Sondage Léger Marketing-Le Devoir
Construction: les Québécois ne décolèrent pas

Par Alec Castonguay
Pour le journal Le Devoir
Québec - Canada
Publié le
15 février 2010

 

Le mécontentement ne fléchit pas. La population du Québec continue de réclamer haut et fort la tenue d'une enquête publique sur la corruption et les malversations dans l'industrie de la construction, selon un nouveau sondage Léger Marketing-Le Devoir.

Pas moins de trois personnes sur quatre (74 %) veulent cette enquête, alors que 16 % des citoyens jugent cette investigation publique inutile. Environ 10 % ne savent pas ou ne se prononcent pas.

La persistance de cette controverse dans le débat public contribue d'ailleurs à la stabilité des intentions de vote au Québec, alors que le Parti québécois maintient sa légère avance sur le Parti libéral. L'Action démocratique du Québec reprend toutefois le troisième rang.

Malgré l'attention accordée à la conférence de Copenhague sur les changements climatiques en décembre 2009, l'accalmie médiatique du temps des Fêtes, le séisme en Haïti en janvier et le voyage de Jean Charest en Inde, rien n'y fait: les Québécois continuent de souhaiter la tenue d'une enquête publique sur l'industrie de la construction.

Le 3 décembre dernier, un coup de sonde Léger Marketing situait l'appui à une enquête publique exactement au même point, soit 74 %. En fait, la proportion de citoyens qui souhaitent une enquête publique n'a pas bougé depuis le mois d'octobre dernier, lors du premier sondage sur le sujet, explique Christian Bourque, vice-président de Léger Marketing.

«On a posé la même question dans quatre sondages différents depuis le début de la controverse, et le résultat est toujours entre 74 % et 76 % des gens qui demandent une enquête publique, dit-il. Le consensus est ferme et ne bouge pas: les gens veulent une enquête. La grogne sur la corruption dans l'industrie de la construction ne se dément pas.»

Le sondeur ajoute que le paysage politique québécois est stagnant depuis plusieurs semaines déjà. «C'est tranquille. Il n'y a pas d'autres grands enjeux de société, alors les gens continuent d'avoir les scandales de corruption et de malversation en tête», dit Christian Bourque.

Taux de satisfaction inchangé

Le taux de satisfaction envers le gouvernement Charest demeure d'ailleurs très bas, à 33 %. Pas moins de 62 % des citoyens se disent «insatisfaits» ou «très insatisfaits» du gouvernement. C'est une légère hausse (4 %) par rapport au dernier coup de sonde Léger Marketing-Le Devoir de janvier 2010, alors que l'insatisfaction était à 58 %.

«Le taux de satisfaction a plongé cet automne dans la foulée des scandales dans la construction et il ne s'est pas relevé. Il faudra quelque chose d'important si le gouvernement veut reprendre l'initiative. Le dossier ne semble pas mourir de lui-même, et ça pèse sur le gouvernement», dit M. Bourque.

Le sondeur affirme qu'il faudra plus qu'un projet mineur comme la rencontre économique de Lévis, en janvier dernier, pour que les gens sentent que le gouvernement offre quelque chose de nouveau au débat public.

Le PQ en avance

Les intentions de vote ont très peu bougé par rapport au sondage du mois dernier. Ainsi, le Parti québécois (PQ) maintient sa légère avance, avec 40 % des intentions de vote. Le Parti libéral du Québec (PLQ) suit, avec 37 %. Le PQ domine toutefois largement chez les francophones, avec 48 %, alors que le PLQ obtient 29 %.

L'ADQ, qui s'était fait dépasser par Québec solidaire (QS) en janvier, reprend la troisième place au Québec, avec 9 % des intentions de vote. «C'est toutefois une troisième place symbolique, parce que ça reste dans la marge d'erreur du sondage, tempère Christian Bourque. L'ADQ est encore loin de son plancher des dernières années, qui était de 15 %.»

Québec solidaire obtient 6 %, alors que le Parti vert ferme la marche, avec 6 % également. «Tous les partis politiques ont fait du surplace depuis un mois. La politique provinciale a été assez tranquille, alors les intentions de vote sont assez stables», dit M. Bourque.

Même stabilité à la question du meilleur premier ministre. Jean Charest est le favori pour occuper le poste aux yeux de 28 % des répondants, alors que Pauline Marois obtient 24 %. Amir Khadir (7 %), Gérard Deltell (7 %) et Guy Rainville (1 %) suivent. Fait à noter, 34 % des gens n'ont aucune opinion ou ont refusé de répondre.

Ce sondage a été réalisé en ligne auprès de 1002 répondants entre le 8 et le 11 février. Le coup de sonde Internet a été réalisé selon une méthodologie fiable et éprouvée. Les données ont été pondérées selon l'âge, le sexe, la langue maternelle, le degré de scolarité et la composition du foyer. Un échantillon probabiliste de la même taille présente une marge d'erreur de 3,1 %, 19 fois sur 20.

L'industrie du sondage a beaucoup évolué au cours des dernières années. Lors des dernières élections américaines, canadiennes et québécoises, la démonstration a été faite quant à la qualité et la précision des résultats des sondages Internet.