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Chercheurs et autorités en butte aux doutes sur le virus H1N1

Par Maggie Fox à Washington,
version française Guy Kerivel
Pour Reuter et Le Point France
Publié le 12 novembre 2009


Autorités sanitaires et scientifiques tentent de répondre au scepticisme grandissant dans les médias, notamment en France et en Grande-Bretagne, sur l'ampleur réelle de la grippe A(H1N1).

"Pandémie ? Quelle pandémie ?", s'interrogeait cette semaine le journal britannique The Independent, imité par d'autres organes de presse en Europe qui laissent entendre que le danger représenté par la grippe A(H1N1) a été largement exagéré par les chercheurs et les sociétés pharmaceutiques pour des raisons budgétaires.

Dans leur réponse, les scientifiques mettent en avant le principe de précaution.

Ils reconnaissent que le virus H1N1 n'est - pour le moment - pas aussi virulent qu'on pouvait le craindre mais affirment que le nombre relativement faible de morts est justement à mettre au crédit des mesures de prévention qui ont été prises et de la campagne d'information menée depuis plusieurs mois.

A ceux qui suggèrent que la menace a été exagérée afin de justifier une augmentation des fonds publics destinés à la recherche, ils répliquent qu'il est nécessaire d'en savoir plus sur le virus pour le rendre inopérant et ajoutent que le financement de la recherche doit rester une priorité pour prévenir les pandémies à venir.

La grippe A(H1N1) touche généralement une population plus jeune que ne le fait la grippe saisonnière - des adultes d'une vingtaine ou d'une trentaine d'années et des enfants. Jusqu'ici, plus de 6.000 décès ont été recensés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Chaque année, la grippe saisonnière touche environ 20% de la population. Les experts estiment que jusqu'ici moins de 10% de la population, même en Grande-Bretagne, le pays européen le plus atteint, ont été frappés par la grippe A(H1N1).

PRINCIPE DE PRÉCAUTION

Fred Hayden, ancien expert à l'OMS et aujourd'hui responsable de recherche au Wellcome Trust, juge que les mises en garde et les mesures prises dès l'apparition de la maladie ont payé mais veut rester prudent.

"Je ne veux pas parler de pandémie 'bénigne' (...) Je pense qu'il serait prématuré de porter un tel jugement", a-t-il dit.

Reste qu'une fois passé l'émoi des premières semaines, le scepticisme s'est installé dans de larges parts de l'opinion publique, notamment sur la nécessité de se faire vacciner.

Le quotidien Le Parisien a noté le décalage entre les craintes affichées par les autorités et une réalité bien moins dramatique.

Il a rapporté un sondage CSA selon lequel 76% des Français n'avaient pas l'intention de se faire vacciner, alors que la campagne de vaccination du grand public contre la grippe A(H1N1) débutait ce jeudi dans l'Hexagone.

La ministre française de la Santé, Roselyne Bachelot, s'est même sentie obligée de rappeler à l'ordre le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Jean-François Copé, qui avait laissé entendre qu'il ne se ferait pas vacciner.

En Grande-Bretagne, où les autorités avaient un moment envisagé un scénario catastrophe entraînant la mort de 65 000 personnes, on évoque aujourd'hui le risque d'un millier de décès, alors que le grippe saisonnière en cause entre 4 000 et 8 000 chaque année.

Un groupe de scientifiques qui a organisé cette semaine une conférence de presse à Londres pour annoncer un financement supplémentaire de 7,5 millions de livres pour la recherche sur le H1N1 a été assailli de questions par les journalistes sur le réel impact de la maladie.

En 1997, la grippe aviaire provoquée par le virus H5N1 avait commencé par infecter 18 personnes à Hong Kong avant d'être stoppée grâce à l'élimination de milliers d'oiseaux. Elle était réapparue en Chine et en Corée du Sud en 2003 et a fait quelque 245 morts dans le monde.

En 1918, la grippe espagnole avait tué 50 millions de personnes à travers le monde, dont 230.000 en Grande-Bretagne.

 

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