MétéoPolitique - Plan du site - Dossiers thématiques - Santé publique - Revue de presse - Grippe A (H1N1)

Retour à la Revue de presse

A(H1N1): feu vert à la production massive de vaccins
L'OMS confirme que tous les pays auront besoin de doses



Journal Le Devoir
Avec l'Agence France-Presse et Reuters
Lisa-Marie Gervais
Édition du mardi 14 juillet 2009

 

Signe que la grippe A(H1N1) frappe partout où elle passe, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré hier que tous les pays auront désormais besoin de vaccins pour faire face à la pandémie. Donnant ainsi le feu vert aux pharmaceutiques pour commencer la production massive de vaccins, l'organisation a également recommandé de les administrer en priorité aux employés du secteur de la santé.

Lors d'une réunion tenue la semaine dernière, l'organe consultatif sur les questions d'immunisation (SAGE) de l'OMS est arrivé à ces conclusions, alléguant que la pandémie de grippe A(H1N1) «ne peut pas être arrêtée» et que, par conséquent, «tous les pays auront donc besoin d'avoir accès aux vaccins», selon ce qu'a affirmé la directrice sur la recherche sur les vaccins à l'OMS, Marie-Paule Kieny. Devant faire face à des situations épidémiologiques différentes les unes des autres, les pays devront déterminer eux-mêmes quels groupes seront à vacciner en priorité après les infirmières et les médecins, a-t-elle ajouté.

Selon les critères définis par l'OMS, soit la réduction de la transmission du virus, la diminution de la mortalité et la protection du système de santé, les autorités sanitaires de chaque pays pourraient envisager de prioriser l'immunisation des femmes enceintes, des personnes âgées et des adultes en bonne santé âgés de 15 à 49 ans qui, contrairement à ce qui se produit pour le virus de la grippe classique, font partie des groupes à risque.

Le ministre de la Santé du Québec, Yves Bolduc, a affirmé qu'il souscrivait déjà en partie à ces critères et que les différents plans de contingence, qui prévoient immuniser les travailleurs de la santé en premier, sont prêts.

Pour sa part, Jean-Pierre Vaillancourt, épidémiologiste à l'Hôpital de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal, souhaiterait voir les personnes travaillant auprès des élevages de porcs se fassent vacciner en priorité. Sans être alarmiste, il y aurait lieu de surveiller de près les élevages de porcs, non seulement pour protéger cette industrie en péril au Canada mais également pour éviter que le virus ne change complètement sa composition génétique en passant de l'humain à l'animal, puis de l'animal à l'humain, ce qui pourrait avoir une incidence sur sa virulence.

Un vaccin pour l'automne

Déjà en mode de production, les pays grands producteurs de vaccins ont annoncé qu'ils redoubleraient d'efforts. Le gouvernement étasunien a annoncé hier qu'il allait consacrer 884 millions $US supplémentaires à l'achat des composantes nécessaires à la fabrication d'un vaccin contre le virus de la grippe A.

Selon l'OMS, le vaccin contre la grippe A(H1N1) devrait être prêt en septembre ou en octobre 2009, même si l'organisation a admis que le rendement de la production de vaccins à base d'oeufs est inférieur de moitié à celui qu'obtiennent les fabricants lorsqu'ils produisent des vaccins contre la grippe saisonnière H1N1. Les vaccins contre la grippe sont en majeure partie produits par des entreprises qui cultivent les virus sur des oeufs.

Selon le virologiste Amer Silim, aussi de l'Hôpital de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal, un tel problème de rendement signifie que moins de doses de vaccins peuvent être produites pour une quantité de liquide allantoïque donnée, soit le liquide dans lequel baigne l'embryon de l'oeuf où est cultivé le virus de la grippe. «Par exemple, le virus classique de la grippe pourrait pousser à raison de dix millions de doses par millilitre, tandis que ce serait quatre à cinq millions pour la grippe A(H1N1)», a expliqué M. Silim en citant un exemple fictif.

Selon lui, ce rendement inférieur signifie tout simplement qu'il faudra plus d'oeufs pour répondre à la demande. «Beaucoup de pays ne sont pas capables de produire des vaccins, ni équipés pour le faire. Je n'ai pas peur du manque de doses, mais peut-être que ça va allonger les délais», a dit M. Silim, soulignant que les États-Unis, le Brésil et le Canada, surtout le Québec, sont de grands producteurs qui risquent ne de manquer de rien.

De nouvelles souches sont actuellement produites dans l'espoir d'accroître le rendement des vaccins, a rappelé pour sa part la directrice du programme de recherche en vaccinologie de l'OMS, Marie-Paule Kieny.

Grippe espagnole

Par ailleurs, une étude internationale a révélé que le nouveau virus grippal, qui combine des éléments de grippe humaine, porcine et aviaire, présente des analogies troublantes avec celui qui a causé la pandémie de 1918, connue sous le nom de «grippe espagnole».

Des tests effectués sur plusieurs animaux ont confirmé les résultats d'autres études montrant que le nouveau virus traverse la partie supérieure de l'appareil respiratoire pour atteindre en profondeur la zone pulmonaire, ce qui en fait un facteur plus probable de pneumonie, selon cette équipe de chercheurs dirigés par Yoshihiro Kawaoka, de l'université du Wisconsin.

Selon le dernier bilan officiel de l'OMS, plus de 100 000 personnes ont été infectées par le virus dans le monde et plus de 429 malades en sont morts. Les autorités sanitaires canadiennes ont fait état hier de 138 nouveaux cas de grippe porcine A(H1N1), ce qui porte à 9855 le nombre de personnes infectées au pays.

Au total, 39 porteurs du virus de la grippe sont morts au Canada, où aucun décès n'a été enregistré depuis trois semaines. Avec 15 décès confirmés depuis le début de la crise en avril, la province de Québec est celle qui compte le plus de morts de la grippe A(H1N1) au pays.