1839
John Mc Lean effectue la première visite documentée des puissantes chutes Churchill, dans l’ouest du Labrador, lors d'une expédition pour le compte de la Compagnie de la Baie d’Hudson.

1847
Création de Montreal gas company

1850-60
Les turbines et les roues hydrauliques sont couramment utilisées afin de propulser des moulins à scie et des moulins à grains. Thomas Edison débute la production de génératrices électriques à courant continu (CC), ce qui aide à introduire l’hydroélectricité en Amérique du Nord

1878
À Montréal, première utilisation de l’éclairage électrique au Canada. J.-A.-I. Craig, commerçant prospère de Montréal, fait l’essai à l’automne 1878, coin Bleury et Dorchester, au Collège Sainte- Marie des Jésuites, d’une lampe à arc électrique. Il présente une autre expérience, cette fois au Champ-de-Mars à Montréal terrain d'exercice de l'armée. « Plusieurs milliers de spectateurs se sont déclarés satisfaits », décrira le journal La Minerve dans son édition du lendemain. Les plus enthousiastes qualifient la lampe de « soleil de minuit », et d'autres parlent d'une invention qui révolutionnera les mœurs. Inventée par le russe Pavel Jablochkow et présenté lors de l’exposition universelle de Paris. Le monde découvre les nouveaux modes d'éclairage: le gaz et l'électricité. Dès lors, au Québec comme partout dans le monde, la concurrence est vive entre le gas et l’électricité. Les diverses entreprises d'électricité en viennent à se disputer les contrats d'éclairage de rues, question de rentabiliser rapidement la mise en place d'un réseau de distribution. Parmi les centaines d'entreprises qui voient le jour, quelques-unes seulement émergeront pour former de puissants monopoles locaux. À Montréal, la Montreal Light, Heat and Power Company élimine toutes ses concurrentes alors qu'ailleurs au Québec, la Shawinigan Water and Power Company fait de l'aménagement du Saint-Maurice la pierre d'assise d'un vaste complexe industriel. En raison de l'abondance de la ressource, l'hydroélectricité s'impose. Ce choix a un effet déterminant sur « l'industrialisation du territoire » et sur la mise en valeur des ressources forestières et minières du Québec.  

  1879
Le 21 octobre, dans son laboratoire de Menlo Park, au New Jersey, l'américain Thomas Alva Edison met au point la lampe à incandescence. À partir de cette invention, il a ensuite l'idée d'un centre de production de l'électricité et d'un réseau de distribution auquel serait raccordée la clientèle desservie. Edison est donc à l'origine du développement prodigieux de l'industrie de l'électricité partout dans le monde. L'engouement pour cette forme d'énergie ne cessera de croître au fur et à mesure qu'elle trouvera des applications aussi variées qu'inattendues dans les secteurs industriel et commercial tout comme dans les multiples facettes de la vie quotidienne

1880
Le 24 juin 1880, les Sherbrookois voient pour la première fois l'éclairage électrique. Le cirque Forepaugh en fait la démonstration lors d'une représentation. Sherbrooke compte alors 8000 habitants. Depuis l'arrivée du chemin de fer en 1852, la ville connaît un essor industriel et démographique remarquable. Au début des années 1880, les services publics commencent à se développer pour répondre aux besoins d'une population qui augmente rapidement.

Au moment même où l'éclairage électrique fait sa première incursion dans le ciel sherbrookois, on est à installer les canalisations de gaz afin de pourvoir à l'éclairage des rues et des résidences. Mais pour les compagnies américaines et canadiennes qui tentent de conquérir le marché canadien en développant ce qui apparaît comme l'énergie de l'avenir, l'électricité, Sherbrooke apparaît comme la cible privilégiée, après Montréal et Québec.

On connaît son dynamisme économique et sa situation géographique au confluent de deux rivières, dont l'une, la rivière Magog, se prêterait facilement à des aménagements hydroélectriques. Plusieurs compagnies délèguent donc des représentants auprès des édiles municipaux afin de les convaincre d'installer l'éclairage électrique.

Les propriétaires de moulins commencent à installer des petites génératrices pouvant produire jusqu’à 10-12 kilowatt à des fins d’éclairage.

1884
Avec l'appui et la complicité du sénateur J. Rosaire Thibodeau puis, du financier et courtier montréalais, Rodolphe Forget, la société américaine Royal Electric Company jette les bases de son empire à Montréal. À force d'intrigues et de manœuvres douteuses, elle finit par évincer totalement le gaz comme mode d'éclairage des rues. Ainsi, à compter de 1889, l'éclairage électrique s'étend à toute la ville. Devenue un monopole, la Royal Electric Company impose des conditions qui en font rapidement une entreprise très prospère, mais détestée du public.

1885
La concurrence entre le gaz et l'électricité comme mode d'éclairage des rues est aussi vive en province qu'à Montréal. Le 30 septembre, la Quebec & Levis Electric Light Company réussit un coup de publicité retentissant en éclairant la Terrasse Dufferin, à Québec, à l'aide de 34 lampes à arc. Fait sans précédent en Amérique du Nord, ces lampes sont alimentées par une ligne de quelque 30 kilomètres en provenance de la centrale hydroélectrique de Sault-Montmorency. L'événement a lieu en présence de nombreux dignitaires et de plusieurs centaines de spectateurs émerveillés.

1886
Les premiers tramways électriques sillonnent les rues de Montréal. Ils remplacent les tramways tirés par des chevaux qui existaient depuis 1861. D'autres villes du Québec adoptent également ce mode de transport en commun, notamment les villes de Québec, de Trois-Rivières et de Sherbrooke. Le plus célèbre des « p'tits chars électriques » est sans doute celui qui, pendant des années, a transporté des milliers de Québécois et Québécoises depuis Québec jusqu'au lieu de pèlerinage de Sainte-Anne-de-Beaupré.

L’ingénieur américain William Stanley invente la bobine d’allumage, un transformateur qui crée de l’électricité à courant alternatif (CA). Il construit le premier réseau électrique à courant alternatif, à Great Barrington, au Massachusetts.

 

1888
Jusqu'en 1888, a Sherbrooke tout projet d'implantation est systématiquement bloqué par certains conseillers municipaux qui se font les porte-parole de la Sherbrooke Gas and Water Co. Cette compagnie privée détient le monopole de l'éclairage au gaz à Sherbrooke et elle vient d'investir de fortes sommes dans le système de canalisation. Aussi, tient-elle à rentabiliser ses investissements avant d'affronter la concurrence de l'électricité ou, même, avant d'investir elle-même dans ce secteur. Elle en aurait le droit aux termes de son contrat avec la Ville. D'ailleurs, la grande majorité des actionnaires de cette compagnie, comme beaucoup de citoyens, considèrent alors l'électricité comme un gadget sans avenir, dans lequel il serait très risqué d'investir

Mais, en avril 1888, plusieurs hôtels, magasins et bureaux de la rue Wellington sont enfin alimentés en électricité. La Royal Electric Co. compte bientôt une cinquantaine de clients et la pression se fait de plus en plus forte sur la Sherbrooke Gas and Water Co. Celle-ci doit se lancer dans l'aventure, sous peine d'être rapidement supplantée.

Faisant volte-face, elle avise les autorités municipales qu'elle compte installer cinquante lampes à arc pour l'éclairage des rues. Afin d'assurer son monopole et d'éliminer toute concurrence éventuelle, elle achète au prix de 6 000 $ la totalité des intérêts de la Royal Electric Co. à Sherbrooke. Elle fait construire une centrale hydroélectrique sur la rivière Magog, à l'intersection des rues Belvédère et Frontenac; c'est la centrale Frontenac.

En décembre 1888, la Sherbrooke Gas and Water Co. détient le monopole absolu de l'éclairage électrique public et privé à Sherbrooke. Pour la première fois, le 1er janvier 1889, toute la ville est illuminée par un réseau de cinquante-deux lampes. Pour ce qui est du marché des résidences privées, l'implantation est plus difficile. On demeure très méfiant relativement à cette nouvelle source d'énergie. Durant les premières années, la compagnie fournit donc gratuitement les lampes pour convaincre les clients.

C’est à Fraserville (Rivière-du-Loup) que débute l’électrification dans la région, avec peu de retard sur celle des grandes villes canadiennes. L’entrepreneur F. C. Dubé, qui possède une petite usine de pâte de bois, fournit en 1888 l’éclairage électrique dans le secteur de la gare de l’Intercolonial. En 1896, Cook et Waterson, les nouveaux propriétaires de l’usine, offrent d’étendre le service à tout Fraserville. Quelques années plus tard, une nouvelle usine électrique est construite près de l’usine de pâte et le service est étendu jusqu’à Cacouna. L’électrification de la seule autre ville bas-laurentienne au début du XX[e] siècle, Rimouski, est plus tardive. La petite centrale construite par la Compagnie électrique de Rimouski ne peut desservir ses premiers clients qu’à l’automne 1903. Pendant de longues années, le service demeure affligé de nombreux problèmes, surtout dus au bas niveau de la rivière en hiver, la saison au cours de laquelle l’éclairage électrique est le plus apprécié.

1889
Ce qui caractérise ce moulin, construit en 1889, c'est que son fonctionnement est actionné par l'eau. Grâce aux turbines installées au sous-sol, il a permis, dès 1919, l'électrification du village de Notre-Dame-de-la-Doré.

1890
Le physicien croate Nikola Tesla invente la génératrice à courant alternatif. Cette invention, ainsi que le développement des transformateurs permet à l’électricité d’être transportée sur de plus longues distances. Au cours des années 1890, les systèmes de transport et de distribution d’électricité se convertissent au courant alternatif.

Et ailleurs, La ville comptait déjà plusieurs industries qui s'étaient regroupées pour assurer l'utilisation la plus équitable possible de l'eau de la rivière Coaticook. Naissait, en 1890, la " Coaticook River Water Power Co "(CRWP Co).

La ville Coaticook devint actionnaire de la compagnie. Elle n'utilisait alors l'électricité que pour des fins d'éclairage de rues.

1892
Construction de la première centrale hydroélectrique de Montréal, sur le canal Lachine

1897
Les cours d'eau québécois relèvent du Commissaire des terres de l'État. On effectue les levés de quelques rivières des versants nord et sud du Saint-Laurent, dont le bassin est alors considéré comme l'essentiel du Québec.

Un des premiers exemples de transport d’électricité sur longue distance relie une centrale située sur la rivière Batiscan jusqu’à Trois-Rivières, au Québec, une distance de 27 kilomètres, à une tension de 11 kilovolts.

1898
Création de la Shawinigan Water and Power Compagny qui détient les droits d’exploitation de la rivière Saint-Maurice. La première grande centrale hydroélectrique du Canada est construite, à Shawinigan Falls, au Québec.

Un premier barrage hydro-électrique est mis en chantier à Shawinigan Falls

Des promoteurs américains obtiennent les lettres patentes de la Shawinigan Water and Power CompanyJ.E. Aldred, un financier de Boston, jette ainsi les bases d'une entreprise qui deviendra l'un des empires industriels les mieux diversifiés de la première moitié du 20e siècle au Québec. C'est à un jeune ingénieur originaire de Boston, Julian C. Smith, qu'on attribue la conception remarquable de l'aménagement de la rivière Saint-Maurice, une réussite technique et la clé de voûte des succès financiers de la Shawinigan Water and Power Company.

« La Shawinigan », comme on l'appelait familièrement, multiplie les initiatives pour exploiter le plus rapidement possible le plein potentiel du Saint-Maurice, malgré son éloignement des grands centres de consommation :

Elle attire en Mauricie des industries fortes consommatrices d'électricité : pâtes et papiers, aluminium, produits chimiques.

Elle fait la promotion de l'électricité dans les foyers en visitant villes et villages du centre du Québec avec « une cuisine tout électrique itinérante ».

Elle met au point un mode de tarification à prix décroissant, question de stimuler la consommation.

Elle investit dans d'autres entreprises et diversifie ses activités pour accélérer la mise en valeur du potentiel du Saint-Maurice.

Elle étend graduellement son territoire en achetant les entreprises concurrentes qu'elle trouve sur son passage ; elle prend des participations importantes dans d'autres entreprises d'électricité comme la Quebec Power Company et Southern Canada Power.

Elle exporte une partie de sa production vers le marché de Montréal ; en 1903, elle est la première entreprise en Amérique du Nord à construire une ligne de transport à 50 kilovolts - une tension record - sur des poteaux en bois, d'une longueur de près de 120 kilomètres.

La renommée de la Shawinigan Water and Power Company passe rapidement les frontières. Dès 1919, elle créée une firme de génie-conseil, la Shawinigan Engineering Company Limited, afin d'exporter son savoir-faire aux États-Unis et en Angleterre.

Dans les années 50, la SW&P commence à s'intéresser au marché agricole alors qu'on assiste à un fort mouvement de regroupement et de mécanisation des fermes. Elle recrute une équipe d'agronomes francophones afin de promouvoir l'électrification accélérée des fermes et développer ainsi un marché plus lucratif.

L'aménagement du Saint-Maurice s'étale sur près de 50 ans. Remarquables à la fois par leur ingéniosité et leur architecture, huit centrales assurent l'exploitation du plein potentiel de la rivière : les centrales de Shawinigan-1 (érigée en 1901 et démantelée en 1949), de Shawinigan-2, de La Gabelle, de Grand-Mère (construite en 1916 par la Laurentian Power Company et acquise en 1925 par la Shawinigan Water and Power Company), de Rapide-Blanc, de La Tuque, de Shawinigan-3, de La Trenche et de Beaumont. Construit en 1917 par la Commission des eaux courantes de Québec, le barrage Gouin assure la régularisation du débit de la rivière Saint-Maurice Co-fondateur de la Shawinigan Water and Power Company, le financier américain, J.E. Aldred, est aussi le principal artisan de la stratégie de développement de l'entreprise à laquelle il demeure associé pendant plus de 40 ans.

Julian C. Smith, pour sa part, est né en 1878, à Elmira, dans l'État de New York.
Il fait ses études en génie électrique à l'Université Cornell. Dès l'âge de 25 ans, il est nommé surintendant à la Shawinigan Water and Power Company.

Il travaille dès lors à toutes les étapes de la mise en valeur du potentiel du Saint-Maurice, s'imposant par sa rigueur et sa détermination. Entrepreneur et visionnaire, il est considéré comme l'un des plus brillants ingénieurs de son époque. L'influent Engineering Journal le décrit comme « le guide et l'inspiration des centaines d'ingénieurs qui ont travaillé à la mise en exploitation du potentiel de la rivière Saint-Maurice ».

