Londres favorable à une taxe sur les transactions financières
Le Canada s'y oppose

Par le journal français Le Monde avec les Agences France Presse et Reuters
Publié le 7 novembre 2009

 


 

Sur la photo: Gordon Brown
premier ministre de l'Angleterre

 

La Grande-Bretagne s'est ralliée, samedi 7 novembre 2009, au projet de taxe sur les transactions boursières pour financer à l'avenir d'éventuels plans de sauvetage des banques. Le premier ministre britannique Gordon Brown a fait cette déclaration, qui marque un tournant net dans la ligne politique que suivait jusqu'à présent Londres, à l'occasion d'une visite surprise à Saint Andrews, en Écosse, où se déroulait une réunion des ministres des finances et des responsables des banques centrales des pays du G20.

La ministre des finances française Christine Lagarde a aussitôt estimé que la mis en place de cette taxe serait "une très bonne chose". Les ministres des finances du G20 ne semblent toutefois pas avoir partagé son enthousiasme, à en croire le président de la banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet. Le sujet "n'a pas été du tout discuté" à la réunion, a-t-il affirmé devant la presse.

L'idée de voir les banques contribuer elles-mêmes désormais au "fardeau" de leur sauvetage avait été évoquée au G20 des chefs d'État de Pittsburgh, aux États-Unis. Le Fonds monétaire international (FMI) a été chargé de "préparer un rapport" sur les pistes envisageables d'ici avril. M. Brown les a d'ores et déjà évoquées samedi : elles vont d'une "prime d'assurance reflétant le risque systémique", à la création d'un fonds, de dispositions nouvelles sur le capital des banques et, surtout, d'une "taxe sur les transactions financières internationales".

Les ministres des finances du G20 se sont en outre engagés à adopter d'ici janvier un calendrier détaillé pour la mise en oeuvre d'un processus d'évaluation mutuelle de leurs économies. Cet exercice de surveillance multilatérale sera mis en oeuvre avec l'aide du FMI, dont le rôle exact sur ce point est toujours en discussions.

Les pays du G20 se sont enfin engagés à maintenir leurs politiques de soutien tant que la reprise mondiale ne serait pas assurée, selon le communiqué final.

Déclaration commune

Dans un projet de déclaration finale obtenu par Reuters, les représentants de groupe, qui rassemble les principaux pays industrialisés et en développement, se félicitent par ailleurs des signes de reprise de l'économie, mais la jugent toujours dépendante des fonds publics injectés après la crise financière de l'automne 2008.

Les ministres des Finances du G20, réunis pour la troisième fois cette année, se sont en outre engagés à adopter d'ici janvier un calendrier détaillé pour la mise en oeuvre d'un processus d'évaluation mutuelle de leurs économies.

"Pour rétablir la santé de l'économie mondiale et du système financier, nous sommes convenus de poursuivre les mesures de soutien jusqu'à ce que ce rétablissement soit assuré", écrivent-ils, jugeant par ailleurs que le chômage reste une préoccupation majeure.

Depuis l'éclatement de la crise financière, les responsables politiques cherchent les moyens d'éviter à l'avenir d'avoir renflouer les banques dans l'urgence en puisant dans l'argent des contribuables.

C'est dans ce cadre que l'idée de la taxe Tobin sur les transactions financières, du nom de l'économiste James Tobin, a resurgi. Le Premier ministre britannique Gordon Brown, soucieux de défendre les intérêts de la City, était jusqu'à présent sur la défensive.

"Des propositions ont été émises sur une commission de garantie qui reflète le risque systémique, un fonds de règlement, des arrangements sur les capitaux ou bien encore une taxe globale sur les transactions", a-t-il déclaré samedi aux ministres des Finances du G20.
 

Jim Flaherty, le ministre des finances du Canada
rejette l'imposition d'une taxe financière

Jim Flaherty, qui assistait à la réunion des ministres des Finances du G20 en Écosse, a déclaré que le gouvernement Harper était nullement intéressé à hausser ou à imposer de nouvelles taxes, alors que la crise économique se résorbe graduellement.

Le premier ministre britannique Gordon Brown a déclaré samedi qu'il était temps de songer à une taxe financière, qui pourrait soutenir un fonds en vue de futurs «renflouements». Il a souligné que la Grande-Bretagne ne pouvait agir seule pour imposer une telle taxe et que les mesures devraient être appliquées par l'ensemble des grands centres financiers.

Le Canada, la Grande-Bretagne, les États-Unis, l'Allemagne et plusieurs autres pays ont consacré des centaines de milliards de dollars à sauver des entreprises financières ayant subi de lourdes pertes à la suite d'investissements risqués.

"PROPOSITIONS LÉGITIMES"

Gordon Brown: "Je ne sous-estime en aucune manière les énormes et difficiles questions d'ordre pratique et technique qui devront être réglées (...) mais je ne pense pas que ces questions doivent nous empêcher d'étudier de manière urgence ces propositions légitimes", a-t-il poursuivi.

Timothy Geithner, secrétaire américain au trésor, n'a pas caché son scepticisme et a évoqué d'autres pistes pour associer les banques au financement des futurs plans de sauvetage.

"C'est l'une des idées sur la table, mais elle ne me semble pas très attrayante", a quant à lui commenté Jim Flaherty, ministre canadien des Finances.

Paris avait déjà fait savoir la semaine dernière qu'un projet similaire était à l'étude pour financer la lutte contre le réchauffement climatique, autre thème à l'ordre du jour du G20.

Le ministre britannique des Finances, Alistair Darling, a ainsi invité ses homologues à avancer sur le sujet.

"Je suis parfaitement conscient qu'il y a autour de cette table des opinions divergentes, il y a des discussions que nous devons avoir, et certaines négociations serrées.

"Mais il est vraiment impératif qu'à la fin de la journée nous montrions que nous avons enregistré de réels progrès (sur cette question)", a dit le Chancelier de l'Echiquier qui n'attend pas un texte définitif à l'issue de la réunion de St Andrews.

Le financement de la lutte contre le réchauffement climatique est l'une des clefs des négociations en cours depuis deux ans pour élaborer le successeur du protocole de Kyoto, premier accord international sur le sujet.

Le processus est censé aboutir lors de la conférence de Copenhague, du 7 au 18 décembre 2009.

"Il y aura des frictions sur le climat. Nous ne nous sommes entendus sur rien. Mais quelque chose doit être inclus dans le communiqué final sans quoi il y aura un scandale", a commenté un délégué russe interrogé par Reuters.

Les vingt membres du G20: Afrique du Sud, Allemagne, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, Etats-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie et Turquie; son vingtième membre est l'Union européenne.