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À quel point A (H1N1) est-il mortel?

Par Valérie Borde
Pour l'Actualité
Publié le 2 novembre 2009

Titulaire d’un diplôme d’ingénieure en France et d’une maîtrise en communications, Valérie Borde est journaliste spécialisée en vulgarisation scientifique. Elle écrit pour différents magazines québécois et français et œuvre comme consultante en vulgarisation et en rédaction professionnelle pour plusieurs organismes. Elle est également chargée de cours en rédaction professionnelle à l’Université Laval

Sur 100 personnes qui attraperont le virus A (H1N1), combien en mourront? Les agences de santé publique sont récalcitrantes à se prononcer : tant que le virus n’est pas passé dans la population, son taux de mortalité est bien difficile à évaluer.

Deux chiffres ont quand même circulé ces derniers jours. Selon le Dr Richard Marchand, microbiologiste à l’Institut de cardiologie de Montréal cité ici (1), la grippe pourrait tuer jusqu’à une personne sur 200 parmi les gens qui auront contracté le virus.

Le spécialiste m’a confirmé que cette estimation est basée sur le taux de mortalité habituel de la grippe saisonnière, qu’il considère sensiblement identique à celui de la grippe pandémique, même si ce ne sont pas les mêmes personnes qui semblent à risque.

Une équipe de chercheurs des Centers for Disease Control américains donne cependant une estimation beaucoup plus basse dans cet article scientifique (2), basé sur l’analyse de la première vague de la pandémie. Aux États-Unis, estiment-ils, 1,8 à 5,7 millions de personnes ont contracté le virus ce printemps, dont 800 sont décédées.

Cela donne un taux de mortalité de 1 personne sur 2250  au pire, à 1 sur 7125 au mieux. Soit 10 à 35 fois moins que l’estimé du Dr Marchand!

Qui a raison? Je serais bien en peine de vous le dire. Au delà de la validité des prévisions de chacun, il ne faut pas oublier que les États-Unis sont aux prises avec une pénurie de vaccins, qui fait que les CDC ont certainement tout intérêt à minimiser l’ampleur de la grippe. À l’inverse, Québec a mis le paquet pour inciter les gens à aller se faire vacciner et une prévision alarmiste justifierait mieux son action. Méfiance, donc…

J’aurais tendance à penser qu’une estimation même très approximative basée sur les cas de grippe pandémique est certainement plus fiable que la transposition de chiffres évalués à partir d’autres virus grippaux, mais je peux me tromper. Et il n’est pas dit que ce taux de mortalité soit identique pour la seconde vague.

Dans les deux derniers mois, 17 personnes sont décédées des suites de la grippe au Canada, dont deux au Québec. Il n’y a donc pas lieu de paniquer. Sur une même période, les accidents de la route tuent en moyenne 92 personnes au Québec, dont 28 jeunes de moins de 24 ans. (basé sur les chiffres de 2008)

Il faut aussi tenir compte du nombre de personnes hospitalisées à cause de cette grippe. Les CDC estiment que le A (H1N1) a envoyé 9 000 à 21 000 personnes à l’hôpital pendant la première vague. Une trop grande affluence dans les hôpitaux, même sans décès, pourrait justifier qu’on continue de vacciner tout le monde. 

Pour l’instant, la situation ne justifie pas qu’on mette fin à cette campagne de vaccination massive. Il est encore bien trop tôt.

Mais nos experts doivent garder un oeil sur les chiffres. S’il se confirme que le taux de mortalité de la grippe pandémique est bien inférieur à ce sur quoi on a tablé, il faudra peut-être renoncer à vacciner les personnes qui ne présentent pas de facteurs de risque.

À partir de combien de décès pourrait-on décider que la vaccination massive n’est plus justifiée? Cela dépend du prix que, collectivement, nous sommes prêts à payer pour sauver une vie…

(1)

Ce microbiologiste et infectiologue explique que, dans certains cas, le système immunitaire d'une personne ne réussit pas à différencier les molécules du virus A (H1N1) de celle des poumons. La raison? Le corps ne reconnaît pas ce virus, qui est apparu il n'ya a que peu de temps. En fait le système immunitaire développe des anticorps qui s'attaquent aux pouvons et au A (H1N1) ce qui cause une infection massive des voies respiratoires. La situation dégénère ensuite très rapidement de l'eau s'installe dans les poumons en grande quantité et cause un syndrome de détresse respiratoire. Le coeur n'arrive plus à faire passer le sang à travers les poumons et décompense en quelques heures. Cette situation survient généralement la 3e ou la 4e journée de l'infection. Le Dr. Marchand affirme que la réaction des patients à ce virus est tout à fait imprévisible et dépend en grande partie de leur héritage génétique et de leur système immunitaire. Le fait d'être en bonne santé ne serait d'aucune aide dans les rares cas de patients où le système immunitaire s'emballe. Cela pourrait même nuire, puisque plus le système de ces personnes est performant, plus il va attaquer le virus et... les poumons. Le médecin affirme qu'au Canada environ 1 personne sur 200 qui attrape la grippe H1N1 risque d'en mourir. Il est donc impératif selon lui, de se faire vacciner.

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(2)

Estimates of the Prevalence of Pandemic (H1N1) 2009

United States, April-July 2009. Carrie Reed, Frederick J. Angulo, David L Swerdlow, Marc Lipsitch, Martin I. Meltzer, Daniel Jernigan, Lyn Finelli.

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