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Des vaccins dangereux, utile, inutile ou les trois ?

 

   VPH

 
 

Le VPH provoque-t-il le cancer ?

Dans 90 % des cas, le système immunitaire élimine le virus de l’organisme en moins de deux ans. Seules 10 % des infections persistent trois ans et plus et sont susceptibles d’entraîner l’apparition de lésions précancéreuses.

« Par conséquent, il ne faut pas amalgamer VPH et cancer du col de l’utérus. La plupart des femmes infectées, y compris par des souches à haut risque, ne développeront jamais la maladie », souligne Abby Lippman, professeure au Département d’épidémiologie de l’Université McGill, à Montréal, et ex-présidente du Réseau canadien pour la santé des femmes ( 01 ).

De plus, celle-ci évolue lentement : « Il faut en moyenne 15 ans pour qu’une infection persistante détermine un cancer, ce qui laisse largement le temps aux médecins de la dépister et de la traiter », note le Dr Jean-Pierre Spinosa, gynécologue obstétricien formé en oncologie gynécologique à Lausanne, en Suisse, et coauteur du livre-enquête La piqûre de trop ?  ( 02 )

Bien qu’une infection par une souche oncogène soit une condition nécessaire pour déclencher un cancer cervical, d’autres facteurs augmentent ce risque, tels que le tabagisme, une première relation sexuelle précoce, le nombre de partenaires sexuels et de grossesses, les infections transmises sexuellement, une alimentation déficiente en vitamines, un système immunitaire affaibli par la maladie ou la prise de médicaments, etc.

« C’est la raison pour laquelle cette affection touche surtout les femmes des couches sociales défavorisées », explique Marc Zaffran, médecin généraliste, chercheur invité au Centre de recherche en éthique de l’Université de Montréal et chroniqueur au site PasseportSanté.net. ( 03 )

L’American Cancer Society (ACS) indique d’ailleurs que si le cancer du col est le deuxième cancer le plus meurtrier chez la femme au plan mondial, plus de 80 % des nouveaux cas surviennent dans les pays en développement, qui n’ont pas de programmes de dépistage.

Le cancer du col en chiffres

  • Monde : 550 000 nouveaux cas/an ; 310 000 décès.

  • Canada : 1 400 nouveaux cas/an ; 400 décès.

  • Québec : 325 nouveaux cas/an ; 80 décès.

Sources : ( 04 )

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Pourquoi un vaccin ?

Il existe aujourd’hui deux vaccins ( 05 ) : le Gardasil, commercialisé par le laboratoire étasunien Merck ( 06 ) en 2006, et le Cervarix du britannique GlaxoSmithKline ( 07 ), approuvé par Santé Canada. Tous deux immunisent contre les types 16 et 18 du VPH, à l’origine de 70 % des cancers du col utérin dans le monde.

Dit « quadrivalent », le Gardasil protège également contre les souches 6 et 11 du virus, associées à 90 % des cas de condylomes. Le calendrier prescrit par les fabricants prévoit que les deux produits soient injectés en trois doses étalées sur six mois.

« Pour être pleinement efficaces, ils doivent être administrés avant le premier rapport sexuel puisque le VPH est une infection acquise très tôt au début de la vie sexuelle », précise le Dr Marc Steben, chercheur pour le compte de Merck et président du comité sur les infections transmises sexuellement à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Faute de recul suffisant, on ignore cependant si l’immunité qu’ils confèrent dure toute la vie et il faudra attendre de 15 à 20 ans avant de savoir si des rappels sont nécessaires. À noter que ces vaccins n’ont pas d’effet thérapeutique, c’est-à-dire qu’ils ne permettent pas d’éliminer une infection à VPH 6, 11, 16 ou 18 déjà présente.

Malgré tout, signale Marc Steben, « comme les femmes infectées sont plus à risque de lésions si elles sont exposées à d’autres souches, les comités gouvernementaux recommandent qu’elles soient aussi vaccinées ».
 

