Retour à :  MétéoPolitique  Plan du site  -  Grippe A (H1N1)-Porcine/Mexicaine  -  Ce qu'en disent les élus.es  -  M Bernard DRAINVILLE

 Motion proposant que l'Assemblée dénonce la gestion de la campagne de vaccination
 contre la grippe A (H1N1) par le gouvernement
Affaires inscrites par les députés de l'opposition.

Intervention de M. Bernard DRAINVILLE
Député provincial du comté de Marie-Victorin
Assemblée nationale, Journal des débats, période des question des députés.es. Cahier Vol. 41 N° 69
4 novembre 2009

Alors, aux affaires inscrites par les députés de l'opposition, à l'article 27 du feuilleton, en vertu de l'article 97 du règlement, M. le député de Marie-Victorin présente la motion suivante:

«...l'Assemblée nationale du Québec dénonce la confusion, la gestion chaotique et la planification inadéquate de la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1) par le gouvernement du Québec et déplore l'absence de leadership du premier ministre du Québec et de son ministre de la Santé et des Services sociaux.»

Conformément à ce qui a été décidé lors de l'adoption de la réforme ― vous savez tout ça ― l'auteur a 10 minutes, il y a cinq minutes qui sont allouées aux députés indépendants, il y a 11 minutes qui sont allouées aux députés du deuxième groupe de l'opposition, puis le reste du temps est partagé équitablement. Dans ce cadre, le temps non utilisé par une formation peut être transféré, et dans ce sens-là on fera le décompte du temps non utilisé s'il s'agissait de le faire.

Je cède maintenant la parole à M. le député de Marie-Victorin pour qu'il puisse commencer son... M. le député.

M. Bernard Drainville

M. Drainville: Merci, M. le Président. M. le Président, rarement un enjeu aura touché autant nos concitoyens, autant la population québécoise que la crise de la grippe A (H1N1). Et depuis le départ, M. le Président, notre action, comme opposition officielle, a été dictée par essentiellement une considération, et c'est une considération humanitaire pour nos concitoyens, une attitude responsable et sensible face à l'inquiétude que suscite cette question au sein de la société québécoise. Nous nous sommes bien gardés, M. le Président, d'être alarmistes. Nous n'avons pas posé de geste qui puisse miner la confiance que les Québécois ont à l'égard des responsables de la Santé publique du Québec. Notre attitude a été d'autant plus responsable, M. le Président, que nous avons noté, au cours des dernières semaines, l'inquiétude, sinon la peur que les Québécois avaient à l'égard du vaccin. Et c'est cette inquiétude que nous constations qui nous a amenés, M. le Président, la semaine dernière, à nous joindre au député de Mercier ainsi qu'au ministre de la Santé pour nous faire vacciner, afin justement de donner l'exemple, afin d'envoyer un message clair à la population québécoise à l'effet que la meilleure protection qui soit, pour nous-mêmes et pour nos proches, était celle de se faire vacciner.

Ce jour-là, M. le Président, lundi de la semaine dernière, j'étais en voiture au moment où je me rendais donc dans mon comté de Longueuil, et c'est à ce moment-là qu'on a appris le décès de cette petite fille de 11 ans. Je dois vous dire que j'étais déjà convaincu de me faire vacciner à ce moment-là, mais, ayant moi-même une fille de 11 ans, je vais vous dire, ça m'a, comment dire, ça m'a conforté plus que jamais dans ma décision qu'il fallait justement envoyer un message clair à la population québécoise.

Le lendemain, M. le Président, de cette décision donc de se faire vacciner à l'hôtel... excusez-moi, à l'Hôpital Pierre-Boucher, il y a eu ce décès du hockeyeur, du jeune hockeyeur de 13 ans en Ontario, et là on a senti dans la population québécoise un changement très, très palpable. Il y a beaucoup de gens qui s'inquiétaient jusqu'à ce moment-là, qui se questionnaient, qui doutaient, qui hésitaient, et là, tout d'un coup, on s'est rendu compte, particulièrement chez les parents, on s'est rendu compte que beaucoup, beaucoup de gens qui hésitaient avaient changé d'idée. Soudainement, la pandémie avait un visage, M. le Président, et donc, tout à coup, l'opinion publique québécoise s'est ni plus ni moins que renversée.

