MétéoPolitique

Moteur de recherche
en page d'accueil

 

Retour à : Plan du site - Entrée de MétéoPolitique - Santé - Fiche: la grippe pandémique - Regard

Effets du confinement: un choix politique et non sanitaire des gouvernements face à la covid-19
400 000 marins prisonniers sur leur navire par la tyrannie des services de santé publique

 Le transport maritime est un rouage essentiel de notre économie mondialisée, puisque 90% du commerce mondial passe par cette voie.  Il a bien sûr été touché de plein fouet par la crise de la Covid-19, même si le trafic a relativement peu baissé.  En revanche, les marins sont déjà largement victimes d’une catastrophe qui impacte leurs conditions de vie à tous les niveaux.  Le chiffre de 300 000 avait été publié à l'été 2020.  Depuis le nombre en mer est de 400 000 personnes et autant à terre qui sont à terre et ne peuvent embarquer sur les navires pour remplacer leurs confrères et consoeurs marins.  Donc, il y a les marins confinés en mer et ceux et celles confinés à terres pour un grand total de 800 000.

Regard sur les épidémies et pandémies

 
 
ils

Ils sont maintenant 400 000 prisonniers de leur navire à rêver de mettre le pied à terre

 
 

Selon une nouvelle estimation de la Chambre internationale de la marine marchande, les plus grandes sociétés de transport de conteneurs au monde et le Secrétaire général des Nations Unies ( ONU) appellent les gouvernements à résoudre une crise du travail qui a bloqué 400 000 travailleurs sur des bateaux et autant à terre en attendant d'être la relève.

Lors d'une réunion de l'Assemblée générale des Nations Unies pour discuter des travailleurs navals prisonniers de leur navire et attendant du secours de la part des organisations internationales.

« Je crains qu'en ce qui concerne les changements d'équipage, peu de choses vont changer dans la plupart des pays sans que des mesures soient prises au plus haut niveau politique »

« Nous avons besoin d'actions immédiates et réelles de la part des gouvernements et des autorités nationales » :

Henriette Hallberg Thygesen

à déclaré Henriette Hallberg Thygesen, directrice générale de la flotte et des marques stratégiques chez AP Moller-Maersk A/S, le géant du transport par conteneurs.

Alors que la pandémie se prolonge et que le nombre de marins bloqués en mer augmente, les appels à la résolution de la crise se font plus forts.  Lors de la réunion des Nations Unies, des responsables ont exprimé leur inquiétude quant au fait que les gens de mer sont contraints de travailler contre leur gré et que la chaîne d'approvisionnement mondiale soit menacée.

Une enquête de l'agence de presse Bloomberg a révélé de nombreuses violations du droit maritime international visant à protéger les gens de mer, y compris des allégations d'heures supplémentaires non rémunérées et de soins médicaux insuffisants.

Plus de 120 pays ou territoires ont arrêté ou limité l'accès des navires à leurs ports pour effectuer des remplacements de gens de mer dans le but d'empêcher la propagation du nouveau coronavirus.  Alors que de nombreuses compagnies maritimes ont géré des changements d'équipage au coup par coup, l'arriéré des échanges d'équipages a largement dépassé les efforts de secours.

À la suite d'une lettre ouverte des PDG d'Unilever Plc, de Procter & Gamble Co. et d'autres entreprises de biens de consommation mettant en garde contre une perturbation de la chaîne d'approvisionnement mondiale si la crise des gens de mer n'était pas résolue, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a demandé aux gouvernements de désigner les gens de mer comme « Travailleurs clés » pour faciliter leurs déplacements aux frontières et dans les ports, ajoutant que certains étaient à bord de navires depuis plus de 17 mois.

En plus de ceux qui sont bloqués en mer, l'ICS estime que des centaines de milliers de travailleurs et travailleuses attendent à terre pour les remplacer. 

L'attente se fait presque toujours avec peu ou pas de salaire.  « Nous pourrions bien voir un million de marins affectés dans les mois à venir », a déclaré Guy Platten, secrétaire général de l’organisation, qui représente 80% de la flotte marchande mondiale.   « La situation est intenable et à un point de rupture. »

Guy Platten

Certains gouvernements individuels ont commencé à agir.  À partir du 1er octobre, l’Autorité australienne de la sécurité maritime retiendra les navires sur lesquels des travailleurs ont servi à bord pendant plus de 13 mois et où aucun plan de rapatriement n’a été approuvé.

La France a mis en place une cellule nationale de crise pour répondre aux demandes des armateurs en difficulté, permettant à au moins 15 400 marins de transiter par le sol français, a déclaré un ministre lors de la réunion de l'ONU.

