Moteur de recherche en page d'accueil de MétéoPolitique

Répartition de la richesse, crise économique, finance, économie, Bourse,  Répartition de la richesse, crise économique, finance, économie, Bourse,

Retour à : Plan du site - MétéoPolitique - Finance - Économie & Finance - Analyses et Opinions

Les inégalités sociales génèrent-elles des crises économiques ?

Michael KUMHOF Romain RANCIÈRE

Rédacteur Laurent
Par Agorax Vox
23 décembre 2010

Et par Laura Raim

Si l’on devait formuler une réponse rapide à cette question on pourrait affirmer avec aplomb que les inégalités sociales ne sont pas la cause originale de la production des crises économiques.

On pourrait définir rapidement une crise économique comme un affaiblissement soudain et imprévu de la situation économique, sectorielle, locale, régionale ou mondiale, engendrant à moyen ou à long terme une dégradation des perspectives économiques.

On pourrait énumérer à la volée quelques unes des causes de la propagation d’une crise économique ; la dégradation des marches financiers, les erreurs de politiques monétaires, économiques, budgétaires, le trop plein de désintervention ou le manque de régulation …etc.

Jamais jusque là il n’était fait mention des inégalités sociales parmi les causes de propagation des crises économiques. Cependant une étude très brillante, vient de démontrer que toutes les grandes crises économiques modernes, de1929 et 2007, ont pour dénominateur commun les inégalités sociales.

Cette étude a certainement été publiée par un mouvement d’économistes altermondialistes border line, êtes vous entrain de penser ? Eh bien non pas du tout, cette étude, Inequality Leverage and Crises, ( 01 ) a été publié par le FMI. Comme quoi il faut toujours se méfier des idées reçues !
 

Les inégalités de revenu peuvent-elles être un élément déclencheur de crises économiques ?

Deux économistes du FMI Michael Kumhof et Romain Rancière démontrent dans une publication, assez géniale, pour le compte du FMI que pour les crises de 1929 et de 2007, ce sont certainement l’aggravation des inégalités sociales qui ont conduit les américains a s’endetter et donc qui ont poussé les États-Unis, puis le monde dans la crise financière, puis économique. Ces deux économistes ont démontré qu’il y avait, comme trait commun, en amont de ces deux crises, un élargissement du fossé économique entre les plus riches et les classes moyennes et pauvres.

La thèse démontre qu’entre 1910 et 1929 et 1989 et 2008 la part de revenus de 1% des ménages les plus riches est passée de 15 à 25% et dans les mêmes temps l’endettement des ménages américains les plus pauvres a cru de 50 % .

En 1987 alors que les américains les plus pauvres avaient un endettement égale à leur revenu, 20 ans plus tard leur dette représentait le double du montant de leur revenu. Il est évident qu’il existe un lien entre le niveau trop élevé d’endettement des ménages, via notamment les subprimes souscris par les plus pauvres et le déclenchement de la crise financière. Mais le lien entre la hauteur des revenus les plus élevés et l’accroissement des inégalités avec les plus pauvres est moins évident.

Explication

Dans une logique purement comptable les plus pauvres, voyant leur revenu stagner, auraient du baisser leur niveau consommation, pour limiter leur endettement. Mais les logiques ont été autres. Au contraire, les plus pauvres ont continué à consommer, sauf qu’ils ont substitué leur revenu par de l’endettement. Les ménages américains ont préféré le maintien de l’écart de leur niveau de vie, par rapport aux catégories les plus riches, à la réalité comptable de l’écart entre leur niveau de revenu et leur capacité de consommation.

Cet état d’esprit est peut être encore plus marqué dans la société américaine qu’ailleurs. Il y a là bas peut être une poursuite du rêve américain, dans lequel, entre autres buts la possession d’un Home Sweet Home (des titres de propriétés de sa maison) peut être considéré comme l’aboutissement de la réussite. Ce serait donc principalement par imitation ou par suivisme des catégories sociales les plus riches que les pauvres américains se seraient endettés.

Les pauvres et la classe moyenne ne sont pas les seuls responsables de cette situation. L’arme de la crise, l’endettement, a été placée entre leurs mains. 

