Retour à : Plan du site - Entrée de MétéoPolitique - Santé - Fiche: Grippe A (H1N1) - Regard sur la grippe

Pandémie: L’OMS dédouanée mais sermonnée
Le financement privé de l'Organisme sème le doute sur son indépendance
L'OMS sous influence… privée

 

Sources: Le Temps, Le Point, Agence France Presse

Écrit par:
Franz-Olivier Giesbert,
François-Guillaume Lorrain et al

Fusion de textes et commentaires: 
JosPublic

Publication: 
20, 23, 24 mai 2011

 

Qu'est-ce que l'Organisation Mondiale de la Santé ?

La directrice-générale de l'OMS Dr. Margaret Chan
le 16 mai 2011 à Genève en Suisse

Virus H1N1: l'OMS blanchie des soupçons de conflits d'intérêts

La 64è Assemblée de l'Organisation mondiale de la Santé a examiné le rapport final du "Comité d’examen sur le fonctionnement du Règlement sanitaire international (RSI)" lors de la grippe pandémique A/H1N1 de 2009. Le virus avait provoqué un vent de panique dans le monde et la production massive de médicaments dont beaucoup sont restés sur les bras des gouvernements.

En janvier 2010, le Conseil exécutif de l’OMS avait accueilli la proposition du Dr. Margaret Chan de demander au Comité d’aider à évaluer la riposte de l’OMS face à la pandémie H1N1. Les 3 objectifs de cet examen étaient d’évaluer le fonctionnement du Règlement sanitaire international, d’évaluer la riposte mondiale actuelle à la pandémie H1N1 dont le rôle de l’OMS et d’en tirer les enseignements pour d’éventuelles futures pandémies et urgences de santé publique.

L'Organisation soupçonnée d'avoir été influencée par les industriels de la pharmacie dans sa gestion de la grippe H1N1, est sortie blanchie d'un rapport d'experts adopté par ses Etats membres, qui relève néanmoins "quelques carences". Le rapport émet une quinzaine de recommandations pour une meilleure préparation face à d'éventuelles pandémies.

Le Comité n’a constaté aucun manquement aux règles

Le Professeur Harvey Fineberg, Président du Comité d'examen du Règlement Sanitaire International RSI a présenté les deux principales conclusions du rapport du Comité:

Harvey Fineberg

  • La pandémie de grippe A(H1N1) 2009 était véritablement une pandémie et aucun élément ne permet de dire que l'OMS a été influencée par l'industrie lorsqu'elle a pris sa décision.

    Le rapport précise: “D’après ce que le Comité d’examen a pu établir, aucun détracteur de l’OMS n’a produit de preuve directe démontrant l’existence d’une quelconque influence du secteur commercial sur la prise des décisions. Lors des entretiens qu’il a eus avec des membres du personnel et des comités consultatifs, y compris du Groupe stratégique consultatif d’experts et du Comité d’urgence, ainsi qu’avec des représentants de l’industrie, et quand il a examiné les documents internes et externes, le Comité d’examen n’a trouvé aucun élément montrant que des intérêts commerciaux auraient influé ou tenté d’influer sur les conseils donnés à l’OMS ou sur les décisions qu’elle a prises”. Sur ce point, le rapport d’experts ajoute qu’”à de nombreux égards, l’OMS s’est bien acquittée de sa tâche pendant la pandémie, mais elle s’est heurtée à des difficultés systémiques et a montré quelques carences. Le Comité n’a constaté aucun manquement aux règles”.
     
     

  • Cependant, des objections sérieuses sur le comportement de l’OMS durant la pandémie sont consignées dans le rapport d’experts, en particulier:

    la décision de l’OMS de ne pas dévoiler l’identité des membres du Comité d’urgence;
    l’absence de procédures suffisamment solides, systématiques et transparentes pour révéler, reconnaître et gérer les conflits d’intérêts parmi les experts consultés;
    la consultation d’une partie seule du Comité d’urgence lors de la prise de décision cruciale du passage de la phase 4 en phase 5;
    la décision de prendre moins d’initiatives de communication après avoir déclaré la phase 6;
    le refus d’entendre certaines critiques légitimes et l’absence de réponse à certaines de ces critiques;
    une volonté variable de consentir des dons, des préoccupations concernant la responsabilité, des négociations complexes sur les accords juridiques qui devaient être conclus, l’absence de procédures permettant de court-circuiter les prescriptions réglementaires nationales…

·    Les 193 Etats membres de l'OMS, ont adopté une résolution recommandant de suivre les conclusions du rapport, dont une version préliminaire avait été présentée en mars 2011.

