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Diminuer la médicamentation des états d'âme ou des désordres psychologiques?

Une tristesse indéterminée, une mélancolie après un deuil, une nervosité soudaine sous l'effet d'une contrariété, une morosité tenace suite à un temps qui reste obstinément exécrable...  Petits maux de la vie, pour lesquels parfois les mots n'existent pas...

Aléas psychiques de l'existence qui ne peut jamais être un long fleuve tranquille...  Petits maux d'une civilisation qui supporte de moins en moins bien les frustrations inévitables, obsédée par une image du bonheur (impossible) qui hante notre environnement médiatique et nos désirs profonds.  Faut-il en faire l'objet de traitements médicamenteux ?  Psychiatriser, en plus des désordres psychiques majeurs, les mille et un problèmes existentiels ?  Et pourquoi pas les problèmes sociaux ?...

 

l’Association américaine de psychiatrie a rédigé le DSM-5, un nouveau manuel qui classifie les diagnostics des maladies mentales.  Ce nouveau guide renforcirait la démarche de certains professionnels de la santé quant à la psychiatrisation des problèmes sociaux et ce au grand dam de certains psychiatres à qui il reste encore un peu de bon sens et d'éthique professionnelle.

Déjà l'existence tend à être médicalisée... ( 01 )  dans ses dysfonctionnements normaux.  Heureusement, des réactions se manifestent.  Aux États-Unis, au Canada et dans de nombreux autres pays dont la France, la tension monte dans les milieux psy. ( 02 )

Ce débat se cristallise autour du DSM-5, parfois présenté comme la « référence » de la psychiatrie mondiale.  Ce "Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux", qui en est à sa cinquième version a été édité pour la première fois en 1952, son objectif était au départ d’harmoniser les diagnostics à l’échelle de la planète.

« Certains travaux avaient montré que le diagnostic de schizophrénie en Angleterre n’avait rien à voir avec celui en vigueur aux États-Unis.  On ne parlait pas toujours des mêmes malades », explique la professeure Viviane Kovess-Masfety, psychiatre, épidémiologiste et enseignante à l’École des hautes études en santé publique (EHESP).

« L’avantage de ces classifications, c’est de permettre à la psychiatrie mondiale d’avoir un langage commun », souligne Bernard Granger, professeur de psychiatrie à l’hôpital Tarnier à Paris.  « Mais le DSM a un inconvénient, celui de faire entrer les sujets dans des cases et, parfois, d’entraîner des diagnostics figés à un moment donné, sans tenir suffisamment compte de l’histoire et de l’environnement du patient », ajoute-t-il. Un risque de « déshumanisation » de l’homme et de la médecine

Dans sa première version, le DSM répertoriait 60 troubles mentaux. « Aujourd’hui, le DSM-5 en recense plus de 350 », constate le docteur Patrick Landman, qui considère que cette inflation risque d’entraîner des diagnostics erronés.  « On peut citer le cas des personnes qui vivent un deuil, explique ce médecin.  Certaines peuvent présenter divers symptômes: tristesse, perte d’appétit, troubles du sommeil, sentiment de culpabilité…  La version 4 du DSM estimait que ces symptômes devenaient pathologiques s’ils se prolongeaient au-delà de deux mois.  Désormais, avec le DSM-5, le délai est juste de 15 jours.  Une personne qui a perdu un être cher pourra donc être considérée comme faisant un épisode dépressif majeur si elle continue à être triste au bout de deux semaines.  Alors qu’elle est juste normalement endeuillée. »

Le docteur Landman cite d’autres exemples.  « Le DSM-5 crée un nouveau trouble du comportement alimentaire: l’hyperphagie, que l’on pourra diagnostiquer chez toute personne ayant un accès de gourmandise par semaine.  De la même manière, on pourra ranger dans les troubles mentaux le fait pour un enfant d’avoir trois crises de colère par semaine ou, pour une personne âgée, d’avoir de temps à autre des petits oublis de mémoire. » 

Une inquiétude partagée par le professeur Maurice Corcos, chef du département de psychiatrie de l’adolescent et du jeune adulte à l’Institut mutualiste Montsouris.  « En voulant délimiter le normal et le pathologique, on ne cesse d’élargir les catégories de la maladie mentale », estime ce spécialiste, qui dénonce un risque de « déshumanisation » de l’homme et de la médecine.

