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La grippe H1N1 est-elle « porcine » ou « mexicaine » ?



Journal Internet Rue89 de France
Par Sophie Verney-Caillat
 29/04/2009 | 15H20

 

Quel nom la grippe H1N1 doit-elle porter ? Depuis mardi, on l'entend moins sévir sous le nom porcine, elle est désormais devenue « mexicaine ». L'allusion au cochon n'a pas seulement ouvert la voie à des calembours parfois douteux, elle a soulevé un débat de fond. La France n'a pas tranché sa position : le ministère de la Santé sur son site parle d'« épidémie d'infections respiratoires sévères » ou H1N1.

En Israël, des voix se sont élevées pour éviter d'avoir à prononcer le mot impur de porc, dont la viande est interdite par le judaïsme. Mais finalement, le gouvernement a décidé de continuer à l'appeler « porcine ». Le pays pourrait se trouver isolé si l'Organisation mondiale de la santé suivait les recommandations de l'Organisation internationale de la santé animale. Mardi cette dernière s'est fendue d'une mise au point :

« Il n'est pas approprié d'appeler la maladie actuelle “ grippe porcine ” car le virus circulant comporte dans son patrimoine génétique des composantes d'origine humaine, aviaire et porcine à la fois. L'OIE a proposé de l'appeler “ grippe Nord-Américaine ” par homologie à la grippe asiatique et à la grippe espagnole survenues au siècle dernier. »

Implications économiques et politiques

Si la question de comment il faut appeler cette épidémie se pose, c'est parce que cela a des implications économiques et politiques.

Le fait de parler de grippe « porcine » a déclenché une psychose injustifiée sur la viande de porc. Plusieurs pays ont décidé de restreindre leurs importations de porc alors même que, comme l'a rappelé la commissaire européenne à la Santé Androulla Vassiliou :

« La consommation du porc est tout à fait sûre, à condition que cette viande soit cuite. »

Les éleveurs de porcs de l'Union européenne, déjà fragilisés depuis plusieurs semaines par une chute des prix, demandent à la Commission européenne une intervention pour les aider à traverser cette mauvaise passe.
Comme l'écrit le Progrès :

« Au moins deux secteurs sont déjà touchés par la crise porcine : le tourisme et l'industrie du porc. Plusieurs voyagistes, dont les Français hier, ont, en effet, décidé de “ suspendre tous les départs pour le Mexique”. »

De leurs côtés les Mexicains n'ont pas tort de ne pas vouloir entendre parler de « grippe mexicaine ». Là-bas, raconte le journal canadien Le Devoir :

« Les médias, comme les politiciens mexicains, ne parlent presque pas de grippe mexicaine, mais plutôt de “gripa porcina” ou d'“influenza porcina”. (…) D'ailleurs, depuis que les autorités ont annoncé que c'était un virus provenant des porcs, les gens ont cessé de manger de la viande de porc, raconte la Mexicaine Alba Sanchee. Ceci a affecté les carnitas [étals de rue qui vendent des plats à base de porc]. Pourtant, me disais-je, les carnitas que je fréquente sont délicieux, très propres et très attentifs aux risques sanitaires. »

Quel est le juste mot ?

« La grippe aviaire avait de bonnes raisons de s'appeler “aviaire” car elle se transmettait essentiellement entre poulets et exceptionnellement du poulet à l'homme, mais pas d'homme à homme », rappelle Meriadeg Le Gouil, virologue ayant fait sa thèse sur le
Sras (syndrome respiratoire aigu sévère).

Ce dernier juge qu'il serait plus logique de nommer le virus selon l'endroit d'où il a infecté l'homme. Ce ne fut -contrairement à ce que nous avions écrit- pas le cas pour la grippe espagnole de 1918, appelée ainsi parce que l'Espagne n'était pas engagée dans la Première guerre mondiale, raison pour laquelle c'est le seul pays où l'information circulait librement. Probablement apparue en Chine, elle a fait au moins 30 millions de morts dans le monde entier.

Le problème, nous assure ce scientifique qui suit toutes les dernières nouvelles scientifiques sur le virus notamment sur le réseau ProMed, est qu'on n'est pas encore certain que c'est le porc qui a transmis cette grippe à l'homme. « C'est vraisemblable mais pas prouvé. » Il détaille :

« La souche du H1N1 viendrait du porc, de l'homme et de l'oiseau. La combinaison pourrait avoir été retrouvée chez le porc il y a deux ans, pour ressortir chez l'humain, sous une forme modifiée, au Mexique récemment. Il faudrait avoir plus d'information sur les porcs malades ou pas au Mexique. »

Ce scientifique se dit « inquiet » de la façon dont les gouvernements prennent la chose :

« Dès qu'on a eu la preuve que ce virus se transmettait d'homme à homme et pouvait tuer, on aurait du appliquer le principe de précaution en limitant les déplacements et en surveillant systématiquement les gens revenant du Mexique. Mais ça a un coût. »