Construction de la centrale d’ east Angus, sur la rivière St-François. Remise a neuf de la centrales en 1992 par Boralex

1900
La capacité hydroélectrique du Canada s’élève à 173 000 cv, la plupart au Québec et en Ontario.

Au début du siècle, l’électricité est une merveille. Pour les Québécois de la ville, elle est un luxe, car beaucoup n’y ont pas accès. Dans la campagne, les poteaux et les fils qui transportent l’électricité sont très rares. Il y a donc peu de maisons éclairées à l’électricité. Mais ce n’est pas toujours par manque d’argent que les gens s’éclairent encore avec une lampe à l’huile ou au gaz.

En effet, beaucoup de personnes ont peur de l’électricité. La majorité des gens ne comprennent pas comment le courant électrique passe du fil à l’ampoule. Pour eux, c’est de la magie. Et tout ce qui est magique est incontrôlable, donc dangereux.

Les gens n’aiment pas avoir des fils électriques dans les murs, dans les plafonds ou sous les planchers des maisons. Plusieurs croient que l’électricité peut s’échapper des fils et faire du mal. Quelquefois, avant d’utiliser de vieux fils électriques en guise de corde à linge, les gens demandent à l’électricien si c’est dangereux. Ils croient que l’électricité est encore dans le fil et ils ont peur de s’électrocuter.

1901
Sous l'impulsion de Herbert Samuel Holt, on assiste à la fusion de la Montreal Gas Company et de la Royal Electric Company. Holt jette ainsi les bases de ce qui deviendra un vaste empire industriel et financier : la Montreal Light, Heat and Power Company. Devant l'immense possibilité d'expansion qu'offre le marché de l'électricité, Holt parvient à fusionner les concurrents traditionnels : le gaz et l'électricité. Monopole arrogant, la Montreal Light, Heat and Power refuse systématiquement toute forme de collaboration avec les commissions d'enquête ou les organismes mis sur pied par le gouvernement pour tenter de réglementer le commerce de l'électricité.

Le site des Chutes-de-la-Chaudière pour ériger une centrale et un barrage. Ces installations allaient être l’une des premières exploitations hydroélectriques du Québec, et l’inauguration de la centrale en 1901 marquait l’arrivée de l’électricité sur la rive sud de Québec. En 1970, un embâcle emporta une partie du barrage. L’exploitation cessa et la centrale fut démolie quelques années plus tard. Une nouvelle mise en service de cette centrale a été 14 mars 1999.

1902
La première compagnie d'électricité fondée dans la région du Bas-Saint-Laurent fut la Compagnie électrique de Rimouski, en 1902. Elle fut revendue deux ans plus tard au Crédit Municipal Canadien. La première centrale hydroélectrique fut, quant à elle, aménagée en 1909 sur la rivière Blanche par Joseph Roy. Plusieurs petites compagnies électriques, telle la Compagnie d'Amqui (1910), ont été fondées entre 1902 et 1922 et plusieurs petits barrages y furent aménagés.

1903
La Shawinigan Water and Power Company signe un contrat en vue de fournir de l’électricité à des producteurs d’aluminium et de pâtes et papiers. Elle construit la plus longue ligne de transport en Amérique du Nord: 135 kilomètres, jusqu’à Montréal, à une tension de 50 kilovolts.

1905
Sherbrooke;Ce n'est qu'en 1905 qu'est élu un conseil municipal majoritairement favorable à la municipalisation de la distribution de l'énergie électrique. Le 20 mars 1905, la Sherbrooke Power Light and Heat Co. est officiellement avisée de l'intention des autorités municipales de racheter ses installations, à un prix qui doit être fixé par arbitrage. À partir de cette date, s'engage une longue bataille politique et juridique entre la compagnie privée et le conseil municipal.

La bataille dure plus de deux ans et les principaux affrontements se font sur la capacité des autorités municipales de gérer un tel service et sur le prix à payer pour les installations de la compagnie. De peur de ne pas en venir à une entente, la Ville envisage même de développer un réseau municipal concurrent plutôt que d'acquérir les installations existantes.

Un Mandat est donné au surintendant des arpentages qui étudie les rivières et dresse l'inventaire des forces hydrauliques du Québec, et ce, trois ans après la formation du ministère des Terres, des Forêts et des Pêcheries.

1906 
Création d'Ontario Hydro, la première entreprise publique d'électricité d'Amérique du Nord

Au tournant du 20 siècle, un fort courant de municipalisation des réseaux de distribution d'électricité se dessine en Ontario. Le 14 mai 1906, Adam Beck, homme d'affaires averti et politicien influent, fait adopter, par la législature ontarienne, une loi qui crée la Hydro Electric Power Commission of Ontario (HEPCO) ou Ontario Hydro. Au départ, le modèle d'organisation est simple : la production de l'électricité est laissée au secteur privé, le transport est assuré par la Commission, et la distribution est prise en charge par les municipalités.

Le « modèle ontarien » trouve preneur au Québec ; en effet, plusieurs villes choisissent de municipaliser les services d'électricité sur leur territoire. Nombre d'entre elles accepteront l'offre d'achat d'Hydro-Québec, à compter de 1963, mais d'autres préféreront conserver leur réseau municipal de distribution. Ce sont les neuf villes suivantes : Alma, Amos, Baie-Comeau, Coaticook, Joliette, Jonquière, Magog, Sherbrooke et Westmount

1908
Les entreprises désireuses de se tailler une place dans le lucratif marché de l'éclairage public se multiplient. Les fils s'entrecroisent, et les rues de Montréal s'enlaidissent. Pour remédier à cette situation et pour protéger son réseau d'électricité contre les intempéries et les rigueurs de l'hiver, Montréal devient l'une des premières villes d'Amérique du Nord à se doter d'une politique d'enfouissement des fils dès le début du siècle. Rigueur du climat et esthétique urbaine obligent.  

Après maintes péripéties, la municipalisation reçoit un appui massif de la population. Le 1er mai 1908, la Ville de Sherbrooke devient officiellement propriétaire de toutes les installations et de tous les actifs de la Sherbrooke Power Light and Heat Co. À partir de cette date, le développement du réseau hydroélectrique et le développement de la ville vont aller de pair

A Westmount, on construit une centrale électrique municipale dotée d’un système moderne unique, le premier en son genre au Canada et qui, tout en étant discrètement blottie au fond de la vallée, utilisait l’énergie provenant de l’incinération des déchets pour son fonctionnement.

1909
Création du premier Service hydraulique de la province de Québec. Il relève du Département des terres et forêts.

La fonderie Rouleau de Mont-Joli livre de l’électricité produite à l’aide d’un moteur à gazogène. Joseph Roy fait de même à Saint-Ulric grâce à une petite turbine. Deux années plus tard, le village d’Amqui est alimenté par une usine érigée sur la rivière Matapédia. Son jeune gérant, Jules-A. Brillant, étend par la suite le service à Lac-au-Saumon, Saint-Léon-le-Grand, Val-Brillant et Sayabec

1913
Construction du Barrage de Rawdon, sur la rivière Ouareau( Algonquin Power income Funds)

1914
La compagnie Price électrifie ses installations de Matane. Durant la guerre et l’après-guerre, le mouvement se poursuit. Trois-Pistoles, L’Isle-Verte, Cabano et Notre-Dame-du-Lac voient la naissance de petites compagnies locales d’électricité et le Crédit municipal canadien étend le service depuis Rimouski jusqu’à Sacré-Cœur et au Bic.

1916
Une série de fusions et d’acquisitions font de M. L.H. & P. un empire diversifié et lui confèrent une position dominante sur le marché montréalais de l’énergie.  Elle devient la Montreal Light, Heat and Power Consolidated.  En province, la Shawinigan Water and Power Company étend graduellement son emprise sur tout le centre du Québec.  Elle en viendra à prendre des participations importantes dans d’autres compagnies telles que Québec Power Compagny, Southern Canada Power, etc. (
le complexe a repris du service en 1999 après un arrêt de quinze ans, fruit d'un partenariat entre Hydro Québec et la municipalité de Saint-Ferréol-les-Neiges.)

Toutefois, pour obtenir l'équivalent de la production d'électricité de La Grande 2, il faudrait 265 petites centrales du type " Les Sept Chutes

Au début du siècle, l'une des plus anciennes centrales hydroélectriques du Québec est érigée sur la rivière Sainte-Anne. Mise en service en 1916 puis détruite par une forte crue en 1924, elle est reconstruite et demeure en fonction jusqu'à sa désaffectation en 1983. Depuis l’automne 1996, une nouvelle centrale érigée en amont des installations originales constitue le plus important équipement de production hydroélectrique actuellement en service dans la région.

1917
Au Témiscaming, les installations et les bâtiments passeront aux mains de la Riordon Pulp & Paper. Afin d’alimenter son moulin de pâtes à papier, elle modernise les installations hydroélectriques acquises de la Lumsden’s Mill en remplaçant le vieux barrage en bois par un barrage en ciment. Parallèlement, la Riordon structure un réseau de distribution de l’électricité à son moulin et à toutes les résidences de la ville de Témiscaming. Cette centrale entre en activité en 1919. En 1925, la Canadian International Paper acquiert notamment ces installations hydroélectriques et l’année suivante, la Gatineau Power Company fait l’acquisition de ces installations hydroélectriques.

1920
La centrale de montmagny, a été aménagée sur la Rivière-du-Sud, cours d’eau long de 77  km qui se déverse dans le Saint-Laurent à la hauteur de Montmagny.  La centrale a été construite en 1920 par la Corporation d’énergie de Montmagny.  Elle fut mise en service en 1921.  Dès le début des opérations, cette entreprise obtint un contrat pour l’alimentation d’une usine de laminage à Montmagny.  À cette époque, la Basin Light and Power possédait alors le droit exclusif de vente d’énergie électrique dans cette ville.  Par des transactions encore inconnues, la Corporation d’énergie de Montmagny obtint le droit d’alimenter cette ville en électricité, mais sans utiliser la production de Saint-Raphaël.  C’est alors qu’il y a eu la construction de la centrale d’Armagh sur la rivière La Fourche.  L’électricité produite par la centrale d’Armagh était transportée jusqu’à la centrale de Saint-Raphaël et, de là, était acheminée à Montmagny. 

Cependant, la Basin Electric Light and Power décida d’entreprendre des poursuites judiciaires contre la Corporation d’énergie de Montmagny en les accusant d’alimenter la ville de Montmagny avec l’énergie produite par la centrale de Saint-Raphaël.  Elle n’obtint pas gain de cause.

1922
Le financier Jules-A. Brillant rassemble, en 1922, des notables Rimouskois et réunit l’argent pour l’achat des chutes de Mitis, rachète les installations du Crédit municipal canadien et fonde la Compagnie de pouvoir du Bas-St-Laurent. L’usine de Mitis entre en activité l’année suivante et Brillant commence à racheter les petites entreprises d’électricité de la région et à construire des lignes de transmission depuis Mitis jusqu’aux différents marchés, approvisionnant même des localités du Nouveau-Brunswick.

Deux industriels et financiers de renom, William Price et James Duke, s'associent pour lancer un projet d'aménagement d'une puissante centrale hydroélectrique à l'île Maligne, à la tête de la rivière Saguenay. L'objectif consiste à répondre aux besoins de leurs propres usines de pâtes et papiers, mais également à alimenter l'aluminerie qui s'établit dans la région.

Par la suite, c'est surtout pour satisfaire à ses besoins croissants qu'Alcan aménagera, au cours des 40 années qui suivront, les centrales de la Chute-à-Caron, de Shipshaw, de la Chute-du-Diable, de la Chute-à-la-Savanne et de la Chute-des-Passes.

1923
L’Électrification en Abitibi-Témiscamingue débute en 1923 avec la centrale Rapide-Des-Quinze au Témiscamingue. Cette centrale est d’ailleurs la première à être mise en service dans le Nord-Ouest québécois. Elle fut construite par la compagnie Northern Ontario Power afin de répondre aux besoins du monde minier du Nord-Est ontarien.

Avec le développement minier de Rouyn-Noranda et de ses environs, les dirigeants de la compagnie ontarienne firent construire une ligne de transport entre la centrale Rapide-Des-Quinze et les villes de Rouyn et de Noranda. En 1928, la propriété de la centrale fut transférée de la Northern Ontario Power à une nouvelle compagnie, la Northern Québec Power. Cette compagnie fournira de l’énergie aux mines et aux principales villes de la région jusqu’en 1963, où elle disparut dans la vague de nationalisation de l’électricité qui déferla sur l’ensemble du Québec. Parallèlement à la Northern Québec Power, une deuxième compagnie privée était en opération dans la région soit, LaSarre Power. Elle desservait les villes de La Sarre, Dupuy, Macamic, Taschereau, Authier, Launay et Amos. Cette compagnie tirait son énergie électrique de deux petites centrales situées sur la rivière La Sarre.

1924
La ville d'Isle-Maligne est née lors de la construction du barrage aménagé aux abords de l'Isle-Maligne, sur la rivière Grande Décharge. Incorporée en 1924, sous l'égide de la Duke-Price, elle devient, en 1926, propriété de «l'Aluminium Company of Canada» qui, dès lors, verra au développement et à la gestion entière de sa vie municipale et sociale.

1925
Pour répondre à la demande grandissante de ses résidents, le conseil municipal prit la décision de construire une centrale que l'on peut, encore aujourd'hui, voir dans le Parc de la Gorge. A Coaticook.

1926
Puis survient la Grande Dépression. La compagnie, qui connaît de sérieuses difficultés financières depuis 1926, peut être reprise par son fondateur, en 1935, après neuf années de contrôle américain. Jusqu’en 1950, la progression du marché s’avère remarquable. En 15 ans, les ventes annuelles sont multipliées par quatre et le nombre d’employés passe de 63 à 242. Quand survient le deuxième conflit mondial, les villes et villages du littoral et des vallées de la Matapédia et du Témiscouata sont tous reliés à un réseau de distribution d’électricité.

À l'initiative de la Canadian International Paper Co., la Gatineau Power Company est formée pour aménager des centrales sur les rivières Gatineau et des Outaouais et en assurer l'exploitation. Au fil des ans, la Gatineau Power acquiert toutes les petites centrales existantes sur l'Outaouais et ses affluents. Le parc de production de la Gatineau Power Company comprendra, notamment, les centrales du Corbeau, de Chelsea, des Rapides-Farmers et de Paugan.

Construit entre les années 1926 et 1931, l'aménagement hydro-électrique de Chute-à-Caron est situé sur la rivière Saguenay, à 40_kilomètres en aval du lac Saint-Jean. Il fait partie du complexe de Shipshaw, dont l'autre composante est la centrale de Shipshaw située à 2,5_kilomètres en aval

1927
La Quebec Power achète la Corporation d’énergie de Montmagny.  Elle prend aussi le contrôle de la Basin Electric Co., obtenant ainsi le contrat de l’éclairage des rues de Montmagny.  En 1950, la Quebec Power désaffectera la centrale Armagh qui avait été définitivement fermée en 1942. 