Et, depuis des mois, à ce moment-là, déjà qu'on attendait cette pandémie, qu'elle était confirmée, ça faisait déjà plusieurs semaines, M. le Président, que les autorités gouvernementales, le ministre en tête, disaient aux gens de se faire vacciner, que c'était important de le faire, ajoutant même: On ne refusera personne, hein? Ce sont des mots qui allaient revenir nous hanter, M. le Président. Alors donc, on se serait attendu à ce moment-là, au moment où l'opinion publique québécoise refait un nouveau consensus, alors que le consensus était: On ne va pas se faire vacciner, et les chiffres des sondages disaient: À peu près 30 % de Québécois qui désiraient donc se faire vacciner, à ce moment-là, on se rend compte que la proportion des gens qui vont vouloir se faire vacciner va être beaucoup plus importante que prévu. Donc, on s'attend, à ce moment-là, M. le Président, après avoir dit aux Québécois: Vous devez vous faire vacciner, après avoir préparé cette pandémie depuis si longtemps, on se serait attendu, M. le Président, à ce que le gouvernement soit capable de gérer cet intérêt, cette volonté affichée maintenant, à ce moment-là, des Québécois de vouloir se faire vacciner.

Or, qu'est-ce qu'on... qu'est-ce qu'on se... qu'est-ce qu'on constate à ce moment-là? Qu'est-ce qu'on observe à ce moment-là, M. le Président? C'est le chaos. On s'aperçoit que finalement le gouvernement n'était pas prêt. Après nous avoir dit qu'on était très, très bien préparés, que le plan était en place depuis déjà de nombreuses années, on se rend compte que finalement l'opération vaccination est improvisée et que la vaccination se fait d'une façon irrespectueuse pour les personnes.

Déjà, on avait un signal que les choses ne tournaient pas très rond quand on s'est rendu compte que les deux principaux hôpitaux du Québec, le CHUM et le CUSM, n'avaient pas reçu le vaccin pour leur personnel soignant. Et on s'aperçoit, dans les jours qui suivent le début de cette opération de vaccination, on s'aperçoit qu'il y a des régions qui ont prévu vacciner à tel moment, à telle date, alors que la région voisine a décidé de vacciner à un autre moment donné. Donc, il y a des dates de vaccination qui sont différentes pour des régions qui se côtoient sur notre territoire, et on se rend compte également que les priorités pour ces mêmes dates de vaccination ne sont pas les mêmes d'une région à l'autre.

n (15 h 10) n

Alors, c'est évident, M. le Président, qu'on se retrouve, à ce moment-là, avec un message de confusion. Et qu'est-ce que ça donne sur le terrain? Bien, ça donne de la confusion. On se retrouve avec ces longues files d'attente, avec des pères et des mères qui accompagnent leurs enfants dans des conditions qui sont inacceptables, qui sont déplorables: sous la pluie, sans toilettes dans certains cas. Il y a des salles qui sont libres, où il y a des fauteuils de libres, où les gens auraient pu s'asseoir, et on se rend compte qu'on les laisse poireauter à l'extérieur. Alors, c'est ce à quoi... on a observé, M. le Président, et c'est ce qu'on a vu. Ce sont les images qu'on a vues, au cours des derniers jours, qui sont venues nous dire à quel point cette opération de vaccination avait été mal planifiée, à quel point cette campagne de vaccination avait été mal préparée.

On nous avait dit: Vous savez, ça prend des centres de vaccination de volume, des centres de vaccination de masse parce qu'il faut donner le vaccin au plus grand nombre possible rapidement, avant que le virus frappe. Or, qu'est-ce qu'on observe? On observe le manque de vaccins. On ouvre des centres de vaccination, on dit aux gens: Mettez-vous en ligne, sur des centaines de mètres, une file qui fait, dans certains cas, plusieurs coins de rue, pour se faire dire après une heure ou deux: Retournez chez vous, on n'a plus de vaccin.

Évidemment, à ce moment-là, la question se pose: Si on savait, si on connaissait le nombre de vaccins que nous allions recevoir, et on le savait, pourquoi a-t-on maintenu cette décision de faire de la vaccination de masse? Pourquoi n'a-t-on pas remis en question cette façon de faire pour, justement, comme l'ont suggéré certains, donner un plus grand rôle aux médecins de famille, donner un plus grand rôle aux CLSC, donner un plus grand rôle aux méthodes, je dirais, traditionnelles et éprouvées de faire de la vaccination au Québec, M. le Président? Après avoir dit qu'il fallait faire du volume, on n'avait pas les vaccins pour faire du volume. On aurait dû être en mesure, à ce moment-là, de se remettre en question et de changer la stratégie.

