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Pour la forêt boréale... à perpétuité

Écrit par: Hubert REEVES
Astrophysicien et vulgarisateur scientifique
Pour Le Journal de Montréal
Publié le 23 août 2009

Les scientifiques de tous les pays sont aussi des citoyens conscients des périls actuels menaçant le futur des Terriens.

En France, lorsqu'il fallut appuyer la Charte de l'environnement voulue par le Président Jacques Chirac, des scientifiques préoccupés par les périls écologiques sont intervenus.

En ce moment au Canada, c'est la forêt boréale qui a besoin de soutien. Et déjà en 2007, plus de 1500 scientifiques issus d'une cinquantaine de pays, dont 71 du Québec, ont demandé sa protection aux chefs gouvernementaux canadiens.

Il s'agissait d'appuyer la mise en oeuvre de la Convention qui a pour but de préserver les valeurs culturelles, économiques et naturelles de cet ensemble inestimable.

L'idée avance puisque deux provinces canadiennes, l'Ontario et le Québec, ont annoncé la décision de protéger une partie du territoire. Mais la forêt n'est pas encore rendue pérenne dans sa totalité.

Or c'est l'objectif. Donc la communauté scientifique québécoise se remobilise et lance un appel international. Tout scientifique qui n'aurait pas eu connaissance de l'appel peut le trouver ci-dessous:

HYMNE À LA FORÊT BORÉALE

La forêt boréale du Canada est l'un des derniers grands écosystèmes forestiers encore intacts sur la planète, avec ceux de la Sibérie ou de la Scandinavie par exemple (rien qu'au Québec, elle couvre plus de 550 000 km). C'est l'un des derniers grands monuments naturels composé d'une mosaïque de lacs, de marécages et de zones boisées.

Or, on y fait des coupes sombres qui la détruisent sur des milliers et des milliers d'hectares.

C'est pourtant le lieu de vie de plusieurs collectivités autochtones qui ont su depuis des siècles en tirer parti tout en le respectant et déforester leur territoire ancestral serait un crime. Le préserver et préserver son potentiel de biodiversité, richesse précieuse pour tous les Canadiens et même pour toute l'humanité est un impératif. Car les services rendus dépassent largement les frontières de la forêt proprement dite. Même aux antipodes l'existence de la forêt boréale a une influence. Elle stocke le carbone et en retient des quantités qui se chiffrent en milliards de tonnes.

Au-delà de cette précieuse puissance de stockage, la préservation de la diversité végétale et animale est aussi un trésor de diversités spécifique et génétique qu'il faut maintenir. Le loup et le grizzly sont emblématiques, mais il faut se garder de réduire la faune aux seuls grands animaux tout comme la flore n'est pas à réduire aux conifères que ce soit l'épinette noire ou le sapin baumier. Pour ne parler que des oiseaux, sur quelque 300 espèces se reproduisant du Québec, la moitié niche dans la forêt boréale.

Et surtout il faut penser que l'écosystème fonctionne d'autant mieux qu'il bénéficie de la totalité de ses hôtes si grands ou si petits soient-ils.

ALORS LE TEMPS EST VENU D'UNE GESTION TERRITORIALE ÉCORESPONSABLE

On le sait écologie et économie sont indissociables pour un développement durable. Une gestion responsable de cette forêt boréale commence par une volonté de maintien de ce vaste écosystème dans l'intérêt de tous nos descendants.

Une importante partie de la forêt boréale québécoise est allouée à l'industrie forestière. Alors pour revenir à l'initiative des scientifiques, j'en appelle avec eux au premier ministre du Québec pour rapidement mettre en place «un nouveau modèle d'aménagement écosystémique qui s'inscrira comme une référence pour les autres nations de ce monde»