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Ce médicament qui vous a sauvé la vie
peut provenir d'une forêt sauvée de la déforestation

Un quart des prescriptions actuelles de la médecine moderne est basé sur les plantes. Faire disparaître une forêt c'est faire disparaître des médicaments potentiels pouvant traiter les maladies des humains fragiles que nous sommes. Avec le niveau de connaissance que nous avons, il est toujours surprenant de constater du bien peu de cas que l'on fait de notre jardin médicinal. Est-ce un prêchi-prêcha d'écologistes ou un mythe amérindien? Vous trouverez ci-dessous des informations qui décapent la boîte à préjugés.
                                                                                                    
-  JosPublic

 

 

 

Au Québec notre jardin médicinal est dans notre arrière cour, surtout vers le Nord. Non seulement la forêt traditionnelle offre un énorme potentiel de médicaments, mais la forêt boréale en compte plus de 500 répertoriés à ce jour.

Les prescriptions actuelles de la médecine moderne sont basées sur les plantes. Par exemple, le médicament Taxol®, probablement la drogue anticancer la plus importante de nos jours a initialement été isolée à partir de l’if de l’Ouest, ( 01 ) un arbre croissant dans le côté ouest de l’Amérique du Nord. Par contre, pour le traitement d’un seul patient, il faudrait l’écorce de 6 vieux arbres. C'est pourquoi aujourd’hui ce médicament important est obtenu à partir d’aiguilles d’autres espèces d’if davantage disponibles ( 02 ).

En fait, les trois quarts des 120 médicaments dérivés de plantes présentement disponibles sur le marché ont été découverts par l’étude des plantes utilisées dans la médecine traditionnelle ( 03 )

Au Canada, au moins 546 plantes de la forêt boréale sont connues pour leur utilité dans la médecine autochtone, dont 400 dans les provinces de l’est (Québec, Ontario et les Maritimes). Ces plantes sont utilisées dans le traitement de plusieurs maladies graves, comme le diabète, les problèmes liés au système vasculaire et la dépression ( 04 ).

Nombreuses sont les plantes qui se sont avérées efficaces suite à diverses études scientifiques. Par contre, une grande variété de ces plantes n’a pas encore été étudiée par nos scientifiques. Pire encore, un bon nombre de ces plantes qui n’ont pas encore été étudiées, sont menacées d’extinction par la perte de leur habitat : la forêt boréale. L'exploitation forestière, la fragmentation de l’habitat par des routes et des voies ferrées ainsi que les changements climatiques sont les facteurs majeurs contribuant à cette menace.

Le potentiel de médicaments qu’héberge la forêt boréale du Québec à elle seule semble immense.  Un bon exemple en est le traitement du diabète de type II, une des maladies de plus en plus répertoriées au Québec. Un des médicaments les plus utilisés pour le traitement du diabète est la Metformine.

Des études récentes ont démontré que plusieurs plantes médicinales utilisées par les autochtones du Canada et du Québec présentent des effets semblables à la metformine dans les expériences en laboratoires. Outre les effets bénéfiques observés dans quelques-unes de ces plantes, certaines semblent induire à moindre intensité l’effet secondaire le plus important de la metformine, l’acidose métabolique (du moins dans des expériences de laboratoire) ( 05 ). 

Un autre exemple de médicaments de la forêt boréale s’applique au traitement de la goutte. Cette maladie est causée par une surcharge d’acide urique, un produit de dégradation des acides nucléiques. Présentement, cette maladie est traitée par l’allopurinol , qui empêche la formation d’acide urique.

Encore une fois, des études récentes ont démontré que des extraits de plantes du Québec (régions de Montréal et de la baie James) avaient une activité semblable ou plus importante que l’Allopurinol dans des expériences effectuées en laboratoires ( 06 ).

Puis, même dans le contexte de la dépression, des extraits de Millepertuis perforé, une plante qui pousse presque partout au monde, y compris au Québec, ont montré une capacité semblable à des antidépresseurs couramment utilisés.

Finalement, il y a plusieurs plantes qui démontrent des activités antibiotiques. Parmi celles-ci, le noyer cendré, essence d'arbre qui croît entre autres au Québec, montre une activité antifongique (qui tue les levures et champignons) et peut être appliqué comme crème sur la peau ( 07 ).  Étant donné ces nombreuses applications médicales de la forêt boréale, il est légitime de se questionner sur la façon de faire afin de ne pas perdre cette ressource. La médecine traditionnelle se compose autant de la science des plantes que du mode de vie traditionnel associé aux autochtones vivant dans cette région.

