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La leçon du peuple grec à tous les peuples terrifiés
devant l'oligarchie financière mondiale

Grèce: 61,31% contre 38,69% des citoyens et citoyennes ont refusé l'offre des créanciers mondiaux qui leur était présentée lors d'un référendum le dimanche le 5 juillet 2015. Le taux de participation fut de 62,5% des personnes inscrites sur la liste électorale.

Redonner du sens au mot "politique". Pas la petite politique, celle de cour de récré à laquelle s'adonnent si souvent les (ir)responsables politicailleux, mais la politique au sens noble du terme, faite de convictions, d’engagement et de rapports de force. Voilà la réussite du Parti politique Syriza dirigé par Aléxis Tsipras, de son équipe ministérielle et d'une majorité de citoyens et citoyennes grecs qui acceptent le jeu de la démocratie et refusent l'entonnoir vers la dictature économique qui leur était offerte.                             
                                                                                                                                              - JosPublic

 
 
 

La Grèce défie l'Europe avec un « non » fort

 
 

Grèce: référendum du Dimanche 5 juillet 2015
 
Texte sur le bulletin de vote: « Est-ce que la proposition soumise par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international lors de l'Eurogroupe du 25 juin doit être acceptée ? » C’est à cette question que près de dix millions d’électeurs grecs ont répondu ce dimanche.

Le non atteint 61,21 % sur la moitié des bulletins dépouillés, d'après le ministère de l'Intérieur grec.

Les Grecs ont afflué dans les bureaux de vote du pays. Ils devaient se prononcer pour ou contre les réformes voulues par les créanciers du pays, accablé par une dette abyssale.

L'issue de ce référendum est lourde de conséquences pour les perspectives de la Grèce en Europe et pour l'avenir de la zone euro.

Le bras de fer entre le gouvernement de gauche radicale grec dirigé par Aléxis Tsipras et l'Union européenne (UE), la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) a atteint son paroxysme mercredi 27 juin 2015 lorsque le Premier ministre grec, refusant de se soumettre aux exigences des trois organisations que l'on nomme communément "la troïka", a convoqué un référendum sur la question.

 

Le premier ministre grec, Aléxis Tsipras, gagne ainsi son pari de montrer à l'Europe la détermination des Grecs d'obtenir un plan de sauvetage satisfaisant pour eux, comme il affirmait vouloir le faire.

« Nous avons écrit aujourd'hui une nouvelle page de l'histoire de la Grèce. Nous avons montré que la démocratie ne peut pas être soumise au chantage », a déclaré M. Tsipras. 

Des milliers de partisans du non sont descendus dans les rues d'Athènes pour manifester leur joie. Pour eux, le pays ne pouvait pas supporter une nouvelle hausse fiscale et une baisse des pensions de retraite en échange d'une prolongation de l'aide financière internationale, alors qu'un quart de la population est au chômage.

Le premier ministre et le ministre des Finances, Yanis Varoufakis, ont assuré que le gouvernement allait oeuvrer dès lundi pour « trouver un terrain d'entente » avec l'Union européenne et le Fonds monétaire international.

Cette fois, la dette sera sur la table de négociation, a dit M. Tsipras. 

« Contradiction en le ministre et la Chancelière »

Réagissant aux résultats du scrutin, le ministre allemand de l'Économie, Sigmar Gabriel, a accusé Alexis Tsipras d'acculer le peuple grec « au désespoir ».

« Avec le rejet des règles de la zone euro, des négociations sur un plan d'aide se chiffrant en milliards$ sont difficilement concevables », estime M. Gabriel qui gouverne en coalition avec les conservateurs de la chancelière Angela Merkel. « Tsipras a coupé les derniers ponts par lesquels la Grèce et l'Europe auraient pu s'acheminer vers un compromis. »

La chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande souhaitent maintenant la tenue d'un sommet de la zone euro dès mardi le 7 juin 2015. 

Chancelière Angela Merkel d'Allemagne et le Président de France François Hollande

Près de 10 millions de Grecs étaient appelés dimanche à se prononcer sur les propositions des créanciers, après cinq années d'austérité.

