USA: procès de deux banquiers emblématiques de la crise à Wall Street

Pour Romandie News
Publié le 15 octobre 2009

 

NEW YORK - Deux gestionnaires de fonds de la banque américaine Bear Stearns ont été accusés mercredi par la justice d'avoir menti aux investisseurs avant la chute de l'établissement, première victime de la crise financière mondiale en mars 2008.

Ralph Cioffi et Matthew Tannin, poursuivis pour fraude, entente illégale et délit d'initié, risquent 20 ans de prison s'ils sont reconnus coupables. Les deux hommes clament leur innocence mais leur procès fait figure de test pour déterminer si la justice sanctionne ou non des grands noms de Wall Street pour l'effondrement financier des dernières années.

Le représentant du gouvernement a dénoncé l'appât du gain et les prises de risque excessives considérés comme étant à l'origine de la crise.

"Ils ont menti à leurs investisseurs pour gagner du temps dans l'espoir que les marchés remontent, mais ça n'a pas été le cas", a déclaré le procureur Patrick Sinclair devant le tribunal fédéral de Brooklyn à New York où s'est ouvert le procès.

"Ils ont menti pour sauver leurs primes de plusieurs millions de dollars", a tonné le procureur. "Face à la chute des marchés, au risque que les investisseurs reprennent leurs billes et à la faillite quasi-certaine de ces deux fonds, ils ont choisi de commettre un crime".

Le 22 juin 2007, la banque d'affaires Bear Stearns avait donné un signal avant-coureur de la crise financière en annonçant que deux de ses fonds étaient en quasi-faillite et allaient devoir être renfloués.

L'événement, passé quasiment inaperçu à l'époque, devait se solder par des pertes de 1,6 milliard de dollars pour les investisseurs après la mise en liquidation des fonds un mois plus tard.

Les deux fonds avaient investi massivement dans des obligations adossées à des prêts immobiliers consentis sans barguigner à des emprunteurs peu solvables. Or la valeur des titres venait de chuter du fait de l'augmentation des défauts de remboursement des crédits immobiliers.

Bear Stears devait se retrouver elle-même acculée à la faillite en mars 2008 avant d'être rachetée en urgence par sa consoeur JPMorgan Chase, lors d'une opération pilotée par la banque centrale américaine.

Le procureur a souligné que M. Cioffi, 53 ans, avait perçu en 2006 des primes d'un montant de 17 millions de dollars, en plus de son salaire annuel de 250.000 dollars, tandis que son associé Matthew Tannin empochait 2,5 millions de dollars de primes.

Citant des courriels échangés par les deux hommes, le procureur a estimé qu'ils étaient préoccupés par l'état du marché au moment même où ils vantaient la solidité de leurs fonds devant les investisseurs.

L'avocat de M. Cioffi, Dane Butswinkas, a en revanche fait de son client le portrait d'un expert d'une banque respectée qui a eu le malheur d'être victime "de la plus grave crise financière" depuis celle des années 1930.

"Il est toujours plus facile de choisir la bonne stratégie d'investissement après coup", a fait valoir l'avocat.

Le procès doit durer cinq ou six semaines.

Le juge a appelé les jurés à ne pas se laisser influencer par un sentiment de vengeance envers Wall Street pour l'effondrement financier qui a vu fondre les économies de millions d'Américains.

La sélection du jury a été menée de façon à exclure les personnes susceptibles d'avoir des raisons d'en vouloir à ce titre au monde de la finance.