Retour en arrière

A la fin des années 1990 et au début des années 2000 se produit une fabuleuse envolée économique, spécialement boursière.

Mais cette croissance économique ne profite qu’aux plus hauts revenus. Pour encourager la classe moyenne à s’enrichir on facilite l’endettement et on crée notamment les subprimes pour l’immobilier.

C’est à la fois une décision qui provient des autorités politiques, le Gouvernement de Bill Clinton et des autorités économiques, la FED et le système financier. En 2001 éclate « la bulle des valeurs boursière d’Internet », les banques et les plus riches doivent trouver de nouveaux placements donnant des rendements aussi intéressants, ce sera les subprimes. Les pauvres s’endettent encore plus et les riches s’enrichissent encore plus, cette fois sur le dos des pauvres.

L’écart économique se creuse encore plus alors, vous connaissez la suite, ce sera la crise économique. La thèse démontre que les inégalités financières catégorielles ne sont pas qu’un moteur qui pousse nos sociétés vers plus de justice ou d’équité sociale ce sont aussi un vecteur d’instabilités économiques dangereuses.

Quelles peuvent être les solutions ?

On peut d’abord limiter les niveaux d’endettement des classes moyennes et pauvres et ne leur laisser la possibilité que de souscrire à de l’endettement maîtrisable, qui ne puise pas les conduire à un état de cessation de paiement. Mais même si l’on maîtrise le risque économique, il persiste un risque social.

Conserver dans une même société une situation générant des classes sociales moyennes et pauvres qui voient leur niveau de vie baisser ou stagner et à côté des catégories sociales supérieures qui s’enrichissent et voient leur niveau de vie croître continuellement, fait courir le risque de chaos social. C’est une évidence. Il faut donc réduire les inégalités sociales.

On peut d’abord agir sur les revenus des plus pauvres, en augmentant tout simplement leur salaires, en procédant à de la redistribution sociale (logement sociaux, aides sociales), en procédant à la baisse d’impôts de consommation de produits essentiels … etc. On doit aussi agir sur les revenus des plus riches. Pour limiter les revenus des plus riches, cela passe surtout par l’impôt ; taxer plus fortement tous les revenus qui ne proviennent pas travail ex : revenus du capital, revenus immobiliers, fonciers …etc, taxer plus fortement les hauts revenus ; idée de l’impôt confiscatoire. ( 02)
 

Caricature états-unienne, 2009. Sur l'affiche : "Les saisies immobilières se poursuivent". Les clochards chantent : "Je serai intinérant pour Noël" (jeu de mots sur "Je serai à la maison pour Noël" - "I'll be home for Christmas", chanson traditionnelle de Noël)

Répartition de la richesse, crise économique, finance, économie, Bourse,  Répartition de la richesse, crise économique, finance, économie, Bourse,

Les États-Unis sont-ils condamnés à plonger dans une nouvelle crise ?

Le compromis fiscal conclu entre le président états-unien Barak Obama et ses adversaires républicains a été approuvé par le Congrès américain. Il s’agit du dernier avatar de l’échec du gouvernement à résorber des inégalités sociales qui ne cessent de se creuser depuis des décennies. Inégalités qui seraient pourtant à l’origine aussi bien de la crise de 1929 que de celle de 2007.

« On a étudié comment les agents réagissaient à cette tendance », explique Romain Rancière, professeur associé à la Paris School of Economics.

« On a constaté que malgré l’érosion de leurs salaires, les Américains ‘d’en bas’ cherchaient à maintenir un certain standard de vie, comparable à celui des Américains ‘d’en haut’. L’expression anglaise ‘keeping up with the Joneses’ [rester au niveau de ses voisins] est symptomatique de cette culture où les gens se comparent constamment les uns aux autres et veulent avoir la même maison ou la même voiture que le voisin ». Les ménages pauvres ont donc abondamment emprunté pour compenser la stagnation de leurs revenus.

Mais pour emprunter, il faut qu’il y ait des prêteurs. Et justement, les ménages aisés étaient à la recherche de rendements élevés pour placer leur surplus d’épargne. La soif d’endettement des ménages pauvres leur a permis d’investir dans des produits financiers adossés sur ces crédits.

