Retour à :  MétéoPolitique  Plan du site  -  Grippe A (H1N1)-Porcine/Mexicaine  -  Ce qu'en disent les élus.es  -  M Yves BOLDUC

Sanctions pour non-respect de l'ordre de priorité des personnes à vacciner contre la grippe A (H1N1)

Réponse de M Yves BOLDUC
Député provincial du comté de Jean-Talon
et Ministre de la Santé et des Services sociaux
Assemblée nationale, Journal des débats, période des question des députés.es. Cahier Vol. 41 N° 72
11 novembre 2009

 

 Mme Marois: Merci, M. le Président. Chaque jour, depuis le début de la campagne de vaccination, les infirmières tiennent à bout de bras les centres de vaccination. Elles le font avec compétence et avec coeur. Ce n'est pas le ministre qui est sur place pour retourner les personnes bredouilles lorsqu'il n'y a plus de coupons disponibles, mais ce sont celles et ceux qui, chaque jour, donnent le meilleur d'eux-mêmes pour opérer les centres de vaccination pour vacciner. Ce sont elles qui subissent, jour après jour, les foudres des personnes qui sont frustrées par le cafouillage qui persiste dans la campagne de vaccination, pas le ministre, M. le Président.

Hier, le ministre de la Santé a accusé les infirmières d'être responsables des passe-droits auxquels des détenus, des membres de conseils d'administration d'hôpitaux, des donateurs à des fondations d'établissement de santé ont pu profiter. Le ministre va jusqu'à les menacer de congédiement. Des menaces, M. le Président, inacceptables.

Est-ce que le premier ministre est du même avis que son ministre de la Santé à l'effet que les passe-droits sont la faute des infirmières, M. le Président?

Le Président: M. le ministre de la Santé et des Services sociaux.

M. Yves Bolduc

M. Bolduc: M. le Président, on va clarifier au niveau de la pensée, de ce que j'ai dit. Ce que j'ai dit, c'est que toute personne qui commettait des passe-droits, à ce moment-là ça devrait être évalué. Et vous savez que les passe-droits sont inacceptables au niveau de la population et à notre niveau également, et on a dit qu'on n'en voulait plus.

On oublie le passé, parce qu'il y a eu des erreurs de jugement, mais, à partir de maintenant, la consigne est très claire: toute personne qui permettrait un passe-droit pourrait avoir une évaluation. Et, lorsqu'on m'a posé la question: Est-ce qu'il pourrait y avoir des sanctions?, la réponse, c'est: Oui, ça pourrait aller de la simple réprimande jusqu'au congédiement. Un exemple, quelqu'un qui volerait des vaccins pour pouvoir les vendre et donner des passe-droits à d'autres, je pense, ça pourrait mériter le congédiement.

On veut une règle stricte, mais on va l'appliquer avec humanité. Et également ça n'a jamais remis en question le travail très formidable des infirmières, des infirmiers et de tout le personnel de la santé, mais je pense que la consigne doit être claire. Et on ne peut pas nous accuser... Surtout que, voilà quelques jours, l'opposition se plaignait des passe-droits.

Le Président: En première complémentaire, Mme la chef de l'opposition officielle.

Mme Pauline Marois

Mme Marois: M. le Président, s'il y a des passe-droits, c'est à cause du cafouillage du ministre qui n'est...

Des voix: ...

Mme Marois: ...qui est incapable d'envoyer des directives claires, de ne pas en changer d'un jour à l'autre, M. le Président. Je...

Des voix: ...

Le Président: S'il vous plaît! Mme la chef de l'opposition. S'il vous plaît!

Des voix: ...

Le Président: S'il vous plaît! ...mal à entendre la question qui était posée. Mme la chef de l'opposition officielle.

Mme Marois: Le ministre de la Santé, M. le Président, est en train littéralement de démotiver le personnel du réseau.

Je veux savoir de la part du premier ministre s'il cautionne les menaces de congédiement du ministre de la Santé envers les infirmières, M. le Président. Et est-ce qu'il va corriger le tir, surtout?

