Privatisation des hôpitaux: des aiguilles de seringue
coûtant 80 cents vendues 143$ aux patients

Si vous pensez que les coûts des soins au Québec diminueraient si les hôpitaux étaient détenus et exploités par les grandes sociétés à but lucratif comme Hospital Corporation of America, vous voudrez peut-être jeter un coup d'oeil à une étude publiée par la revue Health Affairs.  Aux États-Unis, où ce genre d'hôpital est presque la norme, ils fixent leur marge de profit à 1 000% au dessus de la moyenne des hôpitaux sans but lucratif.  Mais pourquoi donc les coûts ont-ils explosé?  C'est une question de déréglementation et de libre marché, un exemple à ne pas suivre mais tout à fait dans la philosophie du gouvernement québécois de 2015.                                                     - JosPublic 

 
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Okaloosa North Medical Center de Floride surcharge ses patients de 1 000 %
Si vous croyez que l'éclatement d'une appendicite fait mal, attendez de voir la facture

»

Texte par Wendell POTTER
Wendell Potter, lanceur d'alertes et ex-directeur exécutif de CIGNA la multinationale de soins de santé, écrit à propos de l'industrie des soins de santé et la lutte constante pour la réforme de la santé aux États-Unis.

Des 50 hôpitaux états-uniens, qui sont les plus dispendieux lorsque vous recevez la facture, 49 d'entre eux font partie de chaînes d'hôpitaux à but lucratif.  Voilà le résultat d'une étude ( 01 ) réalisée par Ge Bai de Washington & AMP Lee University et Gerard Anderson de la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health.

En utilisant les données de 2012 fournies par 4 483 hôpitaux aux "Centers for Medicare and Medicaid Services", Bai et Anderson constatent que ces 50 hôpitaux avaient un taux de facturation de 1 013% plus élevé que les évaluations de l'assurance-maladie qui rembourse des milliers d'articles pour les hôpitaux. L'étude utilise les "Chargemasters" qui compilent tous les éléments et services facturés par les hôpitaux à l'assurance maladie fédérale. 

Les hôpitaux à but lucratif fixent sans contrainte gouvernementale le taux de leurs propres prix à la facturation.  Quelques groupes commerciaux ont fixé des limites à ce que leurs hôpitaux peuvent facturer.  Mais c'est près de trois fois plus que le taux moyen des autres 4 483 hôpitaux.   Pour la plupart des organisations sans but lucratif la marge de profit est de 340 % comparativement au
1 013% de l'autre.  Tout en haut de la liste des hôpitaux analysés ont retrouve Okaloosa North Medical Center à Crestview dans l'État de Floride. ( 02 ) Cet hôpital se distinguait avec un coût moyen de 1 260% au dessus de l'autre secteur.

La journaliste Olga Khazan a jeté un coup d'oeil à la Okaloosa et elle a trouvé par exemple que l'hôpital chargeait 79 350$ à ses clients pour traiter une hémorragie.  Le montant autorisé par l'assurance maladie est de
5 177$. 
Comme les auteurs l'ont noté dans leur étude, «dans l'ensemble, le système de Santé états-unien public ou privé permet aux hôpitaux d'établir leurs coûts de facturation sans contrainte règlementaire. Cela a pour effet que des prix plus élevés se reflètent sur la facture des patients les plus vulnérables et ceux qui ont le moins de pouvoir de négociation».

Les plus vulnérables, bien sûr, sont les personnes non assurées ou sous-assurées.  Bai et Anderson font remarquer que même si la loi d'Obama sur les soins abordables (ACA: The Patient Protection and Affordable Care Act 2010) est mise en oeuvre, il y aura encore 30 millions d'états-uniens sans assurance.  Si ces personnes sont malades ou se blessent et se retrouvent à l'hôpital, elles n'auront pas les moyens de payer la facture peu importe ce que l'hôpital aura décidé de facturer.  Cela signifie que même avec l'Assurance ACA, des milliers de familles se retrouvent à la cour des faillites pour incapacité de payer les factures médicales. 

La plupart des hôpitaux qui ont la plus grande marge de profits sont situés dans le sud des États-Unis.  Vingt des 50 plus chérants sont à but lucratif et en Floride où le gouverneur est un ex-PDG de
Hospital Corporation of America, Rick Scott.

Scott a une longue histoire dans le monde des soins de santé à but lucratif.  Lorsque j'ai travaillé pour Humana au début des années 1990, la compagnie a décidé de vendre sa division hospitalière.  La "Columbia Health Care Corporation" propriété de Scott et d'un partenaire de l'époque David Vanderwater, l'ont achetée.  Peu de temps après que Scott eu négocié la fusion avec Hospital Corporation of America (HCA), il est devenu le chef exécutif de l'entreprise combinée.  Il a démissionné de l'HCA en 1997 après que le gouvernement eut lancé une enquête pour déterminer si la compagnie était partie prenante à une fraude contre l'assurance-maladie.

