La Commission Coulombe, 10 ans plus tard - partie 4
La forêt: pour les élus et élues c'est une question
d'avoir l'air de protéger des aires de biodiversité

Nous, Blancs agriculteurs venus d’Europe, il nous fallait de la place pour cultiver et aussi du bois pour construire des maisons. La forêt nous apparaissait comme une sorte d’ennemie, d’autant plus qu’on pouvait s’y perdre, s’y faire manger tout rond par les bibittes ou simplement tuer par un Iroquois.

Notre histoire forestière nous enseigne aussi que nous avons pu construire nos premières écoles grâce aux droits de coupe arrachés aux compagnies de bois. Nous en sommes venus à croire qu’une forêt n’a de valeur qu’une fois couchée par terre. Nous éprouvons toutes les misères du monde à en préserver ne serait-ce que des parcelles, convaincus que la meilleure chose qui peut arriver à un marais c’est d’être asphalté.

 

 

Texte par Richard DESJARDINS

Nous considérons qu’un arbre qui meurt avant d’être coupé est une pure perte. Alors qu’en réalité, il y a plus de vie dans celui-ci que dans un arbre vivant (insectes, oiseaux, ferments). Alors que cet arbre mort maintient l’écosystème en bonne santé.

Nous savons maintenant que tout est relié, de la bactérie à l’orignal, du microscopique champignon au grand pin blanc.

L'agrile, un insecte asiatique, destructeur du frêne  ( 01 )

Nous savons aussi que nos connaissances à ce sujet sont embryonnaires et que nos dernières forêts naturelles constituent nos ultimes bibliothèques de référence. Ces aires, à protéger, serviront justement de laboratoires pour nous aider à comprendre comment les écosystèmes réagissent aux changements climatiques actuels, comment combattre les épidémies exogènes qui sont en train de tuer certains de nos arbres un à un. Elles pourront nous servir en tout cas à nous orienter dans le choix de nos pratiques forestières.

Oui, mais ça nous rapporte quoi, une forêt naturelle?

L’Institut canadien Pembina s’est employé à évaluer en termes de dollars tous les «écoservices» rendus par la forêt boréale: captage de carbone, contrôle des épidémies d’insectes par les oiseaux, filtrage d’eau, production d’oxygène, etc., pour conclure que la valeur de ces écoservices est 2,5 fois plus élevée que la valeur marchande nette des ressources naturelles extraites (bois, métaux, hydro).

D’où l’importance d’en préserver une partie. Une recommandation majeure du rapport Coulombe.

En 1992, le Québec s’est engagé à protéger 12 % ( 02 ) de chacun de ses grands écosystèmes (il y en a onze, incluant Anticosti), pourcentage qu’il promettait d’atteindre pour 2010 puis pour 2015, puis on ne sait quand.

Le gouvernement n’arrive pas à convaincre l’industrie qu’elle pourrait néanmoins survivre en exploitant quand même 88 % du pays!

Les montagnes Blanches, une des dernières grandes forêts vierges du Québec, abritent le caribou forestier, une espèce actuellement menacée. ( 03 )

D’autant plus que les droits détenus par les compagnies sur les zones dédiées à la protection leur ont été accordés pour des pinottes en ce qui regarde les minières et complètement gratos pour les forestières. Pourtant, quand il s’agit de protéger une simple «patch» de territoire, il faut se taper des audiences publiques à n’en plus finir.

Le processus est aussi outrageusement ralenti par le fait que le ministère chargé d’instaurer le réseau d’aires protégées, celui du – tenez-vous bien – Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, n’a même pas d’argent pour envoyer ses spécialistes sur le terrain.

David Heurtel, le ministre de l'environronnement du Québec

Ici, sur place, en Abitibi-Témiscamingue, quatre biologistes y travaillent sur un territoire 178 fois plus grand que l’île de Montréal.

Autant dire qu’en forêt, on a quasiment plus de chances de rencontrer un couguar qu’un biologiste.