Et très rapidement, M. le Président, on se rend compte que cette stratégie de faire du volume donne des résultats extrêmement inquiétants, quand on voit ce qui se passe à Gatineau. Assez rapidement, la semaine passée, on s'est rendus compte qu'à Gatineau ça ne fonctionnait pas bien. La gestion des files d'attente était chaotique. C'était la cohue, en fait. Et il a fallu attendre, M. le Président, une semaine, pratiquement une semaine, avant que le ministre de la Santé ne nous annonce, c'était hier, la mise sur pied d'un système de coupons pour justement bien gérer ou mieux gérer ces files d'attente. Pourquoi est-ce que ça a pris une semaine, M. le Président, avant de réagir à ce qu'on avait déjà observé la semaine dernière? Est-ce qu'il va falloir maintenant que les gens se mettent en file plusieurs heures d'avance pour obtenir le fameux coupon? Donc, est-ce qu'on a troqué une attente pour le vaccin pour une autre attente, celle du coupon?

Comment expliquer, M. le Président, cette incapacité de notre gouvernement à réagir rapidement à une situation qui aurait dû être planifiée d'avance? À partir du moment où vous décidez de recourir aux centres de vaccination de masse, vous savez que vous allez avoir beaucoup de gens qui vont se précipiter pour avoir le vaccin. Comment se fait-il qu'on n'avait pas pensé à un système de gestion des files d'attente? Comment se fait-il qu'on n'ait pas pensé à un système qui permettrait aux plus vulnérables de se mettre à l'abri plutôt que d'attendre à l'extérieur, sous la pluie. Et là je ne vous parle pas, M. le Président, des grands froids qui... qui vont être parmi nous dans les semaines qui viennent, là. Ça aussi, ce n'est pas une surprise, là.

Moi, je pense, M. le Président, qu'une des raisons pour lesquelles notre gouvernement a manifestement manqué à sa responsabilité de bien planifier la campagne de vaccination, c'est que notre ministre de la Santé n'a pas fait preuve de leadership et n'a pas assumé son autorité de ministre de la Santé responsable de la santé publique. Et on avait déjà, M. le Président, commencé à avoir des signaux là-dessus quand nous avions posé des questions sur la question du retrait préventif, quand nous avions questionné le ministre: Pourquoi est-ce que vous n'envoyez pas les enseignantes enceintes en retrait préventif? Pourquoi vous n'envoyez pas les infirmières enceintes en retrait préventif? Et, très souvent, il nous répondait: Ah! je me fie sur la Santé publique. Je me laisse guider par la Santé publique.

M. le Président, est-ce que... la raison pour laquelle on a observé ce chaos des derniers jours, est-ce que c'est parce que justement notre ministre de la Santé a décidé de déléguer ses responsabilités, ses pouvoirs de ministre de la Santé, son autorité à la Direction nationale de la santé publique? Et se pourrait-il, M. le Président, que la raison pour laquelle nous n'avons pas de plan national cohérent à travers le Québec, qu'on a des dates de vaccination différentes d'une région à l'autre et des cohortes prioritaires différentes d'une région à l'autre... entre la Montérégie, Montréal, Laval et les Laurentides par exemple, qui sont quatre régions contiguës, les unes à côté des autres, se pourrait-il, M. le Président, qu'après avoir délégué son autorité et ses responsabilités au directeur national de la Santé publique et à son équipe le directeur national de la Santé publique ait lui-même décidé de déléguer ses responsabilités aux directions régionales, ce qui pourrait expliquer l'incohérence et le fait qu'il n'y a pas une vision globale, il n'y a pas une vision intégrée, il n'y a pas de cohérence actuellement, on ne sent pas qu'il y a quelqu'un à la barre qui dirige l'opération, on ne sent pas qu'il y a une vision claire et précise de la campagne de vaccination, avec toute la pagaille, toute la confusion puis tous les problèmes que ça a causés?

M. le Président, je l'ai dit tout à l'heure, c'est le ministre qui est responsable de la santé publique, et son refus ou son incapacité... ou son manque de volonté d'assumer ses responsabilités ont mené à des situations qui sont totalement déplorables, totalement inacceptables, comme celle, par exemple, qu'on a observée hier en Montérégie, où des détenus, dans une prison de Valleyfield, ont été vaccinés, alors que ce n'était pas leur tour d'être vaccinés. Et, aujourd'hui, le ministre nous a dit: Excusez-moi, c'est une erreur, c'est une erreur. Bien, si le plan et si la responsabilité du ministre avaient été affirmés, s'il avait décidé de prendre ce dossier-là en main et de le mener à titre de ministre de la Santé, c'est le genre d'incohérence et d'erreur qui ne se serait peut-être pas produite.

