Les petits génies de l'éthique

Récemment le gouvernement du Québec a décidé de payer
des cours d'éthiques aux élus.es municipaux -
le 31 mars 2011

Texte par:
Jean-Simon GAGNÉ
Source:
Le Soleil
Publication: 29 septembre 2011

Choix de photo, vidéo et Mise en page : JosPublic
Publication ici le : 29 septembre 2011

 

Mesdames et Messieurs les élus municipaux, bienvenue à la formation d'un jour en éthique et en déontologie, que le gouvernement du Québec vous impose à tous, d'ici juin 2012

Un peu de calme, s'il vous plaît.
...Vous dites quoi?
Que vous êtes ici par obligation?
...Ça va, tout le monde avait compris.

En politique, on compare souvent l'éthique à une méthode pour classer la poussière par ordre alphabétique. Même que votre scepticisme rappelle celui des élèves qui subissaient les premiers cours de morale, dans les années 70.

Il est vrai qu'on semblait toujours refiler l'enseignement de cette matière mal-aimée à un prof de banjo argentin ou à un spécialiste des émotions chez le ver à soie polynésien. Mais c'est une autre histoire...

Pardon? Oui, j'ai entendu.

Vous trouvez injuste que le monde municipal doive suivre un cours sur l'éthique, alors que les élus provinciaux en sont exemptés.

Que voulez-vous, il en va de la politique comme du règne animal. Le fait d'occuper une position plus avancée dans la chaîne alimentaire procure certains passe-droits. Ce n'est pas très éthique, mais il faut promettre d'arrêter de m'interrompre, sinon nous n'en finirons jamais.

« Être président comporte certains avantages, résumait Ronald Reagan. Le jour où j'ai été élu, mes bulletins de l'école secondaire ont été classés top secret. »

D'accord, je vous le concède. L'insistance du gouvernement Charest à vouloir «développer un réflexe éthique» chez les élus municipaux apparaît surprenante, pour ne pas dire suspecte.

Quand on y pense, ce gouvernement semble aussi destiné à faire enseigner l'éthique qu'un hippopotame semble conçu pour danser le ballet classique. Mais comme le disent les professeurs, «quand vous n'y comprenez rien, enseignez-le!» 

Vrai qu'en matière d'éthique, il vaut mieux faire ce que dit le gouvernement Charest plutôt que de faire ce qu'il fait. Tout le monde n'a pas les talents de cachottier d'un Jean Charest, qui a camouflé durant des années le fait qu'il recevait 75 000 $ du Parti libéral, en plus de son salaire premier ministre...

Sans oublier les dons de contorsionniste d'un Philippe Couillard, qui aurait négocié son poste dans un grand fonds d'investissement relié au secteur de la santé, alors qu'il occupait encore ses fonctions de ministre.

Mais l'exploit le plus significatif appartient à Jean Charest, qui a modifié trois fois ses propres règles d'éthique pour accommoder des ministres, depuis 2003. Ce n'est plus le ministre qui se conforme aux règles, ce sont les règles qui se conforment au ministre.

L'équivalent d'une équipe de hockey qui réduit la dimension des buts pour accommoder un gardien de petite taille...

Mesdames et Messieurs, un peu de calme, s'il vous plaît. Le cours se veut interactif, mais faut pas exagérer.

Quoi? Ai-je bien entendu? Certains pisse-vinaigre s'étonnent que cet enseignement sur l'éthique soit donné par un comptable, un architecte, un ingénieur et un ancien maire?

Ils disent : «Pourquoi pas un joueur de pipeau, tant qu'à y être?». D'autres s'inquiètent que les professeurs aient reçu seulement trois jours de formation de la part de spécialistes? Ils se demandent comment on s'improvise expert aussi rapidement?

Houla! Ça suffit avec vos questions en rafale!

À la fin de cette formation, quoi qu'il arrive, il vous restera une attestation, un papier, bref un joli truc pour accrocher dans votre bureau. Dans sa grande mansuétude, le gouvernement n'a pas prévu un examen.

Le vrai examen, de toute manière, il surviendra lorsqu'un gentil organisateur proposera de travailler à votre réélection, en échange de considérations futures. Ou qu'un ami demandera l'autorisation d'empiéter sur le territoire d'un parc pour construire un garage.

Je vous laisse sur cette réflexion d'un dénommé Kurt Vonnegut. Nous en discuterons au retour de la pause. «En vieillissant, on peut presque tout surmonter. Sauf la terreur qui vous saisit lorsque vous réalisez soudain que les pires andouilles de votre école secondaire dirigent désormais le pays.»