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Est-il efficace ?

Le Dr Steben est catégorique : « Les dernières données prouvent que le Gardasil offre une protection proche de 100 % » contre les lésions précancéreuses causées par les VPH de types 16 et 18 au niveau du col de l’utérus, de la vulve et du vagin, et contre les verrues génitales occasionnées par les VPH 6 et 11.

« Ce qui pourrait permettre de réduire le nombre de cancers du col utérin de 70 %, assure-t- il, même s’il faudra probablement attendre entre 25 et 50 ans avant d’obtenir une baisse significative du taux d’incidence de ces cancers. »

Pour l’instant, la preuve de l’efficacité du vaccin n’a été faite que sur la protection contre les lésions précancéreuses, tempère Jean-Pierre Spinosa. « Avec les essais cliniques, nous disposons d’un recul d’environ six ans. Comme un cancer du col met en moyenne une quinzaine d’années à se développer, personne n’a encore pu vérifier si, lors des essais cliniques, les femmes vaccinées étaient moins touchées et, si oui, dans quelles proportions. »

D’après une étude réalisée en Autriche par un institut indépendant, même un vaccin efficace à 100 %, administré à 85 % des jeunes filles de 12 ans et assurant une protection à vie n’aboutirait d’ici à 2060 qu’à réduire de 10 % le nombre de nouveaux cas de cancer du col dans ce pays, et de 13 % la mortalité qui y est liée.

Au Canada, une analyse de rentabilité effectuée en 2007 pour le ministère de la Santé montre qu’il faudra patienter 60 ans avant de constater une réduction sensible des taux de cancer.

Ailleurs dans le monde, d’autres modèles statistiques et épidémiologiques prévoient que, moyennant certaines conditions, la vaccination des adolescentes de 10 à 13 ans permettrait d’abaisser de 35 à 80 % le risque qu’elles contractent un cancer du col au cours de leur vie.

« Ces projections sont purement théoriques, car elles ne tiennent pas compte du fait que beaucoup de ces tumeurs auraient de toute façon été évitées grâce au dépistage », relativise néanmoins le Dr Spinosa.

Dr Marc Steben, INSPQ/Merk-Frosst (08)

« Une bonne alimentation, des comportements personnels et sexuels sains, des tests de dépistage réguliers et l’utilisation de préservatifs, tous ensemble, ne seront jamais aussi efficaces qu’un vaccin anti-VPH. »

Ce qui est dit ci-haut par le Dr. Steben c’est une contre-vérité scientifique! C'est de la pure démagogie. La lecture de l'ensemble du dossier vous le prouvera.

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  Qui sont les dirigeants de Merk
Gestionnaire de la marque GARDASIL® une marque déposée de Merck Sharpe & Dohme Corp, filiale de Merck & Co., Inc., utilisée sous licence
 

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Réduit-il le nombre de cancers ?

Même si les vaccins sont efficaces pour protéger des infections liées aux deux souches les plus dangereuses des papillomavirus, les critiques font valoir qu’on ignore si cette protection réduira effectivement la fréquence du cancer du col utérin.

Ainsi, Jean-Pierre Spinosa juge « illusoires » les prévisions de l’industrie.

« On veut nous faire croire qu’en vaccinant contre deux virus à l’origine de 70 % des cancers du col on obtiendra une diminution de 70 % du nombre de cas. En réalité, la seule vraie question est : lors des essais cliniques, a-t-on réellement évité 70 pré-cancers sur 100 chez les femmes vaccinées ? Et quand on regarde la littérature, on s’aperçoit qu’on est très loin des 70 % d’efficacité escomptés, mais qu’on tourne plutôt entre 17 et 24 %. »

La raison ? Plusieurs chercheurs supposent que le vaccin pourrait avoir perturbé l’équilibre des souches virales, soit en favorisant le développement de souches résistantes, soit en accroissant la virulence de souches jusqu’alors inoffensives.