1928
Située entre les rives de Montréal et de Laval, cette centrale compte parmi les plus anciennes d'Hydro-Québec. La centrales de Rivière-des-prairie

1929
En août, Robert Oliver Sweezey entreprend les travaux d'aménagement d'une centrale au fil de l'eau sur le Saint-Laurent, à la hauteur de Beauharnois. Mais l'effondrement de la Bourse de New York, le jeudi noir du 24 octobre, et la crise économique qui s'ensuit compromettent sérieusement le rêve de Sweezey. Les difficultés financières s'accumulent. Les scandales politiques liés à la réalisation du projet entachent la crédibilité de l'ingénieur. Puis, coup de théâtre ! Le gouvernement de l'Ontario refuse de respecter les conditions d'un contrat signé entre Ontario Hydro et la Beauharnois Light, Heat and Power en vue de l'achat d'une importante quantité d'énergie produite à la centrale de Beauharnois.

Acculé à la faillite, Sweezey n'a d'autre choix que d'accepter l'offre d'achat du président de la Montreal Light, Heat and Power, Herbert Samuel Holt. Cette dernière confirme ainsi, à bon compte, sa suprématie sur le marché de l'électricité de Montréal

Fils d'un riche marchand de bois de Trois-Rivières, Robert Oliver Sweezey s'intéresse au potentiel du Saint-Laurent, particulièrement dans la région de Beauharnois et ce, dès le milieu des années 20. Il est vite convaincu que le débit du Saint-Laurent est suffisamment important pour compenser largement la faible hauteur de chute (quelque 24 mètres). Le projet a trop d'envergure pour l'époque ; Sweezey entend donc le réaliser en trois étapes. Il prévoit également, 30 ans d'avance, l'emplacement et le débit d'eau qu'il faut réserver à une éventuelle canalisation du Saint-Laurent.

L'ampleur du projet frappe l'imagination. Largement publicisée dans la presse mondiale, la construction de la centrale de Beauharnois est souvent comparée au chantier du canal de Panama. Le rapprochement est d'autant plus naturel que le canal d'amenée de la centrale constitue également un élément stratégique de la Voie maritime du Saint-Laurent. La centrale est remarquable à plusieurs égards :

Le dragage du canal d'amenée, d'une largeur de 1 kilomètre, d'une longueur de 24 kilomètres et d'une profondeur moyenne de 10 mètres, entraîne un déplacement de matériaux plus considérable que les travaux du canal de Panama.

La centrale est située à proximité des marchés de Montréal, de l'Ontario et des États-Unis, ce qui lui confère d'emblée une vocation qui déborde le marché local ; de fait, le montage financier, échafaudé par Sweezey pour réaliser son rêve, repose sur deux contrats d'exportation de l'énergie produite à la centrale : l'un avec Ontario Hydro et l'autre, avec la Montreal Light, Heat and Power Company.

La mise en service par Hydro-Québec, en 1961, du dernier des 36 groupes turbine-alternateur de la centrale, marquera la fin de plus de 30 ans de travaux. La centrale de Beauharnois est alors considérée comme la plus puissante du Canada ; encore aujourd'hui, elle demeure l'une des plus puissantes centrales au fil de l'eau du monde.

L'architecture, d'inspiration art déco, confère à la centrale une élégance exceptionnelle. Ce caractère lui sera précieusement conservé en dépit des réparations majeures qu'elle subira dans les années 90. Elle sera désignée lieu historique national.

Dans les années trente, Sherbrooke n'échappe pas à la crise économique qui frappe l'ensemble des pays industrialisés. Pour en contrer les effets, on mise sur l'électricité et on organise une campagne de promotion et le slogan se lit ainsi : « Sherbrooke, ville électrique ». Pour cette o cc asion, Sherbrooke prend une allure féerique alors que toutes les principales rues, les édifices et les ponts sont illuminés par des milliers d'ampoules électriques. Cette campagne de publicité précède d'ailleurs de peu l'arrivée de nouvelles installations industrielles à Sherbrooke, les plus importantes étant Carnation Co. et Seven Up Sherbrooke Ltd en 1939, de même que Austin Glove Co. et Combustion Ingineering Superheater en 1940

La marche vers l’étatisation 1930 à 1943

1930
Des mouvements de protestation, dirigés notamment par le Dr Philippe Hamel, Ernest Robitaille, Télesphore-Damien Bouchard, René Chalout et J.-Ernest Grégoire, dénoncent les tarifs élevés, la mauvaise qualité du service et l’arrogance du “ trust de l’électricité ”

Une centrale hydroélectrique est construite à l'endroit où la chute Ford marque le cours de la rivière avec ses quinze mètres de hauteur. En opération de 1930 à 1965, la centrale fut réaffectée et constitue maintenant un lieu d'observation privilégié sur la rivière Sainte-Anne a Sainte-Christine-d'Auvergne, tous près de la centrales Glenford (Algonquin Power income funds)

Un moulin à scie au début du XXe siècle précéda la construction d’une première centrale hydroélectrique et d’un barrage vers 1930 pour la compagnie Price Brothers. Celle-ci fut détruite par un incendie en 1978. La centrale Montmagny a été mise en service en mai 1996

1933
La municipalité de St-Alphonse-Rodriguez entreprend une démarches auprès de la Shawinigan Water and Power Company pour obtenir l'électricité. Après trois ans d'attente, le conseil renouvelle sa demande par une requête auprès de la Commission d'électricité de la Province de Québec pour que les contribuables du village et des lacs environnants obtiennent une ligne de transmission.

Cette démarche porte fruit puisque, selon M. Albert Gariépy, la veille de Noël, le 24 décembre 1937 à l'heure du souper, le village "s'allume" pour la première fois. Quelques mois plus tard, le 19 septembre 1938, le conseil municipal procède à l'examen d'un règlement accordant à la même compagnie le droit d'installer un système d'éclairage électrique dans les rues du village pour une période de cinq ans. Ce règlement est adopté le 12 octobre 1938 et approuvé par la majorité des électeurs

1934
Les entreprises d'électricité sont prospères, mais leur image auprès du public n'est pas très reluisante. Des chefs de file du monde politique et des milieux universitaires dénoncent avec force les abus dont elles se rendent coupables : tarifs élevés, service de piètre qualité, profits exorbitants, des pratiques comptables douteuses, refus de desservir adéquatement les milieux ruraux, arrogance face aux tentatives du gouvernement pour réglementer le commerce de l'électricité.

La crise de 1929 sera un des moments forts pour dénoncer les taux d'électricité trop élevés de ces compagnies privées. Un mouvement d'opposition se forme avec à sa tête des notables de la province, prônant ouvertement la municipalisation de la distribution de l'électricité. Sous la direction du docteur Philippe Hamel, le mouvement d'opposition livre une véritable croisade contre les compagnies d'électricité. Multipliant les conférences, il est bientôt suivi par Ernest Robitaille, comptable de Montréal, qui écrit une série d'articles dans Le Devoir, dénonçant les abus de Montreal Light, Heat and Power Consolidated.

Des personnalités emboîtent le pas, notamment J.E. Grégoire, qui deviendra maire de Québec et T.D. Bouchard, politicien connu de la région de St-Hyacinthe qui, depuis 1927, publie des études contre le "trust de l'électricité". Appuyée par de nombreuses associations, cette campagne oblige le gouvernement Taschereau à nstituer une commission d’enquête sur l’électricité, la Commission Lapointe pour un mandat de six mois. Cette Commission est composée de l'Honorable Ernest Lapointe, député à la Chambre des communes, d'Augustin Frigon, ingénieur-conseil et directeur de l'École polytechnique, de George C. McDonald, comptable agréé et G. Édouard Rinfret nommé secrétaire de la Commission.

Elle a comme mandat principal le devoir d'enquêter sur les conditions de production et de vente de l'électricité au Québec. L'entreprise privée, à laquelle les gouvernements canadien et québécois ont laissé le soin de développer les ressources hydrauliques du Québec, entre la fin du 19ème siècle et des premières décennies du 20ème siècle, a provoqué la mise en place de ce que l'on appellera le "trust de l'électricité"..

Philippe Hamel présente à cette commission un mémoire qu’il intitule “ Le trust de l’ Électricité : agent de corruption et de domination / Centre de la dictature économique ”.

Le 21 janvier 1935, les commissaires de la Commission de l'électricité dépose auprès du gouvernement leur rapport final.

Leur principale recommandation est la création d'une commission permanente de l'électricité. Cette mesure ayant pour but de contrôler de manière efficace la production, le transport, la distribution et la vente de l'électricité soit par l'entreprise privée, soit par les municipalités. C'est ainsi que l'on verra apparaître la Régie provinciale de l'électricité, dont les enquêtes et constatations conduiront finalement à l'expropriation de la compagnie Montreal Light, Heat and Power Consolidated.

Dans un geste des plus courageux, le premier ministre, Adélard Godbout, décide d'exproprier les avoirs électriques et gaziers du puissant monopole que constitue la Montreal Light, Heat and Power. Il en confie la gestion à une société d'État : la Commission hydroélectrique de Québec.  

1935
Création de l'Office de l'électrification rurale (OER), qui doit financer les coopératives par des prêts à fonds perdus, gérer les tarifs et les finances de ces coopératives et leur fournir l'aide technique dont elles ont besoin. L'OER est aboli le 5 novembre 1986.

1938
Une centrale hydroélectrique – sur la rivière Winneway - entre en production au Témiscamingue lors de la mise en production d’une mine par la Belleterre Quebec Mines Ltd. À la fermeture de la mine, en 1959, la municipalité de Belleterre achète cette petite centrale de 2 750 kilowatts, et pendant près d’une trentaine d’année, la municipalité sera autosuffisante en énergie hydroélectrique. Vers 1992, elle vend ses droits hydroélectriques à une compagnie privée, l’Algonquin Power, qui vend aujourd’hui son électricité à Hydro-Québec. Depuis cette date, la municipalité est desservie par Hydro-Québec.

1940
Cette centrale ne tarda pas à ne plus suffire à la demande malgré l'ajout vers 1940 d'un groupe électrogène au mazout. C'est alors que la ville du acheter une partie de son électricité à la Southern Canada Power et ce, jusqu'à la nationalisation de l'électricité au début des années 60, alors qu'Hydro-Québec est devenu le principal fournisseur d'énergie de la ville.

Revenant à la "CRWP Co", à travers les années, la Ville de Coaticook racheta des parts et devint l'actionnaire majoritaire de la " Coaticook River Water Power Co ". Les actifs de cette compagnie se limitent aujourd'hui aux barrages de régulation situés au Vermont d'où origine la rivière Coaticook. Les trois lacs américains, ainsi contrôlés, servent de réservoirs à la production hydro-électrique des petites centrales de Coaticook.

1941
Rapide-Sept fut mise en service en 1941 et Rapide-Deux, plus de dix ans après. Peu de temps après la nationalisation d’Hydro-Québec en 1963, il y eut la construction de Rapide-des-Îles et de Première-Chute en 1967 et 1968, ce qui eut pour effet de doubler le potentiel électrique produit dans la région. Avec la centrale Rapide-des-Îles, Hydro-Québec devint la première entreprise hydroélectrique à construire des barrages en hiver. Les techniques et l’innovation ainsi développées furent largement utilisées sur les chantiers du complexe La Grande à la Baie James. De toutes les centrales de la région, la centrale Première-Chute est la seule ouverte au public. Enfin, la première centrale à turbines à gaz au Québec (ou thermique) se situe à Cadillac. Elle fut mise en service en 1976. Cette centrale a été utilisée pour combler le déficit énergétique de l’Abitibi-Témiscamingue jusqu’au rattachement de la région en 1979 au réseau principal d’Hydro-Québec.

1943
Les organismes de réglementation se succèdent dans le sillage de la Commission Lapointe, mais ne parviennent pas à jouer leur rôle efficacement. La Montreal Light, Heat and Power refuse systématiquement d'ouvrir ses livres. Télesphore-Damien Bouchard, un ministre influent au sein du gouvernement d'Adélard Godbout, réclame la nationalisation pure et simple de la Montréal Light, Heat & Power. Loin d'obtempérer, le monopole montréalais mène une virulente campagne de publicité pour dénoncer les intentions d’Adélard Godbout d'exproprier ses avoirs. Malgré les difficultés liées à la Seconde Guerre mondiale et en dépit des critiques incessantes dont il est l'objet, particulièrement dans la presse d'affaires, Godbout passe aux actes.

Les actionnaires de la MLH&P seront dédommagés dès 1947 alors que ceux de la Beauharnois Light, Heat and Power et de la Montreal Island Power Company ne le seront qu'en 1953, après un long processus d'arbitrage devant les tribunaux.

Le nom de T D. (Teddy) Bouchard est associé à la ville de Saint-Hyacinthe où il est né en 1881. Journaliste, polyglotte, éditeur et orateur fougueux, il est actif durant de longues années sur les scènes politiques municipale et provinciale. Il mène une longue campagne en faveur de la municipalisation et de l'étatisation des services d'électricité.

Au début de 1944, il quitte son poste de ministre de la Voirie et des Travaux publics et devient membre du Sénat canadien. Quelques semaines plus tard, le premier ministre, Adélard Godbout, le nomme président d'Hydro-Québec. Il doit rapidement abandonner ce poste en raison d'un discours qu'il prononce au Sénat et dans lequel il dénonce l'ingérence de l'Église dans la conduite des affaires de l'État. À quelques semaines d'une élection dont l'issue lui paraît incertaine, Godbout ne peut se mettre à dos une vaste partie de l'électorat francophone et catholique. Bouchard est forcé de démissionner.

Il ne verra pas la conclusion du mouvement d'étatisation qu'il a contribué à amorcer. Il meurt le 13 novembre 1962, la veille de l'élection qui reporte Jean Lesage au pouvoir et qui donne à Hydro-Québec le mandat d'acquérir les distributeurs privés d'électricité

Originaire du comté de L'Islet, Adélard Godbout fait ses études au Séminaire de Rimouski. Il se spécialise ensuite en agronomie à l'École d'agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière et au Massachusetts Agricultural College, situé près de Boston. Observateur assidu et averti de la politique américaine, il est particulièrement influencé par la pensée économique et sociale de Franklin Delano Roosevelt.

