Retour à :  MétéoPolitique  Plan du site  -  Grippe A (H1N1)-Porcine/Mexicaine  -  Ce qu'en disent les élus.es  -  M. Gérard DELTELL

Affaires inscrites par les députés de l'opposition
Motion proposant que l'Assemblée dénonce la gestion de la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1) par le gouvernement

Intervention de M Gérard DELTELL
Député provincial du comté de Chauveau
Assemblée nationale, Journal des débats, période des question des députés.es. Cahier Vol. 41 N° 69
4 novembre 2009

 

M. Deltell: Je vous remercie infiniment, M. le Président. Je tiens à remercier d'ailleurs les groupes parlementaires de me permettre de parler à ce moment-ci du débat.

M. le Président, il y a de ces questions qui sont au-dessus de toute partisanerie et de tout instinct politique que l'on peut qualifier parfois d'agressif, et c'est évidemment les questions de santé et particulièrement la question de la grippe A (H1N1). Pourquoi? Parce qu'évidemment il est question de santé publique, de sécurité, voire même de... voire même de sécurité publique et surtout de la santé, pour la plupart d'entre nous, de nos enfants, que nous avons évidemment bien à coeur.

Or, ce n'est pas parce qu'il ne faut pas être partisans que l'on doit se fermer les yeux et ne pas faire les constats et établir les bilans. Et force est d'admettre, M. le Président, que, cette semaine, le bilan de la grippe A (H1N1), la gestion qui en a été faite au Québec est malheureuse. Je vois que le ministre nous a dit tout à l'heure que c'était... que ça allait bien, qu'il y avait des efforts qui avaient été faits. Nous prenons acte des efforts qui ont été faits. Nous prenons acte aussi que tout s'est fait de bonne foi, que personne ne s'est traîné les pieds là-dedans. Mais nous devons d'abord constater que les décisions qui ont été prises n'étaient pas les bonnes, avec le résultat qu'au cours des derniers jours nous avons vu, à la télévision, des files d'attente extrêmement gênantes, de la confusion et de l'inquiétude dans notre population.

Quelques éléments expliquent ces décisions, que nous estimons malheureuses, qui ont conduit à la situation actuelle. Tout d'abord, une communication déficiente. Soyons honnêtes, M. le Président. Il y a environ deux mois, c'était presque une certaine fierté qu'on se faisait de dire: Ah! bien, moi, je ne me ferai pas vacciner, ce n'est pas ça qui m'intéresse, tout ça. Et il fallait faire prendre conscience aux gens de l'importance de la situation. Tant et si bien que, le 5 octobre, le ministre de la Santé avait dit que «le H1N1 est un [véritable] défi de communication. Et on ne peut pas blâmer la population. C'est à nous de rendre l'information claire et intelligible.»

Or, M. le Président, la semaine suivante, le ministre tenait des propos que l'on peut qualifier d'alarmants, alors qu'il disait que ça pouvait se traduire par 34 000 hospitalisations et 8 000 morts au Québec, selon les évaluations de son ministère. Quand on évoque cette situation-là, ces scénarios catastrophe, on ne peut pas se surprendre plus tard de voir des gens être inquiets de la situation et être ainsi alarmés. Et voilà qu'il y a quelques jours à peine le ministre disait: «La panique est très mauvaise conseillère dans ce genre de situation.» Il faut inviter «la population à faire preuve de civisme et de discipline». Mais, lorsqu'on dit qu'il va y avoir... qu'on dit que le défi, c'est un défi de communication, que, peu après, on dit qu'il peut y avoir 8 000 morts, puis qu'après ça on dit: Les gens, ne paniquez pas, il y a quand même une résultante de ça qui fait qu'à notre point de vue le travail de communication du ministre de la Santé n'a pas été à la hauteur des attentes. C'est notre observation que nous faisons à cet effet-là.

Deuxième décision que nous estimons qui n'a pas été la bonne, c'est de ne pas avoir appliqué des normes dites nationales, un plan de match national, région par région. J'ai écouté attentivement les propos du ministre. Il a raison de prétendre qu'en effet, dans certains cas, on peut s'adapter et on doit s'adapter. Mais je suis persuadé, M. le Président, que le ministre est d'accord avec nous que c'est quand même surprenant de voir que, dans une même agglomération urbaine, il y a des situations différentes. J'entendais ce matin à la radio... Remarquez, écoutez n'importe quelle radio au Québec, tout le monde en parle. C'est une situation qui est très surprenante: vous avez ici, à Québec, un ordre séquentiel et, juste l'autre bord du fleuve, à Lévis, un autre ordre séquentiel. Et ça, c'est vrai pour chez nous, à Québec, mais c'est vrai aussi ailleurs dans d'autres régions du Québec. Et c'est ça... et c'est ça qui génère la confusion et l'inquiétude de la population.

Nous estimons, M. le Président, que le gouvernement aurait dû prendre des normes dites nationales et adapter, dans certaines régions, des cas spécifiques. Mais de permettre à chacune des régions d'avoir son plan de match autonome... Remarquez, vous savez que, nous, on n'a rien contre l'autonomie, mais, dans certains cas et dans le cas présent, il eût été préférable d'avoir une norme nationale et que chacun puisse s'adapter.

