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La Norvège signale une mutation du virus de la grippe A(H1N1)
Les spécialistes prudents

Publié par les agences AFP et Reuter,
L'Express.fr et le Le Figaro France
le 21 novembre 2009

Les autorités sanitaires norvégiennes annoncent avoir découvert une mutation potentiellement importante du virus H1N1 de la grippe A susceptible d'être responsable de symptômes très graves chez les patients touchés.

"La mutation pourrait affecter la capacité du virus de pénétrer plus profondément dans le système respiratoire, provoquant de ce fait des maladies plus graves", estime l'Institut norvégien de santé publique dans un communiqué.

Les autorités ajoutent toutefois n'avoir aucune raison de croire que cette mutation ait une quelconque implication sur les effets des vaccins contre la grippe ou des médicaments antiviraux fabriqués par des laboratoires comme Roche, GlaxoSlithKline, Novartis ou AstraZeneca.

Le H1N1, qui associe des virus porcin, aviaire et humain, a tué plus de 7.000 personnes dans le monde.

En Norvège, la mutation a été décelée dans les corps de deux patients tués par le virus - premières victimes de la pandémie dans ce pays - et d'une personne très grièvement malade.

Pour les autorités sanitaires, on ne sait pas clairement si le virus qui a muté a été transmis aux êtres humaines.

"Sur la base de nos connaissances actuelles, il ne semble pas que le virus qui a muté circule actuellement dans la population, mais plutôt que des changements spontanés se sont produits chez les trois patients", a précisé le directeur de l'institut norvégien, Geir Stene Larsen, dans un communiqué.

Vingt-trois personnes sont mortes du virus H1N1 en Norvège, un chiffre relativement élevé compte tenu de la faible population du royaume.

En France

Le directeur général de la Santé de France a ainsi estimé que les vaccins restaient efficaces en dépit des trois cas de mutation du virus observés en Norvège.

Les spécialistes restent prudents sur l'interprétation à donner à la mutation du virus pandémique H1N1 détectée dans trois cas en Norvège, et se disent confiants dans l'efficacité des vaccins. Pour le virologue Bruno Lina, directeur du Centre national de référence des virus de la grippe pour le sud de la France, la mutation du virus n'est pas «une surprise». «C'était attendu, c'était annoncé. Et ça recommencera», a-t-il dit samedi à l'Agence France-Presse. «Ça ne change rien par rapport à la prise en charge thérapeutique et par rapport aux vaccins», a-t-il affirmé. Aux États-Unis, une responsable des Centres fédéraux de contrôle et de prévention des maladies (CDC), le Dr Anne Schuchat, a assuré que la mutation «n'avait aucune conséquence sur l'efficacité du vaccin ou des antiviraux». Outre la Norvège, des cas de mutation du virus ont également été détectés depuis avril au Brésil, en Chine, au Japon, au Mexique, en Ukraine et aux États-Unis, selon l'OMS qui a annoncé les trois cas de mutation en Norvége.

Le directeur général de la Santé, Didier Houssin, a lui aussi estimé que les vaccins restaient efficaces. «L'immunogénicité (capacité du vaccin d'induire une réaction immunitaire) n'est pas modifiée par cette mutation, donc les vaccins restent sûrs», a-t-il déclaré sur Europe 1. «C'est d'ailleurs parce qu'on craignait une telle mutation qu'on a fait en sorte qu'un certain nombre de nos vaccins soient des vaccins avec adjuvant», a-t-il expliqué. Les adjuvants permettent notamment d'élargir le spectre d'efficacité des vaccins, pour qu'ils puissent agir contre un virus qui se serait légèrement modifié.

Dans le cas observé en Norvège, le virus «présente une modification dans un endroit très particulier, la zone qui se lie au récepteur» sur les cellules humaines, a expliqué le Pr Lina. Cette mutation pourrait potentiellement permettre au virus de s'attacher à des cellules présentes au niveau des alvéoles pulmonaires, c'est-à-dire en profondeur du poumon. «On est pour l'instant à un stade purement descriptif. Il va falloir vérifier si ces virus ont acquis une caractéristique particulière qui fait qu'ils seraient capables potentiellement de donner des formes pulmonaires plus facilement», a-t-il indiqué. Les formes pulmonaires sont généralement associées à un facteur de gravité. «Une mutation, ce n'est pas de la dangerosité supplémentaire systématiquement», a souligné le Pr Lina. Reste aussi à déterminer si ce virus mutant «va prendre le dessus par rapport aux autres» ou au contraire restera un épiphénomène.

Une mutation «préoccupante»

Le Pr Houssin a jugé cette mutation «préoccupante», parce qu'elle «peut permettre au virus de s'implanter plus bas dans l'appareil pulmonaire et donner une maladie pulmonaire plus sévère». Mais cette mutation «ne traduit pas la circulation particulière d'un virus qui aurait complètement changé», a-t-il tempéré. Interrogé par ailleurs sur des cas possibles de transmission interhumaine d'une souche du virus pandémique résistante au Tamiflu au Pays de Galles, le Pr Houssin a estimé que «c'est aussi un élément tout à fait ponctuel et débutant».

«En Grande-Bretagne on a beaucoup utilisé le Tamiflu», a relevé le Pr Lina. Les quelques cas de résistance ne mettent pas en péril la prise en charge par Tamiflu, a-t-il estimé. «Ça signifie juste qu'il faut qu'on utilise ces produits comme il faut». En France, aucun cas de résistance n'a encore été trouvé.

Le virus de la grippe H1N1 a fait environ 7 000 morts dans le monde, selon le dernier décompte de l'OMS. En France, le bilan s'établissait vendredi soir à 56 décès en métropole, auxquels s'ajoutent 28 décès outre-mer. Le Pr Lina a relevé une augmentation très importante cette semaine de l'activité liée à la grippe en pédiatrie au CHU de Lyon, craignant que ce soit «pire» ce week-end.

La préfecture de Paris a enfin annoncé samedi que l'École élémentaire Chernoviz, dans le XVIe arrondissement de Paris, sera fermée la semaine prochaine, près du quart de ses 482 élèves étant atteints ou suspectés d'avoir contacté le virus. 117 cas de H1N1 sont «annoncés, dont 61 cas confirmés et 56 cas suspectés».

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