Il admire Roosevelt pour sa volonté de relancer l'économie américaine (New Deal) au moment de la crise des années 30. L'apport de Godbout marque profondément la société québécoise et annonce la Révolution tranquille des années 60 : en quelques années, il a cc orde le droit de vote aux femmes, il instaure l'instruction obligatoire et gratuite, il donne aux ouvriers le droit de former des syndicats, il met en place les premières mesures de sécurité sociale, il favorise l'électrification rurale, etc. En nationalisant le réseau montréalais d'électricité, Adélard Godbout jette les bases d'une société d'État qui deviendra l'une des plus importantes entreprises d'électricité en Amérique du Nord

La naissance d’Hydro-Québec (1944)

Le vendredi 14 avril, après la fermeture de la Bourse, le gouvernement libéral d'Adélard Godbout adopte la Loi établissant la Commission hydroélectrique de Québec. Cette loi exproprie « tous les biens meubles et immeubles servant à la production, à la transmission (sic) et à la distribution du gaz et de l'électricité… » de la Montreal Light, Heat and Power Consolidated et de ses filiales, la Montreal Island Power Company et la Beauharnois Light, Heat & Power Company. La nouvelle société d'État, Hydro-Québec, hérite d'un réseau de gaz et de quatre centrales hydroélectriques : les centrales de Chambly, des Cèdres, de Rivière-des-Prairies et de Beauharnois. Pour rédiger la loi qui donne naissance à Hydro-Québec, Godbout fait appel à Louis-Philippe Pigeon, un jeune professeur de droit constitutionnel de l'Université Laval.

Louis-Philippe Pigeon occupe une place unique dans l'histoire du développement de l'électricité au Québec. À titre de conseiller juridique (1940-1944) du premier ministre Adélard Godbout, il est d'abord l'auteur de la loi remarquable qui a donné naissance à Hydro-Québec. Puis, vingt ans plus tard (1960-1966), il devient conseiller du premier ministre, Jean Lesage, alors que s'amorce la seconde phase de la nationalisation et qu'Hydro-Québec est autorisée à acquérir la quasi-totalité de l'énergie produite par la centrale des Churchill Falls, au Labrador.

1944
Le 22 mars, le gouvernement libéral d’Adélard Godbout dépose le projet de Loi 17. Création d’Hydro-Québec. C’est aujourd’hui la plus grosse entreprise d’électricité au Canada. 

Le 14 avril, la Loi établissant la Commission hydroélectrique de Québec est sanctionnée. Cette loi exproprie “ tous les biens meubles et immeubles servant à la production, à la transmission et à la distribution du gaz et de l’électricité... ” de la Montreal Light, Heat & Power Consolidated et de ses filiales, la Montreal Island Power Compagny et la Beauharnois Light, Heat & Power Compagny.  La loi confie la gestion de ces biens à la Commission hydroélectrique de Québec, soit en abrégé, Hydro-Québec.

Le 15 avril, le premier président d’Hydro-Québec, Télesphore-Damien Bouchard et les quatre commissaires -George C McDonald, Raymond Latreille, L.-Eugène Potvin et John W. McCommon - prennent possession des biens de la M.L.H. & P.  La nouvelle société d’État hérite de quatre centrales (Chambly, Les Cèdres, Rivière-des-Prairies et Beauharnois qui ne compte alors que treize des quatorze groupes prévus pour la première section) dont la puissance totale installée est de 696 mégawatts.

En mai, on annonce une diminution d’environ 13% des tarifs domestique et commercial. Les tarifs d’éclairage des rues baissent de 30%.

Le 29 juin, T.-Damien Bouchard, forcé de démissionner, cède sa place à Ludger-Eugène Potvin à la barre d’Hydro-Québec.  

Les années d’apprentissage (1944-1959)
1944-1959 : développement du parc de production

1945

Le 24 mai, le premier ministre de l'époque, Maurice Duplessis, fait adopter la Loi pour favoriser l'électrification rurale par l'entremise des coopératives d'électricité. Moins interventionniste que son prédécesseur Adélard Godbout, qui avait confié cette responsabilité à Hydro-Québec, Duplessis préfère laisser aux communautés locales le soin d'électrifier les régions les moins densément peuplées du Québec, des marchés qui offraient peu d'intérêt pour l'entreprise privée. Des 46 coopératives d'électricité issues de cette loi, 45 accepteront l'offre d'achat d'Hydro-Québec à compter de 1963. Une seule d'entre elles existe encore aujourd'hui : la Coopérative régionale de Saint-Jean-Baptiste-de-Rouville.

La Loi 9 (George VI, chapitre 32) crée le Département des ressources hydrauliques (DRH), rattaché au ministère des Terres et Forêts du Québec. Le nouvel organisme a pour mandat de superviser l'exploitation des droits hydrauliques concédés et de surveiller l'administration ainsi que l'application, par l'État, des lois relatives au régime des eaux courantes, aux forces hydrauliques et aux organismes responsables de la production, de la transmission, de la distribution et de la vente d'électricité. Il doit enfin favoriser l'exploitation et l'utilisation des ressources hydrauliques de la province au profit de sa population.

1947
Une émission d'obligations de 112 225 000 $ remplace l'emprunt bancaire qu'Hydro-Québec a dû contracter pour dédommager les actionnaires de la Montreal Light, Heat and Power Consolidated. Le règlement définitif en faveur des actionnaires des deux filiales, la Beauharnois Light, Heat and Power et la Montreal Island Power, ne se réalise qu'en 1953, après un long arbitrage judiciaire

1950
À la demande du premier ministre, Maurice Duplessis, Hydro-Québec fait l'acquisition de la centrale de Rapide-7, en Abitibi. La société d'État entreprend également les travaux d'aménagement de la centrale de Rapide-2, dans la partie nord de l'Outaouais. L'objectif de ces travaux : satisfaire aux besoins croissants de l'industrie minière. Lors de l'acquisition des distributeurs privés d'électricité, en 1963, Hydro-Québec deviendra propriétaire des centrales construites dans la région et effectuera la conversion de fréquence du réseau de distribution, qui passera ainsi de 25 à 60 hertz.

1953

Hydro-Québec entreprend les travaux d'aménagement de la rivière Betsiamites (Bersimis), sur la Côte-Nord. Voilà une belle occasion pour la société d'État de faire son apprentissage dans la conduite de travaux sur des chantiers éloignés. Du même souffle, elle acquiert la maîtrise du transport de grandes quantités d'énergie sur de longues distances, soit plus de 600 kilomètres, pour atteindre le marché de Montréal. Hydro-Québec devient ainsi l'une des premières entreprises d'électricité du monde à mettre en service des lignes de transport à 315 kV. Exploit remarquable pour l'époque, les câbles aériens des lignes de transport à 315kV traversent la rivière Saguenay en une seule portée de 1,6 kilomètre.

1955

Le réseau de transport d’Hydro-Québec alimente la Gaspésie et la région minière de Chibougamau. L'électrification de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent s'est faite tardivement sous l'égide de la Compagnie de pouvoir du Bas-Saint-Laurent. Les centrales de la Mitis-1 et de la Mitis-2 ont une puissance insuffisante pour assurer l'industrialisation du territoire. À la demande du gouvernement, Hydro-Québec établit une liaison sous-marine par câble entre la presqu'île de Manicouagan et le village Les Boules, en Gaspésie. Cette liaison, qui permettra d'acheminer l'énergie en provenance de la Côte-Nord, se révèle si peu fiable qu'une centrale thermique d'appoint doit être construite pour suppléer aux besoins d'énergie de la région. Par la suite, des lignes de transport, depuis Lévis jusqu'en Gaspésie, assurent l'alimentation en électricité de toute la population desservie.  J.-Arthur Savoie remplace L.-Eugène Potvin à la barre d’Hydro-Québec.

1956

Mise en service des premiers groupes de la centrale Bersimis 1 et d’une ligne de transport à 315 kV entre cette centrale et Québec. Mise en chantier de Bersimis 2 et de la troisième section de la centrale Beauharnois.

1957
Hydro-Québec vend son réseau montréalais de distribution de gaz à la Corporation de gaz naturel du Québec qui deviendra plus tard Gaz Métropolitain inc.

1958
La centrale Côte Sainte-Catherine est située à l’écluse de Côte Sainte-Catherine près de la partie de la voie maritime du Saint-Laurent située près de Lachine. Le canal de ceinture près duquel la centrale est située a été construit en 1958 en tant que partie intégrante de la voie maritime du Saint-Laurent. La centrale dispose d’une puissance maximale totale de 11 200 kilowatts et a été construite en trois phases distinctes, chacune disposant d’une puissance maximale totale de 2 120 kilowatts, de 4 500 kilowatts et de 4 500 kilowatts, respectivement, et chacune ayant été mise en service en 1989, en 1993 et en 1996, respectivement. (algonquin Power income funds)

1959
À l'automne de 1959, Hydro-Québec annonce le début des travaux d'aménagement des rivières Manicouagan et aux Outardes, sur la Côte-Nord. C'est le prélude à une grande aventure qui oblige la société d'État à multiplier les prouesses techniques pour aménager ces rivières nordiques et acheminer les importantes quantités d'énergie qu'elles recèlent sur plusieurs centaines de kilomètres afin d'alimenter les grands marchés de consommation de Québec et de Montréal. À l'aube des années 60, Hydro-Québec est forte d'une expertise enviable dans les domaines de la production, du transport et de la distribution d'électricité. Depuis sa création, elle a connu une expansion continue sans devoir recourir aux ressources de l'État ou augmenter ses tarifs. Hydro-Québec dispose maintenant de tous les atouts lui permettant de se voir attribuer un mandat plus vaste. Ses exploits en font rapidement un symbole de la « révolution tranquille » et lui valent une renommée internationale.

 L’ère des grands projets (1960-1979)

1960

L’Union nationale, au pouvoir depuis 1944, est battue par le Parti Libéral du Québec. L’aménagement de la rivière Bersimis et terminé. La direction des travaux à Carillon, une centrale de pointe construite dans la partie sud de l'Outaouais, est confiée aux ingénieurs francophones d'Hydro-Québec. Un courant de francisation gagne rapidement le siège social et tous les chantiers de la société d'État. Carillon est aussi le chantier qui confirme la politique du « faire-faire » de l'entreprise en matière d'ingénierie ; cela a pour effet d'a cc élérer la création et l'essor des firmes de génie-conseil québécoises.

Amorcés l'automne précédent, les travaux d'aménagement du plus ambitieux complexe hydroélectrique jamais entrepris au Canada se poursuivent sur les rivières Manicouagan et aux Outardes. Le chantier donne lieu à des exploits techniques et à des « premières mondiales » qui assurent d'emblée à Hydro-Québec une renommée internationale. À l'initiative d'un jeune ingénieur, Jean-Jacques Archambault, Hydro-Québec effectue une percée technologique déterminante dans le domaine du transport de grandes quantités d'électricité sur de longues distances, en poussant la tension à un niveau jusque-là inégalé : 735 kV. À une tension inférieure, les pertes en cours de transport auraient été considérables, et le nombre de lignes nécessaires, beaucoup plus importante.  

Alors que les ingénieurs d'Hydro-Québec s'interrogent sur la technologie à adopter pour transporter les énormes quantités d'énergie produites au complexe Manic-Outardes, Jean-Jacques Archambault, jeune diplômé de l'École Polytechnique de Montréal, propose une solution audacieuse : des lignes à 735 kV. Du jamais vu ! Il réussit à convaincre ses collègues et les dirigeants d'Hydro-Québec du bien-fondé de ce choix. De cette décision découlera une foule d'innovations technologiques. Il faut tout repenser : disjoncteurs, sectionneurs, transformateurs, etc., afin de transporter autant d'énergie avec un minimum de pertes et de bruit. Plusieurs sommités mondiales, notamment de Suède, d'Allemagne, de France et d'Italie, concourent à la mise au point et à la construction de la première ligne à 735 kV du monde. Cet exploit est reconnu comme l'une des dix plus importantes innovations technologiques du 20e siècle lors de la célébration du 100e anniversaire de l'Ingénierie au Canada, en 1987

1961
Le gouvernement confie à Hydro-Québec les droits exclusifs d’aménagment et d’exploitation de toutes les ressources hydrauliques non encore concédées aux entreprises privées. La centrale de Beauharnois dont la construction a débuté en pleine crise économique en 1931 est parachevée.

Un groupe de 48 coopératives d'électricité sont encore en exploitation. Hydro-Québec rachète leur actif. Une seule d'entre elles survit aujourd'hui. Il s'agit de la Coopérative d'électricité de Saint-Jean-Baptiste de Rouville

Le 19 juin 1961

  René Lévesque prend connaissance du dossier qui accable le régime d’exploitation de l’or blanc québécois. Première évidence : l’utilisation désordonnée des eaux. Dans les bassins hydroélectriques, c’est l’anarchie la plus complète.

Le résultat est là, dévastateur : une duplication des lignes électriques, d’un bout à l’autre de la province, qui confine au gaspillage. Pendant que les poteaux d’Hydro-Québec traversent le royaume déjà éclairé de la Shawinigan (compagnie de production), au centre du Québec, les réseaux de la Shawinigan croisent joyeusement les lignes et les pylônes d’Hydro-Québec, la coupant de son marché principal, Montréal, et de ses sources d’alimentation de la Côte-Nord. La Shawinigan éclaire même des villes comme Valleyfield, pourtant situées dans le fief d’Hydro-Québec. 

Deuxième grande trouvaille : les tarifs d’électricité jouent "au yoyo" d’une région à l’autre. Les écarts mensuels sont proprement scandaleux. À Montcalm dans les Laurentides, l’abonné paie 4,04$ par mois, mais à Mont-Laurier, tout à côté, la facture atteint 11,20$. L’électricité coûte les yeux de la tête en Abitibi, région qui subit en outre la lumière papillotante du 25 cycles (ailleurs et normal 60 cycles) alors qu’en Gaspésie, les tarifs domiciliaires sont jusqu’à six fois plus élevés qu’à Montréal.

Ils découvrent aussi que l’électricité est plus que profitable - surtout pour le secteur privé, dont les revenus sont de 60% plus élevés que ceux du secteur public. Le drame c’est qu’une grosse partie du revenu net des compagnies (qui s’élève à 45 millions de dollars en 1958) sort du Québec sous forme de profits réinvestis à l’étranger. Le Groupe Shawinigan, le plus coupable d’entre tous, fait fructifier son butin québécois au Chili et dans d’autres pays d’Amérique latine. Qu’advient-il de la baisse tarifaire que René Lévesque a promis durant la campagne électorale (dit de la nationalisation) Avant la fin de l’année, 500 000 abonnés voient leur facture mensuelle réduite. Dans sa Gaspésie natale, championne des taux élevés, cette réduction atteint jusqu’à 35%.

Quant à l’uniformisation, c’est-à-dire un seul tarif pour tous d’un bout à l’autre du Québec, elle se réalisera par étapes de sorte qu’en 1965, les Québécois bénéficieront des tarifs les plus bas en Amérique.  15 mai 1997 extrait de biographie

1962

Le 12 février, René Lévesque, alors ministre des Richesses naturelles, prononce le discours inaugural de la Semaine nationale de l'électricité. Devant les dirigeants des entreprises privées d'électricité, il décrit la situation au Québec comme « … un fouillis invraisemblable et coûteux ». Il dénonce les écarts tarifaires et le manque de disponibilité de l'électricité qui freinent le développement de certaines régions du Québec ; il déplore le peu de places faites aux francophones dans la gestion des entreprises d'électricité ; il souligne l'enchevêtrement des responsabilités des distributeurs privés, des coopératives d'électricité, des réseaux municipaux et des auto producteurs.