La première ministre norvégienne, Erna Solberg, a mis en garde contre une crise humanitaire et commerciale si les quelque 800 000 marins bloqués dans le monde en raison de la pandémie de coronavirus ne bénéficient pas de protections et de droits similaires à d'autres travailleurs essentiels.   Solberg utilise son discours à l'Assemblée générale des Nations Unies, samedi le 26 septembre 2020 pour attirer l'attention du monde entier sur la question.

Erna Solberg

Lors d'une entrevue accordée à Bloomberg News peu de temps avant son arrivée à l'assemblée, Solberg a déclaré qu'elle invitait  « tous les États membres à confirmer que les gens de mer sont des travailleurs essentiels » et que le protocole de l'Organisation maritime internationale pour les changements d'équipage soit appliqué.

« Une grande partie du commerce mondial se fait par navires, en termes de médicaments, d’énergie et de nourriture », a déclaré Solberg.  Si aucun effort n'est fait pour libérer les gens de mer bloqués, « la livraison des marchandises finira par s'arrêter, ce qui pourrait avoir des répercussions majeures sur l'économie mondiale ».

« C’est horrible pour les marins qui vivent cela, et c’est horrible pour leurs familles chez eux », a déclaré Solberg.   « J'attends de la communauté mondiale qu'elle se penche sur cette question », a-t-elle déclaré.  « Nous nous attendons à ce que de plus grandes mesures soient prises de la part des États membres de l'ONU et d'autres pays. »

La pandémie a laissé le secteur du transport maritime confronté à une crise commerciale et humanitaire.  Les membres d'équipage ayant été empêchés de débarquer ne veulent plus revenir en mer avec des contrats d’un an et plus.  La pénurie de main-d’œuvre essentielle au bon fonctionnement des navires s’annonce déjà.  De plus, plusieurs pays ne tiennent pas compte que des compagnies en profitent pour ne pas payer leur équipage pendant qu’ils sont en mer. 

Marc Engel

  Si les nations ne répondent pas à la crise humanitaire, des perturbations de la chaîne d'approvisionnement mondiale pourraient forcer une action.   « Lorsque les navires s'arrêtent, tout le reste s'arrête aussi », a déclaré Marc Engel, responsable de la chaîne d'approvisionnement d'Unilever, lors de l'événement de l'ONU.

 

Matt, coincé en mer loin de sa famille

 
 

Matt est un chef mécanicien de 35 ans, originaire du Royaume-Uni.  Ses collègues et lui-même n'ont pas pu être rapatriés, même si leurs contrats initiaux ont pris fin il y a des mois.  En effet, il a été impossible de procéder à la relève de l'équipage en raison des fermetures de frontières et des exigences en matière de visas. Il explique qu'il est difficile d'être ainsi éloigné de ses deux enfants, âgés de 8 et 12 ans.

Pouvez-vous décrire votre situation actuelle et les difficultés auxquelles vous êtes confronté?

« Mon contrat, comme celui de la plupart des membres d'équipage à bord, est maintenant terminé depuis longtemps.  Les officiers à bord avons des contrats qui prévoient une rotation après 10 semaines.  La plupart d'entre nous sommes maintenant à bord depuis six mois.  Certains depuis plus longtemps.  C'est encore pire pour les membres de l'équipage.  Leurs contrats sont d'une durée de neuf mois et l'un des mécaniciens est à bord depuis 15 mois.  La principale difficulté à laquelle nous sommes confrontés est liée aux relèves d'équipages.  Nous naviguons principalement au Moyen-Orient et en Asie.  À l'heure actuelle, la plupart des pays de cette région ont des réglementations très strictes qui rendent les changements d'équipage presque impossibles. »

Comment vous sentez-vous par rapport à cette situation ?

« Je crois que nous sommes passés par toute la gamme des émotions, pour être honnête.  Beaucoup de colère au début en voyant les frontières se fermer les unes après les autres.  Cependant, nous étions conscients des risques pour la santé, et nous pouvions comprendre pourquoi cette situation se produisait.  Nous avons tenté de garder espoir, mais le temps a passé et il semble que peu de choses ont changé.  Personnellement, je me sens déçu et découragé de constater que peu de choses semblent faites.  Il y a beaucoup de paroles mais pas d'action. »

Comment vivez-vous cet éloignement ?