« La disparition des VPH 16 et 18 chez les personnes vaccinées a probablement libéré une “ niche biologique ” dans laquelle sont venus s’installer d’autres virus à haut risque qui, auparavant, ne pouvaient se manifester », explique le Dr Spinosa.

Une étude publiée en 2007 dans le Journal de l’Association médicale canadienne ( 09 ) indique que la vaccination contre le VPH permettrait d’éviter un cas de cancer du col utérin pour chaque tranche de 324 adolescentes vaccinées – en partant de l’hypothèse que le vaccin est efficace à 95 % et qu’il protège à vie.

Si une dose de rappel s’avérait nécessaire, ce nombre passerait à un pour 480. Enfin, si cette protection diminuait de 3 % par an, il faudrait en immuniser plus de 9 000 pour prévenir un seul cas de cancer. Autrement dit, concluent les auteurs de l’étude, la réduction du nombre de cas de cancer « dépend énormément de la durée de la protection assurée par le vaccin ».

Les garçons aussi ?

Santé Canada a approuvé l’utilisation du Gardasil chez les garçons et les hommes de neuf à 26 ans. « Pour l’instant, aucune décision n’a été prise de les vacciner, précise le Dr Marc Steben. Toutefois, au nom du principe d’équité, il se peut qu’on rende ce service disponible, un peu comme on l’a fait avec les technologies de procréation assistée»

D’après l’Organisation Mondiale de la Santé OMS ( 10 ), « la plupart des prévisions établies par des modèles laissent à penser que la vaccination des hommes contre le VPH […] aura un effet limité sur l’incidence du cancer du col utérin ».

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Quels sont ses effets secondaires ?

Selon un rapport d’évaluation de l’Agence européenne du médicament ( 11 ), les effets indésirables les plus fréquents observés durant les études sur le Gardasil ont été de la fièvre et des réactions au point d’injection, avec une douleur accompagnée d’un gonflement et de rougeur.

D’autres réactions sont également possibles : maux de tête, nausées, vomissements, diarrhée, douleurs aux jointures, etc.

« La majorité sont bénignes et de courte durée, et les symptômes ressentis après la vaccination ne sont pas nécessairement causés par le vaccin », assure Santé Canada.

Aux États-Unis, le Vaccine Adverse Event Reporting System (VAERS), le système de surveillance des effets secondaires des vaccins de la Food and Drug Administration (FDA) ( 12 ), signale toutefois « un nombre important » de syncopes, parfois accompagnées de convulsions ou d’états semblables à l’épilepsie, survenues ces dernières années.

En 2009, la FDA a d’ailleurs contraint la pharmaceutique Merck à inclure dans le résumé des caractéristiques du Gardasil la possibilité que de tels événements se produisent, car ils peuvent occasionner des chutes et des blessures.

Quelques décès ont aussi été constatés chez des adolescentes dans les semaines qui ont suivi leur vaccination, mais les autorités de santé étatsuniennes ou européennes affirment que rien ne permet de les imputer aux vaccins.

Paradoxalement, beaucoup d’observateurs s’inquiètent surtout des conséquences indirectes que les programmes de vaccination risquent d’avoir sur le comportement des adolescentes et des jeunes femmes.

En effet, une fois vaccinées, celles-ci pourraient développer une fausse impression de sécurité, ce qui les conduirait à ne plus faire de frottis de dépistage et à négliger de se protéger contre les infections transmissibles sexuellement

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Le vaccin remplace-t-il le dépistage ?

Non, car il ne protège pas contre toutes les formes d’infections au VPH pouvant causer un cancer du col de l’utérus. Que l’on soit ou non vaccinée, un examen par frottis (test de Pap ( 13 )) reste l’unique moyen de détecter d’éventuelles lésions précancéreuses.