Le DSM-5 ne recommande pas de traitements

De leur côté, les défenseurs du DSM-5 réfutent l’idée d’une hégémonie de la psychiatrie américaine sur le reste du monde.  « Tous les comités ayant travaillé sur le manuel comprenaient un expert international », explique Kovess-Masfety, tout en dénonçant certaines « contre-vérités » avancées par les opposants.  « Il peut arriver que des personnes développent d’authentiques dépressions après la perte d’un proche, dit-elle.  Et dans ce nouveau manuel, il y a en fait tout un chapitre qui explique précisément la différence entre les symptômes normaux du deuil et ceux d’un épisode dépressif majeur.  Le but est bien d’éviter de créer de la confusion. » 

La professeure Kovess-Masfety met aussi en avant le fait que le DSM-5 ne recommande pas de traitements.  « C’est juste un outil de diagnostic qui n’empêche pas le médecin de garder son libre arbitre et de ne pas prescrire un médicament s’il estime que cela n’est pas justifié. » 

Un argument qui ne convainc pas le professeur Maurice Corcos.  « En France, la formation initiale des médecins à la psychiatrie reste largement sous l’influence du DSM, affirme-t-il. Et il ne faut pas oublier que 80 % des psychotropes sont prescrits par des généralistes qui sont très sollicités par les laboratoires pharmaceutiques dont les études sont faites avec les classifications issues de ce manuel. »

 
 

Les laboratoires utilisent ce manuel pour s’adresser aux consommateurs

 
 

Allen Frances, psychiatre état-sunien et professeur émérite à l'université de Duke (Caroline du Nord), qui avait coordonné le DSM-IV, note plutôt "les conflits d'intérêts intellectuels" des spécialistes des groupes de travail, "qui leur font voir les bénéfices possibles, mais ignorer certains risques".

Surtout, déplore-t-il, "le processus a été secret, fermé et incapable de s'autocorriger ou d'incorporer des réponses provenant de l'extérieur.  Ainsi, les experts ont rejeté l'appel de 57 associations de santé mentale qui proposaient un examen scientifique indépendant". Aujourd’hui, ce spécialiste multiplie les mises en garde, insistant notamment sur l’utilisation faite de ce manuel par les laboratoires.

Il rappelle que, trois ans après sa sortie, l’industrie pharmaceutique a eu l’autorisation d’adresser des messages directs aux consommateurs américains. 

« Cela a été une catastrophe », explique le docteur Frances dans un entretien publié en 2014 dans la revue PSN« Sous l’effet combiné d’une publicité omniprésente et d’une agressivité commerciale à l’égard des médecins (…), nous avons assisté à l’invention de maladies, vu poser des diagnostics flous, publier de fausses statistiques totalement exagérées et se répandre des prescriptions sans limite », ajoute le psychiatre. 

Avant de préciser que, au cours des vingt dernières années, aux États-Unis, le taux de troubles bipolaires chez l’enfant a été multiplié par 40 et ceux de l’autisme par 20.  Autre chiffre cité par ce médecin: depuis la publication du DSM-4, le marché des médicaments contre les troubles de l’attention est passé de 15 millions de dollars (11,5 millions d’euros) à 7 milliards aujourd’hui (5,5 milliards d’euros).

Mainmise de l'industrie pharmaceutique

Cette nouvelle édition, qui a coûté à l'Association américaine de psychiatrie 25 millions de dollars (19 millions d'euros), laisse cependant beaucoup à désirer sur le plan de la qualité scientifique, accusent les détracteurs du DSM-5.  L'une des principales critiques, déjà ancienne, concerne la mainmise de l'industrie pharmaceutique sur les experts participant à l'élaboration du DSM.

Ces collusions ont été notamment décortiquées par l'historien américain Christopher Lane, dans son ouvrage "Comment la psychiatrie et l'industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions" ( 03 ), et plus récemment par le philosophe québécois Jean-Claude St-Onge, dans "Tous fous ?" ( 04 )

"Troubles cognitifs mineurs"

C'est il y a quatre ans, en rencontrant un confrère et ami à une soirée, qu'Allen Frances a, raconte-t-il, pris conscience de l'ampleur des dangers et qu'il est parti en croisade.  "Ce médecin était très excité à l'idée d'intégrer au DSM-5 une nouvelle entité, le "syndrome de risque psychotique", visant à identifier plus précocement des troubles psychotiques. Le but était noble, aider les jeunes à éviter le fardeau d'une maladie psychiatrique sévère. Mais j'ai appris en travaillant sur les trois précédentes éditions du DSM que l'enfer est pavé de bonnes intentions. Je ne pouvais pas rester silencieux.

Cet item de risque psychotique n'a finalement pas été retenu dans la dernière version du DSM-5.