De la même façon, M. le Président, le même jour où on apprend qu'il y a des détenus qui se font vacciner alors que ce n'est pas leur tour de se faire vacciner, on apprend qu'il y a des enfants atteints du cancer, à Québec, qui se font dire: Vous ne pourrez pas être vaccinés dans l'hôpital où vous vous faites traiter. Vous vous ferez vacciner en même temps que les autres, selon l'ordre de vaccination qui a été prévu. Pas de flexibilité et pas de souplesse, pas de capacité de s'ajuster justement aux conditions du terrain.

On apprend également hier... même jour, on entend parler de ce patient ― il y en a d'autres ― qui subit un traitement de chimiothérapie. Le système immunitaire est à terre, M. le Président, et on lui dit... Lui demande d'être vacciné, il est sur la liste prioritaire des malades chroniques, et on lui répond: Non, tu ne peux pas être vacciné à l'hôpital, tu iras faire la file comme les autres. Comment ça se fait, M. le Président? La liste des... Les immunosupprimés faisaient partie des groupes ciblés, des groupes prioritaires, comment se fait-il qu'on n'ait pas prévu ça? Comment se fait-il qu'on n'ait pas planifié ça? Comment se fait-il qu'on n'ait pas pensé à ces enfants puis à ces patients qui se font traiter pour le cancer? Comment se fait-il qu'il n'y avait pas de plan pour eux, M. le Président? Encore une fois, c'est l'improvisation; encore une fois, c'est le manque de planification.

Alors, il y a des solutions, M. le Président, on les a soumises déjà au ministre, on espère qu'il va les explorer. Il y a celle des écoles, par exemple, cette idée de vacciner dans les écoles dans les jours, dans les semaines qui viennent. La région de Lanaudière a déjà décidé de le faire, on espère qu'il va y réfléchir pour d'autres régions.

On se questionne sur le rôle du gouvernement fédéral, qui a commandé ses vaccins beaucoup trop tard, M. le Président. Je serais très curieux d'entendre le ministre là-dessus. J'aimerais beaucoup, au-delà de la collaboration dont il nous a parlé hier, là... pourquoi est-ce que le fédéral, le gouvernement canadien, comment se fait-il qu'il n'ait passé sa commande pour les vaccins que le 6 août, alors que les Américains l'ont fait le 25 mai et la France, le 16 juillet? Comment expliquer ce retard? Si le fédéral n'est pas capable de faire le travail, M. le Président, il va falloir tirer nos conclusions, puis, la prochaine fois, il va falloir se poser la question: Pourquoi est-ce que ce n'est pas le Québec lui-même qui commande ses vaccins? Pourquoi est-ce que ce n'est pas nous qui sommes responsables de la santé justement, comment se fait-il que ce n'est pas nous qui menons cette opération et qui prenons nos responsabilités, justement, pour s'assurer du bien-être de la population puis bien veiller sur la santé publique des Québécois?

n (15 h 20) n

Alors, nous, M. le Président ― et je vais conclure là-dessus ― quant à nous, du côté de l'opposition officielle, nous allons continuer à questionner le gouvernement, nous allons continuer à le faire dans le respect, nous allons continuer à le faire de façon responsable. Nous sommes, M. le Président, le relais des gens qui attendent dans les files d'attente. C'est ça, notre travail, nous, comme opposition. On a un devoir de relayer les questions, les inquiétudes, les craintes, les doutes, les hésitations que les gens ont actuellement dans la population. C'est ça, notre travail, M. le Président.

Les gens qui attendent n'ont pas la capacité ou, je devrais dire, n'ont pas la... la possibilité de poser des questions au gouvernement. Nous, M. le Président, on l'a, cette possibilité. On a été élus par la population pour le faire, et nous allons continuer, M. le Président, à le faire. Nous allons continuer à porter la voix des citoyens, nous allons continuer à porter la volonté populaire, nous allons continuer de demander au ministre: Qu'est-ce que vous pouvez faire pour faire mieux encore? Qu'allez-vous faire pour faire en sorte que la dignité des personnes soit davantage respectée? Qu'allez-vous faire pour que cette opération se fasse dans le respect d'une certaine humanité? Et j'incite, M. le Président, le ministre de la Santé à assumer ses responsabilités et à faire preuve du leadership que la population québécoise attend de lui.