« Les femmes devront de toute façon recourir au test de Pap. Alors pourquoi ne pas en faire la promotion et en accroître l’accès, notamment auprès de celles qui sont le plus à risque, plutôt qu’investir des millions dans une campagne de vaccination aux frais de la collectivité ? » s’interroge la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN). ( 14 voir la lettre de Mme Nathalie Parent à ce sujet)

Une bonne question, quand on sait que la moitié des femmes atteintes d’un cancer du col n’ont jamais eu de frottis et que, d’après une enquête menée en 2003, seules 71 % des Québécoises de 18 à 69 ans pratiquent régulièrement ces prélèvements.

« Le Québec n’a pas de programme organisé de dépistage, ni de système de suivi pour les femmes qui reçoivent des résultats anormaux, déplore Abby Lippman. Pourtant, les études montrent que le fait de ne pas subir de test de façon régulière constitue le principal facteur de risque de mourir d’un cancer du col utérin. »

Au Canada, le test de Pap a déjà permis de réduire de moitié le nombre de cas de cancer au cours des 30 dernières années, et le taux de mortalité a également chuté de 60 % sur la même période, souligne la FQPN.

« Dans la plupart des pays industrialisés, ajoute Marc Zaffran, le dépistage n’est pas systématique et son potentiel est loin d’avoir été épuisé. » Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « les pays qui disposent de programmes bien organisés pour dépister et traiter les anomalies précancéreuses du col utérin et le stade précoce du cancer du col peuvent prévenir jusqu’à 80 % de ces cancers ».

 

« Les pays qui disposent de programmes bien organisés pour dépister et traiter les anomalies précancéreuses du col utérin et le stade précoce du cancer du col peuvent prévenir jusqu’à 80 % de ces cancers. »
                  Organisation mondiale de la santé OMS

 

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Le VPH est-il un problème de santé publique ?

 

La Société des gynécologues oncologues du Canada (GOC) ( 15 ) évalue que le diagnostic et le traitement des lésions précancéreuses, des cancers du col utérin et des verrues génitales entraînent chaque année des coûts supérieurs à 300 millions de dollars pour le système de santé canadien.

De plus, les anomalies décelées à l’occasion des tests de dépistage sont « une source importante d’anxiété chez les femmes », qui doivent « subir des examens complémentaires et, souvent, des traitements inconfortables pouvant avoir un impact sur leur fertilité ».

Autant de raisons qui justifient amplement la campagne de vaccination actuelle auprès des fillettes et des adolescentes, estime le Dr Steben : « Le cancer du col lui-même n’est pas un fardeau économique important. Ce qui pèse très lourd dans le budget de la santé, au Canada, ce sont les infections qui le précèdent, puisque 70 % des coûts associés au virus sont liés à des résultats anormaux lors du dépistage. »

Entre 15 et 25 ans, précise-t- il, une femme sur 100 aura des condylomes, par exemple, et tous ces problèmes ont un impact sur la vie quotidienne et l’équilibre de nombreux couples.

« Avec le vaccin, on essaie d’empêcher non seulement la maladie ultime, le cancer, mais tous les problèmes et complications qui y mènent », résume le Dr Alain Poirier, directeur national de la santé publique du Québec.

À l’automne 2009, la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada ( 16 ) a organisé une campagne de sensibilisation au VPH dans les autobus de villes comme Montréal, Ottawa, Toronto et Vancouver.

Même si son nom n’apparaît nulle part, la compagnie Merck a largement financé le site infovph.ca mentionné sur les affiches.

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Pourquoi y a-t-il controverse ?

Certains experts considèrent que les autorités sanitaires auraient dû attendre d’avoir la preuve de l’efficacité et de l’innocuité du vaccin sur les jeunes filles de neuf à 16 ans avant d’entreprendre une campagne de vaccination massive.

« Je ne suis pas contre la vaccination en soi, mais sur le plan collectif ce n’est certainement pas une priorité, soutient Abby Lippman.