« C'est difficile, vraiment difficile.  J'ai déjà fait de longs contrats auparavant, mais cette situation est différente. Il y a un impact psychologique, puisqu'il n'y a pas de fin en vue.  Cela affecte beaucoup plus la vie familiale. Mes enfants me demandent toujours à quel moment je rentrerai à la maison.  C'est difficile à expliquer. Certains d'entre nous à bord ont appris que des membres de leur famille avaient attrapé la COVID-19 et cela a été très difficile à gérer.  Heureusement, ils s'en sont tous sortis. »

Quelle est l'ambiance à bord ?

« Elle change chaque jour.  Certains jours, les gens sont optimistes, et le lendemain, ils sont déprimés.  En tant que membre de l'équipe de direction à bord, j'essaie d'entretenir l'espoir que les choses vont changer, mais c'est difficile.  Nous tentons de former un groupe serré pour veiller les uns sur les autres.  Certaines personnes à bord trouvent cette situation plus difficile, nous devons donc les surveiller de près. »

Quel message souhaitez-vous envoyer au monde?

« Je dirais qu'en tant que marins, nous avons fait plus que notre part durant cette pandémie.  Nous avons fourni aux pays tout ce dont ils pouvaient avoir besoin : des équipements de protection individuelle et des fournitures médicales, du pétrole et du gaz pour faire fonctionner les centrales électriques, de la nourriture et de l'eau pour nourrir la population. 

Tout ce que nous voulons en retour, c'est de pouvoir rentrer chez nous et nous reposer.  Permettre à nos remplaçants de venir prendre le relais, afin qu'à terme, nous puissions faire de même pour eux.  Nous tenons le coup, mais nous sommes fatigués physiquement et mentalement.  Nous avons besoin du soutien des gouvernements du monde entier pour nous permettre de transiter par leurs pays sans restrictions.  Les contraintes liées à la durée de validité des visas doivent être réduites ou complètement éliminées.  Il faut que cela se fasse maintenant.  Les délais auront un effet néfaste sur le secteur maritime.  Il y a eu plus qu'assez de temps pour des discussions.  Nous avons besoin de voir des gestes concrets. »

 

 

Raphaël, épuisé après un an à bord 

 
 

Raphael (pseudonyme) est un marin de 33 ans originaire des Philippines.  Il est en mer depuis 12 mois et n'a eu aucune permission à terre.  Il devait rentrer auprès de sa femme et leurs deux enfants en avril 2020, mais il n'a pas pu être rapatrié en raison des fermetures d'aéroports.  Il décrit les conséquences de cette longue période à bord sur sa santé physique et mentale.

Quelle est votre situation en ce moment?

« Je suis fatigué, épuisé et désespéré.  Je suis en mer depuis déjà 12 mois.  Et nous ne savons pas quand je pourrai voir mes enfants et ma famille.  C'est très frustrant.  J'essaie chaque jour de me montrer courageux. »

Pourquoi ne pouvez-vous pas rentrer chez vous?

« Je devais rentrer à la maison en avril 2020, mais tous les aéroports ont été fermés.  Il est impossible de rentrer en avion et les quarantaines dans des hôtels sont coûteuses ( pour les propriétaires).  Par conséquent, ils ont décidé de ne pas nous relever.  Mon retour à la maison a déjà été annulé quatre fois.  Je ne sais pas ce qui se passe.  Nous livrons la cargaison et les marchandises mais ils nous ferment les frontières. »

Quelle est l'ambiance à bord?

« Tendue.  Nous voulons tous rentrer chez nous.  Certains d'entre nous sont maintenant à bord depuis 13 mois.  Certains auront bientôt passé 14 mois sur le navire.  A tous les gens de mer, soyons forts.  Cette pandémie prendra fin, puis nous pourrons rentrer chez nous. »

Craignez-vous pour votre sécurité?

« Oui, puisque notre santé mentale est mise à rude épreuve.  Nos esprits sont dans un autre monde.  Nous marchons sur une corde raide.  S'ils ne peuvent pas nous renvoyer à la maison, la seule chose à faire est de réduire notre charge de travail.  Nos quarts de travail sont toujours de 12 heures. »

 

 

Vikram, incapable de rejoindre son navire en raison de la pandémie

 
 

À 33 ans, Vikram travaille à bord des navires depuis déjà 11 ans.  Il est maintenant second mécanicien. Originaire de l'Inde, il est marié et a deux enfants : un garçon de trois ans et une fille née il y a quelques mois.  Il a tenté de rejoindre un navire afin d'y travailler, mais cela a été impossible.  Il explique que la pandémie s'est traduite par une incertitude financière pour sa famille.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées en tentant de rejoindre un navire?