On se serait attendu à ce que ce ministère soit doté d’un budget aussi impressionnant que son nom (MDDELCCC). Pour l’instant il poireaute à trois millièmes du budget global du gouvernement, en mode «coupures» tout le temps. ( 04 )

En passant, on se serait aussi attendu à ce que l’Université Laval, qui forme nos professionnels forestiers, refuse de nommer son nouveau pavillon de foresterie «Pavillon Kruger», une compagnie forestière familiale opaque, en échange de beaucoup d’argent. On aurait au moins espéré qu’elle utilise ce cash pour insuffler une bonne dose de sciences écoforestières à son cursus scolaire au lieu de continuer à faire de ses étudiants des extracteurs professionnels de mètres cubes de bois.

Malgré tous ces ratés, y a du bon qui a été fait depuis le rapport Coulombe.

L'enquête publique: le rapport Coulombe sur l'état de la forêt québécoise

Vraiment. On en parle dans le prochain texte.

- Richard Desjardins  
De Napoléon Bonaparte III au rapport Guy Coulombe à propos de la forêt québécoise.

Pas de plan général de foresterie aux larges horizons

Source: Journal de Québec/Montréal pour Québecor Inc.  De Napoléon Bonaparte au Rapport de Guy Coulombe sur la forêt québécoise

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 12 mars 2015

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Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

 De Napoléon Bonaparte III au rapport de Guy Coulombe à propos de la forêt québécoise
(La Commission Coulombe 10 ans plus tard, partie 1)
Par Richard Desjardins

 L'enquête publique: le rapport Guy Coulombe sur l'état de la forêt québécoise.
(La Commission Coulombe 10 ans plus tard, partie 2)
Par Richard Desjardins

Pas de plan général de foresterie au large horizon au Québec
(La Commission Coulombe 10 ans plus tard, partie 3)
Par Richard Desjardins

  Forêt québécoise: investissement déficitaire pour la population. (Commission Coulombe 10 ans plus tard, partie 5)
Par Richard Desjardins

Le Québec: la cour à bois
 des États-Unis
(Commission Coulombe 10 ans plus tard, partie 6) Par Richard Desjardins

La forêt de Kanasuta, un joyau constamment menacé
(Commission Coulombe 10 ans plus tard, partie 6)
Par Richard Desjardins

L'ABAT est une association qui lutte pour la sauvegarde de la forêt boréale
L'action boréale de l'Abitibi-Témiscamingue - ABAT //  C.P. 2121 Rouyn-Noranda (Québec) J9X 5A5 // T.: (819) 762-4967
Courriel :
info@actionboreale.org

 

Forêt Montmorency

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes & Références encyclopédiques:

01

L'agrile du frêne, dangereux pour l'homme? - Sur La Presse, le 05 mars 2014

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02

 
 
 
 
 
 

La politique est pavée de bonnes intentions? Officiellement, le gouvernement du Québec s’est engagé à protéger 12 % de son territoire d’ici 2015. Il manque 48 000 km2, soit l'équivalent de la superficie de la République dominicaine, afin d'atteindre son objectif. Tout un défi pour respecter son engagement, que les titres miniers acquis sur le territoire de potentielles aires protégées viennent compliquer, voire compromettre. Québec ratera la cible des aires protégées. - Sur Le Devoir, le 15 juillet 2014

 
 
 
 
 
 

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03

 
 
 
 

Dès janvier 2014, le Secrétariat au développement nordique mettra en place un groupe de travail, soit une Table des partenaires incluant des écologistes, qui se pencheront sur les questions liées à l'environnement, au développement durable et à la protection du territoire. Les écologistes déplorent le manque de vision de Québec - La Presse, le 25 novembre 2013

 
 
 
 

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04

 
 
 
 
 
 

Budget du Ministère de l'environnement de 1999 à 2004 calculé en argent constant: 213 140 500,00 $ / 141 048 700,00 $ / 165 789 600,00 $ / 184 401 100,00 $ / 182 408 500,00 $ Source Coalition Eau Secours! voir le tableau de 1999 à 2006

En 2014-2015 le montant est de 72 960,8 source Ministère du Développement durable, environnement et changements climatiques.
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