accident majeur et signifie qu'un "rejet majeur de matières radioactives" s'est produit avec "des effets considérables sur la santé et l'environnement". 

Pour l’instant, la crise nucléaire est officiellement classée « 5″ par le Japon. D’autres autorités de sûreté, dont l’ASN française, estiment plutôt qu’il s’agit d’un niveau 6.»  Beau débat inutile de sémantique pendant que la population est irradié par de la radioactivité.

Selon la dépêche diffusée par Kyodo, l’autorité de sûreté nucléaire japonaise a calculé que les rejets de radioactivité ont été de l’ordre de 10000 terabecquerel par heure dans les jours qui ont suivi le début de l’accident nucléaire. Ce qui justifierait son classement au niveau 7 de l’échelle INES, selon des sources gouvernementales rapportées par Kyodo.

Ces derniers jours, les rejets de radioactivité seraient revenus à un niveau d’un terabecquerel par heure.

 Aucune précision n’a été donnée sur le total des rejets intégrés dans le temps, et surtout sur les parts respectives d’iode 131 et de césium 137, ce dernier étant dangereux à bien plus long terme que l’iode. En 1986, Tchernobyl, 12 millions de terabecquerels avaient été rejetés au cours des dix premiers jours, dont 80000 TBq de césium 137.

La secousse survenue lundi (magnitude 6,6 à 10 km de profondeur selon les américains — 7,0 et 6 km selon les japonais) pose tout de même une question: qu’adviendrait-il de la centrale si un nouveau séisme violent suivi d’un gros tsunami venait à se produire dans les semaines ou les mois qui viennent?

Selon l’agence Kyodo, qui cite un porte-parole de l’autorité japonaise de régulation du nucléaire, rien n’a été prévu pour préserver le site d’éventuelles vagues géantes. Il dispose de digues qui le protègent jusqu’à des vagues de 5 mètres (le 11 mars 2011, elles ont atteint 14 mètres). Selon Kyodo, le porte-parole a aussi reconnu qu’il est particulièrement difficile de prendre des mesures préventives.

La secousse du 11 avril 2011 a momentanément interrompu l’ensemble des opérations en cours sur le site. Notamment l’injection d’eau de refroidissement dans les réacteurs 1 à 3, l’injection d’azote dans l’enceinte de confinement numéro 1, et le début du pompage d’eau hautement radioactive, pour tenter d’assécher un sous-sol lié au réacteur 2 en stockant l’eau dans une piscine géante. Cette opération avait été interrompue —avant la secousse— en raison d’une fuite dans un tuyau de pompage, mais elle ne reprendra pas avant mardi au plus tôt, probablement le temps de s’assurer que le réservoir n’a pas subi de dommages.

Le Japon devrait étendre la zone d’évacuation recommandée.

 Jusque-là fixée à un rayon de 30 km autour de la centrale de Fukushima Daiichi (l’évacuation est totale jusque 20 km, on parle ici de 80 000 personnes). Quatre communes sont concernées en totalité (Iitate se trouve à 40km), et une cinquième en partie.

Dans ces villes, l’exposition de la population pendant un an serait voisine de 20 mSv. Mais dans une partie de la ville de Namie, cette exposition équivalente annuelle avoisinerait les 300 mSv.

Selon l’Asahi Shinbun, le gouvernement de Tokyo s’apprêterait à interdire de planter du riz dans des zones dont les sols contiennent plus de 5000 becquerel par kilogramme de césium. Pour le moment, deux rizières sont concernées, près d’Iitate, mais le ministère n’a pas exclu une interdiction totale de cultiver le riz dans un périmètre de 30 km. Dans cette zone, aucune évaluation de radioactivité n’a encore été effectuée.

"Les dirigeants de Tepco auraient dû prévoir la catastrophe"

 La situation va de mal en pis à la centrale de Fukushima, où du plutonium a été détecté dans le sol. L'exploitant du site, Tepco, se veut rassurant, mais selon Harry Bernas, chercheur au CNRS, le pire est à craindre.  Mauvaises nouvelles en cascade à la centrale nucléaire de Fukushima.

Après les défaillances de circuit de refroidissement dans plusieurs réacteurs, les fuites d’iode et de césium, les explosions d’hydrogène, l’irradiation de plusieurs employés, Tokyo Electric Power (Tepco), l’exploitant du site, est désormais "en alerte maximum" pour éviter que les dommages causés sur la centrale ne provoque une catastrophe écologique majeure.

Première apparition publique du président de Tepco

L'inquiétude s'est accentuée avec la découverte de plutonium dans le sol de la centrale. Selon Harry Bernas, physicien et chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Tepco n’a pas su gérer la catastrophe. 

FRANCE 24 : Tepco a indiqué que le plutonium détecté sur le site "ne présente aucun danger", est-ce votre avis ?

Harry Bernas : Il s'agit d'une déclaration plutôt malhonnête. Même une quantité faible de plutonium peut avoir de graves conséquences sur la santé et l'environnement. Moins d’un microgramme de cette substance peut tuer une personne. En cas de contamination d'ingestion ou d'inhalation, on risque évidemment des cancers. Il faudrait avoir davantage de précisions sur ces taux relevés. Aucun chiffre n’a été dévoilé sur cette quantité soi-disant inoffensive. Ni aucune information sur la provenance de ce matériau radioactif découvert à cinq endroits du site. 

F24 : La présence de plutonium laisse-t-elle craindre le pire ?

H. B. : Il ne faut pas sauter les étapes. Pour le moment, tout ce dont nous disposons c'est d'une déclaration de Tepco selon laquelle la présence de plutonium a un "lien direct avec l’accident survenu à la centrale". En clair, cela signifie que les enceintes de confinement ne sont plus étanches et laissent donc passer un magma extrêmement radioactif de plutonium, d'uranium et d'américium qui se répand dans le sol. Le plus grave reste peut-être à venir. Que va-t-il se passer si le plutonium se répand sous l’enceinte de confinement ? Il se disperserait alors dans la terre, les nappes phréatiques et la mer. Là, nous atteindrions un seuil réellement critique. 

F24 : La gestion de Tepco a-t-elle été à la hauteur de la catastrophe ?

H. B. : L’exploitant de la centrale a sollicité une aide française de la part d'EDF, d'Areva et du Commissariat à l'énergie atomique (CEA). Cet appel au secours n’a rien d’étonnant. Tepco semble véritablement désarmé, son personnel est peu formé et le tsunami a sûrement endommagé le peu de matériel technique dont ils disposent. Ils n’avaient pas d’autre choix que de demander une aide étrangère. Il faut cependant nuancer le rôle de "chevalier blanc" accordé à cette aide extérieure. Les efforts énormes menés par les employés de l'exploitant pour refroidir les enceintes sont cruciaux, et ils ont sans doute fait tout ce qui était possible avec les moyens existants.

Tepco est toutefois connu pour ses affaires de malversations et de corruption. Depuis toujours, on sait qu’il y a des problèmes d’inspection. On peut à juste titre douter de leur état de préparation face aux accidents de ce type. Les dirigeants de Tepco auraient dû prévoir une telle catastrophe. Tout ce que j’espère maintenant c’est que les vents continuent de souffler vers le Pacifique. Imaginez s’ils tournaient et soufflaient vers Tokyo… Il faudrait prévoir l’évacuation d’environ 15 millions d’habitants.

Un véritable cauchemar