« La compagnie qui m'emploie déploie constamment des efforts pour assurer le rapatriement des membres d'équipage.  Ils sont toujours là.  Mais ils ne bénéficient pas d'un soutien adéquat de la part du gouvernement. Le 8 juillet 2020 , je me suis déplacé de mon domicile vers une autre région afin de rejoindre un navire.

J'ai été placé en quarantaine dans un hôtel pendant trois jours.  J'ai été testé pour la COVID-19 et le résultat était négatif.  Le 10 juillet 2020,  j'ai reçu un appel m'annonçant que la relève d'équipage était annulée et me demandant de rentrer chez moi.  On m'a expliqué que les marins qui devaient débarquer étaient des ressortissants étrangers et qu'ils ne seraient pas autorisés à entrer au pays, ce qui forçait l'affréteur à changer le cap du navire.

À ce stade, il n'y avait aucune autre option.  J'ai donc dû rentrer à la maison et suivre les règles et les consignes modifiées imposées par l'État.  Au cours de ce voyage, je me suis senti vulnérable et j'ai eu peur d'être exposé au nouveau coronavirus.  Il y a tant de risques.  Je suis maintenant chez moi, et les autorités locales m'ont demandé de rester en quarantaine à mon domicile pendant 14 jours.  Mon fils de trois ans et demi me regarde à travers une vitre depuis une autre pièce, et je ne peux pas prendre dans mes bras ma fille de quatre mois, parce que je dois rester en isolement.  C'est une situation vraiment terrible. »

Comment vous sentez-vous par rapport à cette situation?

« Je suis un peu frustré par la façon dont les gens de mer sont traités et je suis parfois triste lorsque je pense à cette situation de façon négative.  Lorsque je suis débarqué, le 23 décembre 2019, ma femme était enceinte de six mois.  J'ai pris soin d'elle et j'ai été présent auprès d'elle en tout temps jusqu'à ce qu'elle mette le bébé au monde.  Je me demande combien d'épouses attendent leur mari, combien de pères et de mères attendent de voir leurs fils.  Même si un marin perd son père, sa mère, son frère, sa sœur, son fils ou sa fille, il ne pourra pas débarquer en ce moment. »

Craignez-vous pour l'avenir financier de votre famille?

« Certainement, et c'est pourquoi j'ai besoin de ce travail.  Notre situation financière est toujours sous contrôle et je peux faire vivre ma famille pour au moins les trois prochains mois, à moins qu'une autre situation de crise ne se produise.  Mais je me demande ce qu'il adviendra après cela.  Espérons que nous n'aurons pas à faire face à des urgences médicales.  Sinon, je ne sais pas qui sera là pour m'aider. »

Quel message souhaitez-vous envoyer au monde?

« S'il vous plaît, reconnaissez la contribution des gens de mer, aidez-les et soutenez-les.  Au moment où le monde était complètement sur pause, il s'agit d'un secteur qui a fonctionné en permanence dans des conditions diverses.  Sans marins pour travailler sur les navires, un navire ne pourra jamais naviguer. »

 

M.  Verma, qui a du mal à nourrir sa famille

 
 

Âgé de 26 ans, M. Verma (pseudonyme) travaille comme marin depuis deux ans pour subvenir aux besoins de ses parents et de son jeune frère.  Il est bloqué chez lui sans salaire depuis dix mois, puisqu'il lui a été impossible de prendre un vol international pour rejoindre un navire.  Il a de plus en plus de mal à subvenir aux besoins de sa famille.

Quelle est votre situation en ce moment ?

« Je suis à la maison depuis dix mois.  Sans salaire, il est difficile d'assurer ma subsistance et celle de ma famille.  C'est particulièrement difficile pour ceux qui sont d'un rang inférieur, parce que le salaire est inférieur à 1 000 dollars.  Combien de mois pouvez-vous survivre avec cette somme ?  Mon remplaçant en est maintenant à son 10e mois à bord.  Je peux donc dire qu'il a besoin d'être relevé, mais je n'ai aucun moyen de rejoindre le navire.  La compagnie a déclaré qu'il n'était pas possible de procéder aux relèves d'équipage en raison du manque de vols commerciaux internationaux. »

Comment vous sentez-vous par rapport à l'impossibilité de rejoindre un navire?

« Je dois trouver une façon de nourrir ma famille.  La situation est difficile, mais j'essaie de survivre en vendant des légumes.  C'est facile de dire « restez à la maison », mais lorsque vous avez des responsabilités, vous devez agir.  Je ne peux rien faire pour changer cette situation, alors j'attends simplement le retour de jours meilleurs. Je fais tout cela pour mes parents et mon frère. »

Quel message souhaitez-vous envoyer?

