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Le nouveau régime forestier du Québec est en vigueur depuis avril 2013
Est-ce que l'industrie forestière va enfin sortir du bois?

Le secteur forestier du Québec vit de grosses difficultés économiques depuis 10 ans. Le purgatoire n’est pas terminé puisque les 10 prochaines années s’annoncent rudes. «Mais l’industrie devrait améliorer sa rentabilité et s’inscrire dans une perspective de durabilité, soutient Luc Bouthillier. À la condition toutefois d’évoluer vers une pensée radicalement différente de celle qui l’a servie depuis 150 ans. »

 
 
 

Vulnérable, l’industrie forestière québécoise peut toutefois espérer
des jours meilleurs
    -
Luc Bouthillier ( 01 )

 
 

Selon le professeur-chercheur Luc Bouthillier, le nouveau régime forestier, en vigueur depuis le 1er avril 2013, propose une gestion améliorée de la forêt. Pour cela, il s’appuie sur cinq lignes de force.

 La drave sur la rivière Gatineau - Extrémité Ouest du Québec

- L’une d’elles est une gouvernance forestière élargie aux instances régionales

- Une autre consiste en un zonage avec aires protégées

- Le nouveau mode d’organisation favorise également le développement de produits à forte valeur ajoutée, comme la biomasse

- Il encourage aussi l’utilisation accrue des bois structuraux et d’apparence dans la construction. «Le nouveau régime définit un cadre qui favorise la mise en place des changements majeurs nécessaires à la relance de l’industrie forestière québécois

L'expert insiste sur la nouvelle formule d’approvisionnement en matière ligneuse pour les industriels à l’œuvre dans les forêts publiques. Les anciens contrats d’approvisionnement et d’aménagement annuels garantissaient aux industriels 100% de leurs besoins en bois. Désormais, ceux-ci n’ont droit qu’à 75% des volumes demandés. Le 25% restant, ils peuvent tenter de l’obtenir par un mécanisme d’enchères.

«Nous avons maintenant une dynamique de marché, explique-t-il. L’industriel doit entrer en compétition pour aller chercher le quart de son volume de bois. Que celui qui a les meilleures idées, qui est le plus productif et dont les produits assurent une bonne marge de manœuvre financière gagne. En ce sens, c’est une politique publique très saine pour induire de nouveaux comportements.»

Le nouveau cadre se met en place au moment où l’industrie forestière québécoise vit une profonde restructuration. En 2005, le ministère des Ressources naturelles établissait à 467 le nombre d’entreprises en activité dans ce domaine. En juin 2012, elles n’étaient plus que 208! En 20 ans, soit de 1990 à 2010, le nombre d’emplois dans le seul secteur des pâtes et papiers est passé de plus de 40 000 à quelque 20 000.

«L’industrie forestière québécoise est vulnérable, affirme Luc Bouthillier. La marge de rentabilité financière n’est pas très élevée, en particulier dans le secteur des pâtes et papiers.»

Selon lui, les industriels québécois n’ont d’autre choix que d’explorer la formule des petits créneaux, du sur mesure, de la valeur ajoutée. Bref, prendre le virage de l’innovation, notamment vers les bois d’ingénierie et les produits du bioraffinage.

«Il y a des attitudes à changer, dit-il. Nous sortons d’une décennie ténébreuse et celle qui vient sera râpeuse. L’époque où l’on pouvait faire de l’argent relativement facilement avec les produits de commodité comme les “2 x 4” et le papier journal est terminée. Ces créneaux ne sont pas promis à un brillant avenir.»

 
 

Nouveau régime forestier:
vers des fermetures d'usines ou un renouvellement de l'industrie?

 
 

La possibilité que le nouveau régime fasse augmenter le prix du bois et empêche les usines de transformation d'être suffisamment approvisionnées en matière première fait craindre fermetures d'usines et pertes d'emplois.

Le spectre de l'augmentation du prix du bois

Un changement important dans les quantités de bois alloué insécurise les industriels. Il s'inquiètent du risque que la mise aux enchères publique fasse augmenter les prix, d'abord en raison de la lutte que certains se livreront pour acquérir la ressource, ensuite parce que le prix aux enchères sera utilisé par le gouvernement pour fixer la valeur des approvisionnements garantis.

Il est assez surprenant de les entendrent s'inquiéter ainsi, eux qui ne jurent que par le libre marché, la liberté de faire des affaires, voilà qu'on leur offre le libre marché et c'est la panique.

JosPublic
ne peut s'empêcher de comprendre que le discours c'est pour les autres. Eux se satisfont toujours d'un monopole ou de garanties par le gouvernement.