Ces derniers sont habituellement de grandes entreprises de pâtes et papiers ou d'aluminium (ex. Alcan) qui exploitent des cours d'eau pour leur production industrielle. Il faut confier à Hydro Québec, conclut Lévesque, la responsabilité du développement ordonné des ressources hydrauliques et de l'uniformisation des tarifs d'électricité dans tout le Québec

Le projet de René Lévesque ne fait pas l'unanimité au sein du cabinet de Jean Lesage. Pour dénouer l'impasse, le premier ministre réunit son conseil des ministres au lac à l'Épaule, à l'été de 1962. À l'issue de cette réunion, Jean Lesage annonce la tenue d'élections, le 14 novembre, afin de permettre à l'électorat québécois d'autoriser Hydro Québec à acquérir les distributeurs privés d'électricité.

Jean Lesage est réélu. Hydro Québec se porte donc acquéreur de quelque quatre-vingts entreprises, des distributeurs privés, des coopératives d'électricité et des réseaux municipaux qui acceptent son offre d'achat. Elle termine l'intégration de toutes ces entreprises en un tout unifié en moins de trois ans, une opération d'une ampleur et d'une complexité sans précédent en Amérique du Nord. Les tarifs sont progressivement uniformisés. Toutes les normes techniques du réseau de transport et de distribution sont analysées et uniformisées afin d'assurer un service de qualité à tous les clients, où qu'ils soient sur le territoire.

11 novembre 1962, moment important pour le Québec

Premier débat télévisé au Québec et au Canada entre deux chefs de partis politiques le 11 novembre 1962 en prévision de l'élection québécoise du 14 novembre portant principalement sur la nationalisation de l'électricité. Dimanche, 11 novembre 1962, émission spéciale de la Société Radio Canada

Jean Lesage

En 1960, tout le monde admet qu'à ce moment-là une ère nouvelle a commencé pour le Québec et le changement, le changement de vie qui est intervenu, c'était voulu par le peuple du Québec. 1960 a été l'année de la libération politique et depuis ce temps un vent de liberté a continué de souffler sur la province, et enfin tous les Québécois, tous que nous en sommes, nous pouvons être fier de notre titre de Québécois. Ça fait deux ans de cela. Ça fait deux ans que nous avons une administration libérale et nous avons réalisé durant… constaté durant ces deux ans, que pour que nous puissions réellement progresser économiquement il fallait une nouvelle libération, la libération économique.

Car c'est à cette condition seulement avons-nous constaté après des études approfondies que le Québec, que les citoyens du Québec seront réellement libres dans leur vie et dans leurs actions. Et la clef de la libération économique et bien c'est la nationalisation des compagnies privées d'électricité. Et il faut faire l'opération au complet. Autrement nous n'aurons pas l'instrument qui nous manque et je vous le dis, nous n'aurons pas l'instrument qui nous manque pour assurer notre progrès.

En effet, la nationalisation de l'électricité, à condition qu'elle soit complète permettra, ne l'oublions pas, permettra au Québec, à cause de la richesse de ses ressources hydroélectriques, de devenir la province la plus puissante du Canada. Et elle permettra au Québécois en même temps de devenir en même temps les maîtres de leur développement économique et industriel au lieu d'en être trop souvent les spectateurs passifs, d'être les spectateurs passifs de l'activité des autres. Et, dans l'ensemble, elle est une condition de base pour permettre à l'ensemble de la population de jouir d'un meilleur niveau de vie.

Vous savez, c'est en grande partie la nationalisation de l'électricité en Ontario, en 1906, qui a permis l'expansion industrielle rapide et la centralisation industrielle chez nos voisins. Nous considérons que nous sommes cinquante ans en retard. En 1936, le parti de l'Union nationale s'était engagé dans cette voie, mais une fois rendu au pouvoir il a reculé et au lieu de nationaliser on a décidé de laisser tomber le Dr Hamel.

Et depuis deux ans, ayant à côté de moi l'exemple de l'Ontario, et voyant ce qui se passait dans mon bureau. En effet, toutes les fois que des initiateurs d'industries nouvelles dans le Québec sont venus me voir, la première condition qu'ils ont posée c'est d'obtenir l'électricité à des conditions qui leur permettent de faire face à la concurrence pour leurs produits sur les marchés étrangers. Ça été le cas de la Raffinerie de Zinc à Valleyfield, ça été le cas de la Gaspésia Sulfite à Chandler, ça été aussi le cas de l'établissement de Atlas Steel, une usine d'acier inoxydable à Tracy, près de Sorel, et dans ce dernier cas nous sommes en territoire de la Shawinigan [Water and Power]. Mais à chaque fois, il a fallu faire intervenir l'Hydro [c'est-à-dire, la Commission hydroélectrique de Québec], propriété de tous les Québécois parce qu'elle seule avait de l'électricité et la souplesse nécessaire dans l'établissement des taux, comme d'ailleurs l'Hydro-Ontario, pour assurer l'établissement de ces industries dans le Québec.

La preuve est faite que le facteur puissant, chez nous, et chez nos voisins, de l'expansion industrielle et de la décentralisation industrielle c'est le facteur électricité.

Et nous avons fait les chiffres depuis deux ans. Nous récupérerons 15 millions avec la nationalisation, 15 millions d'impôts sur le profit des corporations payés présentement par les compagnies d'électricité privées à Ottawa, et que l'Hydro n'aura pas à payer. En Ontario, l'Hydro ne paye rien non plus.

Nous aurons à notre disposition vingt millions de dollars de profit des corporations privées à l'heure actuelle, vingt millions de dollars de profit net après le paiement des intérêts et d'un amortissement généreux sur leurs obligations actuelles et aussi sur leurs hypothèques. Et quel sera le coût ? Nous assumerons les 250 millions de dollars d'obligations pour lesquelles, je le répète les intérêts et l'amortissement seront payés avant le calcul des profits, alors nous paierons 250 millions et l'Hydro empruntera, avec la garanti de la province 350 millions de dollars facilement. J'ai toutes les garanties à ce sujet. Ce qui fait 600 millions de dollars. C'est le coût de cette opération rentable, profitable, essentielle à l'avenir du Québec. Je suis prêt à me battre pour ce chiffre de 600 millions de dollars qui est celui qui a été calculé par les experts après des études approfondies au Ministère des richesses naturelles; ceci est dans le rapport du Ministère des richesses naturelles au Conseil d'Orientation Économique, et celui-ci est un long. rapport d'économistes réputés, je dirais, également au Conseil d'Orientation Économique  

Daniel Johnson, père
 

Je vous remercie, M. Charette. Nous venons d'entendre l'un des bons discours qui pourrait être fait à l'occasion d'un référendum qui sera tenu avant le 30 juin 1963, puisque l'Union nationale doit arriver au pouvoir. Et précisément, l'une des raisons pour lesquelles, à mon sens, la population va nous faire confiance, c'est qu'elle considère que le gouvernement se sert de cette question de nationalisation pour cacher le but véritable d'une élection. Une élection c'est d'abord pour demander, pour rendre compte, dis-je, à la population de son mandat. Deuxièmement, c'est de demander à la population un mandat pour une autre période, période normale de quatre ans, théorique de cinq ans.

Je considère que cette question de la nationalisation, le Parti libéral s'en sert comme nos mamans, lorsque nous étions jeunes, se servaient du jus d'orange pour nous faire avaler de l'huile de ricin. On aimait le goût du jus d'orange, mais au fond du verre il y avait l'huile de castor. Mois je considère que la nationalisation, qui est une question éminemment sympathique et qui, je crois, plaît non seulement aux libéraux mais probablement à une très forte majorité même des candidats de l'Union nationale, est quand même un jus d'orange qu'on veut nous faire prendre, et en même temps, au fond du verre, il y a là l'huile de ricin et ça, ce sont les promesses voilées et ce sont les taxes qu'on avait promis de ne pas imposer et qu'on a imposées.

Comme le disait l'un de mes candidats, le gouvernement actuel a trouvé moyen, avant les élections, de tout promettre sans taxer et maintenant il a tout taxé sans rien faire. C'est peut-être exagéré comme tous les axiomes, mais il reste tout de même qu'il y a beaucoup de vérité là-dedans.

Sur cette question de la nationalisation, je considère que le parti libéral a eu tort d'en faire une question électorale. C'est une question qui devrait être débattue au-dessus des lignes de partis. S'il est exact que l'avenir de notre peuple, que la libération économique dépendent de la nationalisation de toutes les compagnies mentionnées, -- et ce ne sont pas toutes les compagnies, parce que dans le cas, par exemple, du Saguenay, le gouvernement prend Saguenay Electric, qui est la compagnie de distribution, mais ne prend pas l'usine productrice. En somme, comme on dit chez nous, ils achètent la " run " de pain sans acheter la boulangerie - s'il est vrai que l'électricité, sous le contrôle complet, direct de l'Hydro-Québec, doit être la clef de la libération économique, moi je n'ai aucun doute au référendum, la population se prononcera en faveur de l'étatisation. Mais je crois qu'il est injuste, antidémocratique d'imposer à l'électorat d'avoir à choisir la nationalisation et en même temps être obligé d'accepter un gouvernement qui, à mon sens, ne devrait pas être accepté.

Il se trouve des libéraux qui sont en faveur du gouvernement mais qui sont contre la nationalisation ; il se trouve des gens de l'Union nationale qui sont en faveur de la nationalisation mais n'approuvent pas bien des choses qui se sont passées depuis 27 mois et que j'ai eu l'occasion de faire… d'exposer, dis-je, au public. Je trouve que le parti libéral a pris le risque de tuer la nationalisation en en faisant une question électorale alors que nous, nous la sauverons d'un péril électoral parce que d'après la déclaration d'Amqui, que tout le monde a lue dans les journaux, l'Union nationale ne considérera pas un vote en faveur de mon parti comme un vote contre la nationalisation. Je crois, je soumets respectueusement à la population, qu'on n'aurait pas dû mêler ainsi les questions. Et surtout, qu'on imagine, pour un seul instant, la situation : ce qui m'inquiète, moi, ce sont les chiffres et je n'ai pas le droit [même si plusieurs d'entre nous sont en faveur du principe de l'étatisation] quand il s'agit du bien commun, je n'ai pas le droit, comme chef de parti, de prendre une décision quant aux modalités parce que je ne connais pas les chiffres complets.

Les experts du gouvernement, dont on n'a jamais entendu parler, les experts du gouvernement dont on ne connaît pas les noms, les experts du gouvernement qui ne sont pas venus à la télévision et qui n'ont pas écrit dans les journaux, disent 600 millions. D'autres personnes, qui sont aussi des experts en la matière, en matière de finance, disent que c'est peut-être 850 millions, et il se trouve qu'une publication sérieuse dit un milliard. Il faut tout de même regarder les chiffres avant. Deuxièmement, il faudrait se rendre compte de la situation exacte de la province. J'ai les derniers chiffres qui ont paru dans un prospectus du 12 juillet, mais malheureusement, je pense qu'au lendemain du 14 je trouverai une situation encore plus détériorée.

En résumé, l'Union nationale veut être démocratique. Elle permet à tout le monde de juger d'abord le gouvernement et ensuite, avant le 30 juin, la population pourra, en toute liberté, en toute connaissance de cause, ayant devant elle le nom des experts, les chiffres, ayant fourni l'occasion aux gens qui sont en faveur, comme aux gens qui sont contre la nationalisation, l'occasion de se faire entendre, l'Union nationale, dis-je, sauvera l'idée de la nationalisation et elle permettra qu'on soit un peu plus démocratique dans la province de Québec. Merci  

En 1962, Hydro-Québec ne dessert que l'île de Montréal. Le reste du Québec est alimenté par des compagnies privées. En région, les tarifs sont élevés et le service à la clientèle est souvent déficient. René Lévesque, le Gaspésien, n'apprécie pas. Il décide de s'attaquer au cartel de l'électricité. Son combat l'oppose à onze compagnies, dont la plus puissante, la Shawinigan Water and Power - alliée au monde de la finance - règne en maître absolu sur une grande partie du Québec.

Devant la puissance des entreprises hydroélectriques, Jean Lesage hésite. Lévesque doit donc convaincre son premier ministre et neutraliser le président d'Hydro-Québec, Jean-Claude Lessard, qui s'oppose à l'idée même de la nationalisation. Pour ce faire, René Lévesque place deux de ses hommes à la direction d'Hydro-Québec. Il nomme Jean-Paul Gignac, jeune et prospère entrepreneur de Shawinigan, et Georges Gauvreau, meneur de bataille en faveur du développement économique en Gaspésie. « L'un était assez extraverti, assez brutal dans ses interventions quand il le fallait, explique Jacques Parizeau. Gignac était tout en nuances, tout en douceur, mais les deux avaient exactement le même genre de détermination et le même genre d'objectifs. Ça faisait une paire redoutable. »

Les nouveaux gestionnaires décident d'encourager les entreprises d'ici, tout en présentant une image irréprochable de la société d'État. Pendant ce temps, dans son ministère, René Lévesque fait appel à Michel Bélanger et André Marier, véritables machines pensantes, qui vont bâtir toute l'argumentation en faveur de l'achat des compagnies d'électricité. Mais pour financer cette opération, il faut beaucoup d'argent, et pour trouver les sommes nécessaires, le gouvernement du Québec doit obligatoirement passer par un groupe que l'on surnomme « le syndicat financier ». Ce monopole tout-puissant, composé de banquiers et de maisons de courtage, achète tous les titres du Québec et les revend. Il est dirigé par la société A.E. Ames & Co., une maison de courtage si puissante qu'elle n'hésite pas à menacer le gouvernement de ne pouvoir vendre ses titres quand des réformes ne lui plaisent pas

Non seulement Lévesque doit affronter cet ordre établi, mais il doit aussi faire face à la Shawinigan Water & Power company, la plus puissante des compagnies d'électricité. Cette dernière mène une vigoureuse cabale contre l'idée de René Lévesque. Certains le comparent même à Fidel Castro! S'attaquer à cet empire, c'est s'en prendre à tout un système, le même qui finance le Parti libéral. Tout cela inquiète donc Jean Lesage. Pour contrecarrer la résistance de la Shawinigan Water & Power company, René Lévesque fait appel à un jeune économiste pour estimer combien il en coûtera pour acheter les compagnies privées. Cet homme s'appelle Jacques Parizeau.