Je vous ai parlé de ce qui se passe chez nous, dans la région de Québec. Je prends exemple, M. le Président, vous connaissez bien le coin, l'Abitibi-Témiscamingue, où, à La Sarre, ville que vous connaissez mieux que quiconque, eh bien, c'est sans rendez-vous à partir du 8 novembre. Un petit peu plus au sud, à Rouyn-Noranda, c'est rendez-vous obligatoire. Si vous descendez un petit peu plus loin dans le Témiscamingue, à Ville-Marie, c'est sans rendez-vous à partir du 4 novembre. Et, un petit peu plus bas, au Témiscamingue, c'est sans rendez-vous à partir du 5 novembre. Donc, vous avez, dans une même bande géographique, quatre éléments différents pour une population qui est sensiblement la même. Et c'est ça, M. le Président ― et je vois que le ministre est attentif à mon propos, je l'en remercie ― c'est ça que nous estimons qu'il aurait dû y avoir un plan de match national mais avec des particularités locales. Donc, à la base, le plan de match du gouvernement, à notre sens, n'était pas le bon.

Et je tiens à citer l'article du Journal de Québec ce matin, signé par Michel Hébert, qui l'illustre de façon assez éclatante: un enfant de six ans... pour les enfants de six ans... de six mois, pardon, à cinq ans, bien, depuis 10 jours, peuvent être vaccinés dans les Laurentides. C'est à partir de lundi en Montérégie. C'est demain à Montréal. Et c'est dans deux semaines à Laval. Bref, c'est la confusion et c'est malheureux.

n (15 h 40) n

Bon, on doit quand même prendre acte du fait qu'il y a eu des files d'attente et que le ministère a implanté le système de coupons, qui, nous dit-on, au moment où on se parle, connaît de bons résultats. Bravo! Mais ce qu'il y a de surprenant, M. le Président, c'est que ce système-là a été appliqué à Gatineau. Donc, pourquoi avoir permis à une région d'avoir eu cette brillante idée là et de ne pas l'avoir implantée immédiatement ailleurs? Pourquoi? Parce que nous estimons, M. le Président, qu'au ministère les gens ont trop travaillé en vase clos et nous estimons que c'était la responsabilité du ministre de voir les meilleures idées qui existaient partout et de les appliquer avant que le système ne soit mis en opération. Nous constatons qu'il a fait acte de la réalité... qu'il a pris acte de la réalité et qu'il a corrigé le tir. Bravo! Il eût été nettement préférable que ça se fasse avant que la situation ne se vive actuellement.

On pourrait dire, M. le Président... Vous me permettrez juste de faire un petit rappel historique, je l'ai dit tout à l'heure, le problème, c'est parce que les gens travaillent en silo, agence, par agence, par agence. Il me semble que je me souviens, M. le Président, d'un parti politique qui, en 2003, avait promis d'annuler ou enfin de mettre un terme à l'existence des régies de la santé. Bien, vous allez me dire: Bien oui, c'est vrai, les régies n'existent plus, on a les agences maintenant. Oui, c'est ça, le problème. Vous avez éliminé le mot «régie», mais vous avez maintenu la structure, et c'est ça, le problème. Si, en 2003, le Parti libéral avait assumé pleinement son mandat et assumé pleinement sa promesse électorale, les régies et agences n'existeraient plus. Mais on a maintenu la structure avec le résultat qui existe aujourd'hui. C'est pour ça que nous plaidons, nous, depuis longtemps, que, les structures, quand ça alourdit le système, il faut les éliminer. Et dans le cas présent c'en est une réalité.

Nous estimons aussi, M. le Président, que le gouvernement a mis de côté des avenues qui auraient pu être intéressantes. Et, je vous le répète encore, M. le Président, le gouvernement a fait ses choix de bonne foi, il ne s'est pas traîné les pieds, il a agi. Mais nous estimons que les décisions qui ont été prises n'ont pas été les bonnes. Pourquoi ne pas avoir procédé à une vaccination par, par exemple, le médecin de famille, dans les hôpitaux, dans les écoles, dans les milieux de travail. Ça existait déjà. Je comprends que nous avions une situation particulière, qui commandait des mesures exceptionnelles, mais force est d'admettre, M. le Président, et tous les Québécois seront d'accord avec ça, que le départ de cette vaccination massive a connu des ratés importants, a semé la confusion, a semé de l'inquiétude auprès de notre population, et c'est notre devoir, comme parlementaires, de signaler cette situation-là et de signaler au gouvernement que les choix qu'ils ont faits n'ont pas été bons.

En terminant, M. le Président, je vous rappelle qu'à la base c'est un... c'est un élément qui ne commande pas de partisannerie politique. Mais ce n'est pas parce qu'on n'est pas... qu'on ne fait pas de partisannerie qu'on doit se fermer les yeux sur la réalité. Des millions de Québécois cette semaine ont constaté que la gestion de la vaccination de la grippe A (H1N1) a été déficiente, a semé la confusion, a semé l'inquiétude au sein de la population, qu'à la base même le problème, c'était la gestion qui était laissée en îlots, qui était... qui était laissée région par région, alors que nous estimons que le gouvernement aurait dû assumer un leadership national et de prendre... puiser les meilleures idées qui existaient partout pour en faire justement une approche qui soit globale et que partout au Québec on puisse savoir exactement comment ça fonctionne, et de façon juste et équilibrée.

Et, M. le Président, mes pensées les plus sincères vont particulièrement aux travailleurs de la santé, qui, aujourd'hui, comme hier, comme demain, travaillent avec conscience, rigueur et professionnalisme pour que, lorsque la personne se présente pour obtenir ce vaccin... va finalement obtenir ce vaccin comme il se doit. Merci, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Gendron): Alors, je vous remercie, M. le député de Chauveau