Ainsi, M. le Président... et c'est pour cette raison que nous déposons la motion suivante:

«Que l'Assemblée nationale dénonce la confusion, la gestion chaotique et la [mauvaise] planification [...] de la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1) par le gouvernement du Québec et déplore l'absence de leadership du premier ministre du Québec et de son ministre de la Santé et des Services sociaux.»

Et nous invitons les représentants de la population qui siègent en cette Chambre à voter pour cette motion, M. le Président. Merci.

Le Vice-Président (M. Gendron): Alors, je cède maintenant la parole à M. le ministre de la Santé et des Services sociaux pour la poursuite du débat sur cette motion inscrite aux affaires du jour. M. le ministre de la Santé et des Services sociaux, à vous la parole.

M. Bernard Drainville (réplique)

M. Drainville: Merci, Mme la Présidente. Mme la Présidente, je remercie tous mes collègues qui ont participé au débat. Ils ont, à tour de rôle, rapporté différentes anecdotes, différents cas des gens dont ils ont reçu les témoignages, qui ne viennent que renforcer la raison pour laquelle nous avons choisi de déposer cette motion, Mme la Présidente. Et nous l'avons fait après mûre réflexion. Nous l'avons fait parce que nous croyions que le temps était venu de soumettre au gouvernement une sorte de sanction pour sa gestion de la crise du A (H1N1) jusqu'à maintenant. Et surtout, Mme la Présidente, nous souhaitions attirer l'attention du ministre, du ministre et de son premier ministre sur les difficultés qu'a connues la campagne jusqu'à maintenant et sur les nécessaires solutions qu'ils doivent y apporter, Mme la Présidente.

Je ne peux pas concevoir que le ministre se lève en cette Chambre et nous dise: Pour l'essentiel, tout va bien. Cessez de nous critiquer, vous le faites pour rien, alors que, Mme la Présidente, là, si vous relisez la trame des derniers jours, si vous faites la revue de presse des derniers jours, le constat s'installe de lui-même.

Début de campagne sur fond de scepticisme au Québec. Ça, c'était la première journée. On savait que les gens doutaient. Ils n'étaient pas sûrs de vouloir se faire vacciner. Arrive l'incident du jeune garçon de 13 ans, beaucoup, beaucoup de gens changent d'idée. Et là ça commence: Pas de réponse à la ligne Info-Santé pour tous ces gens qui veulent se faire vacciner; Vaccination dans la confusion; Le vaccin se fait attendre; Les centres sont débordés; Vaccination difficile à Lachine chez les employés de la santé; Les ambulanciers feront la file; Premier arrivé, premier vacciné à Gatineau.

Un article de J.-Jacques Samson, qui n'est habituellement pas particulièrement tendre à notre égard, qui rappelle le modèle Bouchard, le modèle de Lucien Bouchard lors du verglas, quand on avait une présence sûre, confiante, une direction claire, des points de presse quotidiens où les consignes nationales étaient données pour que justement tous les gens travaillent ensemble, main dans la main, plutôt que la confusion actuelle.

Tout à l'heure, Mme la Présidente, le ministre disait: Les péquistes veulent tout centraliser. Non, ce n'est pas ça qu'on veut faire. On veut une vision, un plan national et, par la suite, dans l'application et la mise en oeuvre, là c'est le temps de décentraliser. Quand c'est le temps de prendre les moyens pour rendre le vaccin accessible, on conçoit bien qu'il faut s'ajuster aux particularités des régions, mais qu'on établisse pour chaque groupe prioritaire des dates de vaccination qui soient les mêmes partout, quitte à s'ajuster pour les particularités régionales.

Le ministre fait signe que non, alors que tout le monde lui dit que c'est ça qu'il aurait fallu faire.

Je continue mon énumération: Serons-nous vaccinés à temps? Là, on était rendus le 29 octobre. Ruée vers le vaccin à Gatineau; Seulement 17 000 doses dans la région de Québec. Trouvez-vous, Mme la Présidente, que c'est une revue de presse qui est particulièrement favorable ou positive, ça, pour la campagne de vaccination, alors que le gouvernement, le ministre en tête, nous dit que tout va bien, Madame la Marquise, ne vous inquiétez pas, les cas augmentent, l'inquiétude aussi?

Les policiers interviennent ― à Longueuil, pas très loin de mon comté, parce que c'était la cohue puis la gestion chaotique.