A noter que cette volonté d’emprunter des uns et d’épargner des autres a augmenté les besoins en services financiers et donc gonflé le secteur, dont la taille a doublé entre 1981 et 2007 pour atteindre 9% du PIB.

Le gouvernement a, quant à lui, encouragé ce processus dans les années 90, en dérégulant le marché bancaire et en poussant Fannie Mae et Freddie Mac à accorder des prêts immobiliers aux ménages les plus modestes. De fait, il est plus facile de masquer les inégalités en encourageant le crédit facile plutôt que de s’y attaquer à travers des politiques de redistribution.

« Le problème, c’est que cet endettement excessif des classes pauvres et moyennes a fragilisé le système financier : quand les prix de l’immobilier ont arrêté de progresser, des emprunteurs ont fait défaut en masse, et cela a déclenché la crise en 2007 », poursuit l’économiste. « La réduction des inégalités n’est donc pas seulement une question de justice sociale. C’est aussi une nécessité pour empêcher l’éclatement de nouvelles crises financières ».

La politique fiscale explique-t-elle le creusement des inégalités ?

La croissance des inégalités s’explique surtout par la montée spectaculaire des très hauts revenus. En ce qui concerne la période récente, les raisons pour cette tendance sont multiples : baisse du pouvoir des syndicats susceptibles de négocier des augmentations collectives, augmentation de la part de la rémunération variable…

Mais la politique fiscale mise en place depuis la présidence de Ronald Reagan, et accentuée par celle des Bush (père et fils), a amplifié cet accroissement des inégalités.

D’une part, la baisse des taux marginaux supérieurs d’imposition sur le revenu favorise l’accumulation patrimoniale dans le haut de la distribution.

D’autre part, « le capital est bien moins taxé que le travail : l’impôt sur les investissements est de seulement 15%, ce qui profite surtout aux riches car ce sont principalement eux qui ont des investissements », explique Lee Farris, spécialiste de politique fiscale chez United for a Fair Economy, un groupe de pression qui lutte contre les inégalités. « C’est pourquoi le taux d’imposition effectif des riches est bien plus bas que celui des classes moyennes ».

Pour Paul Volcker, ancien président de la banque centrale et conseiller économique d’Obama, les avantages fiscaux concédés par Bush en 2001 et 2003 ont en effet donné lieu à la plus grande redistribution de revenus de l’histoire américaine « depuis la famille américaine moyenne vers un petit groupe de riches ».

Le compromis fiscal d’Obama aggrave-t-il ces inégalités ?

Pour le moment, oui.

Pour commencer, Obama n’a pas réussi, comme il le souhaitait initialement, à augmenter à 20% l’impôt sur les investissements pour les 2% des contribuables les plus aisés.

Il a également échoué à supprimer les allègements consentis aux ménages gagnant plus de 250.000 dollars par an.

Barak Obama président des États-Unis

Mais ce qui choque le plus les démocrates, c’est qu’il accepté d’accorder des exonérations sur l’impôt sur la succession pour tout patrimoine inférieur à 5 millions de dollars. Soit un paquet fiscal encore plus généreux que celui de Bush ! « L’impôt sur les successions aurait pourtant été l’un des plus juste et facile à augmenter, puisque par définition il est acquitté par un mort qui n’a plus besoin de son argent ! » s’indigne Lee Farris. « C’est même le républicain Teddy Roosevelt qui l’avait instauré ».

« D’autres facteurs non fiscaux devraient malgré tout contrebalancer légèrement cette tendance», relativise Romain Rancière. « La réforme du système de santé d’Obama par exemple représente un certain transfert de richesse qui doit permettre aux ménages plus pauvres de moins s’endetter

  Pour faire parvenir ce texte à d'autres :  

Répartition de la richesse, crise économique, finance, économie, Bourse,  Répartition de la richesse, crise économique, finance, économie, Bourse,

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Références:

01

Inequality Leverage and Crises
Pour le Fonds monétaire international FMI

PDF 38 pages

Retour au texte

02

Il faut taxer fortement les très hauts revenus
Pour l’économiste Thomas Piketty, les très hautes rémunérations sont économiquement inefficaces et socialement injustes ; elles menacent la démocratie. Pour les faire reculer, il faut les imposer lourdement

PDF 3 pages

Retour au texte