« Mon message est très simple : je comprends que travailler à bord pendant une longue période est difficile à cause du stress et de la fatigue, mais survivre à terre sans revenu est aussi très difficile.  S'il vous plaît, pensez aussi aux gens de mer qui sont à la maison depuis plus d'une demi-année.  Je parle non seulement en mon nom personnel, mais au nom de tous ceux qui sont confrontés au même problème. Faites quelque chose, s'il vous plaît. »

 

Cours de sécurité sur le navire

 
 

Aider les gens de mer à rentrer chez eux

 
 

Un marin rapatrié après plus de 100 jours au large

Le 10 mai 2020, l'Organisation Maritime Internationale (OMI) a été contactée par un marin fatigué à bord d'un navire de servitude au large.  Le marin et plusieurs de ses collègues avaient passé 100 jours en mer, sans pause ou congé.   Certains avaient franchi le cap des 140 jours et ignoraient toujours quand ils pourraient être relevés.   Le marin était inquiet, puisque son employeur prévoyait prolonger de deux mois les contrats des membres d'équipage.

« Nous sommes tous éprouvés par cette longue période au large, surtout que nous n'en voyons pas la fin.  Pour beaucoup d'entre nous, cela n'est pas bon et cela met certainement la sécurité en jeu », a plaidé le marin dans un courriel adressé à l'équipe de gestion de crise pour les gens de mer de l'OMI.

L'équipe a porté ce message à l'attention d'organisations non gouvernementales (ONG) bénéficiant du statut consultatif ou du statut d'observateur au sein de l'OMI.   Elle a aussi contacté les autorités maritimes des États du pavillon et du port concernés.

À la suite de cette intervention rapide de l'OMI, l'État du port a confirmé qu'il prendrait les mesures nécessaires pour faciliter le changement d'équipage pendant que le navire se trouverait dans un de ses ports ou terminaux.  Par conséquent, le marin a pu rentrer auprès de sa famille.

Membres d'équipage bloqués sur un bateau de croisière au large des côtes australiennes

 

Protéger la santé mentale des gens de mer

 
 

Un marin à bord d'un porte-conteneurs a envoyé un appel à l'aide à l'OMI le 12 avril 2020.  Son contrat, qui devait se terminer à la fin mars 2020, avait été prolongé d'un mois.  Le marin affirmait que sa compagnie ne prenait aucune mesure pour relever l'équipage, même si cette option était possible grâce à l'aide du gouvernement.

Bien qu'il reconnaisse que ses collègues et lui-même ne se trouvaient pas dans une situation critique sur le plan physique, le marin faisait part de graves répercussions sur leur santé mentale.  « Nous avons de la nourriture et tout se passe bien, mais le principal problème, c'est notre santé psychologique », a expliqué le marin dans un courriel envoyé à l'équipe de gestion de crise pour les gens de mer de l'OMI.

L'équipe a conseillé au marin de communiquer avec l'administration maritime nationale et les syndicats compétents.  L'OMI a aussi porté l'affaire à l'attention des États du pavillon et du port concernés.  Cette intervention diplomatique a contribué à résoudre l'affaire.  L'État du pavillon a confirmé qu'il aiderait le marin à être rapatrié.

En mai 2020, le marin et un autre membre de l'équipage ont pu rentrer chez eux en toute sécurité.  Une fois rentré, le marin a chaleureusement remercié un membre de l'équipe de gestion de crise pour les gens de mer pour son aide et son soutien, écrivant: « vous êtes vraiment un homme au grand cœur. »

 

Une marin rapatriée pour soutenir ses parents vulnérables

 
 

Une marin britannique souhaitait ardemment retrouver sa famille, après avoir travaillé pendant des mois à bord d'un navire à passagers dans le Pacifique.  Des membres de sa famille à la santé fragile avaient besoin de son soutien dans le contexte de la pandémie de COVID-19.  Elle était déterminée à être à leurs côtés. 

Toutefois, la pandémie a fait dérailler ses plans de rentrer chez elle à la mi-mars 2020.  Les autorités d'immigration de l'État du port ont initialement refusé de lui donner l'autorisation de voyager, en raison d'une modification aux règles effectuée presque sans préavis.  La marin était coincée à bord du navire, qui était à l'ancre, sans aucun moyen de rentrer chez elle. 

Le 31 mars 2020, elle a envoyé un courriel à l'OMI pour demander de l'aide.  « Comme c'est le cas pour tant d'autres gens de mer en ce moment, je souhaite désespérément rentrer chez moi.  Mes parents et ma grand-mère sont vulnérables et je ne peux penser à rien d'autre », a-t-elle plaidé.   La marin a ajouté que la situation avait un impact sérieux sur sa santé mentale, et craignait qu'elle n'affecte également sa capacité à remplir ses fonctions d'officier à la passerelle. 