Patience, dit Ottawa. Bien oui, ils sont toujours là, eux autres, quand on a besoin d'eux, alors qu'ils sont probablement à l'origine d'une partie du problème pour avoir placé les commandes trop tard, après les Français et les Américains.

L'inquiétude gagne les enseignements; Pas pressées de se préparer; La psychose du H1N1.

Mme la Présidente, ça a été comme ça jour après jour, jusqu'à aujourd'hui. Ruée vers le vaccin. Un foutu bordel: «Mon fils de neuf ans souffre d'un déficit immunitaire. Nous devons lui donner des produits sanguins toutes les semaines.» C'est un parent qui témoigne. «Le moindre virus peut lui être fatal. Il a d'ailleurs attrapé la varicelle deux fois. La grippe A (H1N1) nous inquiète beaucoup. Ça fait trois jours que les centres de vaccination sont ouverts [...] je n'ai pas réussi à le faire vacciner.

«J'ai une lettre de l'Hôpital Sainte-Justine disant qu'il est prioritaire, mais je me vois refuser l'accès au vaccin, car il y a un trop grand nombre de personnes.»

Vous trouvez ça acceptable, M. le ministre? Vous devriez vous excuser pour ce genre de cas là et vous devriez, à tout le moins...

Des voix: ...

La Vice-Présidente (Mme Houda-Pepin): Monsieur... Un instant.

Des voix: ...

La Vice-Présidente (Mme Houda-Pepin): Un instant. S'il vous plaît! À l'ordre! M. le député de Marie-Victorin, vous vous adressez à la présidence, s'il vous plaît. Merci.

M. Drainville: Mme la Présidente, je veux entendre notre ministre de la Santé nous dire: J'ai compris le message de ces parents qui s'inquiètent pour leurs enfants. J'ai compris le message de ces aînés qui ne savent pas s'ils auront un transport pour se rendre jusqu'à la clinique de vaccination. J'ai compris le message de ces malades chroniques qui subissent actuellement des traitements de chimiothérapie et à qui on dit: Vous ne pourrez pas vous faire vacciner à l'hôpital. J'ai compris et je vais trouver une solution.

Je n'ai pas le goût d'entendre, Mme la Présidente, un ministre de la Santé, appuyé en cela par son premier ministre, qui nous dit: Tout va bien. Ne vous en faites pas. Les manchettes des journaux? Voyons donc! Ça ne reflète pas la vraie réalité sur le terrain.

Au contraire, Mme la Présidente, c'est ça, la réalité. C'est de ça dont les gens témoignent. C'est ce qu'ils nous disent dans les courriels qu'ils nous envoient. C'est ce que révèlent les images qui ont été roulées, pendant des jours et des jours, à la télévision. Ces images-là, quoi, ce n'était pas vrai, ces images-là? Ces gens sur des, quoi... dans certains cas, tout près de 1 km, certainement, que ça faisait plusieurs coins de rue, des parents qui nous disaient: Il n'y a même pas d'installations sanitaires, je suis ici avec le bébé, ça fait des heures qu'on attend.

Pourquoi ça a pris tant de temps, Mme la Présidente, avant qu'on réagisse? Pourquoi ça a pris tant de temps avant qu'on soumette des solutions? On est de bonne foi, Mme la Présidente, quand on dit: Il faut maintenant envisager une vaccination dans les écoles. Je n'ai pas le goût, Mme la Présidente, d'entendre le ministre de la Santé, qui est supposé être notre général dans cette campagne de vaccination, je n'ai pas le goût d'entendre le général dire: Faites-vous-en pas, tout va très bien, le plan fonctionne à merveille.

Le plan fonctionne à merveille, Mme la Présidente? Alors, il a une responsabilité, Mme la Présidente. Et, dans le fond, le sens de la motion d'aujourd'hui, c'est un rappel de ses responsabilités, parce qu'on en a encore pour plusieurs semaines, sinon plusieurs mois de vaccination au Québec. Il nous dit que ça va être réglé pour décembre, là, pour Noël, pour le temps des fêtes. On se croise les doigts et on espère.

On fait confiance au personnel de la santé. Ça, c'est un socle solide sur lequel on peut s'appuyer, puis on réitère aujourd'hui notre appui à ces gens-là, puis on redit à quel point ils sont formidables puis à quel point ils font un travail extraordinaire avec un dévouement puis un sens de l'engagement qui est exceptionnel. Là-dessus, on s'entend. Mais, sur la nécessité d'apporter des ajustements, sur la nécessité de d'abord reconnaître l'erreur quand elle est constatée par tous et de se donner la responsabilité, de s'imposer l'obligation à titre de ministre de la Santé d'apporter des corrections, d'apporter des solutions qui vont faire en sorte que le système fonctionne mieux, qu'il est plus efficace, qu'il est plus humaniste, qu'il se fait dans le respect de la dignité des personnes...

