Les faillites d'entreprises explosent au Canada



Par François Normand
Pour le journal Les Affaires
Publié le 28 novembre 2009

 

Après les consommateurs, ce sont maintenant les entreprises qui sont de plus en plus frappées par le ralentissement économique au Canada.

Ainsi, en septembre, le nombre de faillites commerciales a bondi de 31,6 % par rapport au mois précédent, pour un total de 487, selon les données du Bureau du surintendant des faillites du Canada (BSFC), une agence fédérale.

Et si on tient compte des sociétés qui ont fait des propositions (offre de règlement d'une dette présentée aux créanciers), 579 entreprises se sont retrouvées en situation d'insolvabilité.

En septembre 2009, les faillites des consommateurs ont augmenté de 29 % pour un total de 12 305. En comptant les propositions, le BSFC a enregistré 15 465 cas d'insolvabilité parmi les particuliers.

Selon certains observateurs, la hausse des faillites en septembre peut toutefois s'expliquer par les récents amendements apportés à la Loi sur la faillite et l'insolvabilité, entrés en vigueur le 18 septembre 2009.

Ces derniers rendent plus contraignant le processus, en prolongeant la période de faillites des personnes, ce qui aurait pu accélérer les dépôts de bilan.

Cela dit, malgré cet élément, les faillites des consommateurs sont clairement à la hausse au Canada depuis un an, soit une augmentation de 36,4 % pour la période de 12 mois qui s'est terminée le 30 août 2009.

De leur côté, les entreprises semblaient épargnées par la crise puisque que le BSFC a enregistré un recul de 7,8 % des faillites commerciales pour la même période.
 

Les entreprises fragiles à bout de souffle


Mais là, la conjoncture économique rattrape les sociétés. " Il y a clairement une tendance à la hausse des faillites des entreprises ces derniers mois ", dit Benoît Durocher, économiste senior au Mouvement Desjardins.

Les entreprises financièrement fragiles ont d'abord absorbé le choc de la récession et la chute de leurs ventes en grugeant leur marge bénéficiaire ; elles ont ensuite réduit leurs coûts, notamment en effectuant des mises à pied.

Maintenant, les sociétés en difficulté n'ont plus de marge de manoeuvre : même si l'économie canadienne n'est plus techniquement en récession (une contraction du PIB pendant au moins deux trimestres consécutifs), la croissance est anémique et les rangs des chômeurs grossissent. Rien pour stimuler la demande en biens et services.

La Banque TD prévoit même que le taux d'insolvabilité (faillites et propositions) atteindra un sommet en 2010. " Nous nous attendons à un taux annuel de 0,57 % ", dit Grant Bishop, économiste au Groupe financier banque TD. De plus, l'institution s'attend à ce que 155 000 Canadiens se trouvent en position d'insolvabilité l'année prochaine.

Ce taux de faillite est d'ailleurs beaucoup plus élevé que celui observé lors de la récession de 1982, qui était de 0,16 %.


L'Ouest canadien dans l'oeil du cyclone


Les régions du Canada ne sont pas touchées de la même manière par les cas d'insolvabilité des entreprises et des consommateurs.

Depuis un an, les hausses les plus marquées ont été observées surtout dans l'Ouest, soit dans les Territoires du Nord-Ouest (75 %), en Alberta (70,2 %), au Nunavut (66,7 %), en Colombie-Britannique (50,9 %) et au Yukon (40 %). Le Québec (23,3 %) se situe au-dessous de la moyenne canadienne de 33,6 %.

Enfin, parmi les secteurs économiques les plus touchés par l'insolvabilité au pays depuis un an, on retrouve la finance et les assurances, les services immobiliers et les services de location (y compris la location-bail), de même que les services d'enseignement, le commerce de gros et la fabrication