Il y a quelques jours encore, les sondages laissaient croire à des résultats beaucoup plus serrés. Ce référendum était crucial puisqu'il pourrait ouvrir la voie à une éventuelle sortie du pays de la zone euro.

C'est justement ce qu'appréhendaient les défenseurs du oui. Selon eux, la sortie de la Grèce de la zone euro et un retour à l'ancienne monnaie, la drachme est un scénario bien pire que la poursuite d'un programme de rigueur budgétaire. Il faut ajouter que pour s'inquiéter il faut avoir de l'argent à protéger qui ne soit pas déjà dans des coffres de sureté dans des banques hors de la Grèce. Pour les autres, dont les 60% de jeunes personnes en chômage, ils n'ont plus rien à perdre, ce que n'ont pas compris les technocrates financiers de l'Europe.

Célébrations à Athènes dimanche le 5 juillet 2015

 
 

Les leçons hellènes d’Alexis Tsipras
Par Bruno Rieth

 
 

Aléxis Tsipras - pour consulter le discours intégral du bilan qu'il fait en mai et du discours télévision lançant le référendum en juin 2015 ( 01 )

Il est déjà possible de tirer plusieurs leçons politiques du bras de fer engagé par Aléxis Tsipras avec les créanciers de la Grèce et notamment l’Allemagne qui mène la meute à l'assaut de ce pays.

La première, quitte à faire mentir les morts, est que l’aphorisme « Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent », attribué à Henri Queuille et popularisé par Charles Pasqua, doit rejoindre, cette fois-ci au moins, les poubelles de l’histoire.

C’est un fait : Alexis Tsipras, élu par les citoyens grecs pour mettre fin au saccage austéritaire que subit la Grèce depuis 2009 et aux conséquences que l’on connaît (un chômage qui atteint les 26 %, une chute vertigineuse des pensions de retraite de 45 %, un PIB qui a plongé de 22 % en cinq ans et une explosion de la dette publique à plus de 177 % du PIB), a tenu sa promesse.

Depuis son élection, utilisant toutes les armes politiques que lui confère son mandat de Premier ministre, il n’aura pas reculé d’un pouce par rapport à son objectif : mettre fin au tout austéritaire, la religion des technocrates du FMI et des dirigeants de l’Union européenne. Car les plans de « sauvetage » successifs ont plongé la Grèce dans une véritable « crise humanitaire », comme le dénonce à juste titre le chef de file de  Syriza.

Par sa résistance aux injonctions de l’ex-Troïka (qu'il a d'ailleurs fait voler en éclat), avec le renfort de son ministre des Finances Yanis Varoufakis (qui, malgré le souhait des membres de l’Eurogroupe et de certains médias français, est resté l’homme clé du gouvernement), il aura tenu.
Et suffisamment longtemps pour constater que même le FMI ( 02 ) en est arrivé publiquement au même diagnostic que lui

Un rapport du Fonds monétaire, que les Européens auraient bien aimé ne pas voir sortir avant le scrutin de dimanche, préconise en effet d'engager une restructuration de la dette du pays et que lui soient consentis de nouveaux prêts. ( 03 )

Le deuxième enseignement — et pas des moindres — que l’on peut tirer du parcours d’Alexis Tsipras est que, non, trois fois non, la politique n’est pas morte.

Pas la petite politique, celle de cour de récré à laquelle s'adonnent si souvent les (ir)responsables politicailleux, mais la politique au sens noble du terme, faite de convictions, d’engagement. Et de rapports de force.

Une renaissance en Europe, quand tout le projet européen, émasculateur en l'occurrence, n'a consisté qu'à écarter le politique de la scène pour réduire cette ambition à une série de contraintes prétendument vertueuses — dont on attend toujours les résultats... — à respecter.

Au total, une union politique sans politique et une Europe sortie de sa propre histoire. 

