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Ronald Poupart: l'homme de un million $

Directeur des communications du deuxième gouvernement de Robert Bourassa fut aussi directeur général du Parti Libéral du Québec en 1970. Après avoir dû se défaire à regret de son ami Raymond Bréard ( 01 ) en raison de ses activités de lobbyiste, le premier ministre Bernard Landry serait certainement ravi de s'offrir la tête du chef de cabinet de Jean Charest, Ronald Poupart.

Ronald Poupart

Ce vieux complice de Robert Bourassa s'est déjà fourré dans un sérieux pétrin en acceptant de s'associer à la firme de communication Groupaction pour faire espionner l'ex-p.-d.g. de la Société des alcools, Gaétan Frigon, comme l'a révélé Le Devoir.

Qu'un homme aussi expérimenté ait pu prendre part à une affaire aussi hasardeuse tient du mystère.

Il a encore aggravé son cas en niant toute participation à cette affaire alors que le rapport de la firme de détectives fait clairement état de «points soulevés par M. Poupart». Pour contrer cette nouvelle révélation, il a déclaré à un journaliste de La Presse que sa propre copie du rapport ne comportait pas ce passage et qu'il pouvait y avoir deux versions du rapport.

Foutaise. Manifestement, le pauvre homme est aux abois et ne sait plus quoi inventer pour se sortir de ce merdier. Encore un peu, il va soutenir qu'il s'agit d'un faux, et le persécuteur va se transformer en victime d'une vaste conspiration péquiste destinée à discréditer le PLQ. On ne côtoie pas Robert Bourassa pendant plus de 30 ans sans apprendre à faire des pirouettes, mais tous n'ont pas sa souplesse.

L'étonnante requête du député de Saint-Laurent, Jacques P. Dupuis ( 02 ), reprise hier par M. Charest, visant à faire enquête sur les «allégations» du Devoir, est on ne peut plus bourassienne. Ce serait un jeu d'enfant pour les libéraux de brouiller les pistes de manière à ce que plus personne ne s'y retrouve.

***

Tout est étrange dans cette histoire. Ainsi, pourquoi l'avocat de M. Frigon, Pierre Fournier, a-t-il visé au premier chef le président de Groupaction, Jean Brault, se disant certain que M. Brault, «lui, détient l'ensemble des informations»? Pourtant, le nom de M. Brault n'est mentionné nulle part dans le rapport. Le seul qui apparaît est celui de M. Poupart.

«J'ai pris pour acquis que c'était Groupaction qui avait le rapport. J'ai pris pour acquis que nous n'avions pas la preuve que le Parti libéral détenait le rapport», a-t-il déclaré. Il faut croire que Me Fournier ne lit pas les journaux puisque M. Poupart a reconnu d'emblée, dès le premier jour, qu'il était en possession du document.

Dans la publicité que Groupaction a fait paraître dans les journaux hier, M. Brault affirme qu'il ne l'a jamais reçu, et tout indique qu'il dit vrai. Déjà cloué au pilori pour les rapports bidon qu'il a vendus à prix d'or au gouvernement fédéral, il ferait un bouc émissaire idéal, mais il n'a vraisemblablement été qu'un intermédiaire entre le PLQ et l'agence de détective.

S'il y a un homme à qui M. Frigon pourrait être justifié de réclamer un dédommagement de un million de dollars, ce n'est pas lui mais le chef de cabinet de M. Charest. C'est l'organisateur en chef du PLQ, Pierre Bibeau, qui connaissait M. Brault, mais celui qui a toute autorité après le chef du parti est M. Poupart.

M. Frigon a d'ailleurs toutes les raisons de lui en vouloir. Le Soleil rapportait hier qu'à l'occasion d'un dîner au Cercle de la Garnison, le 29 novembre, M. Poupart lui avait personnellement donné l'assurance qu'il n'était pas dans la mire de l'opposition alors qu'il savait parfaitement, et pour cause, qu'il était sous surveillance.

De toute évidence, le gouvernement souhaite ardemment qu'il intente des poursuites, mais il a peut-être jugé plus prudent d'épargner le PLQ. Après tout, ces gens-là risquent de former le prochain gouvernement. En décembre dernier, M. Frigon a été nommé à la tête de Loto-Québec pour une période de cinq ans, mais on a déjà vu des mandats prendre fin de façon abrupte.

Ronald Poupart

Pierre Bibeau Gaétan Frigon

En réclamant la tenue d'une enquête, prétendument pour faire toute la lumière, M. Charest évite de condamner son chef de cabinet. Il peut toujours gagner du temps, mais il ne pourra pas se défiler éternellement.

De deux choses l'une. Si ses adjoints ont pris, sans lui en parler, l'initiative de faire filer M. Frigon, il doit sanctionner leur conduite. Sinon, il faudra conclure qu'il était au courant et qu'il a approuvé toute l'opération. Auquel cas, il appartiendra à la population de juger de sa conduite.

Le problème est qu'il ne peut se passer ni de Ronald Poupart ni de Pierre Bibeau. Avant leur arrivée, le PLQ et le bureau de M. Charest avaient l'air d'un bateau ivre. S'il fallait que l'un ou l'autre parte, la perte sera irréparable. Il faut pourtant qu'il trouve un moyen de faire amende honorable.

Remarquez bien qu'il est loin d'être certain que cet incident, si disgracieux qu'il soit, aura un quelconque effet sur l'électorat. La désillusion à l'endroit des politiciens est telle qu'il risque d'être oublié rapidement. Le minable comportement des libéraux ne fera finalement que renforcer le cynisme ambiant.

Dans l'immédiat, cette histoire va au moins remonter le moral des péquistes, qui l'avaient dans les talons depuis le début de l'année. Elle devrait également calmer un peu les ardeurs de l'opposition dans les affaires de lobbying. Quand le cas du Groupe Vaugeois a de nouveau été abordé, hier à l'Assemblée nationale, la réplique de Pauline Marois a été immédiate: «Qui sont-ils pour nous faire aujourd'hui pareille leçon?»

 

Source: Michel David, pour SPEQ Le Devoir Inc, le 28 mars 2002

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication :1er décembre 2012

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Notes & Références encyclopédiques:

01
 

Le directeur général du Parti Québécois, Raymond Bréard, a démissionné de ses fonctions.

C'est la vice-présidente du parti, Marie Malavoy, qui va assumer l'intérim.

Cette démission est survenue au lendemain du Conseil national du PQ qui a été totalement éclipsé par une histoire de conflit d'intérêts mettant en cause M. Bréard alors qu'il travaillait comme lobbyiste.

Le premier ministre du Québec, Bernard Landry, avait tranché en affirmant qu'il n'y aura pas d'enquête publique sur les récentes activités de lobbying qui ont impliqué le directeur général du Parti Québécois, Raymond Bréard. Une telle enquête avait été réclamée par le chef de l'opposition libérale, Jean Charest.

Bernard Landry a rappelé toutefois qu'il était d'accord avec l'adoption d'une loi par l'Assemblée nationale pour gérer le lobbying. Trois ministres avaient dit souhaiter le départ de M. Bréard en raison de ses activités de démarcheur. Selon les médias, M. Bréard a obtenu 200 000 dollars en quittant sa firme de lobbying Oxygène 9 pour devenir directeur général du parti au pouvoir au Québec au printemps 2001 ( 12 février 2002 SRC) En 2012 monsieur Bréard milite à la Coalition Avenir Québec CAQ

 

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02

Qui est Jacques-P. Dupuis ? Sur MétéoPolitique

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