Le Président: M. le ministre de la Santé et des Services sociaux.

M. Yves Bolduc

M. Bolduc: Oui. M. le Président, tout le réseau de la santé, la population demandent à ce qu'on agisse avec équité et justice. L'équité et la justice dans la situation actuelle: on veut vacciner le maximum de personnes le plus rapidement possible en respectant les priorités. Lorsque quelqu'un a un passe-droit, il prend la place de quelqu'un d'autre qui en aurait plus besoin. Je pense que ce sont des principes simples.

Dans un premier temps, compte tenu de l'ampleur de... des opérations qu'on a actuellement, la plus grande opération jamais vécue, on peut comprendre qu'il y a eu des anecdotes, des anomalies, qui d'ailleurs ont été dénoncées par l'opposition. C'est l'opposition, avec le député de Marie-Victorin, qui se levait et qui se demandait qu'est-ce qu'on ferait. Le message est clair: On n'en veut plus, on s'attend à ce que les gens ne le font pas... ne le fassent pas et on va prendre...

Le Président: En deuxième complémentaire, Mme la chef de l'opposition officielle.

Mme Pauline Marois

Mme Marois: M. le Président, le ministre, le premier ministre, ce gouvernement savent depuis des mois que cette campagne de vaccination devra être tenue. Ce que l'on constate, c'est, d'un jour à l'autre, le cafouillage qui continue: un ministre qui envoie une directive un jour, qui en envoie une autre le lendemain, M. le Président, et qui maintenant accuse les infirmières de permettre des passe-droits. Il en est responsable, M. le Président, de ce cafouillage.

Est-ce que le premier ministre est d'accord avec son ministre, M. le Président?

Le Président: M. le ministre de la Santé et des Services sociaux.

M. Yves Bolduc

M. Bolduc: M. le Président, il n'y a jamais eu d'accusation contre les infirmières. Ce que nous avons dit et ce que nous répétons: Il y a eu des anomalies, des anecdotes, d'ailleurs qui ont été dénoncées par l'opposition, puis ils nous ont demandé d'agir. Ce que j'ai dit, c'est que toute personne qui commettrait un passe-droit pourrait être soumise à des sanctions. Et c'est une question de discipline de groupe parce que c'est une question d'équité. C'est que, si quelqu'un prend le vaccin d'une autre personne, il empêche quelqu'un d'être vacciné avant, et les plus à risque. Et c'est nos épidémiologistes qui ont déterminé les risques à groupes.

Donc, il faut respecter ça. Et je dois vous avouer que ça a été bien reçu dans le réseau de la santé et dans le population parce que les gens s'opposent aux passe-droits. On est... on est tous égaux devant la maladie.

Le Président: En troisième complémentaire, Mme la chef de l'opposition officielle.

Mme Pauline Marois

Mme Marois: Alors, M. le Président, il y en a qui sont plus égaux que d'autres. Et je vais citer le ministre, il y a toujours bien un bout à raconter n'importe quoi: «"Les sanctions peuvent aller d'un avertissement jusqu'au congédiement", a dit le ministre...»

Des voix: ...

Le Président: S'il vous plaît!

Mme Marois: «Car si, dans le passé, on pouvait attribuer de tels passe-droits à "un manque de jugement" de la part des infirmières, à l'avenir on jugera qu'elles font [...] preuve de "mauvaise foi", a prévenu le ministre...»

La mauvaise foi, là, c'est le ministre de la Santé, M. le Président, qui est incapable de donner des directives claires et...

Des voix: ...

Le Président: S'il vous plaît! S'il vous plaît! Mme la chef de l'opposition officielle...

Une voix: ...

Le Président: Juste avant vous, M. le leader du gouvernement, juste avant vous. Alors, si vous me laissez le temps d'intervenir, je vais pouvoir le faire.

S'il vous plaît, Mme la chef de l'opposition, je vous indique qu'on ne peut pas porter de... imputer des... accuser des gens de mauvaise foi en cette Chambre. Je vous demande de retirer ces propos.

Une voix: ...

Le Président: Alors, c'est sans commentaire, c'est sans commentaire. M. le ministre de la Santé et des Services sociaux.