A la tête de son petit pays (2 % seulement du PIB européen comme on aime à le rappeler), Alexis Tsipras, a, dans l’intérêt général de ses concitoyens — et, à travers eux, de tous les citoyens européens attachés à la démocratie, la liberté, la justice et le respect de la dignité ( 04 ) — refusé les diktats de l’ex-Troïka et négocié d’égal à égal avec ses interlocuteurs, l’Allemagne en tête.

Le Premier ministre grec, réussissant au passage à faire rager Wolfgang Schaüble, le ministre allemand (et intransigeant) des Finances et redonnant par là une substance à la notion tellement éprouvée de volonté politique dont la plupart de ses collègues européens successifs avaient savamment sapé les fondements, se contentant, eux, d'une « rêverie de technocrate » à leur mesure. 

Peut-être Tsipras a-t-il lu Étienne de la Boétie François Hollande, le président de France, lui, s'il l'a fait, n'en a rien retenu...

« Or ce tyran seul, il n'est pas besoin de le combattre, ni de l'abattre. Il est défait de lui-même pourvu que le pays ne consente point à sa servitude. Il ne s'agit pas de lui ôter quelque chose, mais de ne rien lui donner », écrivait la Boétie en 1576 dans son Discours de la servitude volontaire. ( 05 )

Tout au long de son réquisitoire contre la Tyrannie, le jeune auteur, du haut de ses 18 ans à peine tassés, tente de comprendre comment s’installe la pyramide de la servitude, avec à son sommet, seul, le tyran qui domine une multitude d’individus, la base de la pyramide. 

La réponse ? L’acceptation par la multitude de se faire imposer des choix par un seul individu ou plus simplement, le refus de se considérer d’égal à égal.

Lors de la campagne présidentielle de 2012, François Hollande promettait, la main sur le cœur, d’aller discuter d’égal à égal avec les membres de l’Union européenne, à commencer par l'Allemagne. 

« Je reviendrai devant madame Merkel et je dirai, nous, nous ne pouvons pas accepter, la France n’acceptera pas » disait-il à la télévision chez Jean-Jacques Bourdin ( 06 ) (et à tous les Français surtout), au sujet du traité budgétaire européen. Résultat, Hollande une fois élu, ira rendre ses hommages à Madame la chancelière et reviendra avec dans ses poches le TSCG, un copier-coller du traité Merkozy.

Voilà le péché originel du quinquennat Hollande. Et les vingt socialistes qui votèrent contre à l'Assemblée, les neuf qui s’abstinrent, donnèrent naissance à l'éphémère mouvement des « frondeurs », mais cela n'y changea rien. 

Drame de notre classe dirigeante qui a intériorisé le « There is no alternative »... A l’inverse, le Premier ministre grec a, dans la conduite des négociations avec les créanciers de la Grèce, brisé cette chaîne de la servitude.

Dans un article intitulé « Eloge de l’inexpérience » paru dans le numéro de Marianne, notre collaborateur Jack Dion écrit : « Alain Duhamel évoquait “l’inexpérience” du Premier ministre grec et “de la plupart de ses amis”. (…)

République hellénique

Ελληνική Δημοκρατία (el)

Ellinikí Dhimokratía (el)

Devise nationale

Ελευθερία ή θάνατος
(
Elefthería í thánatos)
(En grec
 : La liberté ou la mort)

Hymne national

Ímnos is tin Elevtherían (Hymne à la Liberté)

Administration

Forme de l'État

République parlementaire

Président de la République

Prokópis Pavlópoulos

Premier ministre

Aléxis Tsípras

Langues officielles

Grec

Capitale

Athènes

38° 00′ N 23° 42′ E / 38, 23.7

Géographie

Plus grande ville

Athènes

Superficie totale

131 957 km2
(
classé 97e
)

Superficie en eau

0,86 %

Fuseau horaire

UTC +2

Histoire

Indépendance

de l’Empire ottoman

Proclamation

Démographie

Gentilé

Grec, Grecque

Population totale (2011)

10 815 197 hab.
(
classé 74e
)

Densité

85,3 hab./km2

Économie

PIB nominal (2014)