L’argent qu’on y consacre serait beaucoup mieux dépensé s’il servait à améliorer les programmes de dépistage, particulièrement auprès des populations marginalisées, comme les nouvelles arrivantes ou les femmes autochtones. »

« Nous ne sommes pas en crise et il n’y a pas d’épidémie de cancer du col, confirme le Réseau québécois d’action pour la santé des femmes ( 17 ). Au contraire, l’incidence de l’infection et de la mortalité est à la baisse depuis 30 ans. En outre, ce cancer est loin d’être le plus dangereux et le plus répandu au pays. Il se situe au 15e rang des cancers les plus mortels, bien après celui du sein ou des ovaires. »

Concrètement, cela signifie qu’on recense chaque année environ 1 400 nouveaux cas et 400 décès au Canada, dont 80 au Québec. « D’un point de vue épidémiologique, ces chiffres sont très faibles et ne justifient pas les investissements majeurs qui ont été effectués par les gouvernements », s’étonne Abby Lippman.

« Arrêtons de dire qu’il existe “ un vaccin contre le cancer ” et que cela représente une avancée en matière de santé publique, c’est une contre-vérité scientifique ! fulmine Marc Zaffran. D’abord, le Gardasil et le Cervarix protègent uniquement contre deux des 15 ou 20 virus responsables du cancer du col utérin. »

« Ensuite, l’immense majorité des femmes qui contractent ces deux virus ne font pas de cancer. Enfin, cette maladie est très peu importante en nombre par rapport à l’ensemble des cancers au Canada. Elle ne constitue une réelle menace que dans les pays en développement, qui n’ont évidemment accès ni au frottis (test de Pap) ni au vaccin. »

 

« En Amérique du Nord, il ne s’agit en aucun cas d’un problème nécessitant de vacciner toutes les gamines de neuf ans »
                                                   Dr. Marc Zaffran

 

Des analystes du secteur pharmaceutique ont calculé que l’implantation d’un programme pancanadien de vaccination contre le papillomavirus coûterait deux milliards de dollars.

Le Gardasil est vendu au prix record de 135 $ la dose. Et les consommateurs qui l’achètent en pharmacie ou à la clinique paient encore plus cher : entre 145 et 205 $ la dose, soit de 435 à 615 $ (319 à 451 euros) pour une vaccination complète. Un montant qui n’a rien à voir avec les coûts de recherche et développement du vaccin, estiment les observateurs. Grâce à sa prise en charge par les systèmes de santé publics de plusieurs pays, ce blockbuster a déjà rapporté des milliards de dollars à Merck.

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Finalement, faut-il se faire vacciner ?

« Une bonne alimentation, des comportements personnels et sexuels sains, des tests de dépistage réguliers et l’utilisation de préservatifs, tous ensemble, ne seront jamais aussi efficaces qu’un vaccin anti-VPH. Celui-ci représente un outil de prévention essentiel contre le cancer du col et les verrues génitales », assure le Dr Marc Steben, soutenu par la plupart de ses confrères.

Il faut rétablir la réalité du risque, qui est minime, croient plutôt d’autres spécialistes. « Aux États- Unis et au Canada, les campagnes de publicité alarmistes financées par l’industrie pour inciter à la vaccination ont produit un effet d’hystérie chez de nombreux parents, à tel point que certaines femmes ont fini par penser qu’elles étaient de mauvaises mères si elles ne faisaient pas vacciner leurs filles », observe Abby Lippman.

« Les stratégies de marketing des compagnies pharmaceutiques confondent la publicité avec l’information, renchérit la Fédération Québécoise de Planification des naissances FQPN. Celle-ci n’est pas complète ni impartiale, elle crée la confusion, laisse entendre que la situation est beaucoup plus alarmante qu’elle ne l’est vraiment et que le vaccin règle tout. Dans un tel contexte, la question de savoir comment les parents pourront évaluer le pour et le contre de la vaccination demeure entière. »

« Lorsque des parents viennent me consulter, raconte le Dr Spinosa, je commence par leur expliquer que le vaccin fournit une protection d’environ 20 % contre les lésions précancéreuses du col, qu’on ne sait pas encore s’il réduit le risque de cancer, qu’on ignore presque tout de ses effets secondaires à long terme et qu’il ne dispense pas de réaliser régulièrement des frottis de dépistage. »

« Si, après ces informations, ils souhaitent quand même que leur fille soit vaccinée, je respecte bien sûr leur demande. Sur les plans éthique et juridique, un médecin doit fournir à ses patients des informations exactes afin qu’ils puissent prendre une décision éclairée », précise-t-il.