Malgré l'éclatante victoire du Parti libéral le 14 novembre 1962, le Québec n'a toujours pas les millions pour acheter les compagnies d'électricité. Le 21 novembre, une semaine après le scrutin, dans le plus grand secret, Jacques Parizeau, Roland Giroux, de la maison de courtage LG Beaubien, et Michel Bélanger, conseiller économique de René Lévesque, se rendent aux États-Unis pour emprunter l'argent. Le trio espère ainsi court-circuiter le syndicat financier qui bloque tout. À la grande surprise de Jacques Parizeau, l'affaire est réglée très rapidement. « Au bout de 20 minutes, on venait d'emprunter au-delà de 300 millions de dollars. Trois cents millions, c'était beaucoup d'argent à cette époque-là, en 1962! » Ameuté par une telle démarche et risquant de perdre d'importantes commissions, le syndicat financier de la St-James Street collabore soudainement et offre l'argent nécessaire au gouvernement du Québec

1963
Deuxième phase de la nationalisation de l'électricité. Hydro-Québec acquiert, dans une série de transactions de gré à gré les distributeurs d’électricité privés : Shawinigan Water and Power Compagny, Québec Power Company, Southern Canada Power Company, Gatineau Power Company, la Compagnie de Pouvoir du Bas-Saint-Laurent, la Compagnie Électrique du Saguenay, Northern-Québec Power Company, la Compagnie Électrique de Mont-Laurier, la Compagnie Électrique de Ferme-Neuve et la Compagnie de Pouvoir de La Sarre. Hydro-Québec se portera également acquéreur de plusieurs réseaux municipaux et de 45 des 46 coopératives d’électricité du Québec mises sur pied sous l’égide de la Loi pour favoriser l’électrification rurale par l’entremise de coopératives d’électricité, loi sanctionnée le 24 mai 1945. (ce qui représente 66% de toute la production hydroélectrique du Québec. Les autres cas ce sont des compagnies privés tels que l’Acan et des villes tel que Sherbrooke, Buckhingham et plusieurs autres)

Pour rembourser les actionnaires des compagnies acquises, Hydro-Québec écoule 300 000 000 $ d’obligations sur les marchés américains.  Les tarifs sont abaissés pour la plupart des abonnés.  C’est une première étape vers l’uniformisation des tarifs dont le nombre passe de quelque 85 tarifs domestiques et 809 tarifs d’usage général à 5.

Le 3 mai 1963, alors que les actions des compagnies privées ont finalement toutes été achetées, Jean-Claude Lessard, président de la nouvelle Hydro-Québec, présente aux journalistes les sept nouveaux candidats, qui remplacent les présidents anglophones des compagnies nationalisées. Tous des Canadiens français. C'est un véritable changement de la garde.

Grâce à une offre publique d'achat (OPA), Hydro-Québec acquiert les distributeurs privés d'électricité. Comme prévu, le coût total de cette seconde phase de la nationalisation de l'électricité au Québec s'élève à 604 millions de dollars. Hydro-Québec prend à sa charge les quelque 250 millions de dollars d'obligations émises par les entreprises privées. Elle récupère un peu plus de 50 millions de dollars par la revente de certains actifs autres qu'électriques. Enfin, pour rembourser les actionnaires des entreprises acquises, Hydro-Québec écoule 300 millions de dollars d'obligations sur les marchés américains. Afin d'éviter de trop brusques variations du taux de change, le versement de cet emprunt est étalé sur une période de quinze mois, à la demande du gouvernement américain. Cette vaste opération est menée dans les règles de l'art, ce qui vaut à Hydro-Québec une réputation enviable dans les milieux financiers.

Le gouvernement québécois réalise la nationalisation de l'ensemble des compagnies privées d'électricité sous l'égide d'Hydro-Québec. Comme cette nationalisation ne vise que les compagnies privées, les municipalités peuvent continuer d'administrer leur propre réseau. Cependant, depuis cette date, plusieurs municipalités ont cédé leurs installations à Hydro-Québec. Hydro-Sherbrooke est aujourd'hui, le plus important réseau d'électricité municipal du Québec. La Ville de Sherbrooke supporte activement l'AREQ, soit l'Association des redistributeurs d'électricité du Québec, qui compte neuf réseaux municipaux et une coopérative d'électricité.

Le Québec, jusqu’en 1963, n’avait pas directement contribué à la mise au point des centrales électronucléaires. Cela tenait, en partie, à la nature particulière des institutions de la province et, en partie également, aux opinions politiques et idéologiques de ses gouvernements successifs mais aussi à l’abondance des ressources hydrauliques de la province, dont une large part se trouvait dans des régions isolées et inexploitées mais qui serait la lorsque le marché s’y prêterait.

Mais le mélange de la politique et de l’électricité présentait au Québec une dimension ignorée dans les autres provinces: la compagnie d’électricité provinciale était francophone, les compagnies privés anglophones. Leur disparition fut considérée comme un coup porté à la domination économique qu’exerçaient les milieux d’affaires anglophones sur une société francophone; rétrospectivement, cette perception semble d’ailleurs exacte. L’importance globale de cet événement, qui souleva à l’époque bien des débats, demeure difficile à évaluer. Pour beaucoup, on ne faisait que rattraper les autres provinces tout en ouvrant simultanément des rôles économiques aux 80% d’habitants de la province qui préféraient parler français plutôt qu’anglais; d’autres, cependant, percevaient cette nationalisation comme la première étape dans la voie de l’émancipation politique. Cette théorie préoccupait beaucoup le gouvernement Pearson et contribua à façonner son programme politique. A partir de 1963, Ottawa prit conscience qu’il fallait partager les avantages du Canada avec les citoyens francophones du pays.

L’Hydro-Québec, c’est ainsi que cette société était déjà communément appelée, avait la main haute sur les plus riches ressources hydrauliques du Canada; en 1966, ses sites hydrauliques aménagé fournissaient 48 % du total de l’électricité canadienne. Elle allait bientôt avoir besoin d’accroître encore sa capacité de production et, même si elle aménageait les rivières Manicouagan et des Outardes dans le nord du Québec central, la province avait imité I’Ontario en faisant construire une centrale thermique de 300 MW à Tracy près de Sorel. Cette centrale ne représentait toutefois qu’une petite fraction de la capacité installée du Québec.

Lesage s’efforça d’accélérer les choses en écrivant à Pearson le 6 avril 1965. Il voulait que le projet avance. L'EACL avait proposé un type de réacteur et l’Hydro-Québec disposait d’un site à St-Édouard de Gentilly. Le reste pouvait attendre qu’on ait annoncé le projet. Ce n’était bien sur pas possible tant que l’on n’avait pas arrivé à un accord au sujet du financement et le Premier ministre québécois souhaitait régler ce léger détail. Dans les grades lignes, il voulait bénéficier de conditions identiques a celles offertes à l’Ontario pour Douglas Point. Le coût serait plus élevé à cause de l’inflation – disons 100 millions de dollars sur lesquels les conseillers du gouvernement fédéral estimaient que l’on pourrait un jour récupérer de 50 à 70 millions

Le gouvernement Lesage fut défait entre le moment où le Conseil d’administration approuva la construction du réacteur BLW et celui où son avis fut transmis au Conseil des ministres, le 11 juillet 1966, mais la mort politique de Lesage et l’arrivée au pouvoir de Daniel Johnson et de son Union nationale ne changèrent pas grand-chose. Lessard demeura à la présidence de l’Hydro-Québec et devint l’un des compagnons de table et de pêche du nouveau Premier ministre; personne au sein du nouveau gouvernement ne semble avoir réfléchi à la question de Gentilly. Cette réflexion s’applique d’ailleurs au Conseil des ministres fédéral; dans ce qui a pu apparaître comme un geste combinant toutes les meilleures caractéristiques de sa politique d’encouragement de la technologie, de l’industrie et de l’unité nationale, le gouvernement Pearson approuva le 20 juillet la construction de Gentilly sur la base de la formule retenue pour Douglas Point

Le Québec, qui avait nourri tant d’espoirs vers le milieu des amés 70, infléchit sa politique électronucléaire peu de temps après l’arrivée au pouvoir, en novembre 1976, du Parti québécois. Les négociations se prolongèrent, rendues encore plus complexes par la question de l’approvisionnement du Québec en eau lourde, par le coûteux projet de LaPrade auquel le Conseil d’administration souhaitait mettre un terme, et par l’évaluation des répercussions politiques qu’aurait au Québec l’interruption d’un projet fédéral d’une telle envergure. Il n’y aurait pas de Gentilly 3 dans un avenir immédiat mais, en revanche, le Québec n’excluait pas, pour les années 80, une nouvelle centrale CANDU de 600 ou 900 mégawatts. Gentilly 1 fut fermé en 1978 principalement pour des raisons de sécurité. Enfin, dans le courant du printemps de cette année-là, le gouvernement québécois déposa un Livre blanc sur l’énergie qui prévoyait, pour les dix années suivantes, un fléchissement de la demande pour l’électricité. Tout cela rendait très improbable une expansion du secteur nucléaire après Gentilly 2.

1964
La centrale de Carillon est mise en service pour répondre aux besoins en périodes de pointe. Ses 14 groupes turbines-alternateurs fournissent une puissance de 654 MW. Hydro-Québec adopte le symbole qu’on connaît aujourd’hui : d’un cercle évoquant le soleil, source vitale de lumière, jaillit un éclair d’énergie, l’électricité. Le tout forme la lettre Q pour souligner l’appartenance de la société d’État au peuple québécois
.

 
Les ingénieurs d’Hydro-Québec fondent le Syndicat professionnel des ingénieurs d’Hydro-Québec (SPIHQ). Toutefois, il faudra deux ans de négociations pour que les parties patronale et syndicale signent une première convention collective et que le SPIHQ obtienne la reconnaissance syndicale

L’uniformisation des achats à travers l’entreprise amène Hydro-Québec à établir une politique d’achat préférentiel favorisant le développement économique du Québec, particulièrement l’industrie de l’appareillage électrique.

1965
Une première mondiale : inauguration d’une ligne de transport d’énergie à 735 Kv entre le poste Manicouagan et le poste Lévis.  Le territoire desservi par l’entreprise est divisé en 10 régions administratives. Fin des travaux de conversion du réseau abitibien du 25 hertz au 60 hertz

Au milieu des années 60, la popularité de l'énergie nucléaire est à son comble. Ontario Hydro, qui a déjà aménagé toutes les ressources hydrauliques dont elle dispose, est engagée dans un vaste programme de construction de centrales nucléaires dont les réacteurs CANDU sont de conception canadienne. Plusieurs pays, notamment les États-Unis, l'Angleterre, la France, l'URSS et l'Allemagne, développent leur propre filière nucléaire. Afin de se doter d'une expertise dans ce que certains décrivent comme « l'énergie de l'avenir », Hydro-Québec signe une entente avec l’énergie atomique du Canada Limitée (EACL) pour la construction de la centrale expérimentale de Gentilly-1, (démantelée par la suite), puis de la centrale de Gentilly-2, toujours en service. Un moratoire, édicté en 1980, met en veilleuse la construction de nouvelles centrales nucléaires au Québec. Des a cc idents survenus aux centrales nucléaires de Three Mile Island aux États-Unis, en 1979, puis de Tchernobyl, en URSS, en 1986, freinent l'expansion de cette forme d'énergie partout dans le monde.

1966
À peine élu premier ministre, le 16 juin 1966, Daniel Johnson est confronté à une décision déchirante. Doit-il autoriser Hydro-Québec à signer une lettre d'intention engageant la société d'État à acquérir la quasi-totalité de l'énergie produite à la future centrale des Churchill Falls, au Labrador ? C'est un projet d'envergure car il s'agit d'une gigantesque centrale dont la puissance installée équivaut à celle des sept centrales du complexe Manic-Outardes. Hydro-Québec tente en vain d'intéresser des réseaux voisins, américains ou canadiens à acquérir une partie de l'énergie produite à Churchill Falls. Ces derniers soutiennent que l'énergie de source nucléaire est désormais plus économique que l'énergie produite au Labrador.

Après l'autorisation donnée par le premier ministre du Québec, Daniel Johnson, le 6 octobre 1966, Hydro-Québec fait le pari de l'hydroélectricité. Elle s'engage à acheter l'énergie produite aux chutes Churchill afin d'assurer la mise en valeur de ce site exceptionnel.

L’intégration des filiales est terminée. Signature d’une entente avec l’Énergie Atomique du Canada Limitée en vue de la construction d’un prototype de centrale nucléaire, à Gentilly. La centrale de Shawinigan 3, construite en 1911, est la première du réseau à être télécommandée.  Le premier ministre Daniel Johnson autorise Hydro-Québec à signer une entente sur l’achat de l’énergie des chutes Churchill

Après de longs affrontements, les 33 unités de négociation dont Hydro-Québec avait hérité en 1963 ont fusionné en trois groupes : les techniciens SCFP-FTQ-CTC section locale 957, les employés de bureau SCFP-FTQ-CTC section locale 2000 et les employés de métiers SCFP-FTQ-CTC section locale 1500 (SCFP= Syndicat Canadien de la Fonction Publique, FTQ = Fédération des travailleurs du Québec, CTC = Congrès du Travail du Canada)

1967
Les ingénieurs réalisent une première mondiale avec Manic 2 : c’est le plus grand barrage-poids à joints évidés du monde. Pour la première fois depuis 23 ans, Hydro-Québec hausse ses tarifs d’électricité.

C’est à l’instigation de Lionel Boulet qu'Hydro-Québec décide de se doter d'un institut de recherche en électricité de calibre mondial : l'IREQ. Construit à Varennes où convergent plusieurs lignes à 735 kV, l'Institut accueille au départ une soixantaine de laboratoires généraux et, surtout, un immense laboratoire à haute tension. Unique au monde, ce dernier est outillé pour répondre aux besoins d'expérimentation du réseau à haute tension d'Hydro-Québec.

L'Institut ouvre également ses portes aux chercheurs universitaires et aux fabricants d'appareils qui collaborent avec les ingénieurs d'Hydro-Québec à mettre au point les multiples et complexes composants d'un réseau de transport à 735 kV. Depuis l'inauguration, en 1970, les chercheurs de l'Institut de recherche d'Hydro-Québec ne cessent d'améliorer la performance de cette technologie qui, 40 ans plus tard, présente toujours un degré d'efficacité jamais égalé.

1968

Hydro-Québec inaugure la centrale thermique de Tracy, un héritage de la Shawinigan Water and Power. Alors qu'au début des années 60, le gouvernement de Jean Lesage confie à Hydro-Québec le mandat d'aménager toutes les rivières non concédées du Québec, la Shawinigan Water and Power Company tient à s'assurer des nouvelles sources de production qui lui permettront de poursuivre son expansion. Elle opte donc pour la construction d'une centrale thermique à mazout, à Tracy. Dans la même logique, elle prend une participation importante dans Brinco, un consortium privé chargé d'aménager les chutes Hamilton (Churchill), au Labrador.