 238,023 milliards de $
- 1,77% (
45e
)

PIB (PPA) (2014)

 284,255 milliards de $
+ 2,24% (
50e
)

PIB en volume (2014)

 186,541 milliards d'€
+ 0,77%

PIB nominal par hab. (2014)

 21 653,081 $
- 1,14% (39e)

PIB (PPA) par hab. (2014)

 25 858,773 $
+ 2,89% (45e)

Taux de chômage (2014)

 26,491% de la pop.active
- 3,55%

Dette publique brute (2014)

Nominale :
 317,309 milliards d'

- 0,58%
Relative :
 177,188% du
PIB

+ 1,28%

IDH (2013)

 0,853 (très élevé) (29e)

Monnaie

Euro[ (EUR​)

Divers

Code ISO 3166-1

GRC, GR​

Domaine Internet

.gr

Indicatif téléphonique

+30

La politique, pour lui comme pour d’autres, est affaire de professionnels. Cela s’apprend dans des écoles prestigieuses et quiconque ne les a pas fréquentées est forcément un intrus, un amateur. (…)

Mais, contrairement à ce que pense Alain Duhamel, surveillant des us et coutumes de l’élite, c’est ce qui fait la force du Premier ministre. En quelques mois, il a su tisser avec son peuple des liens de confiance qui lui donnent son autorité et lui confèrent son aura ». Une même force qu’incarne aussi, à sa façon, Pablo Iglesias, enseignant-chercheur à la tête de la formation Podemos en Espagne.

Un parcours qui permet à ces dirigeants politiques de faire des choix selon leurs convictions, en pleine liberté de conscience, à l’inverse d’une classe politique appartenant au même sérail idéologique, biberonné dès le plus jeune âge à la potion magique néolibérale. Tsipras a démontré que non, il n'est pas besoin d'être adoubé par une élite pour être un grand serviteur de l'Etat.

Servir l'intérêt général, au point de transcender les clivages politiques classiques, c'est l'autre leçon de Tsipras. Servir l'intérêt général, au point de transcender les clivages politiques classiques, c'est l'autre leçon d'Alexis Tsipras.

 Au lendemain de son élection, et même si des bruits laissaient entendre que, la surprise fût générale quand il dévoila l'identité de ses alliés. Alors que la victoire de Syriza commençait à se profiler, nos experts et spécialistes se délectaient déjà à l'idée de pouvoir annoncer au monde entier l'impossibilité pour le Premier ministre de former un gouvernement, faute de majorité suffisante. Ce cri du peuple grec n'était en fait qu'un coup pour rien, jubilaient-ils.

C'était sans compter la volonté de Tsipras de casser les codes, rompre avec les habitudes, se montrer à la hauteur de la charge qui lui était confiée et de se donner les moyens politiques pour mettre en place son programme, ô combien ambitieux, pour lequel il avait été élu. 

Résultat, un gouvernement d'intérêt général, une communauté de raison, une alliance stratégique sur des objectifs précis avec les Grecs indépendants (ANEL), des souverainistes de droite qu'il convient de ne surtout pas confondre (comme tant d'experts en carton) avec l'extrême droite. Les convergences plutôt que les clivages, pour faire rempart aux injonctions des créanciers, tel a été le pari.

Qu'on se le dise, cette coalition hétéroclite, de l'extrême gauche aux anciens du parti communiste grec de l'intérieur, en passant par les souverainistes de droite, ne survivra sûrement pas une fois la bataille avec les créanciers livrée. Notamment avec l'ANEL sur des questions liées à l'Immigration.

Qu'importe : ce retour à la notion d'intérêt général, comme l'incarna en son temps le Conseil national de résistance CNR, est salutaire. Il s'agit là moins d'une innovation que d'une redécouverte de la manière de faire la politique.

Et c'est bien le dernier enseignement de cette expérience Syriza : si la Grèce est bien le berceau de la démocratie, elle vient en outre de nous rappeler le sens du mot politique.

