Retour à : Plan du site - MétéoPolitique - Fiche: Économie & FinanceAnalyses et Opinions - Grèce

Grèce : la faillite planifiée des États souverains

Par l'éditeur du Blog international du Collectif «Indépendance des Chercheurs » France.
La Science au XXI Siècle
Par le journal Le courrier International
Publié le 5 mai 2010


 

Le 5 mai 2010, Le journal le Monde écrit à la une le titre : « L'euro menacé par la peur de la contagion ».

Mais est-ce la peur, ou la politique des oligarchies financières, qui détruit progressivement depuis deux décennies les acquis de l'après-guerre des populations ?

Tout compte fait, l'euro n'aura été que l'un des outils pour préparer la démolition définitive des actuels États souverains garants d'un corpus de droits démocratiques et d'acquis sociaux que l'on cherche à supprimer. A travers des montages plus ou moins savants, les mêmes milieux financiers qui se trouvent
à l'origine d'une crise que les « petits citoyens » payent déjà, empocheront des intérêts substantiels des prêts consentis à la Grèce.

Une fois de plus, aux dépens de la grande majorité des habitants de ce pays. Et de toute évidence, la Grèce n'est, au sein de l'Union Européenne (UE), que la première victime visible de ce nouvel assaut. L'Espagne, la Grande-Bretagne, la France et tous les autres pays de l'UE sont également menacés par des stratégies débattues dans des cercles restreints, loin de tout véritable débat citoyen.

Ce vendredi commencera
à Dublin la réunion annuelle mondiale de la Commission Trilatérale. Début juin, la conférence de Bilderberg se réunira
à Sitges, en Catalogne. Quel est le programme de ces réunions à huis clos ? Il semble bien que la mise à mort financière des États soit un élément essentiel de l'actuelle stratégie des oligarchies occidentales.

Mais quel est le bilan réel de cette politique récurrente, depuis le déclenchement de l'offensive de privatisations et de délocalisations il y a vingt-cinq ans environ ? Tout compte fait, il en a découlé la ruine économique de l'Europe occidentale et des États-Unis.

Ce ne sont pas de simples spéculations : Le journal le Parisien du 5 mai évoque explicitement « l'idée d'une procédure codifiée d'insolvabilité des États » qui ferait actuellement le tour des couloirs des « décideurs » allemands avec le soutien de la présidence de la Bundesbank et de la chancellerie. Est-ce autre chose que le but recherché depuis deux décennies ?

Alors que la Grèce connaît une grève générale et des manifestations sans précédent dans un climat de plus en plus tendu, François Fillon, premier ministre de France, annonce des « décisions difficiles ». Les retraites étant l'une des cibles de l'opération, mais pas la seule : les services publics, les organismes et structures de l'État... sont de plus en plus directement attaqués dans tous les domaines.

De la recherche où l'éducation (dislocation du Centre National de la Recherche Scientifique, CNRS, privatisation des universités publiques...) à la Gendarmerie Nationale et l'ensemble des Forces Armées, en passant par le service public de la santé (démolition de l'hôpital public) ou les cadres de la fonction publique (loi dite de « mobilité » des fonctionnaires), c'est l'existence même de l'État et du domaine public qui se trouve directement menacée.

De même, la généralisation de la précarité et la disparition du Code du Travail font de toute évidence partie du programme.

Mais dans ce cas, à quoi auront mené ces vingt-cinq ans de privatisations et de délocalisations dont «nos élites» n'ont jamais cessé de faire l'éloge et dont l'Union Européenne a été un planificateur actif et un vecteur privilégié?

Il semble plutôt, tout compte fait, que par cette politique les oligarchies occidentales aient scellé leur décadence définitive à l'échelle planétaire. Triste fin, après plus d'un siècle et demi d'exportation incessante de capitaux conduisant à des guerres, à des aventures coloniales et à toutes sortes d'évènements néfastes.

Où mènera finalement la faillite planifiée des États souverains jadis « riches » ? Les milieux financiers eux-mêmes ne semblent pas en contrôler les conséquences. Les tournants de l'actuelle crise du capitalisme occidental ressemblent fort à des passages écrits par Karl Marx il y a un siècle et demi. L'État privé envisagé par les super-riches comme un nouveau moyen de domination ne pourra amener que le chaos et la ruine totale.

Paradoxalement, d'ailleurs, la destruction économique et la misère que les super-riches US et européens, et leurs exécutants, répandent dans « leurs propres » États anéantissent les bases mêmes de leur domination à l'échelle planétaire.

Dans un tel contexte, ni Bilderberg ni la Trilatérale ne permettront à « nos » oligarchies de rattraper la situation. Après la démolition des États, y aura-t-il autre chose qu'un grand vide dans ces zones de la planète jadis hégémoniques ?

En ce moment critique, la solidarité avec la Grèce contre la mainmise des lobbies financiers constitue la meilleure défense de nos droits et de nos acquis sociaux.