Mais Allen Frances et les autres "anti" s'inquiètent aujourd'hui d'autres entités qui font leur entrée dans le nouveau manuel. Ainsi des "troubles cognitifs mineurs".

 "La perte de mémoire physiologique avec l'âge va devenir une pathologie au nom de la prévention de la maladie d'Alzheimer, prévoit le collectif Stop DSM. De nombreux sujets vont se voir prescrire des tests inutiles et coûteux avec des médicaments dont l'efficacité n'est pas validée et dont les effets à terme sont inconnus."

"Pathologisation du deuil"

Patrick Landman et ses collègues sont aussi vent debout contre ce qu'ils nomment une "pathologisation du deuil". "Au bout de deux semaines, l'apparence dépressive de l'endeuillé sera passible du diagnostic d'épisode dépressif majeur et donc d'antidépresseurs", craignent-ils.

Troisième exemple : "le disruptive mood dysregulation disorder", qui risque, selon eux, de faire entrer dans le DSM de banales colères infantiles.  "C'est une interprétation erronée, estime la docteure Viviane Kovess-Masfety"Ce symptôme correspond à une irritabilité très importante et constante, et à des colères violentes et fréquentes.  Le critère (irritabilité plus trois grosses colères par semaine pendant plus d'un an) n'est pas si banal, et cela est destiné à ne pas mettre ces enfants dans la catégorie des troubles bipolaires."   Par ailleurs, selon elle, le DSM ne dit pas que tout deuil de plus de quinze jours est une dépression.  "Au contraire, il différencie mieux qu'avant le phénomène de deuil du trouble dépressif majeur."

Risques de surdiagnostic

Pour Allen Frances, les risques de surdiagnostic et donc de surmédicalisation sont cependant bien réels, surtout chez les enfants.

"Quand nous avons introduit dans le DSM-IV le syndrome d'Asperger, forme moins sévère d'autisme, nous avions estimé que cela multiplierait le nombre de cas par trois.  En fait, ils ont été multipliés par quarante, principalement parce que ce diagnostic permet d'avoir accès à des services particuliers à l'école et en dehors.  Il a donc été porté chez des enfants qui n'avaient pas tous les critères."

Face à ces périls, le psychiatre américain invite les médecins à boycotter le DSM, et les patients à devenir des consommateurs informés.  "Posez des questions et attendez des réponses claires.  N'acceptez pas de médicaments prescrits nonchalamment pour des symptômes légers et transitoires qui vont probablement se résoudre d'eux-mêmes", préconise-t-il.  Des conseils de bon sens qui peuvent s'appliquer bien au-delà des maladies mentales.

Attention à la stigmatisation, notamment chez les sujets jeunes

Enfin, le docteur Frances souligne un autre risque du DSM-5: celui de favoriser des diagnostics rapides et pas forcément pertinents chez des sujets jeunes.  En leur collant une étiquette dont ils auront ensuite du mal à se débarrasser. 

« C’est parfois très difficile de poser un diagnostic de maladie mentale chez un enfant, note la professeure Kovess-Masfety. Certaines situations peuvent être évolutives. Il faudrait, idéalement, que le médecin dise aux parents: “Voilà, aujourd’hui, je pense à tel diagnostic.  Mais il est possible que d’ici un ou deux ans, son état évolue, s’améliore…”  Il faudrait pouvoir faire un diagnostic qui n’enferme pas la personne à vie.  Mais pour cela, il faudrait changer les représentations de la maladie mentale, encore très stigmatisantes, dans notre société. »

 
 

Au Québec : La psychiatrisation des problèmes sociaux

 

Au printemps 2015 une soirée-conférence sur le thème de la psychiatrisation des problèmes sociaux était organisée par Action Autonomie, un organisme communautaire en défense et revendications de droits pour des personnes psychiatrisées.  Action Autonomie constate combien certains problèmes sociaux tels que la pauvreté, les problèmes d’adaptation au système scolaire, la difficulté de trouver un logement, le manque de support aux familles monoparentales et la surcharge de travail entre autres, glissent plus souvent qu’autrement vers des interprétations médicales et psychologisantes.

L’individu confronté à certains problèmes sociaux se retrouve fréquemment sous la responsabilité d’une équipe médicale multidisciplinaire, les problèmes passant du social à l’individuel et du politique au biomédical.  C’est dans ce contexte que l’organisme Action Autonomie a invité les trois personnes suivantes à une soirée-conférence sur la « psychiatrisation des problèmes sociaux ».