L'OMI a immédiatement contacté l'État du port et la direction de la marine et a informé les organisations non gouvernementales appropriées.  Ces efforts ont aidé à résoudre le problème.  Grâce à une coopération efficace entre le syndicat local des gens de mer et l'État du port, la marin a été autorisée à rentrer chez elle le 12 avril 2020. 

Dans un message envoyé à l'OMI le lendemain, elle a remercié l'Organisation et l'État du port de lui avoir permis de retrouver sa famille.  « Je suis soulagée et extrêmement heureuse d'être de retour!  Merci beaucoup pour toute l'aide et le soutien que vous m'avez apportés. Je suis également très reconnaissante à [l'État du port] de m'avoir permis de voyager.  L'ensemble du processus a été très bien géré et contrôlé », a déclaré la marin. 

 

Organiser une évacuation médicale urgente

 
 

Le 14 mai 2020, l'OMI a été informée d'une situation d'urgence à bord d'un navire cargo.  

Un marin souffrait d'une forte douleur causée par une enflure qui s'étendait de sa gencive jusqu'au côté gauche de son visage et une partie de son cou.

Le navire et l'affréteur avaient demandé une visite médicale à bord cinq jours plus tôt, mais cette demande avait été rejetée par les autorités douanières sur la base des restrictions liées à la COVID.  Lors d'un examen réalisé par vidéo, un médecin a confirmé qu'une intervention chirurgicale d'urgence était nécessaire, car le risque de septicémie était très élevé.  La santé du marin se détériorait de jour en jour.  Déjà, il était très faible et incapable de bouger.

Les tentatives du capitaine du navire pour obtenir l'évacuation médicale du marin s'étaient soldées par un échec.  En effet, les autorités portuaires ont refusé d'autoriser le marin à débarquer pour recevoir les soins médicaux dont il avait urgemment besoin, en raison des exigences d'une quarantaine de 14 jours et parce qu'aucun hôtel de quarantaine n'était disponible pour l'accueillir.

Le capitaine et les autres gens de mer à bord craignaient pour la vie du marin.  « Il est très difficile de comprendre que dans une situation aussi critique, il n'y a pas de soutien approprié pour sauver la vie d'un être humain », a écrit un collègue du marin dans un message qui a ensuite été transmis à l'OMI.

Après avoir été informée de l'affaire, l'équipe de gestion de crise pour les gens de mer de l'OMI est immédiatement intervenue, en collaboration avec la Chambre internationale de la marine marchande (ICS) et la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF).  L'OMI a communiqué avec les points de contact diplomatiques de l'État du port et de l'État de résidence du marin.  Des discussions intenses et une bonne collaboration ont permis de résoudre l'affaire rapidement.

Le 15 mai 2020, un jour après que l'OMI a été informée de la situation, l'équipe de gestion de crise pour les gens de mer a reçu la confirmation que le marin avait pu débarquer et qu'il était transféré dans un hôtel.  Si le résultat du test de dépistage de la COVID-19 était négatif, il serait emmené à l'hôpital pour subir l'opération dont il avait urgemment besoin.

Organisation Maritime Internationale (OMI)

 

L'OMI vient en aide à un marin victime d'un accident vasculaire cérébral

 
 

Lorsqu'un marin de 45 ans à bord d'un grand navire de charge a commencé à présenter des symptômes d'accident vasculaire cérébral (AVC), à la mi-avril 2020, le capitaine a été immédiatement alerté.
Le lendemain, l'état du marin s'est aggravé.  Il semblait confus, il avait de la difficulté à parler et il souffrait de douleurs sous l'épaule gauche.  De plus, son bras et sa jambe gauche étaient paralysés.  Le capitaine savait qu'il devait agir, et vite.

Le diagnostic d'AVC a été confirmé par le service d'assistance médicale à distance Global Voyager Assistance. Cependant, le navire se trouvait à plus de 220 km du port le plus proche et les autorités portuaires ont rejeté les premiers appels pour une assistance médicale d'urgence, en raison des restrictions liées à la pandémie de COVID-19.   Malgré les demandes répétées du capitaine du navire, du syndicat national représentant le marin et de celui du pays vers lequel le navire se dirigeait, le navire ne pouvait pas entrer au port. 

