Commission d’enquête
Les « astuces » de Jean Charest

Artisan de son propre malheur, de celui de son parti, et de celui de ses proches

Par Richard Le Hir
1er décembre 2010

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Évidemment, il n’est pas facile de balayer sous le tapis la défaite du PLQ dans Kamouraska-Témiscouata. Le résultat très serré ne parvient pas du tout à masquer la réalité. Charest a tout fait pour conserver le comté, à commencer par bousculer toutes les règles d’attribution des grands contrats pour annoncer dès le début de la campagne la sauvegarde des emplois de l’usine Bombardier de La Pocatière, menacés par les retards dans le processus d’appel d’offres des nouveaux wagons du métro de Montréal.

Par ailleurs, en tenant les élections très rapidement après la mort de Claude Béchard, il cherchait à détourner à son profit le courant d’émotion favorable de la population locale envers le disparu. Enfin, la machine libérale avait mis le paquet en dépêchant sur les lieux pendant toute la campagne ses organisateurs les plus chevronnés afin de stimuler l’ardeur des troupes et faire sortir le vote libéral. Et pourtant, rien n’y fit.

Le soir de l’élection, dès qu’ils virent que le candidat péquiste était dans la course, les stratèges libéraux comprirent qu’ils avaient perdu. Et c’est pourquoi, même si les résultats étaient serrés et que la victoire semblait possible jusque dans le dernier droit, les visages étaient si sombres dans les reportages que diffusaient les médias depuis leur quartier-général.

La remontée du PQ dans le vote populaire depuis la dernière élection générale est spectaculaire, et il serait vain de tenter de départager dans sa victoire la part attribuable à ses efforts, à ceux de Pauline Marois, et au mécontentement de la population à l’endroit de Jean Charest et du PLQ.

L’important, c’est que Jean Charest ne soit pas en mesure de trouver dans un verdict favorable, aussi territorialement circonscrit soit-il, une légitimation de ses choix dans la crise de confiance qui secoue le Québec depuis près de deux ans.

Aussi obstiné soit-il, Jean Charest n’est pas un imbécile, et il a compris qu’il n’avait plus d’autre choix que de lâcher du lest. L’annonce de l’examen d’une nouvelle voie de solution qui consisterait à mettre pied une escouade policière « permanente » ( 01 ) sur le modèle de celle dont les New-Yorkais se sont dotés pour lutter contre l’infiltration du crime organisé dans les rouages de l’administration publique est une autre tentative de Jean Charest de convaincre la population qu’il est possible à la fois possible d’éviter la tenue d’une commission d’enquête que la population et de nombreux observateurs avertis appellent de tous leurs voeux depuis un an, et d’obtenir de meilleurs résultats qui seraient « permanents » au lieu de transitoires.

Ce stratagème est évidemment cousu de fil blanc. Cette opposition entre le « permanent » et le « transitoire » est peut-être très commode sur le plan de la rhétorique, mais elle ne s’appuie sur aucun fondement solide, comme sont venus le souligner certains témoignages au cours des dernières semaines, provenant de sources tantôt policières, tantôt judiciaires, habituellement très soucieuses de respecter leur devoir de réserve.

Le simple fait que ces sources aient décidé d’enfreindre ce devoir de réserve constitue déjà une indication de la gravité de la situation que leurs témoignages viennent mettre en relief.

Dans ce que ces sources ont déclaré, il y a des choses que nous savions déjà. Les corps policiers opèrent dans le cadre de certaines contraintes organisationnelles et budgétaires qui constituent en partant une limite à leur capacité d’intervention. Si vous ajoutez à cela l’obligation de monter dans chaque cas une preuve suffisante pour porter des accusations au criminel, vous mesurez toute la lenteur du processus, et vous comprenez que cette lenteur, si elle peut faire l’affaire des personnes qui ont quelque chose à se reprocher, est loin de servir les fins de la vérité, de la transparence et de la justice.

Il y a donc quelque chose de tout à fait hypocrite à vouloir privilégier absolument cette voie, et c’est cette hypocrisie qui amène des gens raisonnables à conclure que Jean Charest a des choses à cacher qui pourraient soit l’incriminer lui-même, soit incriminer son parti, soit incriminer des proches. Jean Charest est donc l’artisan de son propre malheur, de celui de son parti, et de celui de ses proches. S’il veut sortir de ce cauchemar, il n’a qu’à déclencher une enquête. S’il continue de s’opposer à la tenue d’une enquête, c’est qu’il sait que le cauchemar qu’il aurait alors à affronter serait pire que celui qu’il vit actuellement. Rien pour rassurer la population !

Mais au témoignage des corps policiers est venu se rajouter cette semaine celui des substituts du procureur général, eux aussi aux prises avec des contraintes organisationnelles et budgétaires importantes dont l’effet est de réduire encore davantage la taille du chas par lequel il faut faire passer les dossiers de poursuite. En effet, tant nos textes de loi que la jurisprudence applicable ne seraient plus du tout à la hauteur des nouvelles formes de criminalité auxquelles nous sommes confrontés. Ça, c’est nouveau. Or le code criminel est de compétence fédérale - on comprend mieux l’attachement de certaines communautés au fédéralisme – et toute réforme prend des années.

Dans de telles conditions, la tenue d’une enquête est la seule façon de faire bouger les choses, et prétendre le contraire est au minimum d’un niveau d’irresponsabilité indigne d’un premier ministre, et au pire le signe d’une implication coupable. Dans un cas comme dans l’autre, Jean Charest n’a plus qualité pour servir comme premier ministre du Québec et doit quitter ses fonctions au plus tôt.

Références:

01

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