Marcelo Otero est professeur de sociologie à l’UQAM et proche des mouvements anti-psychiatriques dans les années 70.

Jean-Nicolas Ouellette est agent de liaison pour le Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec (RRASMQ).

Lourdes Rodriguez est professeure en service social à l’Université de Montréal et elle a travaillé de près avec le mouvement alternatif en santé mentale.

Marcelo Otero affirme d’emblée que le phénomène de la psychiatrisation des problèmes sociaux n’est pas un fait nouveau et qu’il va de pair avec l’histoire de la psychiatrie : « On ne peut pas comprendre la psychiatrie si on ne connaît pas la société dans laquelle elle est (…) il n’y a pas nécessairement de « méchants » psychiatres mais bien une réalité sociale complexe. »  Autrefois, l’Église était l’opium du peuple ; maintenant, c’est la science et les médicaments, notre opium.

Une culture du médicament

Tous les trois dénoncent la culture du médicament et l’approche hospitalocentrique.  Jean-Nicolas Ouellette remarque chez les gens une tendance grandissante à visiter l’hôpital et à rechercher une réponse médicale pour tout type de problèmes: « Ceux-ci s’attendent à obtenir, à leur sortie, une prescription médicale, une pilule, et c’est normal pour eux. (…) Pour répondre à une souffrance, on donne une médication ou on augmente la dose. » 

Le médicament élimine les symptômes dans certains cas, tel une potion magique ( 05 ).  Et tout cela, sans que les spécialistes ayant prescrit la médication aient pu comprendre les émotions et les comportements de la personne.  Lourdes Rodriguez déplore bien à propos qu’on ne veuille pas entendre la souffrance des gens et qu’on leur offre peu de temps et d’espace pour raconter leur histoire : « L’amour n’est pas accessible en pilule. (…) Fréquemment on observe que les gens sont trop drogués par la médication pour accéder à l’éducation, aux loisirs ou aux psychothérapies ».  Ainsi la médication peut parfois faire obstacle à la réhabilitation sociale.  Devons-nous rappeler qu’un psychiatre n’est pas un travailleur social ?

Notre société est baignée, ou plutôt noyée, dans une logique capitaliste de profit illimité.  Les compagnies pharmaceutiques et leurs actionnaires sont particulièrement pointés du doigt.  « Est-ce surprenant de savoir que les fonds d’investissement des médecins du Québec ont un pourcentage élevé d’actions de compagnies pharmaceutiques ? »  Et que dire, demande Rodriguez, des programmes de recherches biomédicales et de leurs alliances extrêmement puissantes avec ces mêmes compagnies ?

La psychiatrisation de la pauvreté

Pour Ouellette, la pauvreté collective est très médicamentée par la psychiatrie : « vous n’avez qu’à vous promener dans les corridors hospitaliers pour en faire le constat ».  Les gens riches ont plus facilement accès à des alternatives face à la psychiatrisation.  Avec la psychiatrisation de la pauvreté, il y a une division entre les « bons » pauvres et les « mauvais » pauvres, selon laquelle la personne détentrice d’un certificat médical étampé d’un diagnostic de problèmes mentaux sévères et persistants l’empêchant « éternellement » de travailler sera considérée comme un « bon » pauvre.

Si je résume, plus on réussit à obtenir un profil pathologique, plus on est en droit d’obtenir un support social pour vivre décemment. On assiste à un glissement de nos droits fondamentaux vers un système de privilèges enrobés d’un discours étatique de charité. Notre statut de citoyen trébuche aujourd’hui sur le simple consommateur de service.

La psychologie au service ...

Selon Otero, notre société nord-américaine baigne dans une culture où l’on explique et tente de résoudre de nombreux problèmes sociaux par l’entremise de la psychiatrie mais aussi de la psychologie.  Selon lui, avant de psychiatriser les problèmes, on les psychologise.  « Les psychologues sont invités ici et là dans les médias pour intervenir à titre de spécialistes sur des phénomènes sociaux dont ils n’ont parfois aucune idée. Récemment, des psychologues expliquaient à la télévision l’impact à long terme des tsunamis sur les enfants en Asie sans même connaître les pays ou les cultures. »

Plusieurs recherches douteuses sont publiées dans certaines revues scientifiques de psychologie au Québec.  On y retrouve des recherches portant sur la psychologisation des mariages en encourageant une prévention d’ordre psychologique dès la formation du couple ; un autre article parle de contrôler le chômage « non-désiré » par une approche qui encourage à ignorer les aspects négatifs du chômage en ne pensant qu’au positif ; et que dire d’un article de psychologie industrielle prônant la prévention lors de fermeture d’usine pour mieux digérer et accepter la situation et la création d’un groupe de conseillers supportant les travailleurs mis à pied.  Nous sommes loin des consciences éveillées et des revendications, ingrédients essentiels pour les luttes sociales et l’amélioration de nos conditions de vie.

