Le Québec: la cour à bois des États-Unis

Notre ministre Laurent Lessard, responsable des forêts, résumait, il n’y a pas longtemps, l’essentiel de ses préoccupations: «Nous sommes tributaires de ce qui se passe aux États-Unis.» Cela veut dire que lorsque la construction va bien là-bas, on fait rouler les usines. Lorsque ça ne va pas, on les ferme. Voilà où nous en sommes rendus après 150 ans de foresterie: une cour à bois américaine.

Un ministre prudent dans le domaine de la corruption:  "Pas de plainte contre la ville de Laval, pas d’enquête" disait le ministre Laurent Lessard ( 01 ). Alors dans la forêt ce sera comment? - JosPublic

 

Texte par Richard DESJARDINS

Et ces acheteurs sont de plus en plus exigeants, par-dessus le marché. En effet, nos clients industriels américains, comme Home Depot, réclament que leur approvisionnement provienne de forêts bien gérées. Comme on dit, «certifiées». ( 02 )

Le mot embête tout le monde, car si les critères exigés pour obtenir la certification étaient appliqués intégralement sur le terrain, il n’y aurait plus de foresterie dans ce pays. Comme d’habitude, on a fait appel à des lexicologues pour travestir la réalité. Parce que, franchement, sur le terrain, on ne voit pas de grande différence entre une coupe «certifiée» ou non.

Ça demeure toujours une forme de saccage. La petite harde de caribous forestiers de Val-d’Or va s’éteindre dans une forêt «certifiée».

Mais l’annonce la plus porteuse de sens fut sans doute l’adoption de la Loi sur l’aménagement durable des forêts (2010) pilotée par le regretté ministre Claude Béchard.

La loi vise à assurer le maintien de la biodiversité et la viabilité des écosystèmes en diminuant les écarts entre la forêt aménagée (comprendre «bûchée») et la forêt naturelle. C’est une belle phrase, ambitieuse, et qui engage beaucoup.

Comme il n’y a pas deux forêts pareilles, on peut s’imaginer qu’on va constituer des équipes d’écoforestiers, les outiller comme il faut, ne serait-ce que pour dresser l’inventaire de ce qu’il y a dans ces forêts.

Dans cette loi, les beaux principes y sont déclinés dans une impressionnante nomenclature d’objectifs, mais on attend depuis cinq ans les règlements visant à codifier le comportement des industriels en forêt. Comme un beau dentier étincelant mais dépourvu de dents.

Pour le moment, cette Loi sur l’aménagement durable ( 03 ) demeure l’expression d’un grand désir de plaire et de faire rêver. Ce n’est pas à dédaigner par les temps qui courent, me direz-vous, mais cette loi s’incarnera-t-elle sur le terrain avant la fin du monde?

Rien n’est moins sûr. Ce même gouvernement qui s’engage à opérer un virage écosystémique majeur dans ses forêts vient d’effectuer un «massacre à la tronçonneuse» dans deux programmes majeurs de recherche, l’un en sciences forestières, l’autre en compréhension des écosystèmes forestiers. À ce petit drame s’ajoute son incompressible obsession, on dirait, à vouloir réduire à néant les postes de biologistes et ceux liés à la protection de la faune.

Deux hommes heureux de contribuer à l'ignorance en coupant dans les programmes de recherche en foresterie  ( 04 )
Carlos J Leitão et Dr Philippe Couillard

Nous entretenons quand même la moindre lueur d’espoir sitôt qu’elle se pointe. Le ministère responsable des ressources naturelles a bien tenté de convaincre l’industrie minière de reconsidérer son historique droit de veto sur des territoires où des projets autres que miniers s’avèrent hautement souhaitables. Comme la protection des sources municipales d’eau potable ou l’instauration d’aires protégées. En vain.

Ce qui intéresse cette industrie, entre autres, c’est que nous assumions collectivement le milliard de dollars que ça coûtera pour nettoyer ses propres sites contaminés! En signe de bonne volonté cependant, elle était prête à ouvrir ses livres de comptabilité, chose taboue depuis toujours.

 

Drainage minier acide à proximité d'un parc à résidus miniers abandonné.

De Napoléon Bonaparte au Rapport de Guy Coulombe sur la forêt québécoise. l'enquête publique: le rapport Coulombe sur l'état de la forêt québécoise. Pas de plan général de foresterie

Le gouvernement Couillard a jugé que c’était trop de bonté. Nous paierons pour les dégâts miniers et l’industrie pourra continuer à manipuler ses chiffres en toute clandestinité légale.

Nous verrons dans le prochain texte comment l’Action boréale se bat pour protéger le plus beau joyau de l’Abitibi, Kanasuta, contre les pouvoirs conjugués des industries minières et forestières... et contre l’impéritie du gouvernement.

- Richard Desjardins

De Napoléon Bonaparte au Rapport de Guy Coulombe sur la forêt québécoise. La forêt: pour les élus.es c'est une question d'avoir l'air de protéger des aires de biodiversité..Forêt québécoise: investissement déficitaire pour la population

Source: Journal de Québec/Montréal pour Québecor Inc.  De Napoléon Bonaparte au Rapport de Guy Coulombe sur la forêt québécoise

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 15 mars 2015

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Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

De Napoléon Bonaparte III au rapport de Guy Coulombe à propos de la forêt québécoise
(La Commission Coulombe 10 ans plus tard, partie 1)
Par Richard Desjardins

 L'enquête publique: le rapport Coulombe sur l'état de la forêt québécoise
(La Commission Coulombe 10 ans plus tard, partie 2)
Par Richard Desjardins

Pas de plan général de foresterie au large horizon au Québec
(La Commission Coulombe 10 ans plus tard, partie 3)
Par Richard Desjardins

  La forêt: pour les élus.es c'est une question d'avoir l'air de protéger des aires de biodiversité
La Commission Coulombe, 10 ans plus tard - partie 4)
Par Richard Desjardins
  Forêt québécoise: investissement déficitaire pour la population. (Commission Coulombe 10 ans plus tard, partie 5)
Par Richard Desjardins
La forêt de Kanasuta, un joyau constamment menacé
(Commission Coulombe 10 ans plus tard, partie 6)
Par Richard Desjardins

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