Cette peur qu'ont les industriels forestiers n'est toutefois pas partagée par Luc Bouthillier, professeur en politique forestière à l'Université Laval. Celui-ci affirme qu'à brève échéance, le prix du bois ne devrait pas croître, et pourrait même diminuer, puisque l'industrie des pâtes et papiers va mal, et ce, malgré un léger raffermissement de la demande de bois d'oeuvre depuis un an.

M. Bouthillier indique que le mécanisme d'enchère pourrait peut-être faire augmenter graduellement le prix du bois et faire fermer les portes de certains industriels. Selon lui, toutefois, le coeur du problème n'est pas là. « Il est plus probable qu'ils ferment, car il n'y a plus de débouchés pour leurs produits », dit-il.

Le professeur fait remarquer qu'avant 2002, on comptait 110 000 emplois directs dans l'industrie forestière. Ce nombre n'est plus que de 62 000 aujourd'hui, non pas en raison du prix de la matière première, souligne-t-il, mais bien parce que les habitudes de consommation ont changé et qu'un bouleversement structurel est à l'oeuvre.

En fait, M. Bouthillier ne voit pas l'augmentation du prix du bois comme quelque chose de négatif. Selon lui, cette hausse serait plutôt une bonne nouvelle, puisqu'elle signifierait que le bois est en demande et qu'une nouvelle industrie forestière se substitue à l'ancienne, nouvelle industrie qui est prête à payer le prix pour mettre de l'avant de nouveaux produits.

Il indique que le redéploiement de l'industrie forestière est d'ailleurs l'un des buts du nouveau régime forestier, la mise aux enchères permettant à de nouveaux joueurs d'avoir accès à la forêt publique.

Des craintes justifiées ?

Planteur d'arbre (activité sylvicole)

Si les industriels craignent pour leurs profits, les travailleurs, de leur côté, craignent pour leurs emplois.

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ-CTC) parlait de l'avenir des travailleurs de Produits forestiers Résolu (PFR) ( 02 ) au Saguenay-Lac-Saint-Jean, où se concentre plus du tiers des coupes au Québec. Selon le conseiller régional Jean-Marc Crevier, plusieurs entrepreneurs forestiers de la région profitent du nouveau régime forestier pour se débarrasser de leurs travailleurs syndiqués. Il craint que les contrats de ceux-ci ne soient jamais renouvelés.

« Ils vont tirer les conditions des travailleurs vers le bas. Les gens n'auront plus de syndicats, plus de conditions, et rendu là, c'est la misère. Pour les travailleurs forestiers, c'est un recul de 40 ans », estime-t-il.

À ce sujet, Luc Bouthillier pense que la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean sera un véritable témoin des forces et des faiblesses du nouveau régime, puisque 75 % à 80 % des droits forestiers y sont accordés à Résolu et qu'à moins que l'entreprise décide de se moderniser, le paysage industriel pourrait changer du tout au tout, et la situation des travailleurs avec lui.

M. Bouthillier affirme que les inquiétudes des syndicats sont justifiées, « car on n'a rien prévu pour vivre la transition ». Il avance que la stratégie de certains industriels pourrait être de profiter des derniers bons moments que vit l'industrie des pâtes et papiers pour ensuite accepter tout simplement la fermeture des usines, sans tenter de se renouveler.

« Il faut le vivre comme une expérience. On est tous en apprentissage là-dedans, et ça ne peut fonctionner que si tout le monde travaille ensemble, c'est-à-dire les industriels, les travailleurs et les autorités gouvernementales », déclare-t-il.

Pépinière

 
 

Québec coupe 10 M$ dans le développement forestier
juillet 2013

 
 

Sous une apparence de bonne nouvelle, la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a dévoilé une enveloppe de 23 M$ par année de 2013 à 2015 pour le nouveau programme de développement régional et forestier. Toutefois, cette annonce cache une coupure réelle de 10 millions de dollars dans le budget, ce qui a suscité son lot de critiques.

Dans les faits, le gouvernement fusionne le Programme de mise en valeur du milieu forestier volet II et le Programme de mise en valeur de l'approche intégrée et régionalisée. La ministre mandate ainsi les conférences régionales des élus à identifier des projets structurants pour les communautés.

«Avec l'annonce de ce nouveau programme, notre gouvernement réitère son appui aux intervenants régionaux, aux travailleurs et aux communautés qui vivent de la forêt», affirme Martine Ouellet.

De son côté, Bernard Généreux, président de la Fédération québécoise des municipalités, n'a pas tardé à réagir et demandant à la ministre de revoir sa décision.