Vous l'avez entendu, vous avez entendu comme moi, Mme la Présidente, les témoignages de mes confrères ici, là, de mes confrères et de mes consoeurs. On n'est pas dans la grande partisanerie, Mme la Présidente, on est ici dans le témoignage. On rapporte ce qui nous est raconté, on se fait le relais des citoyens qui s'inquiètent et qui demandent à juste titre que leur opposition relaie leur inquiétude, relaie leurs questions pour qu'enfin on trouve des solutions. On le fait, Mme la Présidente, en toute bonne foi, dans le même esprit que celui avec lequel j'ai accepté de participer à la séance de vaccination la semaine dernière, parce que je sentais que c'était le temps d'envoyer un message, effectivement, qui allait au-delà des partis politiques, et c'est dans ce même esprit, Mme la Présidente, que nous rappelons aujourd'hui au ministre ses obligations, ses responsabilités, en tout respect et sans nier sa bonne volonté et ses bonnes intentions.

Mais la vérité, Mme la Présidente, c'est que, jusqu'à maintenant, les résultats ne sont pas au rendez-vous. La gestion, elle a été chaotique, comme le dit la motion. C'est vrai qu'il ne semble pas y avoir eu une bonne planification, mais il n'est jamais trop tard pour bien faire, Mme la Présidente. Il a encore le temps de s'ajuster, il a encore le temps de nous dire qu'il va le faire, il a encore le temps de retrousser ses manches et d'apporter des solutions au problème que nous lui avons soumis.

Et, moi, ce que je tiens à lui redire, Mme la Présidente, c'est que nous allons le faire en toute bonne foi, avec toute la bonne volonté, puis avec le désir sincère, Mme la Présidente, de représenter en cette Chambre les inquiétudes des gens qui n'ont toujours pas été vaccinés pour plusieurs d'entre eux et qui souhaitent l'être le plus rapidement possible. Alors, on vous tend la main, on va travailler avec vous, mais, s'il vous plaît, faites le travail. Merci beaucoup, Mme la Présidente.

La Vice-Présidente (Mme Houda-Pepin): Merci. Merci, M. le député de Marie-Victorin. Je vais maintenant mettre aux voix la motion de M. le député de Marie-Victorin, qui se lit comme suit:

«Que l'Assemblée nationale du Québec dénonce la confusion, la gestion chaotique et la planification inadéquate de la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1) par le gouvernement du Québec, et déplore l'absence de leadership du premier ministre du Québec et de son ministre de la Santé et des Services sociaux.»

Cette motion est-elle adoptée?

n (17 heures) n

M. Gautrin: Mme la Présidente, vote nominal, s'il vous plaît, vote nominal qu'en fonction de l'article 223 nous reporterons demain, après les affaires courantes.

Vote reporté

La Vice-Présidente (Mme Houda-Pepin): Alors, conformément à la demande du leader du gouvernement, le vote sur la motion de M. le député de Marie-Victorin sera tenu à la période des affaires courantes de demain. M. le leader du gouvernement.

Ajournement

M. Gautrin: Mme la Présidente, je fais motion pour ajourner nos travaux au jeudi 5 novembre, à 9 h 45.

La Vice-Présidente (Mme Houda-Pepin): Alors, consentement. J'ajourne les travaux jusqu'à demain, 5 novembre 2009, à 9 h 45.

Motion proposant que l'Assemblée dénonce la gestion de la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1) par le gouvernement

Le Vice-Président (M. Gendron): Alors, tel qu'annoncé précédemment, nous allons maintenant procéder au vote reporté sur la motion du député de Marie-Victorin débattue hier aux affaires inscrites par les députés de l'opposition. Cette motion se lit comme suit:

«Que l'Assemblée nationale [du Québec] dénonce la confusion, la gestion chaotique et la planification inadéquate de la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1) par le gouvernement du Québec, et déplore l'absence de leadership du premier ministre du Québec et de son ministre de la Santé et des Services sociaux.»

Que les députés en faveur de cette motion veuillent bien se lever.

