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Québec réduit de 40% le coût de l'assainissement des eaux

Louis-Gilles Francoeur
Le Devoir
le lundi 29 mars 1999

Le Québec a assisté à la valse des milliards qui ont permis depuis 20 ans aux élus municipaux, ingénieurs et administrateurs gouvernementaux de l'équiper d'usines d'épuration. Quelques-uns ont remis en question à répétition ce système, assimilé tour à tour à du bien-être social pour grande entreprise ou à un «bar ouvert»...

Depuis que le Programme d'assainissement des eaux du Québec (PAEQ) est passé du ministère de l'Environnement à celui des Affaires municipales, où il est devenu le Programme d'assainissement des eaux municipales (PADEM), le coût des usines d'épuration a chuté de façon importante, les réductions atteignant dans certains cas les 40 %.

Et ce n'est pas, comme le changement de nom du programme le laisse entendre, parce que ce dernier est passé d'un ministère à l'autre mais, fondamentalement, parce que sa réorganisation par les deux ministères l'a fait passer sous un contrôle beaucoup plus serré des fonctionnaires qui ont réduit, du coup, sensiblement la marge de manoeuvre du secteur privé.

C'est ce qui se dégage en effet du bilan tracé à la fin de la conférence scientifique Americana 1999 par Tony Di Fruscia, de la direction des infrastructures du ministère des Affaires municipales (MAM).

Ce dernier a révélé devant toute l'industrie de l'assainissement que la gestion réformée du programme d'assainissement avait fait passer, par exemple, de 100 $ à 60 $ par mètre cube d'eaux usées le coût des usines construites sous les deux régimes, soit une économie moyenne de 40 %. L'importance des économies ainsi réalisées soulève plusieurs questions, ou à tout le moins renforce la crédibilité des critiques souvent adressées au défunt PAEQ, dont le parachèvement aura globalement coûté sept milliards à la collectivité. Une grande partie de ces critiques ont historiquement visé la gestion des projets par la Société québécoise d'assainissement des eaux (SQAE), notamment pour la marge de manoeuvre qu'elle laissait au secteur privé sous l'effet des directives mises en place par le gouvernement.

Il faut préciser d'entrée de jeu ici que les projets actuellement gérés par les Affaires municipales touchent en général de plus petits projets que ceux du PAEQ. Mais ce type de comparaison devrait avantager l'ancien programme car le coût moyen fléchit lorsque les ouvrages sont plus importants en raison des économies d'échelle.

Cette règle devrait normalement se vérifier ici car les projets du PAEQ desservaient en moyenne 700 personnes comparativement à 400 personnes pour les projets réalisés sous l'empire du PADEM.

Malgré cette différence, a révélé M. Di Fruscia, la fourchette des coûts passe de 1000-6000 $ par personne pour les anciens projets à 500 à 3000 $ par personne pour la dernière génération... de plus petites usines d'épuration.

M. Di Fruscia illustre autrement les nouveaux rendements obtenus en comparant les coûts globaux des seuls équipements de traitement.

Leur coût est ainsi passé, a-t-il précisé, d'une fourchette allant de 300 000 $ à 2,55 millions à une nouvelle, plus réduite, se situant entre 100 000 $ et 780 000 $.

Le Québec réalisera en tout 247 petites usines d'épuration. De ce nombre, 194 ont été réalisées sous l'ancien programme et 53 le seront sous le nouveau. Plus de la moitié de ces équipements fonctionneront avec des étangs aérés, la solution la plus répandue au Québec. Une vingtaine de petites installations se résumeront à des installations septiques collectives et quelques petites municipalités vont même traiter leurs eaux usées dans des marais artificiels.

La base de cette performance administrative repose sur la décision «de fonctionner désormais avec des enveloppes fermées», précise M. Di Fruscia, ce qui suscité une discipline sans précédent chez les acteurs du secteur privé. D'autre part, les gestionnaires du nouveau programme, souvent d'anciens gestionnaires qui devaient regarder passer le train impuissants, ont mis en place un système d'appel d'offres beaucoup plus concurrentiel alors que les élus municipaux aimaient bien favoriser les entreprises de la place ou les amis des amis...

Enfin, précise-t-il, on a utilisé l'expérience acquise dans chaque projet pour éviter des dépenses dans les autres. Cela a l'air banal mais sous l'ancien régime, il n'était pas rare de voir des études théoriques et techniques se dédoubler d'un endroit à l'autre pour le plus grand profit des consultants.

Plusieurs innovations ont par ailleurs vu le jour grâce la collaboration de l'Environnement, qui a laissé plus de marge de manoeuvre sur les moyens tout en insistant sur l'obligation de maintenir les mêmes niveaux de performance.

M. Di Fruscia donne comme exemple le remplacement des énormes parois d'argile des bassins, qui ressemblaient à des digues de barrage, par des fosses en béton directement inspirées de la technologie des fosses à purin! Solide et pas cher, dit-il, mais en même temps fort efficace en raison de la forme ronde qui distribue bien les liquides. Les gestionnaires ont par ailleurs revu les critères de conception des bâtiments, beaucoup plus sobres et standardisés maintenant, ainsi que la mécanique des systèmes. Moins de «solutions chromées» au profit d'équipements plus bêtement utilitaires.

Un autre fonctionnaire des Affaires municipales, Jean-Pierre Beaumont, estime pour sa part que les équipes de travail de ce ministère vont devoir progressivement changer leurs priorités pour passer de la conception des ouvrages à leur suivi, à leur contrôle et au maintien de leur performance. Une enquête auprès des gestionnaires municipaux a permis, dit-il, d'entrevoir qu'un certain nombre font déjà un moins de suivi de performance, le signe «avant-coureur», dit-il, d'un désinvestissement qui n'est pas sans conséquence et que le MAM se promet de suivre de près.

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