Les « maîtres du monde » (re)virent-ils à gauche ?

Par François Krug
Pour le journal Eco89
Publié le 9 novembre 2010
et Agence France Presse à New York

 

Le patron de l'Autorité des marchés financiers (AMF) s'interroge sur « l'utilité publique » des traders, celui de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) juge le capitalisme « intrinsèquement injuste » et celui du Fonds monétaire international (FMI) remet en cause la croissance économique à tout prix. Jusqu'ici gardiens d'une certaine orthodoxie économique, Jean-Pierre Jouyet, Pascal Lamy et Dominique Strauss-Kahn seraient-ils devenus de dangereux gauchistes ?

Jean-Pierre Jouyet a été le plus direct. Dans le quotidien économique allemand Handelsblatt ( 01 ), le président de l'AMF propose de taxer davantage les traders.

Mieux, il s'insurge du décalage entre la finance -son secteur- et l'économie dite « réelle » :

« Je ne vois pas pourquoi un trader devrait gagner deux cents fois plus qu'un ingénieur qui construit des ponts, l'utilité publique de l'échange d'actions algorithmique m'apparaît moins immédiatement perceptible que celui de la construction de ponts. »   

Jean-Pierre Jouyet

Lamy : « Le capitalisme de marché est intrinsèquement injuste »

Pascal Lamy n'est pas non plus un révolutionnaire, mais lui aussi, il a des doutes. Le directeur général de l'OMC avait déjà expliqué que la mondialisation n'était pas forcément un concept néo-libéral. Lors d'une conférence sur le sujet, le 4 novembre à Montréal, il a fait part de ses réflexions :

« Depuis quelques années, je m'interroge sur les racines culturelles et anthropologiques du capitalisme de marché qui est intrinsèquement injuste et stresse toujours plus les ressources humaines et naturelles. »

Pascal Lamy

Au FMI, autre cible traditionnelle des altermondialistes, on n'en est pas encore à juger le capitalisme « intrinsèquement injuste ». En revanche, sous l'effet de la crise, on remet en cause certains dogmes de la maison.

Dominique
 Strauss-Kahn

Dominique Strauss-Kahn : « La croissance n'est pas tout »

Celui de la rigueur, par exemple : dans son rapport semestriel, le FMI déconseille à ses membres d'« appuyer sur les freins avec une ferveur excessive ». Ou comme celui de la croissance. Le 13 septembre, lors d'une conférence à Oslo, le FMI a annoncé qu'il étudiait le « concept d'un plancher de protection sociale pour les populations pauvres ou vulnérables » ( 02 ). Et Dominique Strauss-Kahn a expliqué aux participants :

« La croissance n'est pas tout, encore faut-il qu'elle procure des emplois décents. C'est le début d'une nouvelle façon de voir l'économie. »

Jusqu'ici, Jean-Pierre Jouyet, Pascal Lamy et Dominique Strauss-Kahn étaient plutôt chargés de défendre une façon traditionnelle « de voir l'économie ». Pourquoi, tout d'un coup, ce besoin de voir les choses différemment et de critiquer le système existant ?

Sans doute parce la crise ne laisse pas vraiment le choix et qu'elle les oblige, aussi, à défendre la réputation de leurs institutions. Et peut-être aussi parce qu'ils ont, tous les trois, été des piliers de la gauche, au Parti socialiste français ou au gouvernement. Inutile de rappeler la carrière de Dominique Strauss-Kahn, mais on a peut-être oublié celles des deux autres :

Jean-Pierre Jouyet est devenu un des symboles de l'« ouverture » sarkozyste en devenant secrétaire d'Etat aux Affaires européennes en 2007, après avoir été directeur adjoint du cabinet de Lionel Jospin à Matignon puis avoir été nommé par celui-ci directeur du Trésor ;

Pascal Lamy, ancien cadre du Parti socialiste, a notamment été dans les années 80 conseiller de Jacques Delors au ministère de l'Économie puis directeur adjoint du cabinet de Pierre Mauroy à Matignon.

Simples coïncidences, ou besoin pour les dirigeants de l'AMF, de l'OMC et du FMI de retrouver leurs racines idéologiques ?

Les riches devraient payer «beaucoup plus d'impôts»

Le milliardaire Warren Buffett a affirmé dimanche que les Américains les plus riches devraient payer «beaucoup plus d'impôts» et qu'il était en faveur de l'expiration en décembre des baisses d'impôts pour les hauts revenus instaurées par l'administration Bush.

«Les impôts pour les classe défavorisées et moyennes, et peut-être même pour le haut de la classe moyenne, devraient être baissés, mais je pense que les gens dans le haut de la fourchette, les gens comme moi, devraient payer beaucoup plus d'impôts», a estimé le milliardaire américain sur la chaîne de télévision ABC.

Warren Buffett

«Les choses vont pour nous mieux que jamais», a-t-il justifié, balayant les arguments des républicains selon lesquelles l'expiration des baisses d'impôts pour les hauts revenus nuirait à la croissance.

«Les riches disent toujours ça, donnez-nous plus d'argent et nous dépenserons plus et cela se répercutera sur chacun de vous. Mais ça fait dix ans que ça ne marche pas et j'espère que le public américain en prend conscience», a expliqué M. Buffett.

La Maison-Blanche a annoncé mercredi que le président américain Barack Obama décernerait début 2011 à M. Buffett la médaille présidentielle de la Liberté, la plus haute distinction civile américaine.

Ce dernier avait soutenu la campagne présidentielle de M. Obama.

Warren Buffett et le co-fondateur de Microsoft Bill Gates, les deux plus riches Américains, ont lancé en août une initiative visant à inciter les milliardaires à faire don de la moitié de leur fortune à des organismes de philanthropie.

LE financier est à la tête d'une fortune estimé à 47 milliards de dollars, a promis de se défaire de 99% de son capital pour en faire don à des oeuvres philanthropiques de son vivant ou à sa mort.

 

01

Dans le quotidien économique allemand Handelsblatt

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02

« concept d'un plancher de protection sociale pour les populations pauvres ou vulnérables »

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