Après plusieurs heures d'intenses discussions, le navire a initialement reçu la confirmation qu'il pouvait entrer au port pour que le transfert médical ait lieu.  Cependant, cette décision a été annulée six heures seulement avant le moment où le navire devait arriver.  Le capitaine a reçu la consigne de mettre le cap sur un autre port, dans un autre pays situé à plus de 600 km de là.

Le temps pressait.  Le capitaine a insisté et a fait une nouvelle demande pour obtenir l'évacuation médicale du marin, mais cette seconde tentative a également été rejetée par les autorités, notamment les services d'immigration et une équipe spéciale locale sur la COVID-19.   Une fois de plus, les restrictions reliées au coronavirus étaient en cause.

La Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) a ensuite été avisée.  L'ITF a fait appel à deux institutions des Nations Unies, soit l'Organisation maritime internationale (OMI) et l'Organisation internationale du Travail (OIT), leur demandant d'intervenir d'urgence auprès du gouvernement afin que les conventions internationales soient respectées et que le marin puisse recevoir les soins médicaux immédiats dont sa vie dépendait.

L'OMI et l'OIT ont agi rapidement. L'OMI a contacté des représentants du gouvernement national, tandis que l'OIT a proposé de préparer une lettre d'intervention.  Ainsi, l'évacuation médicale a finalement été autorisée et un navire de police a été envoyé pour évacuer le marin. 

Le président du syndicat national qui représente le marin a déclaré : « Après avoir personnellement travaillé sur ce cas pendant plus de 48 heures, nous sommes soulagés que nos appels aient été entendus et que notre membre ait enfin accès aux soins médicaux auxquels il a droit.  Nos pensées se tournent maintenant vers sa santé. Nous lui envoyons, de la part des syndicats maritimes à travers le monde, nos meilleurs vœux pour un prompt rétablissement. » 

« Nous tenons à remercier sincèrement [le syndicat local] et l'ITF pour leur aide, ainsi que l'OIT et l'OMI pour leur intervention rapide.  Sans leur soutien, nous n'aurions peut-être pas réussi à obtenir l'évacuation d'urgence et les soins médicaux nécessaires pour lui sauver la vie », a-t-il ajouté.

Kitack Lim

Le Secrétaire général de l'OMI, Kitack Lim, a maintes fois pressé les Gouvernements de désigner les gens de mer comme « travailleurs-clés » au cours de la crise actuelle, afin que ces travailleurs soient exemptés des restrictions strictes aux déplacements. 

«La santé et le bien-être des gens de mer sont aussi importants que ceux de quiconque», a rappelé M. Lim.

 

Protéger la santé et la sécurité des gens de mer

 
 

Fin mars 2020, le capitaine et l'équipage d'un vraquier étaient extrêmement inquiets.  Ces gens de mer, tous de nationalité indienne, craignaient que le processus de déchargement de leur cargaison ne les expose à des risques considérables de contracter la COVID-19. 

Faute d'accès à une grue flottante dans un port asiatique, le personnel du navire s'apprêtait à devoir embarquer 60 débardeurs pendant trois semaines, sans qu'aucun dépistage des symptômes de la COVID-19 ne soit réalisé.   Ces débardeurs allaient rester dans des tentes de fortune sur les ponts du navire pour l'opération de déchargement d'une cargaison de soja. 

« L'équipage du navire est très préoccupé par ces contacts avec le personnel à terre pendant les opérations liées à la cargaison, puisqu'il est impossible de maintenir une séparation totale », ont déclaré le capitaine et 19 membres d'équipage dans une lettre transférée à l'OMI le 1er avril 2020.

L'OMI a immédiatement contacté la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) et la Chambre internationale de la marine marchande (ICS).  L'État où le navire payait les droits de pavillon a été invité à jouer un rôle de médiateur auprès du capitaine et du propriétaire du navire, qui sont parvenus à une entente le 7 avril 2020.  Le navire a été déplacé vers un autre poste de mouillage et la cargaison a été déchargée en toute sécurité.

 

 

Peu d’amélioration de la situation

 
 

Le transport maritime se révèle en effet très dépendant des autres rouages de l’économie mondialisée.  Dans le cas des marins, la fermeture des frontières, les restrictions au débarquement des navires ainsi que la limitation des vols internationaux ont créé un véritable effet de ciseau : d’un côté les marins doivent rester à bord en permanence, et de l’autre, ils ne peuvent plus être relevés, alors qu’en temps normal, ils passent déjà plusieurs mois à bord.

Fin juillet 2020, il y aurait au delà de 200 000 marins qui sont coincés sur leur navire sans pouvoir être rapatriés, parmi lesquels  certains ont déjà passé le cap des 12 mois d’embarquement

Des navires se retrouvent également en quarantaine, certains ports étant plus stricts que d’autres, ce qui rajoute alors une épreuve supplémentaire.  Et l’accès aux soins est devenu plus compliqué, qu’il y ait ou non contamination par la Covid-19.