« C'est une façon plutôt cavalière d'agir, alors que depuis des mois, les milieux locaux attendent la reconduction des programmes afin d'entreprendre leurs travaux d'aménagement forestier. Aujourd'hui, ils prennent connaissance des coupures draconiennes imposées par voie de communiqué », dénonce le président de la FQM, M. Bernard Généreux.

« Il faut miser sur cette industrie [la foresterie], car elle est renouvelable. Elle sera encore là dans 500 ans. C’est le seul secteur d’activités qui fait travailler du monde partout au Québec.»

- Denis Trottier député provincial de la circonscription de Roberval, Région du Saguenay/Lac Saint-Jean

 

Mont Gosford  - Région de l'Estrie - Le plus haut mont du Sud du Québec

 
 

La réforme de la foresterie québécoise

 
 

Quatorze ans après L'Erreur boréale : un grand coup de godend'art!
Amenez-en de la pitoune de sapins puis d’épinettes
Amenez-en de la pitoune de quatre pieds
Puis des billots de douze pieds
C’est Tit-Paul qui est arrivé
On n’a pas fini de draver

 — Gilles Vigneault, Tit-Paul la pitoune

Prévue depuis 2010, la réforme amenée par Loi sur l’aménagement durable du régime forestier vise en partie à « partager les responsabilités découlant du régime entre l’État, les organismes régionaux, les communautés autochtones et d’autres utilisateurs du territoire forestier ».

Les responsabilités d’aménagement forestier et de planification sont retirées aux compagnies forestières détentrices de certificats d’approvisionnement et d’aménagement (CAAFs) et prises en charge par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF). Ce dernier pourra toutefois déléguer la gestion de territoires aux municipalités, à des personnes morales ou à des peuples autochtones à travers les forêts de proximité.

Lors des consultations sur le projet de loi, des représentants autochtones ont émis des réserves quant à ce transfert puisque le gouvernement est parfois moins prompt que certaines compagnies à consulter et accommoder les communautés qui n’ont pas d’ententes signées ou de droits établis par les tribunaux sur le territoire d’une forêt. Il n’est par ailleurs pas certain que le MRNF fera mieux que les compagnies, ou que ce transfert révolutionne quoi que ce soit. ( 03 )

La certification

L’un des principaux changements qu’entraîne la Loi sur l’aménagement durable du régime forestier porte sur la certification des forêts.

Les forêts dites « certifiées » sont celles qui respectent certaines normes et dont le bois est garant d’une procédure de coupe et d’une qualité particulières.

Les entreprises qui souhaitent démontrer leur responsabilité sociale par une accréditation indépendante peuvent bénéficier de cet outil. On projette qu’en 2013, 95% du territoire forestier sera certifié (contre 74% en 2011).

L’une des certifications les plus répandues est celle du Forest Stewardship Council (FSC). On retrouve le sceau de cette organisation sur plusieurs des livres, enveloppes et autres produits de papeterie sur nos bureaux.

Afin d’obtenir cette certification, les compagnies forestières doivent démontrer que leur forêt remplit tous les principes FSC, dont l’un a trait à la consultation et l’implication des communautés autochtones.

FSC accrédite des organisations de certification forestière qui visitent les forêts et passent jusqu’à 2 semaines à les inspecter. Un propriétaire ou gérant de forêt s’entend avec l’organisme de certification pour une inspection et défraie les coûts des audits, sans garantie d’un résultat favorable.

Le MRNF a déjà indiqué qu’il souhaitait maintenir tous les certificats FSC d’aménagement forestier en place au 31 mars 2013, mais en 2010, l’approche québécoise en matière de gestion des forêts ne respectait pratiquement aucun des standards FSC pour l’écologie et la protection environnementale.

Sources : Radio-Canada Nouvelles pour la Société CBC/Radio-Canada, L'agence  Presse Canadienne/Canadian Press Enterprises propriété de CTVglobemedia, Torstar et Power Corporation of Canada' Blogue Train de nuit, Le journal de la communauté universitaire "Le fil" Volume 48, numéro 3013 juin 2013, L'étoile du Lac pour Transcontinental Inc.

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 12 août 2013

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Notes & Références encyclopédiques:

01
 

 À propos de Luc Bouthillier - Université Laval

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02
 

À propos des Produits forestiers Résolu (PFR) ex-AbitibiBowater qui fut sauvé de fermeture à plusieurs reprises grâces aux taxes des Québécois qui ont dû engloutir des sommes astronomiques pour maintenir l'emploi. Malheureusement les dirigeants de la firme se sont graissé la patte en rémunération et retraite. Nouveau départ pour AbitibiBowater (ABIBOW CANADA INC.) - Sur MétéoPolitique

 

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03
 

Ressources et industrie forestières - Portrait statistiques édition 2012 - Gouvernement du Québec

 

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