C'était a veille du référendum en Grèce sur les propositions de réforme des créanciers, le ministre hellène des Finances les accuse de "terrorisme" et assure qu'un accord sera trouvé lundi quoi qu'il arrive.

 
 

"Ce qu'ils font avec la Grèce a un nom: terrorisme" - Yanis Varoufakis

 
 

Connu pour sa liberté de ton, Yanis Varoufakis met de l'huile sur le feu. "Ce qu'ils font avec la Grèce a un nom: terrorisme", lâche le ministre grec des Finances à propos des créanciers du pays ( 07 ) dans un entretien au quotidien espagnol El Mundo. Il leur reproche également de vouloir "humilier les Grecs", qui se prononceront lors du référendum de dimanche sur leurs dernières propositions de réformes. 

"Pourquoi est-ce qu'ils nous ont forcés à fermer les banques? ( 08 ) Pour insuffler la peur aux gens. Et quand il s'agit de répandre la peur, on appelle ce phénomène le terrorisme", développe le ministre en parlant de la politique menée par les créanciers d'Athènes, le Fonds monétaire international (FMI) ( 09 ), la Banque centrale européenne (BCE) et l'Union européenne. 

Moment d'histoire qui donne à songer: Londres en 1953, le ministre des Finances de Grèce et le chancelier Adenauer signe le traité effaçant 60% la dette de l'Allemagne

"Lundi, il y aura un accord"

Faute d'être parvenu à un accord avec les créanciers sur une prolongation d'un programme d'aide financière au-delà du 30 juin, le gouvernement de gauche radicale grec a annoncé la fermeture des banques et le contrôle des capitaux jusqu'au 6 juillet 2015.

 

"Quel que soit le résultat du référendum, le lundi il y aura un accord, j'en suis complètement et absolument convaincu. L'Europe a besoin d'un accord, la Grèce a besoin d'un accord, de sorte que nous arriverons à un accord" assure Yanis Varoufakis alors que le Premier ministre Alexis Tsipras appelle à voter non.  

"Nous ne sommes pas anti-européens". Pour le ministre des Finances, qui répète qu'en cas de victoire du oui il démissionnera, "aujourd'hui ce que veulent Bruxelles et la troïka c'est que le oui gagne pour pouvoir ainsi humilier les Grecs". Il accuse aussi ses opposants de vouloir faire de "la Grèce un exemple pour les autres" à l'heure où en Espagne le parti de gauche radicale Podemos, allié du grec Syriza, gagne en force à l'approche d'élections législatives. ( 10 )

"Je crois que dans toute l'Europe il y a besoin de partis comme Syriza et Podemos, des partis à la fois critiques à l'égard du système, mais en même temps pro-européens et démocrates. Ceux qui nous détestent veulent nous faire passer pour anti-européens, mais non, ce n'est pas vrai, nous ne le sommes pas.

 
 

Joseph E. Stiglitz : « La Grèce a raison de refuser les diktats de la troïka »

 
 

La discorde croissante au sein de l’Europe pourrait passer aux yeux d’un observateur étranger pour la fin de la partie entre la Grèce et ses créanciers. Mais, en réalité, les dirigeants européens commencent tout juste à révéler le véritable enjeu du désaccord entourant la dette grecque : il s’agit bien plus d’une question de pouvoir et de démocratie que d’argent et d’économie.

Le programme économique que la « troïka » (la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international) a imposé à la Grèce il y a cinq ans était une aberration. Il a conduit à une baisse de 25 % du PIB du pays. Je ne connais aucun autre exemple d’une dépression qui aurait été créée de manière aussi délibérée et dont les conséquences auraient été aussi catastrophiques. Le taux de chômage parmi les jeunes Grecs dépasse maintenant 60 %.

Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, la troïka continue de nier toute responsabilité et de défendre ses prévisions et ses modèles, même s’ils ont été contredits par la réalité. Mais il est encore plus surprenant que les dirigeants européens n’aient rien appris de cette crise. La troïka continue à exiger de la Grèce qu’elle parvienne à un budget primaire en excédent (hors paiement des intérêts de la dette) de 3,5 % du PIB en 2018.