M. Bolduc: M. le Président...

Des voix: ...

Le Président: S'il vous plaît! S'il vous plaît! S'il vous plaît! Et le bruit vient de ma droite.

Des voix: ...

Le Président: S'il vous plaît! La parole est à notre collègue le ministre de la Santé et des Services sociaux.

M. Yves Bolduc

M. Bolduc: M. le Président, j'accepte les excuses de la chef de l'opposition.

M. le Président, vous savez qu'actuellement on vit la plus grande opération jamais vue au niveau sanitaire. Plus de 300 000 personnes du réseau de la santé mettent toute leur énergie, font des heures supplémentaires et mettent tout leur coeur pour que la situation se passe bien. Il peut arriver qu'il y ait des anomalies qui se passent, des anecdotes qui sont dénoncées également par l'opposition et par d'autres types de personnes, lesquelles on veut corriger. Mais ça ne veut pas dire que les gens ne font pas des grands efforts, et on le reconnaît, à tous les niveaux. Il n'y a jamais eu d'attaque personnelle par un groupe en particulier. Ce qu'on dénonce, ce sont les passe-droits, et on ne veut plus qu'il y en ait. Et on a dit aux gens: Advenant le cas qu'il y a des passe-droits qui sont faits de mauvaise foi...

Le Président: En terminant.

M. Bolduc: ...on va devoir agir en conséquence.

Le Président: En question principale, M. le député de Marie-Victorin.

Vaccination des jeunes d'âge scolaire contre la grippe A (H1N1)

M. Bernard Drainville

M. Drainville: M. le Président, extrait du journal Le Canada Français de ce matin: «Les commissaires de la commission scolaire des Hautes-Rivières, dans la région Saint-Jean-sur-Richelieu, ont voté à l'unanimité pour que la vaccination des élèves se fasse dans les écoles plutôt que d'avoir à les transporter vers le centre de vaccination, comme cela est envisagé. Pour déplacer les 2 000 élèves de la polyvalente Armand-Racicot ― et je cite ― la commission scolaire devrait pouvoir compter sur 40 autobus, toute une logistique où les désavantages semblent l'emporter sur les avantages.» Je cite toujours: «Les autorités scolaires feront valoir qu'il serait beaucoup plus simple d'utiliser les écoles pour la vaccination des jeunes, comme cela se fait déjà dans d'autres régions. La commissaire Nadine Arseneault a fait valoir le coût que cela représente pour la société: "Pourquoi ne pas transporter quelques infirmières vers les écoles plutôt que des milliers d'enfants?", demande-t-elle?»

Qu'est-ce que le ministre de la Santé répond à la commissaire Nadine Arseneault?

n (10 h 30) n

Le Président: M. le ministre de la Santé et des Services sociaux.

M. Yves Bolduc

M. Bolduc: M. le Président, je respecte l'opinion de la commissaire, mais on a des experts qui nous disent... des experts en santé, des gens qui sont préoccupés de la logistique, des gens qui ont préparé, depuis plusieurs mois, plusieurs années, cette manoeuvre qui arrive à ce moment-ci. Et ce qu'il faut comprendre: il faut vacciner le maximum de personnes dans le minimum de temps en visant les groupes prioritaires.

Juste pour vous donner un exemple, si vous allez dans une école, vous devez tout transporter le matériel, des réfrigérateurs. Ce n'est pas quelques infirmières que ça prend, c'est des dizaines d'infirmières que ça prend. Et le temps que vous allez faire cette logistique-là, vous perdez du temps pour vacciner les gens.

Je ferais remarquer qu'au niveau scolaire je ne connais pas de classe qui, par année, ne va pas faire une activité comme aller à la piscine, aller faire un voyage. Et, M. le Président...

Des voix: ...

Le Président: S'il vous plaît! S'il vous plaît! S'il vous plaît! Je vous demande d'éviter l'interpellation. M. le ministre, vous avez la parole.

