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A(H1N1): Ottawa est accusé de réagir à la pièce
Les partis d'opposition dénoncent les lacunes du plan d'urgence fédéral en cas de pandémie


La Presse Canadienne
et le journal Le Devoir
Publié le
13 août 2009

 

Un plan plutôt complet... mais peu concret. Des députés fédéraux des différents partis d'opposition ont joint leur voix à celles des médecins de famille, des municipalités et des citoyens pour dénoncer les lacunes du plan d'urgence du ministère de la Santé pour faire face à une pandémie de grippe A(H1N1). C'est ce qui ressort d'une réunion du comité permanent de la santé des Communes durant laquelle ses membres, notamment des députés fédéraux, en ont profité pour poser toutes leurs questions au sujet de la grippe au dirigeant de l'Agence de la santé publique du Canada, le Dr David Butler-Jones, ainsi qu'à la ministre de la Santé, Leona Aglukkaq.

Critiquant le manque de leadership des autorités en ce qui a trait à la santé publique, la porte-parole libérale en matière de santé, Carolyn Bennett, a souhaité qu'Ottawa détaille son plan d'urgence au lieu de dévoiler des mesures à la pièce. Pour elle, les parlementaires «ne peuvent pas rester sur le quai au chalet» pendant que les citoyens s'inquiètent des répercussions qu'aurait une pandémie de grippe sur leur vie. «Ce n'est pas tout le monde qui a confiance et qui sait quoi faire [en situation d'urgence]», a dit la députée de St. Paul's, à Toronto, en ajoutant qu'entre un plan «écrit sur une feuille dans un cartable» et la réalité sur le terrain, il y a un pas.

«Il y a un réel besoin pour que davantage de ressources soient mises à contribution afin d'expliquer aux Canadiens quoi faire s'ils tombent malades», a soutenu Mme Bennett, médecin de formation. À l'instar de leur collègue libérale, bloquistes et néo-démocrates jugent que la ministre Aglukkak se contente de mettre des pansements sur la plaie, alors qu'il faudrait une véritable intervention.

«Il aurait été, je pense, important d'avoir une vision plus globale et non pas que des annonces à la pièce», a soutenu le porte-parole bloquiste Luc Malo.

Selon la députée libérale, les différents partenaires concernés par ce plan d'urgence, comme les paramédicaux, les médecins de famille, les municipalités, n'ont pas été suffisamment mis à contribution. «Ils ont été mis de côté pour la planification du plan et sa mise en oeuvre. Il faut écouter les besoins des gens si on veut pouvoir déterminer quels sont les problèmes», a-t-elle insisté.

Mme Bennett déplore ne pas avoir eu de réponse de la part du gouvernement aux questions concernant les communautés autochtones et les personnes les plus vulnérables. «Certaines communautés savent parfaitement quoi faire et d'autres, pas du tout», a souligné Mme Bennett, qui croit qu'on devrait mettre en contact les communautés les mieux préparées avec celles qui le sont moins.

Retard dans les technologies?

Mme Bennett s'est également fait l'écho des voix en sourdine de certains médecins qui se sont montrés inquiets du peu d'information sur les technologies qui devront être mises à contribution dans les hôpitaux si le virus frappe plus durement. «J'ai parlé avec des médecins qui se disaient inquiets de voir que le gouvernement n'avait pas acheté plus de respirateurs à oscillation», a-t-elle dit.

Répondant par courriel aux questions du Devoir, l'Agence canadienne de santé publique explique que le gouvernement du Canada n'a pas cru bon de se doter de respirateurs à oscillation additionnels, affirmant que les respirateurs standards pouvaient très bien faire l'affaire. «Les respirateurs à oscillation [...] font appel à une technologie relativement récente, leur utilisation nécessitant une formation plus poussée, et il est plus difficile de les déplacer d'un endroit à un autre au pays», a-t-on écrit, en précisant vouloir faire passer de 130 à 500 le nombre de respirateurs dans sa réserve.

Par ailleurs, la députée libérale a déploré le fait que peu de leçons de la crise du SRAS, en 2003, aient été retenues. Selon elle, la communication entre les provinces devrait être améliorée. «Qui fait quoi, et quand, c'est important», a-t-elle indiqué. Elle rappelle aussi l'importance de parvenir à un accord interprovincial sur la mobilité des travailleurs de la santé. «Si on a grandement besoin de personnel dans le nord du Manitoba, il faut pouvoir envoyer des médecins de Montréal ou d'ailleurs sans trop tarder.»

L'Agence de la santé publique a pour sa part dit travailler en étroite collaboration avec les provinces et territoires notamment sur les décisions à prendre au sujet du vaccin contre la grippe H1N1.

La semaine dernière, le gouvernement canadien a annoncé qu'il commandera plus de 50 millions de doses.

Un million pour les PME

S'inspirant visiblement du vieil adage selon lequel la meilleure défense reste encore l'attaque, la ministre de la Santé, qui était visiblement mécontente qu'une réunion extraordinaire sur la grippe soit convoquée, a profité d'une conférence de presse tenue hier en matinée pour décocher quelques flèches contre ses collègues de l'opposition, qu'elle accuse de faire de la «petite politique dans ce dossier sérieux».

Mme Aglukkaq a également profité de la conférence pour annoncer qu'Ottawa dépensera près de 1 million pour les milieux de travail de taille modeste afin de les aider à élaborer leur plan d'action.

Ces 926 000 $ serviront d'abord à l'évaluation des lacunes qui pourraient être constatées dans les plans d'action de compagnies de taille modeste, puis à l'élaboration et à la communication «d'outils» pour permettre à ces entreprises de s'ajuster.

Selon le premier administrateur en chef de la santé publique du Canada, David Butler-Jones, les entreprises du pays doivent envisager tous les scénarios possibles quant à l'évolution de l'influenza, y compris celui d'une deuxième vague plus sévère à l'automne.

Une stratégie pour les réseaux scolaires au Canada devrait par ailleurs être dévoilée dès la semaine prochaine. Jusqu'à présent, 64 personnes sont décédées des suites de la grippe A(H1N1) au Canada.

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