La première étape doit être de protéger autant le milieu où poussent ces plantes - la forêt boréale - que le mode de vie traditionnel des autochtones. Ceci pourrait être assuré par la légalisation et la création d’un secteur de médecine naturelle, en complément de la médecine moderne. De plus, il faudrait encourager la formation des professionnels de la santé en médecine traditionnelle, tant que ceci est basé sur la science moderne.

De cette façon, les communautés locales et autochtones peuvent assurer leur survie par leur mode de vie et par la commercialisation de plantes médicinales traditionnelles. À moyen terme, il serait nécessaire d’intégrer la culture des plantes en questions dans l’agriculture actuelle, ce qui permettrait aux populations locales, actuellement dépendantes de l’industrie du bois, de diversifier leurs revenus et ainsi de se libérer de l’emprise des grandes entreprises forestières.

Finalement, pendant tout ce temps, il doit y avoir des programmes de recherche scientifique sur la médecine traditionnelle, assurée par des bourses offertes par le FRQS (Fonds de recherche du Québec – Santé) ou d’autres fonds de financement dédiés à la recherche. 

Ce qu’il ne faudrait pas oublier, c’est d’inclure les communautés locales (autochtones ou non) dans ce projet, puisque ce sont elles qui dépendent en premier de la forêt. Les Premières Nations et la forêt ont le potentiel de contribuer à l’avancement de la recherche médicale et à l’amélioration de la santé mondiale, reconnaissons-le!
 

 

Dans une période où les coûts reliés aux systèmes médicaux ne cessent d’augmenter au Québec, la facture des médicaments a doublé en 10 ans, jusqu’à atteindre 8,5 milliards de dollars en 2012 ( 08 ), à une époque où les  industries pharmaceutiques dictent les conditions de notre santé, dans un contexte où des maladies comme le diabète de type II posent de plus en plus de problèmes, alors qu'on ne cesse de parler de bactéries et microorganismes résistants aux antibiotiques, il faudrait peut-être se questionner sur notre santé. Il nous faut des médicaments moins chers et plus efficaces.  

Ne serait-ce pas la conclusion logique de se tourner vers nos racines, mère-nature qui depuis toujours nous donne ce dont nous avons besoin? Les traitements et médicaments sont probablement disponibles, il faut cesser de voir la forêt comme livreur de bois et commencer à la voir comme ce qu’elle est : notre origine et notre avenir.

La forêt nous offre d'incalculables services écologiques : des médicaments, de la nourriture, de l'eau potable, de l'oxygène et la stabilisation de notre climat. Cessons de mesurer une forêt en mètres cubes de bois et commençons à conserver sa diversité afin que toutes et tous puissent en profiter.

Et qui sait, peut-être qu’un jour, un scientifique trouvera le remède tant attendu contre le cancer extrait, tout comme le taxol, à partir d’une plante de la forêt?

Une découverte qui profiterait à l'humanité entière. J’ai ce rêve pour la forêt boréale, un rêve durable.

Jonas Brandenburg
Étudiant en Biochimie à l'Université de Montréal.
 

Source: Boréalisation.org groupe citoyen

Choix de photos, commentaires, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 11 septembre 2014

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Analyses & Opinions

Regard sur la forêt

Fiche: Forêt

Notes & Références encyclopédiques:

01
 

Bocci, G. et Al. (2013) The pharmacological bases of the antiangiogenic activity of paclitaxel. Angiogenesis 16, 481-492

 

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02
 

Croteau, R. et Al. (2006) Taxol biosynthesis ans molecular genetics. Phytochemistry Reviews 5, 75 – 97.

 

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03
 

Tsao R et Al. (2007) Exploration and characterization of bioactive phytochemicals in native Canadian plants for human health. Can. J. Plant Sci. 87, 1045-1053.

 

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04
 

Uprety Y. et al. (2012) Traditional use of medicinal plants in the boreal forest of Canada: review and perspectives. J. Ethnobiol. And Ethnomed. 8, 7.

 

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05
 
 

Martineau LC et Al. (2010) Enhancement of muscle cell glucose uptake by medicinal plant species of Canada’s native populations is mediated by a common, metformin-like mechanism Journal of Ethnopharmacology 127, 396-406.

 
 

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06
 
 

Owen PL et Al. (1999) Canthine oxidase inhibitory activity of northeastern North American plant remedies used for gout. Journal of Ethnopharmacology 64, 149-160.

 
 

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07
 

Ficker CE et Al. (2003) Inhibition of human pathogenic fungi by ethnobotanically selected plant extracts. Mycoses, 46, 29-37.

 

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08
 

La facture en médicaments a doublé en 10 ans au Québec. - Sur le Journal Le Soleil, le 20 novembre 2012

 

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