Retour à : Plan du site - MétéoPolitique - Société - Fiche Vision du monde - Analyse & Opinion 3

La Fédération des femmes du Québec sous le voile de l'obscurantisme

C'est le 16 novembre 2013 que se sont tenus les États généraux sur le féminisme. Organisés par la Fédération des femmes du Québec (FFQ), un organisme reconnu pour s'être opposé à l'interdiction du port du voile chez les femmes au service de l'État, l'événement visait surtout à définir les grandes orientations du mouvement féministe québécois pour les 20 prochaines années. Regard sur l'état des lieux

 

Texte par Jérôme Blanchet-Gravel

Auteur du livre à paraître «Le nouveau triangle amoureux : Gauche, islam et multiculturalisme»

 
 

Faire du féminisme un projet de société

 
 

Si l'objectif est louable, nous sommes en droit de nous demander quels seront les effets positifs de cette grande messe féministe quant à l'émancipation collective des femmes. Car non seulement siégeaient au comité d'orientation ( 01 ) deux personnalités soupçonnées par plusieurs d'avoir fait du lobbying pour des organismes à tendance intégriste, mais l'adoption de l'approche de « l'intersection des oppressions » rappelle franchement le relativisme culturel qui imprègne désormais une frange considérable du féminisme en Occident.

Conseil d'administration de la Fédération des femmes du Québec FFQ en 2013

 
 

Que font deux lobbyistes aux États généraux ?

 
 

Il faudra sans doute que l'on explique aux disciples de Simone de Beauvoir comment des femmes ayant fait la promotion de l'islam politique peuvent arriver à siéger sur un comité d'orientation d'un mouvement féministe.

Effectivement, Samira Laouni a été agente du Congrès islamique canadien, lequel a déjà milité en Ontario en faveur de l'instauration de tribunaux islamiques ( 02 ).

En 2008, la candidature de Mme Laouni au NPD dans la circonscription de Bourassa ( 03 ) avait d'ailleurs été vivement critiquée par des militants laïques ainsi que par l'écrivain canadien d'origine pakistanaise Tarek Fatah.

Samira Laouni porte le voile et discute avec une citoyenne
de Hérouxville en Mauricie

Quant à Leila Bdeir ( 04 ), il s'agit un peu du même scénario : cette dernière a été porte-parole pour l'organisme Présence musulmane, un lobby international inspiré des idées d'Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans.

L'implication de Samira Laouni et de Leila Bdeir dans les milieux intégristes a été habilement décortiquée par Djemila Benhabib dans son livre Les soldats d'Allah à l'assaut de l'Occident. ( 05 )

 
 

De la contraception au multiculturalisme?

 
 

La volonté de mettre l'accent sur les « réalités complexes et diversifiées » des femmes témoigne aussi d'un triste refus de l'universel. Seul le vocabulaire employé par les conceptrices du programme des États généraux, pour décrire son approche en matière de diversité, traduit une adhésion relativement forte à un multiculturalisme qui a été vivement critiqué par la philosophe féministe Susan Moller Okin dans un texte important sur la question.

Grosso modo
, cette dernière affirmait que le multiculturalisme ne pouvait que nuire aux femmes issues des minorités culturelles, en les astreignant souvent à jouer le rôle qui leur est traditionnellement réservé, soit celui de femmes soumises à leur mari.

Susan Moller Okin ( 06 )

Le refus actuel des féministes d'adhérer à une conception claire de l'émancipation féminine incarne ainsi le rejet de l'idée qu'il puisse exister des revendications communes et partagées par toutes les femmes. Au nom des libertés individuelles et par souci d'éviter tout « impérialisme culturel », on semble prêt à sacrifier sur l'autel polyculturel le sens du collectif qui animait autrefois les luttes populaires.

Ayant décidé d'écarter la laïcité du débat, les organisatrices souhaitaient apparemment que les discussions ne tournent pas seulement autour de ce sujet controversé. Malgré tout, il apparaît évident que les conclusions n'auraient pas été favorables à la laïcisation de nos institutions, un processus qui est évidemment contraire au communautarisme préconisé par plusieurs féministes à l'œuvre au sein de la FFQ, dont Samira Laouni et Leila Bdeir.

Michèle Sirois ( 08 )

Il y a donc fort à parier qu'à l'occasion de ces États généraux, l'unanimité qui s'est fait sentir parmi les féministes  ( 07 ) ne fut qu'une mascarade.