« Or, les données dont nous disposons sur le Gardasil et le Cervarix sont incomplètes. Ces vaccins ne sont qu’un premier pas. La voie de la vaccination deviendra intéressante le jour où elle couvrira tous les virus susceptibles de causer le cancer du col utérin. »

« Un médecin doit fournir à ses patients des informations exactes afin qu’ils puissent prendre une décision éclairée. Or, les données dont nous disposons sur le Gardasil et le Cervarix sont incomplètes. »

Dr Jean-Pierre Spinosa, Lausanne, Suisse
coauteur du livre-enquête
La piqûre de trop ?

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Gardasil, ou le triomphe du pharma-marketing

Aux États-Unis, la commercialisation des vaccins contre le VPH a suscité une violente polémique en raison des méthodes très agressives de leurs fabricants. Selon le New York Times, Merck aurait par exemple recruté des centaines de médecins et d’infirmières pour porter la bonne parole et augmenter ses chiffres de vente.

Leur rôle consistait à donner des conférences sur le Gardasil devant leurs collègues – chaque intervention était rémunérée 4 500 $. Lobbying intensif. La firme a également inondé les réseaux sociaux (surtout Facebook et Twitter) de messages d’« information », soutenu financièrement diverses sociétés de médecine étatsuniennes ou canadiennes et commandité une kyrielle d’associations de patientes contre le cancer du col, qui réclamaient l’accès « gratuit » au vaccin pour toutes les femmes.

De plus, elle a discrètement financé une campagne de sensibilisation sur le virus par l’intermédiaire de Women in Government, ( 18 ) un regroupement de femmes politiques prônant que toutes les adolescentes de 11 et 12 ans soient vaccinées.

Enfin, Merck s’est livré à un lobbying intensif dans une vingtaine d’États, spécialement au Texas, pour tenter d’obtenir des politiciens locaux qu’ils rendent la vaccination anti-VPH obligatoire.

Une stratégie efficace.

« La quasi-unanimité autour du Gardasil et du Cervarix dans les pays riches est moins due à leur efficacité qu’à un impressionnant appareil de communication et de lobbying, qui a consacré l’avènement de nouvelles méthodes de pharma-marketing », analyse le Dr Jean-Pierre Spinosa.

« Les médecins ont été très nombreux à se faire une opinion avant même que le vaccin ne soit autorisé sur le marché et que les résultats des études n’aient été publiés. »

« La grande habileté de cette stratégie a résidé dans l’effacement des fabricants derrière le corps médical : ce n’étaient plus les compagnies qui informaient, mais des professionnels de la santé qui en informaient d’autres et qui se chargeaient de convaincre les politiciens et les décideurs, donnant ainsi un précieux vernis d’indépendance et d’objectivité aux informations distillées », souligne-t-il.

Gardasil : Marque de l’année 2007

«

Les campagnes publicitaires de Merck pour son vaccin vedette lui ont par ailleurs valu plusieurs prix. Gardasil a notamment été élu « marque de l’année » 2007 par le mensuel étatsunien Pharmaceutical Executive ( 19 )

Sa prouesse ?
« Avoir réussi à créer un marché à partir de rien »
écrit le magazine

»

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Vaccination: Le Québec en tête

Les informations publicitaires qui
circulent sur le VPH et la campagne de vaccination mettent l’accent sur le taux d’incidence élevé de l’infection par le virus.