Le 25 septembre, à la veille de l’inauguration du barrage de Manic 5, le Premier ministre Daniel Johnson décède sur les lieux. Un an plus tard, le barrage sera baptisé Daniel-Johnson. Il s’agit du plus grand barrage à voûtes et contreforts multiples du monde. On assiste aussi à d'autres premières mondiales au complexe Manic-Outardes : le gigantesque barrage à joints évidés Manic-2 ; le barrage Manic-3 et son double mur d'étanchéité, qui plonge à une profondeur de plus de 120 mètres dans le lit de la rivière Manicouagan ; des lignes de transport à un niveau de tension jusqu'alors inégalé : 735 kV

1969
Signature d’un contrat avec Churchill Falls (Labrador) Corporation. Ce contrat assure à Hydro-Québec la presque totalité de la production de la centrale de 5225 MW pour 56 ans à compter de la date de parachèvement de la centrale le 1er septembre 1976. Roland Giroux devient président d’Hydro-Québec.

1971
Un chantier de la démesure — Un territoire qui s'étale sur quelque 350 000 km, soit les deux tiers de la France. Située à 1 000 kilomètres au nord de Montréal, en plein cœur de la taïga, La Grande Rivière s'étire, d'est en ouest, sur plus de 800 kilomètres. Un véritable puzzle sur le plan logistique. Comment acheminer, en temps voulu, l'équipement, le matériel et les denrées nécessaires à la réalisation d'un projet aussi vaste ? Comment assurer le minimum de confort aux travailleurs ? Et il faut vaincre les rigueurs du climat car, à la Baie-James, les hivers sont longs et rigoureux. Par sa démesure, le chantier pose des défis sur tous les plans : le financement, l'environnement, les techniques de construction en milieu hostile, les conditions de vie des travailleurs, les relations avec les peuples autochtones, etc. C'est le premier ministre Robert Bourassa qui donne le coup d’envoi du « projet du siècle », en avril 1971.

Après des années de planification et de travaux, et un investissement de 946 millions $, les deux premières unités de production de Churchill Falls ont commencé à produire de l’électricité pour le compte d’Hydro-Québec, le 6 décembre, soit cinq mois et trois semaines avant la date prévue.  

1972
Le réseau d’Hydro-Québec reçoit sa première livraison d’électricité provenant de la centrale Churchill Falls. On donne le coup d’envoi des travaux d’aménagement sur la Grand Rivière, à la Baie James.  

1973
Débuts des travaux d'aménagement, sur le territoire de la baie James, du complexe La Grande dont le bassin versant couvre une superficie de 176 000 km2. Le 15 novembre, le juge Albert Malouf accorde aux amérindiens et aux Inuits l’injonction interlocutoire demandée onze mois plus tôt. Ce jugement a pour effet de suspendre les travaux jusqu’à ce que la Cour d’appel du Québec, le 22 novembre, renverse cette décision. Début des travaux à la centrale nucléaire de Gentilly 2. Création d’une direction Environnement. C’est l’année du premier choc pétrolier : les membres de l’OPEP font doubler le prix du baril de pétrole brut.

1974
Sa
ccage du chantier de La Grande 2 à la suite d’un affrontement intersyndical de syndicats de la construction. Les travaux sont interrompus pendant 51 jours.

Signature d’un contrat d’assistance mutuelle entre le réseau d’Hydro-Québec et celui de la région de New York (Power Authority of the State of New York). A compter de la mise en place d’une ligne d’interconnexion et pour une durée de vingt ans, les deux réseaux conviennent de se porter assistance aux périodes de forte demande qu’ils connaissent à des époques différentes de l’année.

1975
Approbation d’une refonte du règlement tarifaire. Désormais les clients domestiques seront tous soumis au même tarif. Signature de la Convention de la Baie James et du Nord québécois qui établit les droits et obligations des Inuits et les Cris de la Baie James et des autres parties en cause ainsi que les modalités devant régir le développement des ressources du territoire.  

1976
Mise en service de la centrale de Manic 3. Hydro-Québec réalise un placement privé d'un milliard de dollars sur le marché américain.

1977
Robert A. Boyd remplace Roland Giroux à la présidence d’Hydro-Québec.
 

1978
Cinquante et une banques internationales a
cc ordent un crédit de 1 milliard 250 millions $ à Hydro-Québec.

Adoption de la "Loi modifiant la Loi d’Hydro-Québec" et la Loi du développement de la région de la Baie James, connue à l’époque sous le nom de Loi 41. Cette loi remplace la Commission hydroélectrique par un conseil d’administration de 11 membres.  Lucien Saulnier est nommé Président du Conseil et Robert A. Boyd, président-directeur général de l’entreprise.  Cette loi crée aussi Hydro-Québec international (HQI) dans le but d’exporter de par le monde le savoir-faire d’Hydro-Québec.  La SEBJ devient une filiale à part entière d'Hydro-Québec et acquiert le statut d’une société de gérance de travaux pour le compte d’Hydro-Québec.


La centrale Outardes 2 est mise en route. Hydro-Québec met en service la première grande ligne d’interconnexion à 765 Kv reliant les réseaux d’Hydro-Québec et de Power Authority of the State of New York (PASNY), aux États-Unis.      

1979
On achève la première ligne de transport à 735 Kv du complexe La Grande pour pouvoir mettre en service les premiers groupes de la centrale de La Grande 2

 La commercialisation des services d'Hydro-Québec  (1980...)

1980

Séquelle du deuxième choc pétrolier et de la récession économique, la demande d’électricité connaît, au début des années 80, un important ralentissement.  Hydro-Québec doit mettre un frein à son programme de construction, comprimer ses dépenses d’exploitation et concentrer ses efforts sur la relance des ventes afin d’écouler les surplus d’énergie que l’on prévoit avec la mise en service des centrales de la Baie James. Son offensive commerciale s’appuie sur divers programmes qui s’adressent à toutes les catégories de clients et aux marchés d’exportation

Avec trois autres sociétés d’État, la Société générale de financement (SGF), la Société de récupération, d’exploitation et de développement forestiers (REXFOR) et la Société québécoise d’exploration minière (SOQEM), Hydro-Québec participe à la création de Nouveler Inc., une entreprise chargée de développer des nouvelles formes d’énergie et d’assurer la promotion de l’efficacité énergétique.

Joseph Bourbeau remplace Lucien Saulnier à la présidence du Conseil d’administration d’Hydro-Québec.

1981
Adoption de la "Loi modifiant la Loi d’Hydro-Québec" - connue à l’époque sous le nom de Loi 16 - qui fait d’Hydro-Québec une compagnie à fonds social dont l’unique actionnaire est le gouvernement du Québec auquel elle verse désormais un dividende annuel. Cette loi donne aussi à Hydro-Québec la possibilité de mettre en œuvre des programmes d’économie d’énergie. Mise en eau du réservoir Caniapiscau. Lancement du programme Energain Québec qui vise à améliorer le rendement énergétique des habitations construites avant le 1er janvier 1976. Création de Nouveler. En 1997, Nouveler deviendra Hydro-Québec CapiTech, une société de capital de risque, filiale à part entière d'Hydro-Québec

Une autre modification de la réglementation attribue de façon explicite à la société d’État le mandat d’exporter de l’électricité régulière et de mener des activités dans tout domaine connexe ou lié à l’énergie

Avec trois autres sociétés d’État, la Société générale de financement (SGF), la Société de récupération, d’exploitation et de développement forestier (REXFOR) et la Société québécoise d’exploration minière (SOQUEM), Hydro-Québec participe à la création de Nouveler. L’organisation est chargée de développer de nouvelles formes d’énergie et de faire la promotion de l’efficacité énergétique. Devenue filiale à part entière d’Hydro-Québec, Nouveler a fait l’objet d’une restructuration en 1997 et est alors nommée Hydro-Québec CapiTech. Société de capital de risque, elle investit dans des entreprises dont les produits technologiques sont liés au domaine de l’énergie

1982
Signature, avec PASNY d’un contrat de vente d’électricité s’échelonnant sur 13 ans à compter de 1984. Mise en service de la centrale La Grande 3. Inauguration du centre de conduite du réseau. Mise en service d’une éolienne de 230 Kv aux Îles-de-la-Madeleine. Création du Programme de subventions pour l’installation du chauffage bi-énergie dans les habitations. Guy Coulombe remplace Robert A. Boyd comme président-directeur général d’Hydro-Québec.

1983
Adoption de la Loi modifiant la "Loi sur Hydro-Québec et la Loi sur l’exportation de l’énergie électrique" - connue à l’époque sous le nom de Loi 4. Désormais, l’entreprise peut construire des installations dont la production pourrait être destinée à l’exportation. Hydro-Québec se voit aussi confirmer sa vocation de recherche et de promotion relatives à l’énergie, de la transformation et de l’économie d’énergie de même que dans tout domaine connexe relié à l’énergie. Le nombre de membres du Conseil d’administration est porté à un maximum de 17. Mise en service de la centrale de Gentilly 2.

Signature d’une convention d’interconnexion avec New England Power Pool (NEPOOL) et d’un contrat de vente d’énergie excédentaire. Mise sur pied du Programme d’électrification des chaudières industrielles et du programme de rabais tarifaires pour le secteur industriel.

1984
Le Programme bi-énergie est élargi aux immeubles d’habitation et aux institutions. Signature d’une entente avec Vermont Department of Public Service pour la vente d’électricité s’étendant sur 10 ans à compter de 1985 et d’une convention d’interconnexion. Inauguration de la centrale La Grande 4, dernier jalon de la phase I de l’aménagement du complexe La Grande.

1985
Signature, avec New England Utilities, du plus important contrat de vente d’énergie garantie de toute l’histoire d’Hydro-Québec. Acquisition de la Société de transmission électrique de Cedars Rapids Limitée, une ligne biterne de 120 Kv reliant la centrale Les Cèdres à la frontière américaine.  Mise sur pied d’une interconnexion de 150 MW avec la Vermont Electrique Power Compagny Inc. Trois nouveaux programmes commerciaux sont lancés : l’aide à l’électrotechnologie, conversion à l’électricité du chauffage de l’eau et bi-énergie destinée aux commerces et industries. Hydro-Québec devient l’actionnaire majoritaire de Nouveler Inc. Hervé A. Hébert remplace Joseph Bourbeau comme président du Conseil d'administration..

1986
Fin des travaux de la phase I du Complexe La Grande. Hydro-Québec fait l’acquisition de la centrale Hart-Jaune. Mise en service de l’interconnexion Des Cantons-Comeford. Signature, à Chisassibi, de trois conventions ayant pour objet de définir les relations entre Hydro-Québec et les Cris de la Baie James dans le contexte de la phase 2 du complexe La Grande.

1987
En mars, la Société d’énergie de la Baie James (SEBJ) entreprend la seconde phase de l’aménagement du complexe La Grande, à la Baie-James. Les travaux s’échelonnent sur neuf ans et donnent lieu à la mise en service des cinq centrales suivantes : La Grande-2A, Laforge-1, La Grande-1, Brisay et Laforge-2. L’ensemble des ouvrages fait de La Grande le plus puissant complexe hydroélectrique du monde. Théâtre de nombreuses innovations technologiques, particulièrement en ce qui a trait aux techniques de construction en milieu hostile, ce complexe contribue largement à doter le Québec d’une source d'électricité enviable, constituée à plus de 97 % d’une énergie renouvelable et peu polluante.  

Hydro-Québec inaugure, à Shawinigan, le Laboratoire des technologies électrochimiques et des électrotechnologies (LTEE). La mission de ce nouveau centre de recherche consiste à soutenir le développement des applications industrielles de l’électricité, notamment dans les secteurs des mines, de la métallurgie, des textiles, de l’agroalimentaire, de la chimie, du bois, des plastiques et du caoutchouc. Il permet aux entreprises canadiennes de valider des concepts et de faire la mise au point et la démonstration des procédés et des technologies électriques. Hydro-Québec s’associe avec Air Liquide Canada Limitée pour former la société HydrogénAL Inc., en vue de construire une usine de production et de liquéfaction d’hydrogène à Bécancour. Signature d’un contrat de vente de puissance (500 MW) et d’énergie (70 TWh) avec les Vermont Joint Owners. La Commission du centenaire de l’ingénierie au Canada retient le 735 Kv comme l’une des dix plus grandes réalisation canadiennes d’ingénierie de ce siècle  

1988
Modification de la Loi d’Hydro-Québec : la direction générale des affaires de l’entreprise est assumée par le président du Conseil et chef de la Direction, M Richard Drouin. Pour ce qui est des activités d’exploitation et d’équipement ainsi que celles des régions administratives, c’est M. Claude Boivin qui en est chargé. Signature d‘un protocole d’échange d’énergie électrique entre Hydro-Québec et Énergie Nouveau-Brunswick. Signature d’une convention Attikamek/Hydro-Québec. Dans un jugement historique, la Cour suprême du Canada rejette le dernier appel de Terre-Neuve qui exigeait que la Churchill Falls Labrador Corporation lui cède 800 MW de production de la centrale.
 

1989  
Construction de la première centrale au fil de l'eau du projet hydroélectrique de la Baie-James. Il s'agit du contrat le plus important jamais accordé par la Société d'énergie de la Baie-James (S.E.B.J.). Cet ouvrage gigantesque a nécessité la mise en place de 401 000 m³ de béton, 290 000 m² de coffrage et 19 000 t d'acier d'armature.  Pour parvenir à accomplir cette tâche, une organisation très rigoureuse a dû être mise sur pied pour bétonner une moyenne de 7 coulées par jour avec des pointes à 12 coulées. Au total, 86 000 m³ ont été coulés de juin à octobre 1990, 235 000 m³ en 1991 et 80 000 m³ en 1992.  

Hydro-Québec conclut le plus important contrat d’exportation de son histoire avec la New York Power Authority (NYPA) portant sur 1000 MW de puissance et d’énergie garanties entre 1995 et 2016. Début des travaux aux centrales de Brisay et de Laforge 1.  

1990  
Lancement du Programme d'aménagement et d'exploitation des petites centrales hydroélectriques de 25 MW ou moins par des producteurs privés. 47 nouvelles centrales hydroélectriques, réparties dans 14 régions administratives du Québec, sont mises en service.

Lancement du grand projet d’efficacité énergétique Hydro-Québec pour assurer une utilisation plus judicieuse de nos ressources et réduire les besoins de nouveaux équipements. Lancement du Défi performance (programme de Qualité-Totale), qui atteste la volonté de l’entreprise de changer en profondeur sa gestion et son fonctionnement. C’est un engagement ferme envers l’amélioration continue de la qualité du service.

Signature d’un nouveau contrat de puissance de diversité de 800 MW avec la New York Power Authority. Mise en service des deux derniers groupes turbines-alternateurs de la centrale de Manic 5PA.  Début des travaux de la ligne sous fluviale entre Grondines et Lotbinière.

1992
New York Power Authority (NYPA) résilie le contrat signé en 1989 et portant sur 1000 MW de puissance et d’énergie garanties. Des travaux de réhabilitation sont entrepris à la centrale de Beauharnois. M. Armand Couture remplace Claude Boivin comme président et chef de l’Exploitation.
 