La Secrétaire adjointe: M. Bédard (Chicoutimi), M. Cloutier (Lac-Saint-Jean), Mme Beaudoin (Rosemont), Mme Malavoy (Taillon), Mme Lapointe (Crémazie), M. Simard (Richelieu), M. Aussant (Nicolet-Yamaska), Mme Doyer (Matapédia), M. Trottier (Roberval), M. Ferland (Ungava), Mme Champagne (Champlain), M. Bérubé (Matane), M. Bergeron (Verchères), Mme Richard (Duplessis), Mme Poirier (Hochelaga-Maisonneuve), Mme Hivon (Joliette), M. Marceau (Rousseau), Mme Maltais (Taschereau), Mme Léger (Pointe-aux-Trembles), M. Drainville (Marie-Victorin), M. Curzi (Borduas), M. Cousineau (Bertrand), M. Pagé (Labelle), M. Pinard (Saint-Maurice), M. Pelletier (Rimouski), M. Rebello (La Prairie), M. St-Arnaud (Chambly), Mme Richard (Marguerite-D'Youville), M. Kotto (Bourget), M. Dufour (René-Lévesque), M. Gaudreault (Jonquière), M. McKay (L'Assomption), Mme Bouillé (Iberville), M. Turcotte (Saint-Jean), M. Villeneuve (Berthier), M. Tremblay (Masson), M. Leclair (Beauharnois), M. Robert (Prévost), M. Pelletier (Saint-Hyacinthe), M. Traversy (Terrebonne), M. Boucher (Johnson).

M. Bonnardel (Shefford), M. Grondin (Beauce-Nord), M. Deltell (Chauveau).

Le Vice-Président (M. Gendron): Alors, que ceux qui sont contre veuillent bien se lever.

n (11 h 10) n

La Secrétaire adjointe: M. Charest (Sherbrooke), M. Dupuis (Saint-Laurent), Mme Normandeau (Bonaventure), Mme Gagnon-Tremblay (Saint-François), Mme Courchesne (Fabre), Mme Beauchamp (Bourassa-Sauvé), M. Bachand (Outremont), M. Bolduc (Jean-Talon), Mme Weil (Notre-Dame-de-Grâce), M. Tomassi (LaFontaine), Mme Ménard (Laporte), M. Simard (Dubuc), M. Auclair (Vimont), Mme St-Pierre (Acadie), M. Dutil (Beauce-Sud), Mme James (Nelligan), Mme Vien (Bellechasse), Mme L'Écuyer (Pontiac), M. MacMillan (Papineau), M. Corbeil (Abitibi-Est), Mme Thériault (Anjou), M. Gignac (Marguerite-Bourgeoys), M. Béchard (Kamouraska-Témiscouata), M. Moreau (Châteauguay), Mme Boulet (Laviolette), M. Lessard (Frontenac), M. Hamad (Louis-Hébert), Mme Blais (Saint-Henri―Sainte-Anne), Mme Charlebois (Soulanges), M. Marsan (Robert-Baldwin), M. Marcoux (Vaudreuil), M. Kelley (Jacques-Cartier), M. Bergman (D'Arcy-McGee), M. Gautrin (Verdun), M. Ouimet (Marquette), M. Whissell (Argenteuil), M. Bachand (Arthabaska), M. Bernard (Rouyn-Noranda―Témiscamingue), M. Bernier (Montmorency), M. Morin (Montmagny-L'Islet), M. Paquet (Laval-des-Rapides), M. Reid (Orford), M. Dubourg (Viau), Mme Gonthier (Mégantic-Compton), M. Ouellette (Chomedey), M. Sklavounos (Laurier-Dorion), M. Drolet (Jean-Lesage), M. Diamond (Maskinongé), M. Chevarie (Îles-de-la-Madeleine), Mme Charbonneau (Mille-Îles), M. Carrière (Chapleau), M. Billette (Huntingdon), Mme Vallée (Gatineau), M. Huot (Vanier), M. Lehouillier (Lévis), M. Mamelonet (Gaspé), M. Matte (Portneuf), M. Pigeon (Charlesbourg), Mme Rotiroti (Jeanne-Mance―Viger), Mme St-Amand (Trois-Rivières), M. D'Amour (Rivière-du-Loup).

Le Vice-Président (M. Gendron): Y a t-il des abstentions?

Des voix: ...

Le Vice-Président (M. Gendron): Alors, M. le secrétaire général.

Le Secrétaire: Pour: 44

Contre: 61

Abstentions: 1

Le Vice-Président (M. Gendron): Alors, la motion est rejetée.