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La gauche radicale grecque est-elle d'une grande médiocrité intellectuelle?

Le philosophe Michel Onfray n'en revient pas.  Il est déçu du premier ministre grec, Aléxis Tsipras, et il s'interroge.  Ses questions sont d'une telle pertinence qu'on les croirait adressées à nos politiciens québécois, surtout ceux et celles qui prônent l'indépendance du Québec.  Sans présumer d'un plan B ou C, leur stratégie face à un refus du gouvernement fédéral de négocier après un référendum favorable à l'indépendance ne s'affiche pas publiquement (et je ne suis pas assez naïf pour croire qu'ils le feraient).  C'est pourquoi je profite de cette chronique pour vous inviter à faire un parallèle entre les politiciens grecs et québécois, tous deux en «petite séduction» pour un grand projet de société.  J'aurais dit "état d'esprit ténu, État déchu", mais le philosophe se demande: à propos des politiciens de la Grèce: comment dit-on "Minus habens" en grec ?     - JosPublic

 

 
 

Texte par Michel ONFRAY
Philosophe et écrivain

 
 

Les idées politiques d'Aléxis Tsipras m’intéressaient et m’intéressent toujours.  Ce sont peu ou prou les miennes.  Mais leur faisabilité m’intéressait plus encore.  L’arrivée de Syriza au pouvoir était l’occasion, grandeur nature, de vérifier qu’il n’y avait pas que de l’idéologie dans son propos et que ses adversaires n’étaient pas que dans le jugement de valeur libéral qui condamnait toute réelle politique de gauche.

Le souverainisme avait ici un laboratoire et l’on pourrait voir ce que la gauche pourrait faire dans la configuration d’une Europe libérale qui, c’était prévu, ne manquerait pas de spéculer contre ce gouvernement pour le faire tomber.  Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que la gauche, quand elle est de gauche, est l’ennemie des libéraux de l’Europe qui lui préfèreraient le fascisme, pourvu qu’il soit libéral en économie.

Tsipras, donc.  Il fut élu ; il a vaincu ; on a vu.  Ce fut le triomphe de la démagogie médiatique et non de la démocratie politique.  L’homme vint sans cravate et refusa de prêter serment sur la Bible : du meilleur effet pour l’image. Médiatiquement ?

Champagne chez les anticléricaux partout sur la planète!

Mais je l’aurais préféré avec un noeud papillon, posant la main sur ce recueil d’histoires pour les enfants en disant qu’il respectait ceux qui estimaient ce livre et jurait sur lui uniquement pour cette raison, pourvu qu’il exige ensuite du clergé orthodoxe, le plus grand propriétaire du pays, qu’il soit désormais assujetti à l’impôt.

Or il n’en fut rien, les popes restent riches dans un pays ravagé par la pauvreté. Réellement ?

Champagne dans les monastères !

Si Tsipras n’a pas prévu de contre-attaque à la guerre qu’allait inévitablement lui mener l’Europe libérale, c’est qu’il est un "Minus habens"C’était prévisible comme la pluie après l’orage. 

L’Europe le lâchant, de quelles alliances allait-il se prévaloir?  L’Europe l’a lâché ; il ne s’est prévalu d’aucune alliance.

Le voilà désormais votant les projets imposés par l’Europe libérale, se séparant de ses ministres qui restent de gauche, (la preuve, ils n’ont pas de cravate…), appuyé par ses adversaires libéraux qui votent ses reniements au parlement, doublant la TVA sur les préservatifs et les obsèques, parmi des dizaines de postes concernés par cette taxe.

"Minus habens" celui qui n’aura pas sollicité en amont de cette guerre économico-politique annoncée ou bien la Chine, qui a besoin du port d’Athènes dans lequel elle a investi des milliards pour en faire sa tête de pont commerciale avec l’Europe, ou bien la Russie qui a signé un accord avec Tsipras pour construire un gazoduc sur son territoire, un accord qui aurait pu être soumis à cette nouvelle configuration d’une Grèce désormais partenaire de l’Europe de l’ouest orthodoxe, comme elle, et non de l’Europe de l’ouest et du nord, catholique et protestante. 

Les icônes rapprochent plus Athènes de Moscou que de Berlin et d’Helsinki.

Aléxis Tsípras du parti SYRIZA (en grec : ΣΥΡΙΖΑ)

L'Église Orthodoxe grec paie très peu d'impôts
en Grèce ( 01 )

Aléxis Tsípras et une délégation chinoise. ( 02La Chine a investi des millions$ dans le port d'Athènes

Vladimir Poutine pour la Russie et Aléxis Tsípras pour la Grèce ont signé le vendredi 19 juin 2015 un accord gazier ( 03 )

Tsipras vote aujourd’hui les projets contre lesquels il avait été élu.  Son référendum fut une mascarade médiatique: à quoi bon solliciter le peuple pour un mandat et une confiance que son élection lui assuraient déjà ?  Sinon pour l’image… 

La gauche radicale est excellente dans la communication, parfaite dans l’usage du ressentiment comme moteur de l’histoire, impeccable dans la fabrication de psychodrames, admirable dans la surenchère verbale et le mégaphone, sublime dans l’art de faire porter les responsabilités sur les autres, Merkel & l’Allemagne, jamais sur elle.  Mais elle est nulle une fois au pouvoir.  Cette nullité réjouit et les libéraux qui triomphent, et l’extrême-droite, la vraie, qui attend son heure.

L’homme de gauche que je suis n’oppose plus la gauche et la droite, mais ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l’ont pas. 

Je suis définitivement du côté de ceux sur lesquels le pouvoir s’exerce – y compris quand la gauche l’exerce. 

En attendant, le peuple grec souffre.

Varoufákis, radieux dans Paris-Match où il pose en people, ici dans son appartement chic, là avec bimbo, ailleurs avec moto, nous montre que, pour lui, tout va bien.

Il est vrai qu’il n’a pas de cravate…

Yánis Varoufákis ex-ministre des finances de ΣΥΡΙΖΑ
pose pour Paris Match

 

Source: Le blogue de Michel Onfray, philosophe et écrivain. Université populaire de Caen. France

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 6 août 2015

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

 

Notes & Références encyclopédiques:

01

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

L'argent tabou de l'Église grecque. L'Église et les monastères grecs ne paieront pas la très impopulaire nouvelle taxe immobilière décidée dans l'urgence, dimanche 11 septembre, par le gouvernement grec pour remplir les objectifs budgétaires imposés par les bailleurs de fonds du pays - Sur Le Monde, le 20 septembre 2011

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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02

 
 
 
 
 
 
 

Vue du port du Pirée près d'Athènes, où après une premier embarcadère, le géant chinois Cosco pourrait acquérir la concession d'une deuxième. Comment la Chine rachète la Grèce - Sur La Tribune de Genève

 
 
 
 
 
 
 

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03

 
 
 
 
 
 
 
 

La Russie et la Grèce s’accordent sur le gaz.

Moscou et Athènes ont signé le vendredi 19 juin 2015 un accord gazier

- Sur La Croix

 
 
 
 
 
 
 
 

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