Le plus souvent, elles « oublient » de préciser que cette infection sera sans conséquences pour 90 % des personnes infectées, qui l’élimineront naturellement en moins de deux ans

Au Québec, le programme de vaccination « gratuite » lancé à l’automne 2008 avec le Gardasil cible les fillettes de quatrième année du primaire (9 et 10 ans) ainsi que leurs aînées de troisième secondaire (14 et 15 ans).

« À ce jour, 180 000 jeunes Québécoises ont reçu au moins une dose de vaccin, ce qui représente une couverture de 80 %. Aucune autre province ne fait mieux », se réjouit le Dr Marc Steben, chercheur pour le compte de Merck et président du comité sur les infections transmises sexuellement à l’Institut national de santé publique du Québec.

Pour être pleinement efficace, le vaccin doit cependant être administré avant le premier rapport sexuel, précise t- il, puisque le virus du papillome humain (VPH) est une infection acquise très tôt au début de la vie sexuelle. L’idéal serait de “ couvrir ” toutes les élèves de quatrième année.
En les vaccinant à neuf ans, on bénéficie de l’infrastructure existante dans le cadre de la vaccination contre l’hépatite A et B.

De plus, c’est à cet âge qu’on observe les meilleurs taux de réponse immunitaire. Enfin, cela permettrait de protéger les 15 % de décrocheuses scolaires qui ne se rendent pas en troisième secondaire. Or, il s’agit du groupe le plus à risque de développer un cancer du col, parce qu’elles ont davantage de partenaires et d’infections transmissibles sexuellement, fument plus et ont souvent une alimentation carencée en vitamines, ce qui affaiblit leur système immunitaire.» 

Dans 90 % des cas, le système immunitaire élimine le virus de l’organisme en moins de deux ans. Seules 10 % des infections persistent trois ans et plus et sont susceptibles d’entraîner l’apparition de lésions précancéreuses

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00   Merck réagit au dossier du magazine Protégez-vous: des spécialistes répliquent

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La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada réagit

La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) a également réagi à la publication de notre article sur le Gardasil®. Lisez la lettre intégrale de la SOGC adressée à Protégez-Vous et voyez notre réponse. Les deux textes sont en format Acrobat PDF

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Notes & Références:

01

 

Qui est Abby Lippman ? Et ce qu'elle pense du sujet. Entrevue en anglais dans le magazine Maclean et dans Passeport Santé en français: Vaccin contre le VPH: un son de cloche différent

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02

 

À propos du Dr Jean-Pierre Spinosa co-auteur du livre-enquête La piqûre de trop ?

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03

 

Qui est le Dr. Marc Zaffran ?

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04

 

Qu'est-ce que l'American Cancer Society ACS ?

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05

 

Qu'est-ce que le vaccin contre le VPH ?

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06

 

Qu'est-ce que le Gardasil, commercialisé par le laboratoire étatsunien Merck ?

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07

 

Qu'est-ce que le Cervarix du britannique GlaxoSmithKline ?

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08

 

Dr Marc Steben, chercheur pour le compte de Merck et président du comité sur les infections transmises sexuellement à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

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09

 

Qu'est-ce que l'Association médicale canadienne ?

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10

 

Qu'est-ce que l'Organisation Mondiale de la Santé OMS ?

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11

 

Qu'est-ce que l'Agence européenne du médicament ?

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12

 

Que sont le Vaccine Adverse Event Reporting System (VAERS) et la Food and Drug Administration (FDA) ?

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13

 

Qu'est-ce qu'un test de PAP ?

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14

 

Qu'est-ce que la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) ?
Lettre de Mme Nathalie Parent à ce sujet

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15

 

Qu'est-ce que Société des gynécologues oncologues du Canada ?

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16

 

Qu'est-ce que la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada ?

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17

 

Qu'est-ce que le Réseau québécois d’action pour la santé des femmes ?

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18

 

Qu'est-ce que le Women in government ?

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19

 

Référence: Pharmaceutical Executive Gardasil Campaign Taps Public Fear of Cancer PharmExec Direct Marketing Edition

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