C'est aussi l'avis de Michèle Sirois, l'une des féministes ayant quitté Québec solidaire en raison des positions paradoxales du parti sur les droits des femmes à disposer de leurs corps.

Elle déplorait qu'il était impossible de changer la trajectoire de la Fédération des Femmes du Québec FFQ concernant de nombreux enjeux.

Il faut également rappeler que ce grand évènement n'aurait pas été possible sans la grande « générosité » de notre gouvernement.

Ne croyez-vous pas qu'il serait grand temps de revoir le financement accordé à une telle entreprise de relativisation de nos valeurs ?

 

Source: Huffington Post Québec pour America On Ligne AOL Canada Inc.

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 22 novembre 2013

 

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

 

Notes & Références encyclopédiques:

01

 

Document du comité d'orientation de la Fédération des femmes du Québec

PDG 203  Pages

Retour au texte

02

 

Congrès islamique canadien, lequel a déjà milité en Ontario en faveur de l'instauration de tribunaux islamiques.

voici les « exigences » du Congrès islamique du Canada à l’égard des établissements de santé canadiens et québécois.

1) Ségrégation hommes/femmes

Seul du personnel de sexe féminin peut transiger directement avec des patientes musulmanes, qu’il s’agisse de médecins, infirmières, aides-soignantes, techniciennes ou tout autre membre du personnel soignant. Aucune exception ne peut être apportée à cette règle sauf dans une situation de vie ou de mort.

Seule une femme peut partager une chambre ou un département avec une patiente musulmane.

2) Ségrégation religieuse : musulman/non musulman

En cas d’urgence médicale, la musulmane doit d’abord tenter d’obtenir l’aide d’un médecin musulman, de sexe féminin. Si ce n’est pas possible, elle peut tenter de voir un médecin musulman de sexe masculin. En dernier recours, la musulmane peut accepter l’aide d’un médecin non-musulman, femme ou homme.

Ces règles sont impératives quant aux soins médicaux pour les femmes et les filles mineures. Aucune règle spécifique ne s’applique à l’homme musulman.

Source : Site web officiel du Canadian Islamic Congress
http://www.canadianislamiccongress.com/about_islam.php#18

 

Retour au texte

03

 

En 2008, la candidature de Mme Laouni au NPD dans la circonscription de Bourassa avait d'ailleurs été vivement critiquée par des militants laïques ainsi que par l'écrivain canadien d'origine pakistanaise Tarek Fatah.

Retour au texte

04
 

Leila Bdeir, féministe, libanaise d’origine, qui vit au Québec depuis l’âge d’un an, raconte que, jeune, elle n’avait pas une relation très active avec son islamité. « Après le 11-Septembre, je n’avais comme plus le choix » d’assumer davantage mon héritage musulman, dit-elle. « Je ne pouvais plus faire l’autruche. » Leila ne porte pas le voile, tandis que sa cousine, Dalila Awada, a choisi, elle, de le porter.

Dalila Awada

En tant que féministe, Leila est sensible à la cause des femmes voilées qui vivent dans certains pays du monde, l’Arabie saoudite, par exemple.  « Dans certains endroits, cela peut être utilisé comme un outil de contrôle du corps de la femme », dit-elle.

 « Mais le port du voile n’est pas leur principal problème. Si elles ne faisaient que porter le foulard, mais qu’on ne les fouettait pas parce qu’elles se sont fait violer, ce ne serait pas aussi grave », dit-elle. « En Iran, toutes les femmes doivent porter le voile, remarque Homa Hoodfar, même les chrétiennes. Cela montre bien que c’est un outil politique et non religieux. »

Qui est vraiment Dalila Awada ?
Ce qu'elle ne nous a pas dit à l'émission Tout le Monde en parle

 

Retour au texte

05
 
 

Retour au texte

06

 

La philosophe féministe Susan Moller Okin dans un texte important sur la question. ou An analysis of Susan Moller Okin’s problematic approach to multiculturalism. A feminist comprehensive liberalism gone wrong en anglais par

 

Retour au texte

07

 

À l'occasion de ces États généraux de la Fédération des femmes du Québec, l'unanimité qui s'est fait sentir parmi les féministes - Sur Le Devoir

Retour au texte

08
 

À propos de l'anthropologues des religions Michèle Sirois et les textes publiés

Retour au texte

Retour:  Plan du site - MétéoPolitique - Société - Fiche Vision du monde  - Analyse & Opinion 3 - Haut de page