M. Bolduc: M. le Président, je tiens à rappeler que le geste le plus important actuellement qu'un enfant peut recevoir, c'est d'être vacciné. Et plus on va les vacciner rapidement, plus ils vont être protégés. Mais également on ne peut pas se permettre des délais pour avoir la vaccination de masse. Et la façon la plus efficace demeure de les transporter vers les centres de vaccination, où on peut en vacciner jusqu'à 300 à l'heure, plutôt que d'avoir à déplacer des équipes, perdre du temps et tomber en manque d'efficacité.

Le Président: En question complémentaire, M. le député de Marie-Victorin.

M. Bernard Drainville

M. Drainville: Il nous parle de la classe verte, de la classe verte annuelle, M. le Président. Prenons la commission scolaire Marie-Victorin, à Longueuil. Il va falloir déplacer 15 700 élèves du primaire, 12 700 élèves du secondaire, un total de 28 000. Ça représente 568 autobus remplis d'élèves pour une commission scolaire. Méchante classe verte, ça, hein! Méchante classe neige!

C'est évident que les vaccins dans les écoles, c'est ça, la solution. Pourquoi vous ne le faites pas?

Le Président: M. le ministre de la Santé et des Services sociaux.

M. Yves Bolduc

M. Bolduc: M. le Président, il vient de le dire, c'est 30 000 élèves à vacciner. Il faut se déplacer d'école en école, prendre du temps pour chacun des enfants, ne pas avoir la logistique nécessaire. M. le Président...

Des voix: ...

Le Président: S'il vous plaît! S'il vous plaît! S'il vous plaît!

Une voix: ...

Le Président: M. le député de Marie-Victorin, s'il vous plaît!

Des voix: ...

Le Président: S'il vous plaît! La question a été correctement posée, il faut être capables d'entendre la réponse qui est donnée.

Une voix: ...

Le Président: Mme la députée de Matapédia! Mme la députée, s'il vous plaît! M. le ministre, en réponse.

M. Bolduc: M. le Président, il vient de mentionner: On va prendre l'infirmière de l'école. Deux infirmières pour 1 500 étudiants? Quand est-ce que ça va finir, la vaccination? La réponse est très simple: Il faut vacciner le plus rapidement possible le maximum d'enfants, de la façon la plus efficace possible, parce que, si on retarde là, c'est le reste des clientèles qui va être retardé.

Des voix: ...

Le Président: S'il vous plaît! En deuxième complémentaire, M. le député de Marie-Victorin.

M. Bernard Drainville

M. Drainville: M. le Président, M. le Président, le ministre dit que ça ne se fait pas. Aujourd'hui même, aujourd'hui même, les enfants de l'école Arc-en-Ciel, de Saint-François-Xavier-de-Brompton, en Estrie, vont être vaccinés dans leurs classes par une clinique de... une clinique de vaccination itinérante du CSSS Val-Saint-François, clinique de... de vaccination itinérante. Le vaccin se promène. Si c'est bon à Saint-François-Xavier-de-Brompton, c'est bon dans les autres écoles du Québec. Faites-le donc, hein!

Le Président: M. le ministre de la Santé et des Services sociaux.

M. Yves Bolduc

M. Bolduc: M. le Président...

Des voix: ...

Le Président: S'il vous plaît! M. le ministre.

M. Bolduc: M. le Président, il démontre justement qu'on peut avoir une certaine flexibilité pour les petits endroits très éloignés. Mais, quand on... mais, quand on parle d'une masse... d'une vaccination massive de milliers d'étudiants ― et tantôt il parlait d'un nombre de 30 000 ― puis qu'il nous dit qu'il va prendre quelques infirmières puis il va les vacciner, ce n'est pas efficace et ça ne fonctionnera pas. Et l'objectif actuellement, je le rappelle, c'est sauver des vies. Plus on vaccine rapidement, plus les gens vont être protégés. Et non seulement il faut sauver des vies, il faut vacciner le maximum de personnes le plus rapidement possible en... justement en s'accommodant avec ces clientèles-là. Et, je le rappelle, c'est un geste important, qu'ils doivent avoir une fois, un seul déplacement, et ça peut sauver des vies.