Dimitris Fafalios , président d'Intercargo association des armateurs de cargaisons sèches juge que la situation a atteint «des proportions farfelues»

Par ailleurs, cette crise est aussi lourde de conséquences pour les marins qui se trouvaient à terre lors de sa survenue.   La plupart d’entre eux ne sont payés que lorsqu’ils embarquent, et sont donc privés de revenu, faute de pouvoir travailler.   En tout cas, qu’ils aient été bloqués à terre ou en mer, une partie des marins souhaitera opter pour une reconversion à terre, créant ainsi une pénurie de personnel qualifié qui constituerait un problème supplémentaire à gérer.

Malgré la réouverture progressive des frontières, la situation ne semble pas devoir s’arranger significativement dans l’immédiat, d’autant que fin juillet 2020, Hong Kong et Singapour, deux places majeures du transport maritime, ont remis des restrictions, réservant la possibilité de relève aux navires en opérations commerciales pour la première et aux navires battant son pavillon pour la seconde.  De plus, lorsque les relèves d’équipage sont possibles, elle ne se font pas toujours dans des conditions optimales pour les marins : ils doivent parfois subir des périodes de quarantaines dans des installations sommaires.

Les compagnies maritimes étant déstabilisées sur le plan financier, un autre problème risque de s’accroître dans les temps à venir, celui des abandons.  En effet, lorsqu’une compagnie maritime est en difficulté, ses navires peuvent se retrouver bloqués à quai, et leur équipage avec.  Outre la recrudescence du phénomène, il est évident que si des marins soutenus par une compagnie bien portante ont toutes les difficultés du monde pour rentrer à la maison, cela ne sera pas plus facile pour ceux qui ne le sont pas.  Dans une région comme le golfe Persique, où les abandons sont déjà un problème en temps normal , la situation risque d’être intenable, car elle est lourdement frappée par la Covid-19.

Cette crise est décrite par certains comme la pire qu’a connue le monde maritime depuis un demi-siècle.  En dépit du fait qu’ils sont indispensables à la bonne marche de l’économie mondialisée, le sort des marins ne semble émouvoir qu’à la marge.

Ce qui se passe en mer reste en mer.

 

 

Notes & Références encyclopédiques:

Le Secrétaire de l'OMI Kitack Lim, a maintes fois pressé les Gouvernements...
 

L'Organisation Maritime Internationale OMI demande aux gouvernements de reconnaître les gens de mer comme « travailleurs-clés »
Communiqué de presse en français de l'OMI 1er avril 2020

Les gens de mer professionnels et le personnel maritime devraient recevoir toutes les dérogations nécessaires et appropriées aux restrictions nationales imposées aux voyages ou aux déplacements, afin de faciliter leur embarquement ou leur débarquement​. De plus, les gouvernements devraient permettre à ces « travailleurs-clés » de débarquer dans un port et de transiter par leur territoire (c'est-à-dire vers un aéroport) afin de permettre les changements d'équipages et le rapatriement des gens de mer.

 

Retour au texte

parmi lesquels certains ont déjà passé le cap des 12 mois d'embarquement...
 

Les propriétaires de navire réprimandent les courtiers d'équipage et les compagnies aériennes alors que le nombre de marins bloqués en mer augmente. Texte en français. Source : Lloyd’s liste – Maritime intelligence information – 27 juillet 2020

 

Retour au texte

Lorsqu'une compagnie maritime est en difficulté, ses navires peuvent se retrouver bloqués à quai, et leur équipage avec...
 

ITF: 15 marins abandonnés sur un pétrolier GPL. 

Texte en francais. Source : Offshore Energy, le 14 mai 2020

 

Retour au texte

 

Choix de photos, collection de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mise à jour le 28 septembre 2020

Sources:  Revue Conflits pour la Société d’Édition et de Presse Antéios (SEPA) pour Pascal Gauchon; Agence de presse Reuters/Thompson-Reuters/The Woodridge company pour Sherry Brydson

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Le ministère de l’Intérieur de l’Allemagne dévoile malgré lui un rapport scientifique
qualifiant la COVID-19 de fausse alarme

Le délire "CoronaPeur"
et ses médiamensonges
 continuent de plus belle

Fiche: grippe pandémique

Retour à : Plan du site - Entrée de MétéoPolitique - Santé - Fiche: la grippe pandémique - Regard  - Haut de page

 

   Salle des moteurs d'un navire de mer