Le comité a fait ainsi une quinzaine de recommandations qui prévoient que la "préparation à l'échelle mondiale" soit "améliorée par la recherche, le renforcement des systèmes de prestation de soins de santé, le développement économique dans les pays à revenu faible et intermédiaire et l'amélioration de l'état de santé général".

Il suggère aussi de "créer un fonds de réserve pour les urgences de santé publique", "doté d'un minimum de 100 millions de dollars (70,2 millions d'euros)".

La résolution adoptée demande enfin au directeur général de refaire le point dans deux ans, lors de la 66e assemblée annuelle de l'agence basée à Genève.

Rapport du Comité d’examen sur le fonctionnement du Règlement sanitaire international 2005) eu égard à la grippe pandémique A (H1N1) 2009

PDF 200 pages

 

L'OMS sous influence… privée

Alors que l’Assemblée mondiale de l’OMS se termine, les questions budgétaires y ont pris le pas sur les sujets purement sanitaires. De nombreux observateurs s’inquiètent de la part prépondérante des contributions dites volontaires dans le budget global de l’organisation. Ces donations en effet, sont faites au titre d’actions précises et utilisées sous le contrôle non des Etats-membres, mais des donateurs.

La Fondation Bill and Melinda Gates en est l’exemple le plus frappant. Elle finance aujourd’hui des programmes représentant 10% du budget total de l’OMS (soit 220 millions de dollars américains en 2010). Et le généreux milliardaire est aujourd’hui le deuxième contributeur de l’OMS derrière… les États-Unis !

« De nombreux observateurs, et des représentants des Etats-membres se disent très préoccupés par ce processus de privatisation », explique German Velasquez.

Cet ancien directeur du secrétariat de l’OMS pour la santé publique, déplore la situation actuelle.

Aujourd’hui conseiller principal pour la santé et le développement de l’ONG
The South Centre
, il émet des doutes quant au niveau d’indépendance de l’OMS.

« Il y a cinq ans, il y avait une norme à l’OMS qui stipulait que les contributions volontaires provenant des secteurs public et privé ne pouvaient dépasser 49% du budget total. Or aujourd’hui, ces contributions volontaires sont de l’ordre de 82% ».

Ces chiffres parlent d’eux-mêmes, et traduisent une évolution contraire aux fondamentaux de l’Organisation. « Les contributions régulières des Etats-membres s’élèvent seulement à 18% du budget total. En clair cela signifie que les pays qui gouvernent l’OMS y ont perdu le pouvoir. Or l’Organisation par définition, est une organisation publique intergouvernementale. Elle a un caractère multilatéral, et doit être financée par les Etats. Cela pose un vrai problème d’indépendance. »

Ce que confirme Patrick Durisch, à nos confrères du quotidien genevois Le Temps. Responsable du programme santé auprès de l’ONG «la Déclaration de Berne», il souligne que « les contributions volontaires sont liées à des programmes spécifiques. Il est dès lors très difficile pour l’OMS de fixer des priorités à long terme ». Mais aussi de se laver des accusations de collusion avec le secteur privé.

La pandémie de grippe A (H1N1) avait suscité de nombreuses questions quant au choix de certains experts chargés de conseiller la Directrice générale de l’Organisation. Leur liste était tenue secrète et il s’est avéré après enquête, que certains étaient issus de l’industrie pharmaceutique.

Patrick Durisch
responsable du programme santé et environnement à la Déclaration de Berne, et spécialiste de la biopiraterie

Pour German Velasquez, il existe pourtant une solution. « Elle est très simple mais se révèle très compliquée à appliquer, car les pays développés y sont fermement opposés. Il s’agit d’augmenter les contributions régulières des États-membres ».

Un vœu pieux ?

En tout cas, ce serait du jamais vu depuis… des décennies.

  Pour faire parvenir ce texte à d'autres :