1993
Hydro-Québec et les Cris signent une entente baptisée Opimiscow-La Grande (1992), entente qui précise divers aspects de la Phase 1 et de la Phase 2 du Complexe La Grande.

Inauguration de la centrale à turbine à gaz de Bécancour, centrale de pointe d’une puissance de 352 MW.

Lancement du Programme d’installation directe (PID) de thermostats en vue d’aider les clients résidentiels à réduire leur consommation d’électricité.

Mise en service des centrales Brisay et Laforge-1, deux centrales de la phase 2 du Complexe La Grande.

Construction de la centrale d’Hydraska est située sur la rivière Yamaska, près du barrage Penmans, dans la ville de Saint-Hyacinthe, au Québec. La construction sur le site a débuté en 1993 et la centrale a été mise en service en mai 1994.  

Construction de la centrale Saint-Paulin exploite l’eau de la Rivière-du-Loup qui prend sa source dans la réserve faunique Mastigouche, au nord de Saint-Paulin, et dont le bassin hydrographique totalise 1 372 kilomètres carrés

 La préparation de la privatisation d'Hydro-Québec - De 1993 à 1997

1994
Début de la construction du barrage en enrochement de Sainte-Marguerite-3 (SM-3), le plus haut de ce type au Québec. SM-3 est la centrale hydroélectrique la plus puissante présentement en construction en Amérique du Nord.

Comme dans tout aménagement hydroélectrique, le barrage de la Sainte-Marguerite-3 a deux fonctions : accumuler une réserve d’eau et créer une hauteur de chute. Celle-ci atteint une hauteur exceptionnelle de 330 mètres, soit l’équivalent de sept fois la hauteur des chutes du Niagara. Avec ses 171 mètres, le barrage de la Sainte-Marguerite-3 est le plus haut barrage en enrochement du Québec.

1996

Le Québec se dote de la politique énergétique du Québec. Elle a pour but de mettre l'énergie au service des Québécois tout en profitant pleinement de la vague de déréglementation qui a cours dans l'industrie énergétique nord-américaine.

Voici ce qu'on pouvait y lire :« En permettant un recours accru à la production privée, pour répondre aux nouveaux besoins, le gouvernement ouvre la porte à la libéralisation des marchés de l'électricité.Les impacts les plus importants auront lieu […] lorsque la libéralisation des marchés de détail du Nord-Est américain […] deviendra réalité. »

Cette politique n'est pas vue d'un bon œil par tous : certains y voient « une façon sournoise et indirecte du gouvernement du Québec de procéder à la dénationalisation de la société d'État, plutôt que de se trouver confronté à l'opinion publique et à ses propres militants ». source:  Gaétan Breton et Jean-François Blain, Les mauvais coûts d'Hydro-Québec, Éditions Nota bene, 1999.

Le gouvernement crée la Régie de l’énergie du Québec. L’organisme est responsable de l’encadrement réglementaire du transport et de la distribution de l’énergie. De ce fait, toute modification aux tarifs d’électricité en vigueur au Québec doit être soumise à son approbation. En plus de fixer les tarifs, la Régie approuve les conditions de fourniture de l'électricité, autorise les programmes commerciaux et les investissements et examine les plaintes des clients.

Centrale hydroélectrique de Donnacona. La construction d'une centrale hydroélectrique à l'endroit d'un barrage existant. Installation d'une passe et d'un système de grilles pour la montaison et la dévalaison des salmonidés.  

Les centrales Portneuf sont situées sur la rivière Portneuf, à Sainte-Anne-de-Portneuf, dans la seigneurie des Mille-Vaches qui fut créée en 1664 et qui comprend des droits sur les terrains, le lit de la rivière et les ressources hydrauliques La centrale PN1 est située quatre kilomètres en amont de l’embouchure de la rivière, à la Chute du Quatre-Milles. La centrale PN2 est située à la Chute Philias, 6,5 kilomètres en amont de PN1. La centrale PN3 est située aux Rapides des Crans Serrés, 19,5 kilomètres en amont de PN2.  

1997

À la suite d'une restructuration en 1997, Nouveler deviendra Hydro-Québec CapiTech, une société de capital de risque, filiale à part entière d'Hydro-Québec.  

Le 1 mai, en signe de réciprocité à l'endroit des autres acteurs du marché nord-américain de l'énergie, Hydro-Québec ouvre son réseau de transport et son marché de gros de l'électricité à la concurrence.

Ouverture du marché de gros de l'électricité pour les 11 distributeurs d'électricité qui composent le marché québécois, soit Hydro-Québec, neuf réseaux municipaux et une coopérative régionale d'électricité. Plus précisément, cela implique que :

1- les distributeurs privés québécois peuvent dorénavant acheter de l'électricité hors Québec;
2- les producteurs privés peuvent, comme Hydro-Québec, vendre leur électricité à l'extérieur de la province. Quant au marché de détail, il reste réglementé.

Le 7 juillet Hydro-Québec crée TransÉnergie, la société d’État poursuivant ainsi son adaptation à la libéralisation du marché et à la déréglementation du transport de l’énergie à l’échelle nord-américaine. Son mandat est d'assurer un accès non discriminatoire au réseau de transport québécois pour l'ensemble des intervenants du marché. La Federal Energy Regulatory Commission (FERC), organisme réglementaire américain, octroie à H.Q. Energy Services (U.S.), une filiale d'Hydro-Québec, un permis de négociant en gros aux conditions du marché américain. Cette autorisation permet à Hydro-Québec d'élargir son marché, de profiter des o cc asions d'affaires sur les marchés hors Québec et de participer encore plus activement à l'enrichissement collectif des Québécois et Québécoises.  

Hydro-Québec acquiert une participation majoritaire dans Noverco, la société de gestion (holding) qui chapeaute, notamment, la société en commandite Gaz Métropolitain.  

La centrale Ste-Brigitte est une centrale de 4 200 kilowatts située sur la rivière Nicolet, dans la municipalité de Ste-Brigitte-des-Saults (Québec). La centrale est située sur le site d'un moulin historique, mais aucune des structures originales, ont été utilisées pour la nouvelle centrale. Le site comprend une prise d'eau munie d'une structure barrière ( à compléter..)

8 juillet Hydro-Québec complète une importante transaction susceptible de faire de la société d’État le plus important actionnaire d’IPL.  Dans une transaction croisée faisant d’IPL un actionnaire à 32% de Noverco., cette dernière a reçu 8% d’IPL, avec une portion lui permettant d’augmenter  cette participation à 10%. IPL exploite le plus long réseau de pipeline de brut (pétrole) et de produits liquides, et elle est la plus importante entreprise de distribution de gaz naturel au Canada. Elle est également propriétaire, à 100%, de Consumers’s gaz, une entreprise de distribution dominante en  Ontario et à Toronto.

17 septembre 1997 Hydro-Québec s’associe à Sofinov (Caisse de dépôt), à la Société générale de financement du Québec et au Fonds de solidarité pour créer une nouvelle société qui cherchera à développer de nouveaux partenariats d’affaires et à commercialiser la technologie M4 (projet du moteur-roue).

1998
Une tempête de verglas d'une intensité sans précédent endommage une partie importante des réseaux de transport et de distribution d'Hydro-Québec.  Le verglas de 1998 a été le pire qu'ait connu le Canada de mémoire d'homme. Du 5 au 10 janvier 1998, il est tombé, au total des quantités de pluie verglaçante et de grésil entremêlés d'un peu de neige, qui ont dépassé 85 mm à Ottawa, 73 mm à Kingston, 108 mm à Cornwall et 100 mm à Montréal. Les grosses tempêtes qui avaient déjà touché la région, notamment Ottawa en décembre 1986 et Montréal en février 1961, avaient déposé entre 30 et 40 mm de glace, soit environ la moitié des quantités enregistrées en 1998!  

Dans certains cas, les clients sont privés d'électricité pendant quatre semaines. Néanmoins, plus de 97 % des Québécois et Québécoises se disent satisfaits de la manière dont Hydro-Québec s'est acquittée de sa responsabilité dans les circonstances. Afin d'améliorer la fiabilité de l'alimentation électrique de l'ensemble de ses clients, l'entreprise met en œuvre d'importants travaux pour renforcer son réseau de transport, notamment dans les zones à risque élevé de verglas.  

1999
Gel des tarifs. Hydro-Québec décrète un gel des tarifs d'électricité jusqu'en 2004.

On dénombre quelque 600 barrages et digues au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Certaines de ces infrastructures sont très importantes. Il s'agit des complexes reliés aux centrales hydroélectriques d'Alcan et d'Abitibi-Consolidated. On retrouve, par ailleurs, les principaux barrages sur le lac/réservoir Kénogami (13 ouvrages gérés par le ministère de l'Environnement et de la Faune du Québec); la rivière Chicoutimi (4 barrages); la Rivière-aux-Sables (3); la rivière du Moulin (1); la rivière Ha! Ha! (2 barrages et 5 seuils en enrochement); la rivière Saint-Jean (1) et la rivière Shipshaw (4).

La production d'aluminium requiert beaucoup d'énergie électrique. Pour répondre à ses besoins en la matière, la multinationale Alcan a aménagé progressivement un réseau hydrographique qui lui a permis de devenir le plus grand producteur privé d'électricité au Québec. Dans la région, Alcan contrôle 6 centrales, 44 barrages et ouvrages de régularisation, 43 groupes turbine-alternateur, 2 interconnexions avec Hydro-Québec, 650 kilomètres de lignes de transport d'énergie, une trentaine de stations hydrométéorologiques et un réseau indépendant de télécommunication. Cette formidable infrastructure lui permet de produire l'énergie nécessaire (1 900 mégawatts par an) au fonctionnement de ses 6 usines d'électrolyse au Québec, dont 4 sont situées dans la région, et de produire près de 700 000 tonnes d'aluminium chaque année

2000

Bénéfice net de 1 milliard $ pour la première fois.

Barrage Grand-Mère. La construction comprend une centrale de 220 mégawatts (70 mégawatts de plus que la centrale actuelle), un évacuateur de crues et un poste de départ. La nouvelle centrale remplacera la centrale actuelle qui a été mise en service en 1916. Elle sera aménagée sur le même site, de l'autre rive du Saint-Maurice, soit du côté des municipalités de Saint-Georges-de-Champlain et de Lac-à-la-Tortue. Le coût de l'ensemble du projet est évalué à près de 450 millions de dollars. La mise en service complète de la nouvelle centrale se terminera en 2004.

2001

À la suite de l'adoption, en 2000, de la Loi modifiant la Loi sur la Régie de l'énergie, Hydro-Québec confirme la séparation fonctionnelle des unités d'affaires qui assurent la production, le transport et la distribution de l'électricité. À la division Hydro-Québec TransÉnergie, créée en 1997, s'ajoutent en 2001 deux nouvelles divisions : Hydro-Québec Production et Hydro-Québec Distribution. Hydro-Québec Équipement sera créée en juin 2002.

Hydro-Québec Distribution est responsable de l'approvisionnement en électricité des marchés québécois. Protégeant les acquis de la nationalisation, la réglementation établit à 165 TWh, le volume d'électricité patrimoniale qu'Hydro-Québec Production doit fournir à Hydro-Québec Distribution à un prix moyen de 2,79 cents le kilowattheure. Pour répondre à la demande excédant ce volume, cette dernière devra conclure des contrats d'approvisionnement avec des fournisseurs d'électricité après avoir procédé à des appels d'offres.

2002

La production d'Hydro-Québec devient totalement déréglementée. Ce qui a pour principale conséquence de permettre aux producteurs privés d'exploiter, comme jadis, de petites centrales (*de moins de 50 mégawatts) qui fournissent de l'énergie à Hydro-Québec. Bref, on parle ici d'ouverture du marché de la production à la concurrence, car les futures centrales d'Hydro-Québec seront placées directement en concurrence avec les futures petites centrales des producteurs privés. Quant aux secteurs de la distribution et du transport, ils demeurent étroitement réglementés par la Régie de l'Énergie.  

Aux yeux de plusieurs économistes, cette annonce est le véritable point d'ancrage de la libéralisation du marché de l'électricité au Québec. Certains vont même jusqu'à dire que l'ère du monopole est maintenant chose du passé, tandis que d'autres y voient plutôt une décision politique:  « Vous savez, les petites centrales, c'est une production marginale, ridicule en quantité par rapport à la capacité de produire d'Hydro-Québec. Donc, ce n'est même pas pour avoir des quantités, ça n'a rien à voir. C'est purement politique. Ce sont des petits cadeaux aux amis et du faux argent, parce qu'il n'y a pas de jobs au bout de tout ça : une centrale, ça marche tout seul, il n'y a pas d'emplois. Il y a juste de l'emploi dans la construction et, encore là, ce n'est pas au niveau régional, ou si peu, parce que ce sont les mêmes qui obtiendront les emplois, puisqu'ils vont acquérir de l'expertise.  Alors… de quoi on parle là ? On parle de quelques jobs, de quelques kilowatts, et de beaucoup d'argent qu'Hydro-Québec va dépenser pour acheter ça au prix nécessaire pour que ces gens-là fassent de l'argent. C'est tout. Sans compter toutes ces rivières massacrées, et ces endroits naturels qui sont importants. »

Gaétan Breton, professeur au Département des sciences comptables de l'Université du Québec à Montréal (UQÀM). M. Breton a participé aux travaux de la Régie de l'énergie à titre de témoin expert

Le 7 février, la signature d'une entente entre le gouvernement du Québec et le Grand Conseil des Cris de la Baie James instaure une nouvelle ère de respect mutuel et de collaboration entre les deux communautés. La « paix des Braves » ouvre la voie à l'aménagement aux centrales Eastmain-1 et Eastmain-1-A avec dérivation partielle de la rivière Rupert.

Les 26 et 27 mars, Hydro-Québec Distribution lance son premier appel d'offres pour la fourniture d'énergie en vue d'alimenter le Québec à compter de 2006. Hydro-Québec Distribution estime qu'elle aura alors besoin de 1 200 MW pour satisfaire les besoins d'énergie de la population québécoise. Par ailleurs, la division annonce son intention de lancer un prochain appel d'offre pour un total de 1 000 MW d'énergie éolienne au cours des 10 prochaines années.

Annonce des sites hydrauliques de 50 MW et moins admissibles pour fins de location par le gouvernement.

Le 22 novembre 2002, suite aux pression de la Coalition québécoise pour une gestion responsable de l'eau - Eau Secours! et ses partenaires dans "l'Opération Adoptez une rivière" ( qui deviendra Fondation Rivières), le gouvernement du Québec annonce la fin des appels d'offres pour 35 des 36 appels d'offre pour des barrages privés de moins de 50 watts. Par contre le gouvernement Landry n'abroge pas la loi qui permet de recommencer le même stratagème.