Rodriguez dénonce le fait qu’au lieu d’une science, « nous avons une idéologie extrêmement puissante et réductionniste où l’on exclut diverses sciences comme par exemple l’anthropologie et la sociologie ayant développé des connaissances sur la santé mentale ». On assiste à une hégémonie du biologique pour expliquer les problèmes humains.  On observe le monde et sa réalité seulement sous l’angle de la loupe biomédicale, en fait selon une vision extérieure oubliant la personne et ses expériences.

... de la psychiatrisation sociale

Dans ce contexte, les psychiatres subissent énormément de pression sociale : nous sommes dans une société qui demande aux psychiatres de prendre en charge des problèmes que nous vivons.

En effet, plusieurs citoyens ont démissionné de leurs responsabilités sociales pour les reléguer à l’État, au privé ou à certains groupes communautaires. 

L’effritement des solidarités sociales et de nos droits collectifs est un terrain fertile pour les profiteurs de tout acabit à la recherche de « consommateurs de services »… et la joie de tout gouvernement autoritaire. 

La psychiatrisation des problèmes sociaux vide le contenu politique de problèmes complexes tels que la pauvreté et la violence.  Pour les panélistes présents, la psychiatrie individualise les problèmes et les solutions, les sort de leur contexte sociopolitique et assaisonne le tout de médicaments.  C’est pourquoi, selon Rodriguez, il faut « continuer à travailler dans le sens d’un système fondé sur les droits fondamentaux et favoriser le dialogue en psychiatrie au niveau du traitement et surtout des alternatives pour qu’enfin tous puissent vivre dans la communauté plutôt que dans les services. » 

Nous sommes invités à être vigilant face aux discours de pseudo-vérités scientifiques, à laisser un espace à l’incertitude et surtout à faire preuve d’humilité devant notre ignorance.  Otero conclut en disant que de vouloir faire disparaître les problèmes de santé mentale est un leurre et qu’aucune société ne peut être parfaitement heureuse, les problèmes font aussi partie de la vie et de la normalité. ( 06 )

« Ça serait de la folie que de vouloir évacuer la folie de la vie des gens. La personne qui ne pense qu’à la santé mentale, à l’élimination de la folie et de la souffrance est la plus folle de toutes ! »

 

Source: Agora Vox pour pour la Fondation Agora Vox; À Babord ! par un collectif d'information; Le Monde Science pour le Groupe Le Monde

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 18 août 2015

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes & Références encyclopédiques:

01

Déjà l'existence tend à être médicalisée... - Sur Le monde Science, 13 mai 2013

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02

 
 
 
 
 
 
 

 

La tension monte dans les milieux psy Sommes-nous tous fous?  Séries télévisées, romans, débats: les troubles psychiatriques sont sortis de l'anonymat. Faut-il pour autant alimenter cette tendance à tout psychiatriser?  C’est le débat houleux suscité par la dernière révision de la bible mondiale de la psychiatrie, le DSM publié le 20 mai 2015. - Sur RTS Télévision

 
 
 
 
 
 
 

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03

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Christopher Lane, dans son ouvrage "Comment la psychiatrie et l'industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions" (Flammarion, 2009). 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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04

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Le philosophe québécois Jean Claude St-Onge  Tous fous?  (Ecosociété, 236 p., 19 euros). et sur Québec science "Fabrique des fous"

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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05

 
 

Les médicaments éliminent les symptômes dans certains cas... car environ 40 % des personnes schizophrènes médicamentées n’ont pas de réduction de leurs symptômes. (L. Rodriguez)

 
 

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06

 
 
 
 
 
 
 

La Loi P-38, un pernicieux levier vers la psychiatrisation sociale:  À travers les siècles, maintes visions souvent fort différentes, voire opposées, se sont succédées de notre conception de ce qui est différent ou dérangeant au sein d’une société. Assujetties à la culture, la religion, aux mœurs et à nos connaissances relatives sur la santé mentale, la représentation d’une personne a subi les règles et les lois de quelques personnes bien pensantes qui se donnaient le droit de déterminer qui pouvait se considérer comme normal ou anormal. - Le journal officiel des étudiants de la faculté de droit de Sherbrooke, 19 février 2013

 
 
 
 
 
 
 

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