Partout dans le monde, les économistes condamnent cet objectif, qu’ils considèrent comme punitif, car il ne peut que ralentir encore l’économie. Même si la dette de la Grèce était restructurée au-delà de tout ce que l’on peut imaginer, le pays resterait en dépression si les électeurs acceptent les propositions de la troïka lors du référendum surprise qui aura lieu dimanche 5 juillet.

Accepter l’inacceptable

Peu de pays ont réussi à transformer un important déficit primaire en un excédent budgétaire comme l’ont fait les Grecs au cours des cinq dernières années.

Et, bien que le prix à payer en matière de souffrance humaine ait été très élevé, les dernières propositions du gouvernement grec constituent un grand pas en avant pour répondre aux exigences de ses créanciers.

Seule une très faible partie des énormes sommes d’argent prêtées à la Grèce lui était réellement destinée. Elles ont servi à rembourser les créanciers privés, notamment des banques en Allemagne et en France.

La Grèce n’a reçu que des miettes, mais elle a payé le prix fort pour préserver les systèmes bancaires de ces pays. Le FMI et les autres créanciers « officiels » n’ont pas besoin de l’argent qu’ils réclament. Dans une situation classique, ils se contenteraient de l’utiliser pour faire un nouveau prêt à la Grèce.

Mais ce n’est pas une question d’argent. Il s’agit en réalité d’utiliser les dates limites pour contraindre la Grèce à se soumettre et à accepter l’inacceptable : non seulement l’austérité, mais d’autres mesures régressives et punitives.

Pourquoi l’Europe fait-elle cela ? Pourquoi les dirigeants de l’UE s’opposent-ils à la tenue du référendum et refusent-ils même de reculer de quelques jours la date limite du 30 juin 2015 fixée pour le prochain remboursement de la Grèce au FMI ? L’Europe n’est-elle pas avant tout une affaire de démocratie ?

En janvier 2015, les citoyens grecs ont élu un gouvernement qui s’est engagé à mettre fin à l’austérité. Si ce gouvernement voulait simplement tenir ses engagements de campagne, il aurait déjà rejeté la proposition des créanciers. Mais il veut donner aux Grecs l’occasion d’intervenir sur cette question cruciale pour l’avenir de leur pays.

L’antithèse de la démocratie

Ce souci de légitimité est incompatible avec la politique de la zone euro, qui n’a jamais été un projet très démocratique. La plupart des Etats membres n’ont pas cherché l’approbation de leurs citoyens pour remettre la souveraineté monétaire de la zone entre les mains de la BCE.

Quand la Suède l’a fait, les Suédois ont dit non. Ils ont compris que le chômage augmenterait si une banque centrale uniquement attentive à l’inflation fixait la politique monétaire du pays.

L’économie souffrirait parce que le modèle économique sur lequel repose la zone euro est fondé sur des relations de pouvoir qui désavantagent les travailleurs.

Il n’est donc pas surprenant que seize ans après que la zone euro a institutionnalisé ces relations, c’est l’antithèse de la démocratie qui est à l’œuvre. Beaucoup de dirigeants européens veulent la fin du gouvernement de gauche du premier ministre Alexis Tsipras. A leurs yeux, il est inacceptable d’avoir en Grèce un gouvernement qui refuse une politique qui a tant fait pour augmenter les inégalités dans nombre de pays avancés et qui veut limiter le pouvoir de l’argent. Ils pensent qu’ils pourront se débarrasser du gouvernement de Tsipras en l’obligeant à accepter un accord qui contredit ses engagements.

Il est difficile de donner un conseil aux Grecs pour le vote. Dire oui ou non aux exigences de la troïka n’est pas chose facile, et tant l’approbation que le rejet sont porteurs d’énormes risques. Le oui entraînera une dépression presque sans fin. Peut-être un pays dépouillé de tout (un pays qui a vendu tous ses actifs et dont la jeunesse prometteuse émigre) obtiendra-t-il l’annulation de sa dette ; peut-être, étant devenue un pays à revenu moyen, la Grèce va-t-elle finalement obtenir l’aide de la Banque mondiale. Cela pourrait se produire au cours de la décennie prochaine, ou de la suivante.