Deux ans plus tôt, Humana avait décidé de sortir de l'industrie hospitalière pendant que j'étais sur l'équipe des affaires publiques, l'entreprise a fait l'objet d'une série de rapports d'enquête par Sam Donaldson d'ABC TV's.  En 1991, Donaldson a constaté que les hôpitaux d'Humana ont surchargé à leurs patients des médicaments et autres articles à plus de 1 000% de leur coût réel.  Dans un de ses rapports, il a montré qu'Humana chargeait aux patients 143.25 $ pour des aiguilles de seringue qu'elle achetait à o,80 cents l'unité.

L'un des cadres du Humana à l'époque était Wayne Smith.  Peu après avoir vendu les hôpitaux d'Humana, Smith a été nommé président de l'entreprise - et mon patron.  Je me rapportais à lui quand j'ai quitté la compagnie pour rejoindre Cigna. Quelques années plus tard, M. Smith a été nommé président des Services de santé communautaire inc, la société qui possède la moitié des 50 hôpitaux ayant la plus haute marge de profits. C'est une petit monde n'est-ce pas?

Lorsque l'étude de Bai et Anderson a été publiée, les actionnaires d'Hospital Corporation of America ont apparemment été effrayés pour une minute "en temps accélérer de New York!".  Le volume d'actions négociées ce jour-là était près du triple du volume le vendredi précédent.  Le prix des actions a baissé de 1,39 $, à 52,76$.  À la fin de la semaine, cependant, les actions avaient en grande partie récupérée leur valeur.  C'est parce que très peu d'États ont un pouvoir de contrôle sur les majorations de prix des hôpitaux.

Seul les États de Maryland et la Virginie occidentale, en fait, définissent les taux des hôpitaux.  Bai et Anderson ont conclu que les hôpitaux du Maryland, avaient des majorations de moins de 1,5 pour cent, inférieures à celles des hôpitaux dans tout autre État.

Les actionnaires de Hospital Corporation of America pourraient s'inquiéter si d'autres États suivaient le comportement du Maryland. Mais compte tenu de la quantité d'argent que l'industrie hospitalière dépense pour influencer la politique publique par des campagnes de publicité et par le lobbying, les chances que cela se produise sont assez minces.

Remarque pour les patients non assurés résidents des États-Unis-d'Amérique : il est dans votre intérêt de savoir quels sont les hôpitaux à proximité de votre résidence qui sont sans but lucratif et celles qui sont des sociétés à but lucratif.  Et ce non seulement parce que les hôpitaux à but lucratif chargent plus, mais l'ACA exige que les hôpitaux sans but lucratif offrent des rabais aux patients admissibles non assurés. Il n'y a pas de telles exigences pour les hôpitaux à but lucratif.

 

Source: The Atlantic pour David G. Bradley: Wendell Potter est l'auteur de "Deadly Spin: An Insurance Company Insider Speaks Out on How Corporate PR is Killing Health Care and Deceiving Americans and Obamacare: What’s in It for Me? What Everyone Needs to Know About the Affordable Care Act.

Choix de photos, mise en page, références, titrage et traduction de l'anglais par : JosPublic
Publication : 01 octobre 2015

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

 

Notes & Références encyclopédiques:

01

 

Gerard F. Anderson - Résumé de l'étude: Extreme Markup: The Fifty US Hospitals With The Highest Charge-To-Cost Ratios

À l'aide des rapports de coûts de l'assurance-maladie états-unienne, nous avons examiné les cinquante hôpitaux états-uniens avec les frais les plus élevés à des ratios/coûts-en 2012.  Ces hôpitaux ont des marges bénéficiaires (charges sur l'assurance-maladie-coûts admissibles) d'environ dix fois leur remboursement par l'assurance-maladie (admissibles) par rapport à une moyenne nationale de 3,4 et un mode de 2.4.  L'analyse de la cinquantaine d'hôpitaux a montré que quarante-neuf sont à but lucratif (98 %).  Quarante-six sont détenus par des groupes hospitaliers à but lucratif (92 %), et 20 (40 %) fonctionnent en Floride.  Un groupe d'affaires hospitalier à but lucratif est propriétaire de la moitié de ces cinquante hôpitaux.  Alors que la majorité des services publics et les régimes privés d'assurance-santé n'utilisent pas les frais hospitaliers afin d'établir leurs taux de facturation, les patients non assurés sont communément appelés à payer la totalité des frais, et les patients hors réseau ou les assureurs pour l'indemnisation des travailleurs blessés sont souvent appelés à payer une grande partie de l'intégralité des frais.  Parce qu'il est difficile pour les patients de comparer les prix, les forces du marché ne parviennent pas à limiter les frais hospitaliers.   Le gouvernement fédéral et ceux des États peuvent vouloir envisager de limiter les charges en tenant compte des coûts liés à tous les paramètres et la divulgation des données utiles à l'établissement des coûts des hôpitaux.

 

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02

 

The hospitals that overcharge patients by 1 000 percent. - Sur The Atlantic, le 9 juin 2015

 

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