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Ces médecins qui hésitent à se faire vacciner contre la grippe A
Pourtant au coeur du dispositif de lutte contre l'épidémie, le personnel médical hésite,
marqué par le scandale du sang contaminé

Rue 89
Publié le 18 septembre 2009

 

Leur comportement aura valeur d'exemple. Dans les cabinets en ville et dans les hôpitaux, chacun scrute ce que diront les professionnels de santé. Ils prêteront leur bras à la piqûre et ce sera un message favorable, ils feront front contre le vaccin et tout le monde sera plongé dans le doute.

« La sagesse médicale est de douter, on devra tous se prononcer dans le doute. Il faut l'admettre. Quand on vote c'est pareil », taquine Jean-Marie Le Guen député PS et président de l'Assistance-Publique-Hôpitaux de Paris. Et de rappeler qu'on est « face à une équation à plusieurs inconnues » :

« On ne connait pas les vaccins, ni la date à laquelle ils seront disponibles, ni s'il faudra une ou plusieurs injections. »

N'empêche, en affichant leurs réticences, les infirmiers ont semé le trouble. Le Syndicat national des personnels infirmiers a lancé la polémique avec un sondage auprès de ses adhérents. Quelque 4 000 personnes qui y ont répondu. (Voir le graphique)

Les infirmiers et le vaccin contre la grippe A

Refusent de se faire vacciner (65%)

Acceptent (26%)

Hésitent (9%)

Selon leur exposition aux malades, les réponses ne sont pas les mêmes : les personnels travaillant dans les services sensibles, comme la réanimation néonatale, sont plus enclines à accepter le vaccin « de peur d'être accusée sinon d'avoir transmis la peste aux enfants », note le secrétaire général du syndicat, Thierry Amouroux.

Faut-il faire confiance aux politiques ?

Outre l'ancien directeur de la Croix-Rouge, Marc Gentilini, et le professeur et député UMP Bernard Debré, on n'entend que peu les grands médecins hospitaliers mener campagne contre le vaccin. Les infirmiers semblent plus méfiants que le reste des personnels soignants.

En discutant longuement avec Thierry Amouroux, j'ai compris à quel point les traces laissées par le scandale de la contamination au HIV de patients transfusés dans les années 80 pouvaient être encore présentes. Des sanglots dans la voix, il nous a fait part de son expérience personnelle, vingt-cinq ans dans un service de cancérologie :

« J'ai transfusé des gens en leur jurant que j'étais sûr de ce que je leur injectait. Peu après, le scandale a éclaté, les patients sont revenus me voir… Depuis, je fais confiance à ce que je sais et plus aux discours des politiques. »

Lui prévient tout net :

« Je ne me ferai pas vacciner, alors comment dire aux gens de le faire pour eux ? Ce qu'il faut c'est le consentement éclairé de chacun. Toute personne qui souhaite se faire vacciner doit être informée du rapport bénéfices/risques. On ne peut que prôner du cas par cas. »

Se faire vacciner pour endiguer la pandémie ?

Le discours du gouvernement en faveur du vaccin est nécessairement ambigu car il recouvre deux aspects :

  • Se faire vacciner pour ne pas tomber malade (pour soi)

  • Se faire vacciner pour endiguer la pandémie (par altruisme)

Pour les personnels de soin, deux raisons supplémentaires viennent s'ajouter :

  • Se faire vacciner pour ne pas infecter les personnes malades

  • Se faire vacciner pour être présent au travail quand on aura besoin d'eux

Ils feront donc partie des populations à vacciner en priorité, même, tant qu'aucune loi d'exception n'est votée, ils pourront refuser l'injection. Quitte à se faire reprocher ensuite par leur hiérarchie, de favoriser la contamination.

Comment faire son rapport bénéfices/risques ?

Face au doute, la raison invite à tenter de faire son propre rapport bénéfices/risques. Car l'intérêt de la santé publique ne devrait pas prévaloir sur l'intérêt de l'individu. Antoine Flahault, directeur de l'Ecole des Hautes études en santé publique s'est fait une raison :

« Si on se fait vacciner, on a 1 chance sur 1 million de développer un effet secondaire grave type syndrome de Guillain-Barré. Si on est personnel de santé, on est exposé à un virus qui peut tuer une fois sur 10 000. Pour moi, entre les deux risques il n'y a pas photo. Les populations à risque et celles plus exposées au virus ont selon moi intérêt à se faire vacciner. »

Que conseillent les médecins ?

D'abord, tous attendent les résultats des test cliniques en cours, qui pour l'heure « ne sont pas très univoques » en faveur de la vaccination, remarque Antoine Flahault.

Ils sont donc obligés de se prononcer sans avoir toutes les informations. Interrogé, le président du conseil de l'Ordre des médecins semble d'ailleurs assez gêné. Écoutons ce que nous dit Michel Legman :

« Au sens de la santé publique je suis plutôt pour la vaccination. Je comprends les appréhensions, j'aimerais avoir des preuves de totale innocuité des vaccins, il faut juste attendre, il faut raison garder et ne pas effrayer la population. »

Du haut de son titre de président, il affirme :

« Moi je me ferai vacciner. Sur le terrain de la santé publique, là où est mon devoir, je suis favorable au vaccin. »

Mais chez les minoritaires du Syndicat de la médecine générale, la tonalité du discours est bien différente. Son président, Patrick Dubreil, conseille seulement à ses patients « à risque » de se faire vacciner, car îl ne voudrait « pas coller des effets secondaires à des gens sains ».

Surtout, il regrette l'absence de « démocratie sanitaire, en France il n'y a pas de lieu pour échanger et débattre, entre patients et professionnels. »

Il rappelle surtout que « Roselyne Bachelot a en tête qu'une mauvaise anticipation de l'épidémie pourrait lui coûter son poste. Rappelons que la canicule a fait tomber Jean-François Mattéi ».

 

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