Par contre, un non permettrait au moins à la Grèce, avec sa forte tradition démocratique, de prendre son destin en main. Les Grecs en ressortiront sans doute appauvris, mais ils pourront dessiner un avenir plus riche d’espoir que la torture invraisemblable qui leur est imposée aujourd’hui. Pour ma part, je sais comment je voterais…

Sources: Marianne pour Yves de Chaisemartin et Maurice Szafran; L'expansion pour Mags & News; Ici Radio-Canada pour La société CBC/Radio-Canada; Agence de presse Reuters pour David Thompson (The Woodbridge Company au Canada) ; Agence France-Presse; Le Monde pour le Groupe Le Monde; Le Figaro pour Serge Dassault sénateur de France.

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 5 juillet 2015

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Notes & Références encyclopédiques:

01

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Aléxis TSIPRAS
Premier ministre de la Grèce

Les maux à mots d'Alexis Tsipras, Premier ministre de la Grèce

Un texte sans interprétation journalistique et un discours sans langue de bois, voilà qui rafraichit l'intellect. Dans le cadre de la crise économique en Grèce, il est temps de lire les mots de ceux qui combattent les maux des banquiers qui ont pris en otage le Conseil européen.

Leur objectif semble être de détruire toute solidarité entre les personnes pour imposer leur plan d'action. Ce dernier contient tous les éléments pour transformer le citoyen en esclave du patronat, en consommateur et en prédateur envers ses semblables. L'équipe ministérielle d'Aléxis Tsipras à la tête d'une coalition de partis politiques grecs (Syriza-Anel) représentant les citoyens et citoyennes autant de Grèce que de partout en Europe qui veulent voir s'implanter une démocratie efficace et qui tient compte du bien commun. Ces politiciens et politiciennes tentent de remettre l'économie à sa place, parmi les autres outils du bien vivre ensemble.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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02

 
 
 
 
 
 

Le FMI estime que la Grèce a besoin de 60 milliards d’euros d’aide en plus. Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a cité, vendredi, un rapport du FMI qui appelle à une réduction de la dette et un nouveau plan d'aide de 60 milliards d’euros pour sauver la Grèce - Sur France 24, le 3 juillet 2015

 
 
 
 
 
 

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03

 
 
 
 
 
 

Grèce : Les Européens ont cherché à bloquer le rapport du FMI - Les pays de la zone euro ont tenté en vain d'empêcher la publication jeudi du rapport du Fonds monétaire international (FMI) sur la dette de la Grèce, dont le gouvernement d'Alexis Tsipras s'est emparé vendredi pour  le présenter comme un argument de poids en faveur du "non" au référendum organisé dimanche, a-t-on appris de sources informées de ces débats. – Boursorama par l’agence de presse Reuters le 03/07/15

 
 
 
 
 
 

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04

 

Grèce : liberté, justice, dignité, humanité, nous chérissons vos NON #OXI - Sur le Blog Gauliste libre, le 4 juillet 2015

 

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05

 

Le Discours de la servitude volontaire ou le Contr'un est un ouvrage rédigé en 1549 par Étienne de La Boétie - Sur Wikipédia

 

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06

 
 
 

François Hollande disait " Nicolas Sarkozy et A. Merkel sont dans une impasse" selon François Hollande, invité de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV et RMC. Selon le candidat PS, l"a France n'acceptera pas un fédéralisme budgétaire s'il n'y a pas des instruments financiers communs et des projets industriels"

 
 
 

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07

Déclaration du ministre des finances de la Grèce, Yanis Varoufakis à propos des créanciers du pays

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08

"Pourquoi est-ce qu'ils nous ont forcés à fermer les banques? - Sur L'expansion

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09

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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10

 

En Espagne le parti de gauche radicale Podemos, allié du grec Syriza, gagne en force à l'approche d'élections législatives. - Sur l'Express France

 

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