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Vaccination — Les thanatologues en colère

Écrit par Louis Mathieu Gagné
Pour le journal Rue Frontenac
Le site des employés.es en lock-out du Journal de Montréal
Québec - Canada
Publié le
5 novembre 2009

Craignant pour leur sécurité, la Corporation des thanatologues du Québec (CTQ) demande au gouvernement de reconnaître ses membres comme des travailleurs de la santé à part entière afin qu’ils soient vaccinés en priorité contre la grippe A (H1N1).

«Nous ne sommes pas que de simples embaumeurs qui préparent des corps. Nous devons aller quotidiennement dans les hôpitaux et les résidences privées pour rencontrer les familles des défunts en vue des funérailles. Nous sommes donc autant exposés au virus que les autres travailleurs du réseau de la santé», affirme la directrice générale de la Corporation, Nathalie Samson.

La Corporation affirment être en colère contre le ministère de la Santé. Selon elle, il fait la sourde d’oreille à la demande des thanatologues d’être reconnus comme des travailleurs de la santé depuis l’apparition de la grippe aviaire, au début des années 2000.

«Il y a une méconnaissance et de l’indifférence chez les autorités quant à la réalité quotidienne des thanatologues. Nous demandons au ministre de la Santé [Yves Bolduc] d’intervenir pour corriger cette lacune», indique Mme Samson.

Selon la CTQ, le Ministère a confié à l’organisme le mandat de coordonner la préparation et la réponse du domaine funéraire à d’éventuels décès liés à la pandémie. Il doit donc donner maintenant la consigne pour que les thanatologues soient vaccinés rapidement, partout au Québec, ajoute-t-elle.

Scénario catastrophe

Les activités des thanatologues sont pourtant encadrées par une loi qui les lie au ministère de la Santé, rappelle la Corporation. Les membres de cet organisme qui représente 300 maisons funéraires au Québec doivent en effet obtenir un permis de pratique émis par ce ministère.

Preuve supplémentaire de leur affiliation au monde de la santé, ils doivent respecter des normes de santé publique strictes, notamment en ce qui a trait à l’entreposage réfrigéré du corps des défunts.

Or, les réfrigérateurs ne seraient pas en nombre suffisant pour entreposer les corps advenant que se réalise le pire scénario quant à la grippe A (H1N1) de l’Organisation mondiale de la santé, soit 8500 morts en 12 semaines.

«On a juste assez de réfrigérateurs en ce moment. Il y a un équilibre entre l’offre et la demande, mais il est précaire. S’il y a trop de morts et que les thanatologues refusent de se rendre dans les hôpitaux, ça va se corser», prévoit Nathalie Samson.

Ce risque est bien réel. Le salon funéraire Demers, à Beloeil, a d’ailleurs été confronté à ce problème jeudi matin. Les huit employés, qui desservent plusieurs hôpitaux de la région, n’ont toutefois pas mis leur menace à exécution.

«Il y a beaucoup de peur et de frustration, indique son directeur général, Dominic Demers. Ils payent un permis de pratique auprès du ministère de la Santé, mais ils ne sont pas considérés comme des travailleurs de la santé. C’est contradictoire.»

Le ministre de la Santé Yves Bolduc n’a pas l’intention de donner suite à cette requête de vaccination, pour deux raisons principalement. D’une part, l’approvisionnement progressif en vaccin ne permet pas de répondre à la demande des thanatologues, tout comme à celle des autres professionnels qui se jugent à risque.

D’autre part, la volonté du gouvernement est de prioriser les personnes les plus à risque de complications. « On ne vise pas nécessairement à faire vacciner ceux qui ont le plus de risque de contacter le virus, mais plutôt ceux qui sont le plus à risque de développer des complications dues à la maladie », rappelle Marie-Ève Bédard, attachée politique du ministre Bolduc.

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